Contestation lycéenne. La mobilisation prend de l’ampleur, l’exécutif en quête d’une sortie de crise (L’Indep)

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé, mardi, à travers la France, mettant le gouvernement sous pression.

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont battu le pavé, mardi, lors de la nouvelle journée de mobilisation des lycéens. Un mouvement qui gagne le pays avec le renfort des syndicats (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, SUD), comme de l’opposition de gauche (PS, PCF, LFI) et inquiète désormais le chef de l’État qui a pris en main la gestion du dossier.

Pour l’acte III de la contestation, jeunes, parents et professeurs ont défilé ensemble dans toute la France, mettant le gouvernement sous pression avec une mobilisation qui prend de l’ampleur. Ils étaient 256 000 personnes dans les nues, ce mardi, dont 56 000 à Paris, selon le ministère de l’intérieur. Les organisations lycéennes et étudiantes (USL, Fage, Union étudiante, Unef) revendiquent, elles, 450 000 manifestants, dont 100 000 dans la capitale. 10000 personnes ont également fait également leur colère à Montpellier, près de 2 000 a Nimes, entre 1 800 et 2 500 à Perpignan, plusieurs centaines dans les rues de Narbonne et Carcassonne.

Selon le ministère de l’Éducation nationale, les cours étaient suspendus dans le même temps dans 891 lycées, totalement ou partiellement, sur un total de 3 700 établissements.

La journée a également été émaillée de nouveaux heurts et affrontements. 488 personnes ont été interpellées et 43 membres des forces de l’ordre blessés.

Sous le feu des critiques, le Premier ministre Sébastien Lecomu a défendu, mardi, à l’Assemblée nationale, la nécessité de maintenir l’ordre face aux violences, accusant LFI de « souffler sur les braises » et de « bordéliser » le pays à l’approche de l’élection présidentielle. « Depuis dix-huit jours, vous jouez le pourrissement et déchainez une répression inédite contre les manifestants », a rétorqué Mathilde Panot, la cheffe de file des députés LFI, en réclamant comme le PS, l’interdiction de l’usage « d’armes mutilantes ».

La Commission nationale consultative des droits de l’homme pointe, elle aussi, un « recours disproportionné à la force », face à des mineurs.

Dix enquêtes ont été confiées à la police des polices alors qu’un jeune a eu la main arrachée à Lens et un autre a perdu un œil à Tours. Le policier auteur du tir de lance-grenade qui a blessé au visage Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) la semaine dernière, en marge de la mobilisation lycéenne, a été, lui, mis en examen, mardi, pour violences.

Mais le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, estime ne pas avoir « à présenter des excuses » et affirme que les interventions des forces de l’ordre s’effectuent dans « la plus grande
proportionnalité ».

Pour nombre de responsables de gauche, les violences accompagnant la contestation lycéenne qui a débuté le 21 septembre dans l’académie de Créteil (Val-de-Marne) s’expliquent, en partie, par la réponse répressive apportée à ce mouvement et le temps mis par le gouvernement à ouvrir la discussion.

Réunion de crise à l’Élysée

Les élèves réclament toujours de meilleures conditions d’apprentissage et des financements supplémentaires, dénonçant notamment des classes et des emplois du temps surchargés, le manque de professeurs, et demandant la refonte voire l’arrêt de Parcoursup, la plateforme d’inscription dans l’enseignement supérieur.

Le chef du gouvernement a promis, pour l’heure, le lancement de plusieurs chantiers et d’apporter « davantage de transparence » et de « simplicité » à Parcoursup. Il a annoncé aussi la suspension des cours dans les lycées de mercredi à vendredi, afin de permettre aux chefs d’établissement d’organiser un « temps de démocratie interne avec les élèves ».

Mais c’est au sommet du pouvoir que va être actée la réponse apportée aux lycéens. Emmanuel Macron a réuni, mardi soir, à l’Elysée, Sébastien Lecomu et les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation. Objectif: tenter d’amorcer une sortie de crise pour éviter une « convergence des luttes », au moment où la perte de pouvoir d’achat, amplifiée par la flambée des prix à la pompe, fragilise aussi de nombreux ménages français. La CGT annonce déjà qu’elle se tiendra aux côtés des lycéens et des étudiants, qui poursuivent leur mouvement, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation jeudi. Les appels à un retour des « gilets jaunes », le 17 octobre, se multiplient, dans le même temps, sur les réseaux sociaux.

