L’édito du webzine. La guerre est un business

Alors que les discours politiques se parent des oripeaux de la « défense nationale » et de la « dissuasion », les marchés, eux, ne s’y trompent pas : la guerre est devenue le placement le plus lucratif du siècle.

Entre 2017 et 2025, le budget militaire français a bondi de 50 %, passant de 32,7 à 50,5 milliards d’euros par an. Et ce n’est qu’un début. D’ici 2027, il frôlera les 64 milliards, une somme colossale prélevée sur les contribuables, tandis que l’État nous serinera, sans ironie, que la réduction des déficits reste une « priorité ».

Pendant que les citoyens s’interrogent sur leur pouvoir d’achat ou l’avenir des services publics, les actionnaires, eux, comptent leurs plus-values. Thales, spécialiste des radars et de la cybersécurité militaire, a vu son cours de Bourse s’envoler de 80 % en 2025. Dassault Aviation, porté par les ventes du Rafale, affiche un chiffre d’affaires en hausse de 20 % et une action en progression de 70 % en un an. Même Exail Technologies, plus discrète mais tout aussi vorace, a doublé sa valorisation.

Et que dire des géants américains ? Les six premiers jours du conflit entre les États-Unis et l’Iran ont englouti 9,7 milliards de dollars de fonds publics. Résultat : Northrop Grumman (fabricant du bombardier B-2) a grimpé de 46 %, RTX (ex-Raytheon, producteur des missiles Patriot) de 45 %. Chaque missile tiré, chaque drone détruit, chaque obus explosé se transforme en nouvelle commande publique en dividende juteux.

La mécanique infernale

Le système est implacable : lorsqu’un conflit éclate ou menace d’éclater, les États dépensent sans compter pour « se défendre », les industriels de l’armement empochent les contrats, gonflent leurs marges, et reversent des dividendes à leurs actionnaires, les marchés applaudissent, les cours flambent, et la boucle est bouclée.

Cela se traduit pour les États :par un endettement croissant, des services publics asphyxiés, une sociétés fracturées et pour les industriels par des carnets de commandes pleins à craquer, des actionnaires ravis, des perspectives radieuses.

Voilà le vrai enjeu de la prochaine élection présidentielle. Quel candidat osera briser cette spirale mortifère ? Qui aura le courage de dire que la sécurité ne se mesure pas en milliards de dépenses militaires, mais en diplomatie, en coopération, en désarmement ? La paix se négocie, la guerre se vend.

La paix n’est pas un luxe. C’est un investissement. Et il est grand temps de désinvestir de la guerre.

Dominique Gerbault

Grève à la SNCF. Le trafic très perturbé (L’Indep)

En raison d’un mouvement social national, la circulation des trains régionaux sera très perturbée en Occitanie, ce mercredi. Les Trains LiO seront les plus impactés, avec seulement 7 sur 10 en circulations et des liaisons partiellement assurées par des autocars.

C’est une première pour Jean Castex. Ce mercredi 10 juin, l’ancien Premier ministre, ex-maire de Prades, fait face à son premier conflit social à la SNCF, dont il est désormais PDG. Le mouvement est annoncé pour 24 heures. Un premier test social donc pour Jean Castex qui avait apaisé ce climat social quand il était à la tête de la RATP. Les syndicats du rail revendiquent une hausse des salaires et S’inquiètent de la multiplication de sociétés filiales et du transfert annoncé dans ces structures de salariés de la SNCF.

Une certitude, dans la région Occitanie et donc dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude, la circulation sera très perturbée ce mercredi 10 juin. « En raison d’un mouvement social national, la circulation des trains régionaux sera très perturbée en Occitanie », confirme SNCF voyageurs.

Dans le détail : 7 trains LiO (TER) sur 10 seront en circulations, avec un trafic partiellement assuré par autocars.

Des perturbations sont à prévoir aussi pour les TGV INOUI et OUIGO avec en moyenne 2 TGV sur 3 en circulation, mais aussi sur les lignes Intercités de jour et de nuit avec environ 1 train sur 2.

La SNCF recommande aux voyageurs de se renseigner avant de se déplacer, la veille à partir de 17h.

