Ce lundi, 18 jeunes médecins ont rejoint les Pyrénées-Orientales pour y réaliser leur dernière année d’études. Une journée d’accueil était organisée hier au palais des rois de Majorque pour les accueillir. Mais la mise en place de ce nouveau dispositif n’est pas au goût des médecins juniors qui évoquent l’absence d’affectation dans les déserts médicaux et cette année rajoutée retardant leur installation.
Laurine et Mélissa sont étudiantes en médecine à Montpellier et désormais docteurs juniors en médecine générale, toutes deux affectées dans les Pyrénées-Orientales depuis ce lundi. Laurine exerce à Villelongue-dels-Monts, Mélissa à Toulouges. Comme elles l’expliquent, « normalement pour terminer notre diplôme, c’est neuf ans. Là, ils ont rajouté une quatrième année d’internat, donc une dixième année d’études de médecine. Nous sommes les premiers à expérimenter ça ».
Si tout laisse à penser que ces renforts sont positifs, la réalité est tout autre pour ces médecins juniors à qui ce nouveau dispositif a été imposé. « Pour moi, cette dixième année c’est un peu une mascarade dans le sens où on aurait pu déjà s’installer : On nous vend des installations de médecins, mais je pense vraiment que les Français n’ont pas compris qu’on ne s’installait pas définitivement sur leur territoire. On est juste là pendant six mois à un an sur un territoire donné », précise Mélissa.
L’absence d’installation dans les déserts médicaux pointée du doigt
Certains secteurs avaient d’ailleurs été « scandalisés » à l’annonce faite par l’Agence régionale de santé (ARS) des territoires concernés par l’arrivée de ces jeunes médecins. C’était le cas de Didier Tardy, le président de l’association Conflent Canigou santé qui exprimait sa colère. « Dix-huit futurs médecins arrivent dans les Pyrénées-Orientales et pas un en Conflent! On est remonté, on bosse, on rame depuis deux ans dans ce désert médical et on n’aura rien. En même temps, c’est le serpent qui se mord la queue. Pour avoir des médecins juniors, il faut des médecins référents et comme on n’en a quasiment plus. C’est révoltant », confiait-il dans nos colonnes le vendredi 30 octobre.
Mélissa et Laurine avaient d’ailleurs pour projet de s’installer dans un désert médical des Pyrénées-Orientales, plus précisément dans les Albères. Avec la mise en place de cette 10e année, leur plan a été chamboulé. « On est trois médecins et on voulait s’installer. On avait commencé les remplacements, on était déjà en discussion avec plusieurs mairies, mais ça a tout retardé, poursuivent les deux médecins juniors. Ça fait longtemps qu’on est en médecine, ça fait plus d’un an et demi qu’on consulte seul, donc effectivement quand votre médecin part en vacances, ça aurait pu être nous ».
« Ce n’est ni positif pour nous ni pour les Français »
Dans ce contexte, les jeunes médecins veulent unir leurs voix et partager leurs sentiments de colère et d’injustice. Ils dénoncent le manque d’organisation de ce dispositif : « On a été informés au dernier moment. Nos cartes de professionnels sont arrivées il y a seulement deux semaines. Des installations de docteurs juniors ont été catastrophiques. Il y en a qui n’ont pas de TPE, pas de logiciel, des chaises pour enfants, des bureaux qui ne sont même pas de vrais bureaux, sans porte ni cloison, des passoires thermiques… Certains doivent eux-mêmes apporter les feuilles de soins de leurs consultations à la sécurité sociale. Alors que, suite à nos mobilisations, le gouvernement nous avait promis, si ce n’était pas cadré avant notre entrée, que cesserait décalé. Même si pour moi la solution n’est pas de décaler, mais de tout simplement enlever cette année qui n’a vraiment aucun sens ».
Mélissa et Laurine pointent un chiffre conséquent qui concerne les Français : avec cette année ajoutée, ce sont 3 000 médecins généralistes qui n’ont pas pu s’installer alors qu’il y a un réel manque. « Ce dispositif n’est ni positif pour les docteurs juniors, en termes de formation, ni pour les Français qui ont besoin de médecins généralistes installés », concluent-elles.
Laura Morales (L’Indépendant, le 6 novembre 2026)
Les médecins juniors ont été répartis sur les communes suivantes: Perpignan (5), Argelès-sur-Mer, Baho (2), Banyuls-sur-Mer, Cabestany, Conohès, Céret (2), Le Boulou, Millas, Saint-Laurent-de-la-Salanque, Toulouges, Villelongue-deis-Monts.
« On a besoin de vous cette année, mais aussi à plus long terme »
Au cours de cette journée d’accueil des 18 docteurs juniors, dont le thème était la santé environnementale, la présidente du Département, Hermeline Malherbe, a rappelé l’importance de leur arrivée. « On a besoin de vous cette année, mais on a aussi besoin de vous à plus long terme », a-t-elle indiqué. Avant de rappeler la situation particulière du territoire : « Comme beaucoup de départements, les Pyrénées-Orientales font face au défi majeur de préserver et de renforcer une présence médicale de proximité. Le vieillissement de la population, les besoins croissants en soin et les inégalités territoriales nous imposent d’agir collectivement pour garantir à chaque habitant un accès aux soins adaptés à ses besoins ». Son intervention a évoqué les actions menées par le Département pour lutter contre la désertification médicale et faciliter l’accès aux soins.
L’Indépendant, le 6 novembre 2026
