L’édito du webzine. Le débat étouffé de la jeunesse

Des lycéens descendent dans la rue. Que demandent-ils ? Des heures de cours, des classes moins chargées, des locaux dignes de la sixième puissance mondiale, la fin d’une sélection devenue loterie anxiogène. Des choses simples : le droit d’étudier.

Et pourtant, qui parle dans les médias ? Ni le ministre de l’Éducation nationale, qui a d’abord qualifié le mouvement d’« entreprise de destruction du service public », ni celui des Universités. C’est le ministre de l’Intérieur qui monopolise les plateaux et impose le vocabulaire. Un pays qui répond à une question d’éducation par la police : ce constat devrait suffire à alerter.

Car le premier champ de bataille est celui des mots. Une manifestation devient « émeute urbaine » ; une revendication devient « colère » ou « grogne ». Ces termes ne sont pas neutres : ils dépolitisent. Parler de « colère », c’est effacer ce que les jeunes disent précisément ; qu’ils contestent une politique éducative et un manque criant de moyens.

À l’infantilisation s’ajoute la suspicion : ces jeunes ne seraient que des marionnettes, instrumentalisés hier par le Parti communiste, aujourd’hui par La France insoumise. Entendre, soutenir, donner un débouché aux demandes des citoyens serait pourtant le rôle d’un parlementaire.

Enfin : l’étiquette « ultra-gauche » est agitée contre toute évidence, la dissolution brandie pour distiller une ambiance ; mais les révélations accablantes sur le président du RN et ses menaces contre des journalistes n’ont suscité ni procureur, ni indignation ministérielle.

Deux poids, deux mesures

Le plus étrange, dans ce vacarme, est ce que personne ne dit que chaque année, la France consacre 70 milliards d’euros au seul paiement des intérêts de sa dette à une poignée d’institutions financières. C’est l’équivalent d’un deuxième budget de l’Éducation nationale, prélevé sur le bien commun. Dans le même temps, il a trouver sans difficulté 36 milliards supplémentaires pour la surmilitarisation, votés en quelques semaines.

Voilà la réalité que le matraquage médiatique soigneusement masque. Quand il s’agit de servir les rentiers ou les industries de l’armement, les crédits existent, se votent vite et sans repentir ; quand il s’agit de recruter des enseignants, de rénover des lycées ou d’alléger des classes, on nous explique soudain que « les caisses sont vides ». L’argent qui manque aux lycées n’est pas une fatalité comptable : c’est un choix politique, un choix de priorités- et il a des bénéficiaires.

Face à la contestation, la méthode est rodée : contenir par la contrainte policière, désamorcer par la concertation. Convention citoyenne, cahiers de doléances, commission sur les retraites : on institutionnalise l’écoute, on enterre les conclusions. Répondre aux attentes populaires serait « trop complexe » ; offrir des cadeaux aux multinationales se fait en un claquement de doigts. Les oppositions auraient tout à gagner à construire ensemble un débouché politique : reprendre les propositions des lycéens, les chiffrer, montrer comment les financer.

Au fond, ce mouvement refuse une école soumise au marché et formant une main-d’œuvre malléable. Il exige des moyens d’émancipation, pas des méthodes de guerre civile. Traiter par la matraque un enjeu d’éducation sème les germes d’un inquiétant pré-fascisme. Nous ne l’oublierons pas.

Dominique Gerbault

Quelles perspectives se dessinent sur le front de la colère lycéenne ? (L’Indep)

Suites, revendications, violences… Le mouvement soulève de nombreuses questions.

« Ça nous incite juste à continuer. » A l’image de Noah, élève en terminale au lycée Henri-IV de Paris, interrogé au micro de France-Info, de nombreux lycéens réaffirmaient leur détermination à poursuivre leur mouvement, vendredi, au lendemain des annonces du ministre de l’Éducation nationale. L’arrivée de « 3 000 enseignants remplaçants » n’a pas convaincu les élèves, ni les syndicats et reste entourée de flou.