« Les équipes SNCF Voyageurs sont pleinement mobilisées pour accompagner ; informer et être au plus près des voyageurs », assure-t-elle par communiqué.

Toutes les informations sur les conditions de circulation sont à retrouver sur LiO Trafic pour suivre en temps réel l’état du trafic en Occitanie et consulter les prévisions du lendemain Site liO Train SNCF : trainlio.sncf.com (rubrique Info Trafic) Chaine WhatsApp liO Occitanie. L’application et le site SNCF Connect : sncfconnect.com.

T. B. (L’Indépendant, le 10 juin 2026)

Anthony Gonçalves. « Ces données doivent fonder nos politiques publiques » (La Marseillaise)

Oncologue et adjoint PCF au maire de Marseille en charge de la Santé, Anthony Gonçalves réagit à l’étude de la Drees sur les inégalités sociales face au cancer qu’il juge « très importante ».

La Marseillaise : Quels enseignements retenez-vous de cette étude ?

Anthony Gonçalves : C’est une étude très importante. Le cancer, jusqu’à présent, était finalement considéré comme une maladie qui frappait, de façon indifférente, riche et pauvre. Ce n’est pas la sensation que les cancérologues en ont, évidemment, puisqu’on sait, nous, que les facteurs de risque ne sont pas répartis de façon équilibrée. La grande innovation de méthodologie est que ces chercheurs ont utilisé un paramètre qui est plus proche de la réalité alors qu’avant, c’était basé surtout sur la zone où on habite, ce qu’ils appellent « l’écologie ». Là, ils ont utilisé une échelle démographique permanente à l’EDP, qui a l’air d’être plus corrélée au statut social, ainsi que le SND (Système national des données de santé). En France, l’Assurance maladie couvre 90 % de la population, on a donc une espèce de « mine d’or » avec des données de santé disponibles dans la base du système national qui rembourse les médicaments.

La Marseillaise : Ces inégalités, vous les constatez sur le terrain ?

Anthony Gonçalves : Il y a des choses qu’on n’anticipait pas complètement, comme le fait que la répartition des cancers soit différente selon le niveau social. On fait l’hypothèse que les plus modestes sont exposés aux carcinogènes les plus impliqués dans le cancer du poumon, comme le tabac. Inversement, le cancer du sein est classiquement plutôt associé à peu de grossesses, ou plus tardives, et on évoque le rôle de la contraception orale, qui est réelle, mais très modeste. On sait bien, quand on voit les patientes, qu’elles sont plus souvent issues d’un milieu social « plus élevé » que la population atteinte de cancers pulmonaires. Pour la prostate, l’élément mis en avant est le fait que le diagnostic de cette pathologie repose, dans un grand nombre de cas, sur le dosage du PSA (antigène prostatique spécifique), c’est quelque chose qui se développe plus facilement dans les catégories les plus aisées, qui sont plus médicalisées.
Ce qui est plus troublant, c’est la répartition dans le pronostic. Les cancers de mauvais pronostic, ceux qui conduisent à des survies inférieures à 50%, sont beaucoup plus fréquents chez les plus modestes que chez les gens plus aisés. Cela tient en partie, aussi, au type de cancer. Le cancer du sein ou de la prostate sont des cancers qui ont de bons pronostics, les cancers du poumon beaucoup moins. Mais, même quand on exclut les cancers considérés comme plutôt socialement marqués, il reste quand même des cancers plus agressifs, plus graves, de plus mauvais pronostic chez les gens les plus modestes. Le diagnostic se fait probablement plus tardivement, parce que moins d’accès au dépistage et aux docteurs tout court. Les plus modestes se retrouvent plus souvent avec des cancers qu’on pourrait éviter, donc qui sont accessibles à la prévention.

La Marseillaise : Quelle réponse politique apporter ?