L’Indépendant, le 7 octobre 2026

Manifestations lycéennes. Lecornu tente d’éteindre le feu (L’Indep)

À la veille d’une grève dans la fonction publique ce mardi, le Premier ministre a chargé son gouvernement de répondre aux revendications.

1 La feuille de route de Sebastien Lecornu

Le Premier ministre Sébastien Lecomu a annoncé, dimanche, transmettre à son gouvernement une « feuille de route » autour de cinq chantiers : les absences longues d’enseignants, l’adaptation aux fortes chaleurs, la longueur des journées, l’orientation via Parcoursup, le dialogue avec les lycéens. Il s’entretiendra en visioconférence avec les présidents de Région, ce mardi, rappelant que les bâtiments dépendent deux.

Il réclame à ses ministres des propositions d’améliorations de Parcoursup d’ici à la fin octobre. Il demande également que les cours reprennent « partout où les conditions de sécurité le permettent, « dès ce lundi ».

2 400 à 500 lycées peut-être fermés

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé, dimanche, sur France 2 et France Inter, que 400 à 500 établissements scolaires seront totalement ou « partiellement » fermés ce lundi.

Il a précisé que vingt-quatre établissements avaient été « incendiés ou saccagés ». « Il y a des militants, notamment d’ultra-gauche, qui ont infiltré le mouvement, qui en ont dépossédé les lycéens et qui ont été extrêmement violents », a-t-il poursuivi. « Très clairement, ça fait aussi courir un risque, et à nos personnels, et à nos élèves. »

3 « Un gouvernement aux abois »

La fermeture des lycées est contestée par des syndicats enseignants. La stratégie aurait pour but, selon eux, de tuer dans l’œuf la dynamique lycéenne.

Selon le Snes-FSU, « le gouvernement a fait le choix de répondre par la force et la répression policière ». Le syndicat y voit la réponse d’un « gouvernement aux abois ». Le Snes-FSU considère les revendications « légitimes : elles rejoignent d’ailleurs celles que nous avons exprimées dans de nombreuses mobilisations, ces dernières années ».

La grève programmée ce mardi dans la fonction publique devrait être l’occasion de réunir les forces contestataires, sur fond de « convergence des luttes », espèrent certains.

4 Mise en examen a Marseille

Un mineur de quinze ans et demi a été placé en détention provisoire à l’issue de sa mise en examen pour « acte de barbarie », commis le 1er octobre à Marseille, a annoncé, dimanche, le parquet. Placé en garde a vue, il a reconnu les faits et exprimé des regrets, ajoute le parquet. Une femme de 40 ans avait tenté d’intervenir alors que des jeunes voulaient briser un abribus. L’un d’eux avait projeté un spray enflammé sur son visage.

Un lycéen de 16 ans a par ailleurs été arrêté, dimanche matin, et placé en garde à vue dans l’enquête sur l’agression d’un professeur, aspergé d’essence, vendredi à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône.

5 Policier frappe : deux gardes à vue

Deux personnes ont été placées en garde à vue, à Belfort, ce dimanche. Un policier avait tenté d’interpeller un homme près d’un ruisseau. Il a ensuite été roué de coups. Le procureur a démenti des affirmations sur les réseaux sociaux selon lesquelles il aurait mis la tête du jeune homme sous l’eau L’interpellé a porté plainte pour tentative de meurtre.

Une autre image a fait le tour des réseaux : l’homme en civil apostrophé au milieu des lycéens par le député européen Anthony Smith (LFI), à Reims, après avoir lancé un projectile, était bien un policier, a confirmé le procureur, dimanche… Mais le magistrat ne conclut pas à une attitude répréhensible.

L’Indépendant, le 5 octobre 2026

Le 6 octobre, la CGT sera aux côtés des lycéen·nes et étudiant·es !

Depuis plusieurs jours, partout en France, des dizaines de milliers de lycéennes et les lycéens se mobilisent pour faire entendre leur colère et leurs revendications.

Comme cela a été porté lors des grèves du 29 septembre, elles et ils se mobilisent en raison du manque d’enseignant·es et de personnels, des classes surchargées, des conditions d’études dégradées, d’établissements vétustes, et aussi de l’inquiétude face à leur avenir et la précarité qui touche une partie croissante des plus jeunes et de leurs familles. Elles et ils demandent la fin de Parcoursup qui amplifie la sélection sociale pour l’accès aux études.