Sollicité vendredi, le rectorat de Montpellier a fait savoir qui n’est pas en capacité, à ce stade, d’indiquer le nombre d’enseignants supplémentaires qui seront embauchés ni la quantité d’heures supplémentaires dégagées dans le cadre du pacte enseignant.

Jeudi soir, Édouard Geffray a promis également, sur X, « une refonte des instances de démocraties lycéennes ». Avec quatre engagements: davantage d’élus lycéens au Conseil supérieur de l’éducation, un tiers des sièges des élus lycéens réservés aux élèves des voies professionnel-les, l’association des régions aux conseils académiques de la vie lycéenne et des budgets dédiés pour financer les projets soutenus par les instances lycéennes.

Mais les revendications des élèves sont protéiformes et réservent parfois quelques surprises. Les premières demandes collectées sur la plateforme de consultation du gouvernement (60 277 contributions du 6 au 8 octobre), dévoilées vendredi, ciblent d’abord l’organisation du temps scolaire (70 %) et les locaux jugés inadaptés (48,3 %).

« En nette décélération »

Et les élèves portent aussi en eux un mal-être plus profond, accentué par une époque chaotique, incertaine et, à de nombreux égards, anxiogène. Difficile, donc, pour le gouvernement d’anticiper les suites de ce mouvement qu’il n’avait déjà pas vu venir. En attendant la prochaine journée test de manifestations, mardi prochain -appuyée par l’intersyndicale-, le mouvement connait, pour l’heure, une « nette décélération », souligne l’exécutif. Sa dynamique est même « très localisée » dans certains départements, du fait « soit d’une politisation locale, soit d’un vrai problème local », assure le gouvernement.

Si la mobilisation lycéenne se poursuivait vendredi dans de nombreuses villes, à Montpellier et à Alès notamment, les 141 lycées fermés, soit mois de 4 % de la totalité (un chiffre stable depuis jeudi), étaient situés essentiellement, en effet, dans le Nord, le Grand-Ouest, la Seine-Saint-Denis et la banlieue lyonnaise, d’après une carte consultée par Le Monde.

Nombre d’entre eux affichent déjà les stigmates des violences qui émaillent le mouvement. Les dégâts occasionnés en marge des manifestations ou des blocages ont coûté « a minima 30 millions d’euros », avance une source au sein de l’exécutif, citée par l’AFP et Le Figaro. Mais, surtout, de nombreux blessés sont à déplorer (lycéens, enseignants, policiers) en marge des manifestations, parasitées par des casseurs.

« Nous appelions chacun à veiller à ce qu’elles restent pacifiques et à ce qu’il n’y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l’ordre. Le droit de réunion pacifique doit être respecté », a réagi, vendredi, une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Shabia Mantoo, lors d’un point de presse à Genève.

Au moins 6 877 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 86 % de mineurs et 24 enquêtes ouvertes par la police des polices. L’IGPN a, notamment, été saisie après une vidéo virale montrant un policier donner un coup de genou à un manifestant, jeudi, place de la Bastille, à Paris. Une adolescente de 14 ans a, elle, porté plainte après avoir été percutée par une voiture de la police, lundi à Dunkerque.

L’Indépendant, le 10 octobre 2026

Bertrand Vidal. « Un malaise générationnel » (L’Indep)

L’analyse du sociologue à l’Université de Montpellier.

Êtes-vous surpris par l’ampleur du mouvement lycéen et par sa violence ?

Ce qui me surprend le plus, c’est moins le mouvement, son ampleur ou sa violence, que le traitement qui peut en être fait. En fait, on ne fait que prolonger le discours désapprobateur sur la jeunesse. Pendant des années, on l’a décrite comme docile et apathique : la « Gen Z », ce sont les jeunes « zombifiés » par les écrans et les médias sociaux, dont on ne tirera jamais rien. Puis aujourd’hui, quand elle se mobilise, que dit-on? A peu près la même chose: ce n’est pas elle qui parle, elle est manipulée de l’extérieur. Le discours est le même: on lui refuse toujours d’être un sujet politique. Passive avant, elle n’est aujourd’hui qu’un instrument.
C’est un discours de disqualification total : quand les jeunes subissent, c’est qu’ils sont indifférents ; quand ils protestent, c’est qu’ils sont immatures. Sur la violence, je ne l’excuse pas, mais je constate que le cadrage se concentre sur elle et laisse peu de place aux raisons de la colère : l’état des locaux, les postes non pourvus, Parcoursup. Il laisse aussi peu de place à la violence structurelle et symbolique subie par ces mineurs.

