Otto Vaillant Frías. « Cuba est un pays qui veut la paix mais nous allons le défendre »

Au lendemain de l’attaque des États-Unis contre le Venezuela, Donald Trump menaçait à son tour Cuba. Ambassadeur de l’île en France, Otto Vaillant Frías en appelle aux institutions internationales

La Marseillaise : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris l’attaque des États-Unis sur le sol du Venezuela ?

Otto Vaillant Frías : Il y a plusieurs réactions qui se mêlent. Comme Cuba, je condamne, je n’accepte pas ce type d’action des États-Unis contre n’importe quel pays, que ce soit le Venezuela ou un autre. C’est une violation du droit international, de la loi des États-Unis, de la loi du Venezuela… Ils n’ont pas le droit d’aller agresser un pays et d’en kidnapper le président ! Et c’est une intervention terrible, avec la mort de nombreuses personnes dont des Cubains qui ont été tués au combat. En tant que Cubains, nous sommes tristes de ces pertes. Et nous rejetons cette politique qui prend forme dans l’administration Trump, et qu’ils vont poursuivre il me semble.

La Marseillaise : Avec cette attaque, Donald Trump a franchi un cap supplémentaire, vous l’expliquez comment ?

Otto Vaillant Frías : Donald Trump prône désormais une politique de total manque de respect aux Nations Unies, au droit international. La doctrine Monroe revient, l’Amérique pour eux, en disant que c’est sa zone d’influence, qu’aucun pays ne peut agir indépendamment s’il ne le souhaite pas. Il y a deux siècles certains pays n’étaient pas encore indépendants, mais aujourd’hui, ils n’ont pas besoin de demander aux États-Unis que faire, comment agir, comment prendre des décisions dans leur politique intérieure ou extérieure. L’administration Trump n’a pas le moindre respect pour aucune organisation internationale, ni pour les gouvernements des autres pays. C’est très grave.

La Marseillaise : Immédiatement après l’attaque, Donald Trump a menacé Cuba. Cela vous inquiète ?

Otto Vaillant Frías : Il a dit qu’il faudrait regarder le cas de Cuba, regarder d’autres cas… À Cuba, nous souffrons d’un horrible blocus depuis plus de soixante ans, ils font déjà souffrir le peuple cubain parce qu’ils cherchent depuis le début de faire tomber le gouvernement et la révolution cubaine. Ils n’ont pas encore réussi, mais ils ont tout fait : l’agression militaire, le blocus, la propagation de maladies… Faire tomber notre gouvernement est leur objectif principal depuis le triomphe de la révolution cubaine, le 1er janvier 1959. Mais nous continuerons notre lutte. Même si ce ne sera pas facile pour nous.

La Marseillaise : Justement, dans son avion présidentiel Donald Trump disait que Cuba « est prêt à tomber », surtout si on lui coupe l’accès au pétrole du Venezuela… Que lui répondez-vous ?

Otto Vaillant Frías : Pendant le combat, il y avait aussi des Cubains au côté de Maduro. Le gouvernement du Venezuela avait demandé à Cuba du soutien pour la sécurité de son président, et ils étaient là. Ils étaient une trentaine à se battre contre 200 soldats des États-Unis. Ils ont réussi à tenir pendant plus d’une heure. Cela en dit beaucoup. Cuba est un pays qui veut la paix, mais nous sommes prêts à le défendre s’il y a besoin. Nous n’accepterons aucune invasion chez nous. Les États-Unis ont les moyens de punir les pays, les entreprises, de prendre des mesures contre tous ceux qui voudraient vendre du pétrole à Cuba, et je ne sais pas ce qu’il va se passer à l’avenir dans les relations commerciales, économiques ou de coopération entre Cuba et le Venezuela ou avec d’autres pays. C’est difficile à dire aujourd’hui. Mais nous avons le droit d’exporter ce que nous voulons malgré les sanctions des États-Unis. Nous verrons comment le Venezuela pourra tenir ses engagements envers Cuba.

La Marseillaise : Pourquoi cet acharnement persiste toujours selon vous, 67 ans après la révolution ?

Otto Vaillant Frías : La question de la relation des États-Unis avec Cuba remonte à avant la révolution. Depuis leur indépendance ils ont toujours pensé que l’Amérique leur appartient. Pour Donald Trump et ceux qui l’entourent, Cuba devrait être une étoile sur le drapeau des États-Unis.

La Marseillaise : Dans ce contexte, est-ce que les timides réactions européennes et spécifiquement françaises vous surprennent ?

Otto Vaillant Frías : Chaque pays agit selon la façon dont il voit les choses. Moi, je transmets la position que je connais, la mienne. Pour les réactions européennes ou françaises, il serait intéressant de demander pourquoi ils le font, comment ils voient la situation. Chaque pays a ses propres intérêts. Chaque pays a sa vision. Mais pour nous, c’est inacceptable.

La Marseillaise : Vous parliez du blocus des États-Unis, des containers ont justement été envoyés par la CGT, par le PCF pour soutenir Cuba. À quel point cette solidarité compte pour vous ?

Otto Vaillant Frías : C’est très important, parce nous avons eu un ouragan récemment qui a fait des énormes dégâts. Nous avons dû protéger la vie de 1,2 million de personnes dans des écoles, dans des endroits publics. Mais après son passage, 150 000 personnes ont perdu leurs maisons, plus de 50 000 habitations ont été détruites. C’est très compliqué de faire face à cette situation. C’est dans ce moment si difficile que l’on reçoit le soutien du Parti communiste français, des organisations de solidarité qui envoient des dons, des médicaments pour aider ces gens. Cela, c’est pour l’aspect matériel. Mais il y a une solidarité en France qui est très importante pour nous, c’est la solidarité politique, celle du Parti communiste français, de la CGT ou des autres partis politiques et organisations de solidarité. C’est le résultat d’années de solidarité et d’amitié, qui compte énormément pour Cuba.