Les lycéen·nes et étudiant.es d’aujourd’hui sont les travailleurs et travailleuses de demain, ils et elles ne doivent pas payer le prix des politiques d’austérité. Le projet de budget aggrave une situation déjà délétère.

Quand il manque des professeur·es, quand les classes sont surchargées, quand les bâtiments se dégradent et que les jeunes voient leurs perspectives d’avenir se réduire, la réponse ne peut pas être la répression.

Pourtant, c’est le choix fait par le gouvernement. Aux revendications légitimes, il répond par la violence, les interpellations, les gardes à vue et le déploiement des forces de l’ordre aux abords des établissements. Près de 3 000 lycéen·nes et étudiant·es ont été interpellés depuis le début de la mobilisation et 170 d’entre elles et eux ont été blessés ainsi que des personnels, parfois gravement. Le gouvernement assume l’escalade répressive et cherche à museler la contestation, allant jusqu’à demander aux parquets de faire preuve de fermeté à l’égard des parent·es des lycéen·nes mobilisé·es.

Cette répression est d’une ampleur sans précédent. Et le gouvernement ne se contente pas de laisser faire : il organise et assume cette escalade. En faisant le choix de la répression, le gouvernement alimente la colère et prend délibérément le risque d’aggraver une situation dont il porte la responsabilité.

La CGT condamne avec la plus grande fermeté cette répression et appelle le gouvernement à y mettre un terme immédiat. Elle a saisi, avec la Ligue des droits de l’Homme et la FCPE, le Défenseur des droits pour l’alerter sur cette violente répression et lui demander de veiller au respect des droits et libertés des lycéen·nes et étudiant·es mobilisé·es.

Comme elle le fait déjà devant les établissements, la CGT sera le 6 octobre aux côtés des lycéen·nes, étudiant·es et personnels de l’éducation mobilisés. Elle appelle toutes ses organisations à protéger leur droit à se mobiliser et à mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour s’organiser, notamment en ouvrant les bourses du travail et les maisons du peuple pour leur permettre de se réunir, en sécurisant les mobilisations et en déposant les demandes d’autorisation en lien avec les organisations lycéennes et étudiantes.

Toutes et tous concernés ! Les salarié·es de l’énergie seront en grève sur leurs revendications le 6 octobre. Dans le respect de leur autonomie, nous devons être nombreux et nombreuses aux côtés des jeunes. Rejoignons les manifestations organisées partout en France, en organisant la mobilisation par tous les moyens à disposition de nos syndicats, y compris par la grève dans le cadre notamment des préavis déjà déposés par plusieurs de nos organisations.

Le 6 octobre, faisons entendre une même exigence : les lycéen·nes et étudiant·es ont des droits, ils et elles ont des revendications, elles doivent être entendues, pas réprimées !

Montreuil, le 2 octobre 2026

Manifestations lycéennes : ce feu parti des banlieues défavorisées (L’Indep)

« Quand il y a un effondrement du service public, ceux qui sont le plus touchés, le plus violemment, c’est ceux qui sont en bas. »

La mobilisation lycéenne, partie des banlieues parisiennes dé favorisées, s’est étendue à l’ensemble de l’Hexagone, les manifestations dénonçant la vétusté des établissements, la surpopulation dans les salles de classe et la pénurie d’enseignants. Et pour Ulysse Rabate, chercheur en sciences politiques à l’université Paris 8, ces manifestations montrent à quel point les quartiers urbains marginalisés influencent de plus en plus la politique nationale.

« Quand il va un effondrement du service public, et notamment un effondrement de l’école publique, évidemment, ceux qui sont les plus touchés, le plus violemment, c’est ceux qui sont en bas », estime-t-il. De fait, en Seine-Saint-Denis, les deux tiers des lycées ont participé aux manifestations, jeudi, a indiqué le syndicat CGT. Dans quatre vil les, des jeunes, des enseignants et des parents se sont plaints ensemble des conditions d’hygiène insuffisantes dans les établissements scolaires et du manque chronique de personnel, notamment d’infirmiers et d’assistants sociaux.