Parti de la banlieue parisienne, le mouvement s’est étendu à la majorité des lycées. Qu’est-ce que cela dit ?

Cela prouve que le malaise n’est pas simplement territorial, il est générationnel. L’étincelle est partie des lycées de banlieue parce que c’est là que la dégradation du bâti scolaire, le manque de moyens et la tension avec les institutions sont les plus intensément ressentis. Mais la poudrière est partout. Et si on aime réduire ces événements à un problème de territoire, c’est parce que cela le circonscrit, sans questionner le contrat éducatif français et sa place dans la vision politique. Certes, si les motifs immédiats varient d’un lycée à l’autre et d’un territoire à l’autre, les élèves, quelle que soit leur origine géographique et sociale, partagent aujourd’hui un sentiment commun d’absurdité : le sentiment d’être une variable d’ajustement et non une force pour demain.

Derrière ses revendications, ce mouvement ne cache-t-il pas un mal-être plus général en lien avec la situation économique et climatique ? L’absence de perspectives ?

Le bâti dégradé ou les absences de professeurs sont des déclencheurs. Derrière eux, ces lycéens ont le sentiment très net d’hériter d’un monde abîmé, climatiquement et économiquement, parles générations antérieures, qui leur demandent d’obéir en silence alors que les choix collectifs se sont faits largement sans eux. C’est pourquoi le mouvement ne cache pas ce mal-être, mais il l’incarne. L’angoisse climatique, la peur de la guerre, la précarité qui l’attend l’incertitude quant a la prochaine présidentielle: ce sont des angoisses abstraites, contre lesquelles il est futile de bloquer un lycée et d’embraser des poubelles. En revanche, un plafond qui fuit, un professeur non remplacé, un algorithme d’orientation opaque, pourquoi pas ? C’est que l’école devient l’endroit ou un mal-être diffus trouve des cibles concrètes. Ce serait donc une erreur d’opposer « revendications précises » et « malaise général » : les premières sont la forme visible du second.

Les étudiants embrayent en tentant de récupérer le mouvement. Peut-on craindre un embrasement type Mai-68 ?

Le mot « récupérer » est lui-même un symptôme de ce dont je par-lais: il suppose des lycéens passifs, un matériau que d’autres s’approprieraient, alors que ce sont des actes, des sujets politiques. Je préfère parler de relais, car les revendications sont parfois très différentes. Pour Mai-68, je ne le crois pas, et pour des raisons de fond. Mai-68 est advenu dans une société de plein-emploi, avec des syndicats capables de faire converger étudiants et ouvriers. Aujourd’hui, la précarité fragmente, les relais organisés sont faibles et les enjeux des lycéens et des étudiants ne sont pas les mêmes. Ce qu’il reste de commun, c’est le malaise profond partagé.

Recueilli par Richard Gougis (L’Indépendant, le 9 octobre 2026)

Sous pression, le gouvernement déploie 3 000 enseignants remplaçants (L’Indep)

Le mouvement des lycéens se poursuit.