Anthony Gonçalves : Il faut renforcer les approches de prévention et les dépistages. Les cancers qu’on pourrait dépister à des stades précoces, on les retrouve à des stades métastatiques de façon disproportionnée chez les patients les plus modestes, selon cette étude. Ces données sont très importantes et doivent fonder les politiques publiques –y compris municipales– en matière de prévention de dépistage, d’accès aux soins. Quand on voit de telles inégalités dans un domaine aussi fréquent et aussi socialement marqué dans l’inconscient collectif que le cancer, une pathologie qui est connue, dans lesquelles les données sont bien décrites, connues de tous les spécialistes, il est clair que, oui, c’est une affaire politique. Il y a des questions politiques qui sont derrière l’accès aux soins, au dépistage précoce et à la prévention.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 8 juin 2026)

Romain Pitelet. « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire » (La Marseillaise)

Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT cheminots, dénonce les réorganisations successives qui ont conduit à une situation alarmante. Les fédérations des cheminots de la CGT, de l’Unsa, de Sud et de la CFDT ont déposé un préavis de grève unitaire à la SNCF, pour le 10 juin, en dénonçant une politique d’entreprise anxiogène après une vague de suicides.

La Marseillaise : Vous appelez les cheminots à la grève, ce mercredi 10 juin, avec un mouvement unitaire. Quel a été le déclencheur ?

Romain Pitelet : Nous observons une dégradation de plus en plus visible de la situation sociale et sanitaire de l’ensemble des cheminots à la SNCF. Depuis plusieurs années, ils subissent des réorganisations importantes, des déstructurations des collectifs de travail, une diminution de plus en plus forte des moyens. Cela amène à des tensions, auxquelles s’ajoute le désengagement de l’État sur la question du ferroviaire. Et il y a la question de l’ouverture à la concurrence, de la filialisation, du transfert de personnels, qui sont des épreuves pour les salariés. Cela amène à un climat de souffrance extrêmement fort, qui dure depuis plusieurs mois. Au fil des combats locaux, des mobilisations de proximité, que ce soit pour défendre une gare, une ligne, des emplois, des conditions de travail, petit à petit, il y a une colère qui monte de plus en plus, partagée par l’ensemble des organisations syndicales qui, depuis des mois, interpellent la direction de la SNCF. À cette heure, le peu de réponses apportées ne suffisent pas à régler la situation. Nous sommes dans un état d’urgence sanitaire extrêmement préoccupant.

La Marseillaise : Comment se manifeste cette urgence sanitaire au quotidien ?

Romain Pitelet : Cela s’exprime de la manière la plus dramatique. Le sujet des suicides a fait la Une de l’actualité [douze suicides de cheminots ont été recensés en quatre mois au début de l’année, Ndlr.], mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La situation est grave aussi bien chez les employés, les ouvriers, les agents de maîtrise, que chez les cadres, y compris supérieurs. Nous ne nous retrouvons plus dans la politique menée dans l’entreprise SNCF et, plus globalement, dans l’ensemble des entreprises de la branche ferroviaire. Les statistiques internes montrent une hausse des arrêts de travail, une hausse des risques psychosociaux, une augmentation des burn-out… De nombreux cheminots, y compris de l’encadrement, viennent nous voir et font état de situations totalement folles dans leur quotidien, ils font et défont leur travail en permanence, ou sont placardisés… Nous sommes dans une situation qui rappelle les processus qui ont eu lieu dans d’autres entreprises, qui ont amené à des drames. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous avons alerté à de multiples reprises la direction de la SNCF sur des mesures d’urgence, avec un moratoire sur l’ensemble de ces réorganisations, l’arrêt de la concurrence. Et il y a la question salariale, exacerbée par le retard de paiement du travail des cheminots depuis plusieurs années, pas à la hauteur de la reconnaissance de leurs qualifications.

La Marseillaise : Pourquoi la SNCF pousse-t-elle ces réorganisations ?

Romain Pitelet : La plupart du temps, il s’agit d’accroître la productivité non pas pour améliorer le service -on voit le service public se dégrader- mais pour une raison simple : la SNCF se met en disposition pour pouvoir répondre à des appels d’offres. Donc il faut saucissonner, étanchéifier un certain nombre de sujets de production et pressurer les cheminots pour qu’il y ait des bénéfices sortis. Le système libéral amène jusqu’à tenter de sacrifier un certain nombre de sujets de sécurité, un élément fondamental du métier de cheminot.