Louise Paternoster, co-secrétaire de la CGT Éduc’Action 98, a déclaré que le département ne disposait pas de ressources suffisantes. « Nos élèves perdent des années de cours, on a des collèges où l’eau n’est pas potable, nous ne sommes pas à égalité avec les autres départements », a-t-elle dénoncé, imputant ces manquements aux coupes budgétaires, qui prévoient la suppression de plus de 3 000 postes d’enseignants à l’échelle nationale, en 2026.

Le souvenir de 1990

Le dernier mouvement de protestation des lycéens de cette ampleur au niveau national. pour réclamer davantage de moyens, remonte aux années 1990. Il faisait alors suite à l’extension massive de l’accès au baccalauréat, sans pour autant doter les établissements scolaires de ressources supplémentaires suffisantes, rapporte Clémence Cardon-Quint. Cette professeure d’histoire à l’université Paul-Valéry, à Montpellier, mène des recherches sur le financement de l’éducation. Le mouvement a alors obtenu une augmentation des financements, mais les dépenses par élève ont ensuite stagné malgré des exigences croissantes imposées aux établissements.

Selon Clémence Cardon-Quint, les élèves et les enseignants ont eu à supporter des responsabilités supplémentaires, au fil des années. Notamment la gestion de Parcoursup, le système d’admission à l’université mis en place en 2018 et critiqué par certains élèves et enseignants comme étant opaque et discriminatoire.

L’Indépendant, le 4 octobre 2026

Plus de 5 000 personnes interpellées

Face aux manifestations dans 1 200 lycées, la police a souvent riposté à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. De nombreux enseignants, lycéens et parents ont critiqué des méthodes attisant plus le feu que calmant le jeu. Plus de 5 000 personnes ont été interpellées.

Des manifestants ont été gravement touchés: blessures à l’œil, dents cassées et coups donnés. Une enquête a été ouverte à la suite de l’incendie du préau d’un collège de Metz, vendredi. A Belfort, un commandant de police en civil a été tabassé par des jeunes, le même jour. A Marseille, un mineur de 15 ans a été interpellé : il avait brûlé une femme au visage avec un lance-flammes improvisé. Elle cherchait à s’interposer pour empêcher la destruction d’un abribus.

L’Indépendant, le 4 octobre 2026

Reçus par le ministre, les lycéens appellent à poursuivre le mouvement (L’Indep)

Vendredi, plus de 700 établissements ont été touchés et de nombreuses scènes de violences recensées.

Les représentants des lycéens estiment ne pas avoir obtenu de « mesures concrètes », à l’issue d’une réunion avec le ministre de l’Éducation, Edouard Geffray, vendredi, et appellent à poursuivre le mouvement mardi 6 octobre, appuyés par une intersyndicale de l’éducation et des organisations étudiantes.

Les lycéens dénoncent des conditions d’enseignement dégradées et réclament, notamment, des recrutements massifs d’enseignants et une rénovation des bâtiments. Édouard Geffray leur a, notamment, promis, vendredi, un travail sur les rythmes scolaires et une plateforme de concertation pour recueillir leurs doléances. Un « écran de fumée », selon les syndicats lycéens, qui maintiennent la pression sur l’exécutif mais se désolidarisent des actes de violences.

Trois personnels de l’Éducation en ont encore été victimes, vendredi, contre 31 la veille. À La Ciotat, « un enseignant a été aspergé d’essence volontairement, puis agressé physiquement par deux individus », selon les autorités, citées par Le Monde. À Tours, un lycéen de 16 ans, blessé mercredi, a perdu T’usage de son œil droit, avec des lésions « compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD », selon le parquet. Une lycéenne de 16 ans a été légèrement brûlée devant le lycée Louis-Feuillade à Lunel (Hérault), après l’explosion d’un aérosol près d’un feu. À Belfort, c’est un commandant de police qui a été roué de coups en marge d’une manifestation lycéenne.

1 747 interpellations

Des « violences urbaines » ont été recensées, vendredi, aux abords de 158 établissements, a précisé le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez. 1 747 interpellations ont eu lieu au cours de la jouée (contre un peu moins de 2 000 la veille). Le fonctionnement de 735 établissements, dont une petite centaine de collèges. a été perturbé dans le même temps, « soit 30 % de moins » que la veille, selon Édouard Geffray. Une colère lycéenne qui a, une nouvelle fois, largement résonné en Occitanie, dans l’Hérault, le Gard, l’Aude, les Pyrénées Orientales ou encore l’Aveyron.