Le gouvernement fait un pas de plus vers les lycéens. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi soir, sur TF1, la mobilisation de « 3 000 professeurs » qui vont rejoindre les établissements en situation « très problématique » et ce, « dans les prochaines heures », entre vendredi et mardi. « Grâce à un logiciel que j’ai demandé il y a un an, on a pu, en ce début d’année -c’est la première fois qu’on le déploie-, identifier les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques Il y a 114 lycées dont je dirais qu’ils sont rouges et 400 qui sont orange », a-t-il expliqué sur le plateau du 20 Heures. Le ministre autorise également « les recteurs à recruter davantage d’enseignants que le nombre actuellement autorisé, soit des « centaines » de professeurs supplémentaires », souligne-t-il. Il propose, par ailleurs, un « pacte enseignant » aux proviseurs qui pourront procéder à des remplacements de courte durée grâce aux heures supplémentaires de professeurs volontaires. Cela représentera des « centaines de milliers d’heures supplémentaires », a assuré M. Geffray.

Ces mesures d’urgence sont loin de répondre, cependant, aux revendications. Les élèves et étudiants qui bloquent leurs établissements dénoncent aussi des emplois du temps surchargés et demandent, entre autres, 250 000 places en plus à l’université, une rénovation du bâti et la suppression de la sélection par Parcoursup. « On n’arrêtera pas tant qu’il n’y aura pas 10 milliards sur la table », a affirmé, mardi, Sabrine Kharbach, porte parole de l’Union étudiante.

Cette annonce intervient, de plus, à peine 24 heures après une prise de parole du Premier ministre, signe que l’exécutif est aux abois, alors que l’intersyndicale étudiante et professionnelle appelle à une nouvelle journée de mobilisation unitaire mardi prochain. Lors d’une courte allocution, mercredi soir, le chef du gouvernement s’est dit à l’écoute des « angoisses » des jeunes, mais a remis à fin octobre ses principales décisions.

De nouvelles violences

En attendant, lycéens et étudiants maintiennent la pression sur l’exécutif à Paris, Marseille, Montpellier, Nantes ou encore Strasbourg 71500 personnes ont manifesté jeudi à travers la France, dont 24 500 clans la capitale, selon le ministère de l’intérieur, qui en a recensé également 55 000 devant les établissements scolaires 375 d’entre eux étaient partiellement ou totalement fermés, d’après le ministère de l’Éducation. Place de la Bastille, à Paris, des incidents ont éclaté en fin de rassemblement, avec des jets de pavés et de mortier sur les policiers. Une vingtaine de black blocs auraient également jeté du mobilier urbain sur les forces de l’ordre. Dans ce climat de tensions, 504 interpellations ont été réalisées dans la journée et 48 policiers et gendarmes ont été blessés, annonce le ministère de Intérieur qui note « une augmentation des violences urbaines ».

L’Indépendant, le 9 octobre 2026

Les professionnels de la petite enfance ont eux aussi fait entendre leur colère, jeudi, pointant une dégradattion des conditions d’accueil.

Déclaration CGT à la Commission des Comptes de la Sécurité sociale

Je suis déjà étonné d’être à Bercy et pas avenue Duquesne, aux Ministères du travail, de la santé et des affaires sociales.

Il est vrai qu’il n’y a toujours pas de salle Ambroise Croizat 80 ans après la création par ce ministre de la Sécurité sociale.

La Sécurité sociale, construite au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base du programme du CNR se base sur un principe fondamental : chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Comme le pointe Monsieur le député Viry sur les risques démocratiques, faisons attention avec les principes, c’est dangereux de passer de graves mesures par décret.

Aujourd’hui, cette véritable conquête ouvrière est mise en danger par le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, un PLFSS qui vise à ramener artificiellement le déficit de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards d’euros en 2027 en faisant peser l’effort sur les malades, les retraités et les familles, en épargnant pour l’essentiel les grosses entreprises qui ont pourtant servi 61 Md de dividendes rien que pour le 1er semestre.

Nous nous étonnons d’un choix de chiffre d’inflation à 1,7 %, alors que l’inflation mesurée par l’Insee est à 3 %.

Premier problème : votre projet prévoit surtout des baisses de droits, alors même que la Cour des comptes pointe le manque de recettes.

Pour orchestrer cette cure d’austérité budgétaire, le gouvernement choisit d’abord de fixer la progression de l’ONDAM à seulement 2,1%, pour un montant de 278,7 milliards d’euros. Alors que les besoins de santé augmentent naturellement au moins de 3,4 % par an, et que la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale estime le besoin réel à 10 % pour sauver l’hôpital public.