La Marseillaise : Quels sont ces risques pour la sécurité ?

Romain Pitelet : Cela peut-être des sujets réglementaires : essayer de rogner des repos, allonger de manière forcée le temps de travail, rogner sur la question de la formation professionnelle. Nous embauchons beaucoup à la SNCF, mais conduire des trains, entretenir des voies, faire un poste d’aiguillage, être sur les quais demande une connaissance très fine du milieu ferroviaire. C’est un milieu dangereux et donc il faut une formation extrêmement solide. Les signes envoyés vont en permanence vers un rabougrissement de cette formation, pour des questions de coûts. On le voit dans toutes les entreprises du ferroviaire, avec des tentatives de formations de conducteurs en cinq mois, alors que notre critère, ce sont des formations de douze mois. C’est extrêmement dangereux pour la cohérence de l’ensemble du système.

La Marseillaise : Vous parliez de l’ouverture à la concurrence du rail. Quelles conséquences observez-vous ?

Romain Pitelet : Il y a le sujet de la gabegie financière. Le comité central d’entreprise a diligenté une expertise sur les surcoûts de la concurrence. Ce document a bousculé le gouvernement et les directions d’entreprises parce qu’il montre un système absurde de mise en concurrence dans un système qui doit être intégré. Oui, la concurrence coûte plus cher que de maintenir une entreprise publique intégrée. Le deuxième aspect, c’est sur la qualité du service : en rabougrissant les moyens, on ferme une gare, des dessertes, on met en danger des lignes qui pourraient faire circuler des trains. Dans le centre de la France, autour de Limoges, les associations d’usagers, avec la CGT cheminots, font de multiples initiatives parce que, bientôt, il n’y aura plus de train dans le Limousin. Et il y a le quotidien, le prix du billet qui s’envole parce qu’il faut que la machine à cash fonctionne à plein, que ce soit à la SNCF ou pour les autres entreprises. On pressure les cheminots sur les droits, on pressure les autres usagers en baissant du service : c’est ça la réalité de la concurrence.

La Marseillaise : Il y avait déjà eu des mobilisations nationales pour le fret ferroviaire. Où en sommes-nous ?

Romain Pitelet : Nous alertons jusqu’à la direction de la SNCF parce que nous avons des possibilités de reprendre un certain nombre de trafics, voire d’en créer de nouveaux, mais la direction de Rail et logistique Europe, l’antenne fret de la SNCF, ne se positionne pas dessus. Il faut du sérieux, les enjeux environnementaux sont importants. La bataille continue aussi sur les sites, pour le maintien des triages, des wagons, des locomotives, qu’on ne brade pas cet outil indispensable.

La Marseillaise : Quelle mobilisation attendez-vous pour le 10 juin ?

Romain Pitelet : Nous attendons une forte mobilisation parce qu’elle est unitaire. Les quatre organisations syndicales ont pris leurs responsabilités et il faudra qu’elles le fassent après les annonces que pourrait faire le président de la SNCF, Jean Castex. On sent une température qui monte, les initiatives, les appels locaux, complétés par les appels unitaires au niveau national créent un climat de conflit qui s’annonce extrêmement fort. Nous appelons la direction de la SNCF à nous recevoir le plus rapidement possible pour que nous puissions avoir de réelles négociations. Sur les points portés par les organisations syndicales, nous avons des propositions, nous sommes ouverts à la discussion et nous pouvons avancer rapidement sur un certain nombre de sujets, pour régler la situation.

La Marseillaise : Quelles propositions mettez-vous sur la table ?

Romain Pitelet : Sur les questions de salaires, on ne peut pas se contenter de primes. Il y a aussi les questions de formation, du maintien des droits des cheminots qui sont transférés, et le maintien de l’unicité de l’entreprise qui doit perdurer. C’est un outil public dont on va tous avoir de plus en plus besoin dans les années à venir. Nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir, contrairement à ce que certains veulent faire. Mais, aujourd’hui, l’urgence, c’est la situation sanitaire des cheminots, leurs conditions de travail, que l’on remette le sens du travail au cœur des discussions.

Propos recueillis par Yves Souben (La Maseillaise, le 8 juin 2026)