Parti le 21 septembre de l’académie de Créteil (Val-de-Mame), le mouvement a pris de court le gouvernement qui juge « légitimes » certaines revendications, tout en condamnant le recours à la violence et l’instrumentalisation politique de La France insoumise (LFI), à sept mois de l’élection présidentielle.

Jeudi, l’entourage de Sébastien Lecornu a imputé l’origine du mouvement à « LFI et ses proxys de l’ultra gauche », pointant, là aussi, un moment de bascule de la contestation vers des « violences urbaines », sur la base d’informations des services de renseignement. Le coordinateur du mouvement d’extrême gauche, Manuel Bompard, renvoie, lui, la responsabilité de la fronde lycéenne sur l’exécutif, pointant la suppression « des postes d’enseignants, de surveillants, des équipes éducatives ».

Dans une interview au Parisien publiée en ligne vendredi soir, Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire de la gauche, appelle pour sa part le gouvernement à « cesser de réprimer » la colère des lycéens. Amnesty international et le Syndicat de la magistrature dénoncent, eux aussi, un usage disproportionné de la force. Tandis que Gérald Darmanin pointe du doigt les parents. Le garde des Sceaux demande aux procureurs de requérir leur responsabilité civile pour leur faire payer la facture des dégâts commis par leurs enfants.

L’Indépendant, le 3 octobre 2026

La fronde lycéenne se durcit, le mouvement gagne les universités (L’Indep)

Plus de 400 établissements scolaires fermes ce vendredi. Des élèves et parents reçus par le ministre.

Le mouvement de contestation des lycéens se durcit en France, où blocus, violences et dégradations se multiplient dans des centaines d’établissements, une fronde tous azimuts qui a gagné, jeudi, les universités, avec une trentaine de blocages revendiqués par l’Union étudiante.

Face à la dégradation de la situation, les services de renseignement français ont imputé « l’origine du mouvement » à « LFl et ses proxys de l’ultragauche », pointant un moment de bascule de la contestation vers des « violences urbaines », a fait savoir l’entourage de Sébastien Lecomu après la cellule interministérielle de crise convoquée par le Premier ministre.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reconnu sur le plateau du JT de 20 Heures de France 2 que le « mouvement a changé de nature ». « Vous avez souvent des groupuscules d’ultragauche qui aujourd’hui ont des comportements violents et mettent en péril la santé de nos élèves et de nos personnels », a-t-il déclaré, faisant état de 65 membres du personnel et 170 élèves blessés et indiquant qu’un peu plus de 400 établissements scolaires resteront fermés ce vendredi. Le ministère de l’Intérieur a annoncé 1 949 arrestations, ce jeudi en France, essentiellement pour atteinte aux personnes dépositaires de l’autorité publique, violences et attroupements. En Île-de-France, la facture des dégradations s’établit à ce stade « à plus d’un million d’euros », indique la Région.

« Interdiction de LFI »

Dans les Bouches-du-Rhône, la Régie des transports métropolitains (RTM) de Marseille a décidé d’interrompre l’intégralité des transports en commun compte tenu, précise-t-elle dans un communiqué, « des déprédations et des agressions de conducteurs avec blessés intervenus ce matin sur le réseau bus ».

Un incendie s’est déclaré dans le lycée Nelson-Mandela de Nantes, dans le lycée Blaise-Pascal de Rouen et des faits similaires sont rapportés à Rennes, Toulouse où des heurts ont été signalés entre manifestants et forces de l’ordre. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a réuni en visioconférence, jeudi après-midi, les procureurs généraux pour organiser la réponse pénale consécutivement aux interpellations.

Édouard Geffray a annoncé, lui, sur le réseau social X, qu’il recevrait ce vendredi « les organisations syndicales représentatives des personnels, les associations de parents d’élèves, les associations lycéennes et les élus du Conseil national de la vie lycéenne ».

Les élèves qui manifestent, avec l’appui de l’Union syndicale lycéenne (USL), dénoncent une dégradation des conditions d’apprentissage, avec notamment des classes surchargées et un manque de professeurs.