Le pouvoir exige 5 milliards d’euros d’économies sur la santé. Derrière ce chiffre, ce sont des milliards pris sur les patients et les assurés, avec notamment 2 milliards d’euros d’économies imposées sur les arrêts de travail. Une politique qui conduit à réduire brutalement les droits, en ramenant par exemple de trois ans à un an la durée maximale d’indemnisation des ALD non exonérantes.

La hausse des arrêts maladie est due à au moins 2 phénomènes : le recul de l’âge de départ et la violence des conditions de travail, ATMP qui explosent, encore plus avec sous déclaration et nous n’avons pas encore les effets des canicules.

Même sur les franchises médicales, le Gouvernement passe outre l’opposition du Conseil de la CNAM : alors que le projet initial prévoyait de doubler le plafond annuel, de 50 à 100 €, le texte finalement publié le fixe à 70 €. Une nouvelle hausse de la participation financière des assurés, qui vient s’ajouter à une politique générale de réduction des remboursements et de transfert des dépenses vers les patients et les complémentaires santé.

Les revenus de remplacement des salariés sont directement frappés puisque les indemnités journalières subiront une fiscalisation de 50 % pour les affections de longue durée ALD non exonérantes et de 100 % pour les ATMP accidents du travail et maladies professionnelles. À cela, s’ajoutent 3 milliards d’économies sur les médicaments et équipements, le recul de la prise en charge des transports sanitaires, une convergence tarifaire par le bas en radiothérapie qui pénalise l’hôpital public, ainsi que le maintien de la surtaxe de 2,05 % sur les mutuelles qui fera encore exploser leurs tarifs.

Cette offensive austéritaire s’en prend avec la même dureté aux retraités et aux familles pour dégager 5,5 milliards d’euros d’économies sur les pensions.

Ça doit être le pendant : taper sur les jeunes, ce que fait le gouvernement (dans tous les sens du terme) et taper sur les personnes âgées !

Le gouvernement bloque la revalorisation des retraites supérieures au MICO, à 2 034 euros, et instaure une sous-indexation et un gel des pensions supérieures à 1 260 € par mois, ciblant 2/3 des retraités qui vont dès lors connaitre une perte de niveau de vie irréversible sur le long terme. Pour les femmes, cette mesure aggrave une paupérisation structurale, alors que les pensions des salariés non-cadres ont déjà diminué de 6,5 % en euros constants entre 1999 et 2024 selon la DREES. Pour prendre un exemple chiffré, une retraitée percevant une pension globale de 1 500 €/mois subissant un gel au lieu d’une revalorisation à 1,7 % perd 25 €/mois, soit 300 € dès la 1ère année. Cette perte est définitive et cumulative, les revalorisations futures repartant du niveau gelé à 1 500 €.

De plus, le PLFSS 2027 entérine le recentrage de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) prévu par décret pour générer une économie de 250M€ sur les dépenses d’APA à domicile soit environ 5.3 % de la dépense totale. Pour une personne âgée vivant à domicile avec 2 300 € de revenu et 500 € de plan d’aide, la mesure entraîne une hausse du reste à charge de 36 € par mois, soit 432 € par an.

Dans le même temps, la branche Famille se voit siphonnée de 1,3 milliard d’euros pour financer les indemnités maternité de la branche maladie, tandis que l’Allocation de rentrée scolaire est amputée de 600 millions d’euros et que les prestations familiales sont gelées.

Pire encore, l’article 37 conditionne l’accès aux prestations familiales à au moins un an de détention d’un titre de séjour pour les travailleurs étrangers extra-UE, reprenant ainsi une mesure xénophobe de préférence nationale directement inspirée du programme du RN. Si elle est votée, cette disposition concernerait 110 000 personnes dont 30 000 enfants. Pour un rendement dérisoire (1,8 M€ sur les allocations familiales et 60 M€ sur les APL), elle romprait avec le principe d’universalité de la Sécurité sociale.

En plus de l’impasse sur la jeunesse, il y a donc impasse sur la perte d’autonomie : un des échecs de ces dernières années, ce sera l’absence de véritable politique prenant en charge la perte d’autonomie.

Pendant que l’on traque le moindre euro dans la poche des assurés, le patronat reste pleinement préservé. L’intégration des compléments de rémunération comme la participation et l’intéressement dans le calcul des allègements garantit un pactole de près de 80 Milliards, seulement rogné de 3,7 milliards d’euros d’exonérations aux employeurs, tandis que l’État détourne 5,6 milliards d’euros de recettes de TVA destinées jusqu’à présent à la Sécurité sociale.

Face à cette détérioration organisée, la CGT rappelle que le manque de financement n’est pas une fatalité mais un choix politique libéral.

Ainsi, nous revendiquons une Sécurité sociale intégrale financée à 100 % par du salaire socialisé et gérée par et pour les travailleur•euses , la fin des exonérations de cotisations sociales et l’augmentation générale des salaires, notamment pour parvenir à l’égalité entre femmes et hommes.

Le 06/10/2026

Le temps de dialogue irrite proviseurs et lycéens (L’Indep)

Mardi, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’une demi-journée d’échanges avec les lycéens dans chaque établissement. Mesure impossible à mettre en place dans le contexte actuel selon les proviseurs.

Une demi-journée consacrée à la démocratie lycéenne sous forme d’échanges, à mettre en place dans chaque établissement d’ici la fin de la semaine : la mesure, sortie du chapeau par le Premier ministre Sébastien Lecornu lui-même, mardi après-midi, n’a pas vraiment eu d’effets magiques sur l’ambiance qui règne autour et dans les lycées.

Au lendemain de manifestations massives en région, un calme relatif était revenu ce mercredi dans de nombreux établissements de l’académie de Montpellier. Cela n’empêche pas les proviseurs de brandir la sécurité comme objection numéro un à la mise en place de cette demi-journée en forme d’AG interne.

« Cette annonce totalement hors-sol traduit une méconnaissance totale de la vie des établissements et de la réalité du terrain », s’emporte Florent Martin, proviseur du lycée Arago de Perpignan et secrétaire académique du syndicat SNPDEN-Unsa.

« Intenable dans un timing aussi serré »

Le chef d’établissement y voit d’abord un risque majeur pour la sécurité : « Cela va rallumer les braises de la contestation et organiser un tel type d’échange revient à déréguler les règles de sécurité au sein de l’établissement, sans savoir ce qu’il va vraiment s’y passer si certains élèves viennent y participer avec des intentions belliqueuses. »

Le proviseur catalan estime aussi que « cette injonction est intenable dans un timing aussi serré. Ce n’est pas possible à organiser du jour au lendemain. Il faut du temps pour donner du sens à cet échange et l’organiser dans un moment plus pacifié pour permettre de le détacher de toute stratégie, d’un côté comme de l’autre. »

Même scepticisme du côté des enseignants qui redoutent de se retrouver en tenaille entre les atermoiements de l’institution et la colère des élèves. « Dégager un temps de parole, écouter les élèves, c’est souhaitable, mais pas dans ces conditions, en recevant des messages à 11h le soir pour mettre des choses en place le lendemain », résume Jessica Boyer, vice-présidente académique du Snalc. « Encore faut-il que ces échanges soient suivis de mesures. Si c’est pour faire comme les Grenelles qui n’ont abouti à aucun moyen, je n’en vois pas l’intérêt. »

L’enseignante se dit aussi inquiète « par le risque de récupération et de politisation du mouvement par les étudiants. Cela nous met mal à l’aise par rapport à la neutralité qui doit avoir cours à l’école. Il va y avoir d’ailleurs des choses à recadrer à ce niveau. Il est essentiel que le mouvement des lycéens reste indépendant », ajoute-t-elle.