Parti le 21 septembre de l’académie de Créteil (Val-de-Mame), le mouvement gagne chaque jour en importance, prenant de cout le gouvernement qui juge « légitimes » certaines revendications tout en condamnant le recours à la violence et l’instrumentalisation politique de La France insoumise (LFI), à sept mois de l’élection présidentielle. L’Union syndicale lycéenne, par la voix de son président Ryad Rani, déclare se mobiliser contre la « violence institutionnelle et sociale que subissent de nombreux jeunes depuis maintenant neuf ans ». Prenant pour cible Emmanuel Macron, au pouvoir depuis mai 2017. Le chef de l’État a dit mercredi comprendre et entendre les « angoisses » et les « colères » de la jeunesse tout en condamnant le recours à la violence.

Dans ce qu’elle présente comme l’acte Il de sa mobilisation, l’USL a reçu le soutien de l’Union étudiante, qui entre à son tour dans la contestation pour réclamer notamment un « financement massif » des lycées et des universités. L’Unef appelle également les étudiants à manifester contre la suppression de places dans les facultés et le gel des aides personnelles au logement (APL), mesure inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027.

L’Union étudiante recensait « près d’une trentaine de blocages » jeudi matin sur les campus, à Paris (Paris Cité, Sorbonne-Université entre autres) mais aussi à Strasbourg, Montpellier, Lyon, Rennes, notamment. Une contestation dont s’empare la classe politique à l’approche de l’élection présidentielle. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, pointe « l’irresponsabilité du gouvernement ».

Marine Le Pen (RN) accuse Jean-Luc Mélenhon (LFI), de porter une « lourde responsabilité », en soufflant sur les braises de la contestation des lycéens. Bruno Retailleau (LR) estime, lui, que la question se pose d’une « interdiction de LFI ». « Ce qui se passe aujourd’hui devant les lycées, c’est la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 si Mme Le Pen gagnait, ils organiseraient une insurrection dans le pays », assure-t-il.

Le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, pointé du doigt par l’exécutif et la droite pour avoir déclaré mardi, que la violence « peut être légitime », a maintenu jeudi ses propos sur France Info, tout en appelant à « l’apaisement ».

L’Indépendant, le 2 octobre 2026

Communiqué de presse de la CGT. Lycéen·nes mobilisé·es : la répression doit cesser, la démocratie doit vivre dans les établissements

Depuis plusieurs jours, des lycéennes et des lycéens se mobilisent dans de nombreux établissements pour dénoncer leurs conditions d’étude, le manque de personnels, les classes surchargées, les dysfonctionnements de leurs établissements et, plus largement, pour faire entendre leurs revendications. Contrairement à l’idée qu’essaie d’installer le gouvernement, leurs revendications ne sont pas partisanes mais liées à leurs conditions de vie et d’études, et font ainsi partie de leurs libertés syndicales.

Pourtant ce mouvement fait l’objet d’une répression qui s’intensifie. Interpellations, gardes à vue, violences aux abords des établissements : plusieurs lycéen·nes ont déjà été confrontés à la police pour avoir participé à des mobilisations.

Cette situation est inacceptable.

La jeunesse a le droit de s’exprimer, de revendiquer et de se mobiliser. Les lycéennes et les lycéens ne sont pas des fauteurs de troubles : ce sont des jeunes qui prennent la parole et veulent être entendus.

Un État dont l’école apprend la démocratie à la jeunesse ne peut pas lui envoyer la police. Les libertés d’expression, de réunion et de mobilisation des lycéen·nes doivent être respectées et protégées. Les établissements scolaires ne peuvent devenir des lieux où l’on intimide, sanctionne ou réprime celles et ceux qui contestent et qui proposent.

La CGT est très attachée au respect de la citoyenneté et à la liberté d’expression des jeunes et tient fermement au respect de l’autonomie des lycéen·nes comme des étudiant·es. Ce sont à elles et eux de définir leurs revendications et leurs mobilisations en toute indépendance.

Les personnels de l’Éducation nationale ont un rôle essentiel à jouer. Face aux pressions et aux tentatives d’intimidation, ils doivent pouvoir accompagner leurs élèves, garantir leurs libertés et faire vivre la démocratie au sein des établissements. La mobilisation des jeunes doit être entendue, pas étouffée.

La CGT, ses structures territoriales et professionnelles sont au service des organisations syndicales lycéennes et étudiantes représentatives pour protéger le droit à mobilisation des lycéen·nes. Face à la répression, nous réaffirmons notre solidarité avec les lycéennes et les lycéens. Leur liberté d’expression et de mobilisation doit être garantie y compris lors de la grande journée de grève et de manifestation de ce 29 septembre 2026.