Quant aux principaux intéressés, les élèves, ils trouvent la ficelle un peu grosse. « Aujourd’hui, toutes instances sont au courant de nos revendications. Je ne vois pas ce que ce temps d’échange peut apporter de plus. Je pense que c’est une manœuvre du gouvernement pour gagner du temps sans répondre véritablement aux lycéens », résume Maëlle, 16 ans, meneuse du mouvement au lycée Clemenceau de Montpellier. Elle se dit par ailleurs « déçue par les réunions d’échanges avec le rectorat et la Région qui n’ont rien donné ».

En clair, les lycéens ont l’impression qu’on les renvoie dans leurs lycées poliment sans leur avoir apporter de réponses concrètes.

Richard Gougis (avec J. M.) (L’Indépendant, le 8 octobre 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. La jeunesse em… le Rassemblement national !

Jusqu’à maintenant, le traitement réservé par le gouvernement à des jeunes qui demandent simplement de vivre et étudier dignement a été la répression brutale. Car lorsque des heurts se produisent entre policiers et manifestants, c’est l’État qui définit le niveau de la violence ! Et le gouvernement Lecornu a délibérément choisi d’étouffer dans l’œuf la mobilisation des lycéens et des étudiants en créant les conditions d’un étalage de la violence… bien aidé en cela par des médias bien plus friands de feux de poubelles que de débats sur la validité des revendications de la jeunesse.

Pourtant, la grande majorité des lycéennes et lycéens qui étaient dans la rue mardi, accompagnés par des enseignants, des parents, des militants syndicaux, ont démontré leur sens des responsabilités. Il suffisait, pour s’en convaincre de lire les multiples pancartes qui étaient brandies et réclamaient, parfois avec humour, des professeurs supplémentaires, des moyens humains, des classes moins surchargées, des établissements moins vétustes,…

Loin d’être aveuglés par une légitime colère, ils ont clamé haut et fort que « la jeunesse em…. le Rassemblement national ! » Car ils ont bien compris qu’il n’y avait rien de bon à attendre de ce côté-là.

Rien de bon pour la liberté d’expression et de création comme le prouve la décision du maire d’Elne ou les éructations de celui de Carcassonne. Rien de bon au niveau économique et social comme le prouve le contre-budget présenté par Marine Le Pen. Non seulement, rien ne changerait si, par malheur, elle entrait à l’Elysée, mais ce serait pire. Elle propose une austérité record de 140 milliards d’euros pour 2032. Et, comme elle se refuse totalement de toucher aux privilèges des ultra-riches et des entreprises du CAC 40, il faudra imposer une cure drastique à tous les autres. Par exemple en baissant, en 2031, de plus de 36 milliards le budget de la Sécurité
sociale, à coups de déremboursements, de cure d’amaigrissement de l’hôpital public. Ou encore en frappant fort le logement social et ses locataires… C’est-à-dire, pour parler clair en aggravant encore plus, si c’est possible, la politique d’Emmanuel Macron.

Non, la jeunesse n’a vraiment rien de bon à attendre d’un parti qui plonge ses racines dans la vieille droite pétainiste –est-il nécessaire de rappeler que ce sont d’anciens Waffen-SS qui ont porté le Front national sur les fonts baptismaux ?– Donc antisémite aussi comme viennent de le révéler les messages de son président, qui garde néanmoins toute la confiance de la cheffe du RN.

À l’heure où ces lignes sont écrites, nul ne sait quelle sera la suite de la lutte des étudiants et des lycéens. Mais il reste une certitude : l’irruption de cette jeunesse dans la vie politique du pays peut laisser espérer un futur moins sombre que ce que les augures laissaient entrevoir…

Contestation lycéenne. La mobilisation prend de l’ampleur, l’exécutif en quête d’une sortie de crise (L’Indep)

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé, mardi, à travers la France, mettant le gouvernement sous pression.

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont battu le pavé, mardi, lors de la nouvelle journée de mobilisation des lycéens. Un mouvement qui gagne le pays avec le renfort des syndicats (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, SUD), comme de l’opposition de gauche (PS, PCF, LFI) et inquiète désormais le chef de l’État qui a pris en main la gestion du dossier.

Pour l’acte III de la contestation, jeunes, parents et professeurs ont défilé ensemble dans toute la France, mettant le gouvernement sous pression avec une mobilisation qui prend de l’ampleur. Ils étaient 256 000 personnes dans les nues, ce mardi, dont 56 000 à Paris, selon le ministère de l’intérieur. Les organisations lycéennes et étudiantes (USL, Fage, Union étudiante, Unef) revendiquent, elles, 450 000 manifestants, dont 100 000 dans la capitale. 10000 personnes ont également fait également leur colère à Montpellier, près de 2 000 a Nimes, entre 1 800 et 2 500 à Perpignan, plusieurs centaines dans les rues de Narbonne et Carcassonne.

Selon le ministère de l’Éducation nationale, les cours étaient suspendus dans le même temps dans 891 lycées, totalement ou partiellement, sur un total de 3 700 établissements.

La journée a également été émaillée de nouveaux heurts et affrontements. 488 personnes ont été interpellées et 43 membres des forces de l’ordre blessés.

Sous le feu des critiques, le Premier ministre Sébastien Lecomu a défendu, mardi, à l’Assemblée nationale, la nécessité de maintenir l’ordre face aux violences, accusant LFI de « souffler sur les braises » et de « bordéliser » le pays à l’approche de l’élection présidentielle. « Depuis dix-huit jours, vous jouez le pourrissement et déchainez une répression inédite contre les manifestants », a rétorqué Mathilde Panot, la cheffe de file des députés LFI, en réclamant comme le PS, l’interdiction de l’usage « d’armes mutilantes ».

La Commission nationale consultative des droits de l’homme pointe, elle aussi, un « recours disproportionné à la force », face à des mineurs.

Dix enquêtes ont été confiées à la police des polices alors qu’un jeune a eu la main arrachée à Lens et un autre a perdu un œil à Tours. Le policier auteur du tir de lance-grenade qui a blessé au visage Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) la semaine dernière, en marge de la mobilisation lycéenne, a été, lui, mis en examen, mardi, pour violences.

Mais le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, estime ne pas avoir « à présenter des excuses » et affirme que les interventions des forces de l’ordre s’effectuent dans « la plus grande
proportionnalité ».

Pour nombre de responsables de gauche, les violences accompagnant la contestation lycéenne qui a débuté le 21 septembre dans l’académie de Créteil (Val-de-Marne) s’expliquent, en partie, par la réponse répressive apportée à ce mouvement et le temps mis par le gouvernement à ouvrir la discussion.

Réunion de crise à l’Élysée

Les élèves réclament toujours de meilleures conditions d’apprentissage et des financements supplémentaires, dénonçant notamment des classes et des emplois du temps surchargés, le manque de professeurs, et demandant la refonte voire l’arrêt de Parcoursup, la plateforme d’inscription dans l’enseignement supérieur.

Le chef du gouvernement a promis, pour l’heure, le lancement de plusieurs chantiers et d’apporter « davantage de transparence » et de « simplicité » à Parcoursup. Il a annoncé aussi la suspension des cours dans les lycées de mercredi à vendredi, afin de permettre aux chefs d’établissement d’organiser un « temps de démocratie interne avec les élèves ».

Mais c’est au sommet du pouvoir que va être actée la réponse apportée aux lycéens. Emmanuel Macron a réuni, mardi soir, à l’Elysée, Sébastien Lecomu et les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation. Objectif: tenter d’amorcer une sortie de crise pour éviter une « convergence des luttes », au moment où la perte de pouvoir d’achat, amplifiée par la flambée des prix à la pompe, fragilise aussi de nombreux ménages français. La CGT annonce déjà qu’elle se tiendra aux côtés des lycéens et des étudiants, qui poursuivent leur mouvement, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation jeudi. Les appels à un retour des « gilets jaunes », le 17 octobre, se multiplient, dans le même temps, sur les réseaux sociaux.

L’Indépendant, le 7 octobre 2026