Montreuil le 28 septembre 2026

Les publications de la Fondation Gabriel-Péri. La Pensée n°427 – Marchandisation de l’enseignement supérieur

Un premier dossier consacré à la « Marchandisation de l’enseignement supérieur » rassemble les contributions de N. Tardits, F. Bonnarel, S. Bonnéry, G. Bodenhausen, C. Soler, T. Ingrao, B. Riviale, C. Galan.

Un deuxième dossier étudie la politique patronale à l’égard des jeunes (E. Lehoux, A. Vayer, O. Chambard, E. Le Nader, F. Maillard).

Enfin, un troisième dossier porte sur les « Savants et scientifiques » (H. Chabot, P. Créel, F. Ferlin, V. Tesnière).

Juillet-Septembre 2026 – 20 euros

—> Commander

L’édito du webzine. Rentrée scolaire 2026 : l’austérité comme ligne directrice

La rentrée scolaire 2026-2027 s’annonce sous le signe de l’austérité budgétaire, malgré les annonces médiatisées du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. L’interdiction des portables dans les lycées et un questionnaire sur les violences sexuelles ne doivent pas masquer une réalité plus sombre.

Le budget alloué à l’éducation, bien qu’en hausse de 800 millions d’euros pour atteindre 65 milliards, sera largement absorbé par l’inflation. Résultat, les salaires des enseignants et des fonctionnaires, déjà en berne, ne bénéficieront d’aucune amélioration significative.

Les syndicats tirent la sonnette d’alarme. Après dix ans de réformes controversées -de Parcoursup, critiqué pour son manque d’équité, à la suppression des mathématiques en première ou encore l’appauvrissement des programmes en lycée professionnel- l’école publique paie le prix fort. Pire, la baisse démographique, qui aurait pu être une opportunité pour réduire les effectifs par classe, est instrumentalisée pour justifier des suppressions de postes et de classes. Une logique qui s’inscrit dans une politique plus large de désengagement de l’État au profit des intérêts du patronat, comme en témoigne le débat présidentiel organisé lors de la rentrée du Medef.

Dix ans de macronisme : un bilan amer pour l’école publique

Face à la colère des syndicats et des parents, Édouard Geffray reste évasif. Avec 161 000 élèves en moins cette année, le ministère justifie les suppressions de classes par la baisse démographique. Pourtant, les chiffres, connus par département, révèlent une autre réalité : ces décisions, prises sans concertation, exacerbent les inégalités territoriales. Comme le souligne le SNUipp, les écoles touchées sont souvent situées dans les mêmes secteurs, sans prise en compte des spécificités locales. Les Comités sociaux d’administration (CSA) sont devenus le théâtre de tensions croissantes, les syndicats dénonçant l’absence d’écoute.

Le dernier baromètre du SE-Unsa est sans appel : 75 % des enseignants s’inquiètent pour leur avenir, et 71 % estiment ne pas être respectés dans leur métier. Le salaire, devenu la préoccupation majeure symbolise ce malaise. « Le salaire de base n’est plus suffisant pour vivre correctement », déplore Julie Duhamel, secrétaire nationale du syndicat.

Les syndicats réclament une revalorisation générale des salaires, plutôt qu’un recours aux primes, qui ne comptent pas pour la retraite. Mais dans un contexte de campagne présidentielle où l’austérité domine, leurs revendications risquent de rester lettre morte.

Dans les Pyrénées-Orientales, la CGT Éduc’action 66 pointe l’absence de moyens pour rénover les établissements scolaires, le déficit de professeurs… Une rentrée qui « s’accompagne d’incertitudes et d’inquiétudes ». La santé mentale des élèves -fatigue, manque de concentration, décrochage-, n’est pas prise en compte. Les élèves en situation de handicap sont mal traités, le nombre d’accompagnants reste insuffisant face aux besoins, plongeant de nombreuses familles dans l’incertitude quant à l’aide attribuée à leur enfant.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, s’est adressé aux enseignants afin de les soutenir : « Nous avons besoin de plus d’enseignants pour faire reculer les inégalités, pour développer la pensée critique, pour démocratiser l’accès aux savoirs, à la culture, aux sports et affronter les changements de ce siècle. »

Rendez-vous est pris pour participer à la grande journée de mobilisation de la fonction publique le 29 septembre prochain.

Dominique Gerbault