La Marseillaise : Quels sont les besoins principaux pour Cuba aujourd’hui, dans ce contexte ?

Otto Vaillant Frías : C’est le droit à l’autodétermination, l’indépendance, la défense de la souveraineté nationale. Ce sont des principes non négociables. Le droit aux peuples à choisir leur destin, sans l’intermission de pays tiers, le droit au développement, le droit à la vie, le droit à la non-intervention, le droit à la non-ingérence de forces militaires sur son territoire… Pour Cuba, c’est absolument nécessaire qu’il y ait une concertation du monde entier concernant la politique menée aujourd’hui par les États-Unis. Hier, c’était le Venezuela. Mais demain on ne sait pas où ils vont intervenir. Vous avez vu les informations hier [mercredi, Ndlr.] sur les envies des États-Unis concernant le Groenland… Et après le Groenland, qui sera visé ? Il y a une envie d’expansion territoriale des États-Unis vers l’Europe, c’est quelque chose de nouveau, qui devrait faire réagir.

La Marseillaise : Que faudrait-il faire pour garantir ces droits ?

Otto Vaillant Frías : Il faudra pour commencer réunir les Nations Unies, le Conseil de Sécurité, pour que le monde entier parle. Il faut un mouvement international pour arrêter la folie des Américains, de Trump. Aujourd’hui, on se bat pour l’avenir du monde. À l’intérieur de l’administration américaine il y a des gens qui veulent faire la guerre, qui veulent tout détruire. Cela va continuer sans arrêt. Ils ont une liste de territoires, de pays où ils veulent agir. Ils voient où sont les terres rares, où est le lithium, et ils veulent aller chercher ces ressources par n’importe quel moyen. Soit ils les achètent, soit ils envoient des troupes et tuent, kidnappent n’importe qui pour faire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas possible, c’est un ordre international injuste, qui doit changer.

La Marseillaise : Vous avez de l’espoir justement que les États-Unis reviennent à la raison ?

Otto Vaillant Frías : Donald Trump ne respecte personne. Il ne respecte pas le droit international, il ne respecte pas les Nations Unies, il ne respecte pas les pays non plus. C’est une terrible réalité. J’espère qu’on arrivera à changer cela. J’ai sincèrement de l’espoir. Il ne sera pas toujours là. Mais le fait qu’il reste trois ans encore au pouvoir ne doit pas lui donner de chèque en blanc pour qu’il puisse faire n’importe quoi. Il faut qu’il respecte le droit, y compris celui de son propre pays.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 9 janvier 2026)

L’édito du TC par René Granmont. Refuser de se coucher devant les forbans !

L’attaque de l’armée américaine contre Caracas suivie du kidnapping du président Maduro est un séisme dont les répliques peuvent remodeler le monde de la pire des façons. Si les États-Unis ne s’étaient jamais privés de piétiner le droit international, ils le faisaient en camouflant leurs mauvais coups derrière des arguments fallacieux de lutte pour la paix ou la démocratie. Mais le terrorisme d’État est totalement assumé par la Maison Blanche, l’ argument de lutte contre le « narcoterrorisme » avancé par Donald Trump étant d’autant plus grotesque que ce dernier vient de gracier l’ex-président hondurien Juan Orlando Hernandez, baron de la drogue et allié fidèle des USA… Et il n’a pas hésité à fièrement annoncer sa volonté d’imposer un gouvernement à sa botte pour s’approprier les énormes réserves pétrolières de la patrie de Simon Bolivar. Cette opération arbitraire, illégale, ravive la doctrine Monroe affirmant la stricte tutelle des États-Unis sur le continent, du cap Horn au cap du Prince de Galles. Trump a explicitement proféré des menaces contre la Colombie, Cuba, le Mexique, le Brésil… Et demain, contre le Groenland et d’autres… Car le monde de l’internationale fasciste qu’il parraine est un monde où ne règne que la loi du plus fort et du fric après disparition du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Face à cette action criminelle, on aurait pu penser que, comme contre l’invasion de l’Irak en 2003, la France clamerait son indignation de voir nier les plus élémentaires règles du droit international. Que nenni ! C’est un véritable agrément qu’Emmanuel Macron a d’abord donné au forban de la Maison Blanche. Et son tardif rétropédalage ne fait qu’accentuer l’effet catastrophique de sa déclaration initiale. Quelle honte que cette diplomatie de girouette ! La vassalisation de notre pays, amorcée par Nicolas Sarkozy, n’en est apparue que plus flagrante. Quel poids pourra alors avoir la parole de la France face au nouvel ordre qui se met en place. L’ordre des droites extrêmes, fascistes, piétinant le droit international comme elles nient l’État de droit dans notre pays.Le droit international reste un terrain de confrontation entre le cynisme des puissants et l’exigence universelle de justice. Le laisser se déliter, c’est accepter le monde de la jungle. Le défendre, au contraire, c’est affirmer que l’ordre mondial ne doit pas être écrit uniquement par ceux qui ont les moyens de l’imposer. À nous de décider s’il restera une promesse trahie ou s’il redeviendra un combat à mener.

Soutien international au peuple vénézuélien

Lors de la visioconférence internationale du 5 janvier 2026 organisée par le Venezuela, 32 pays de plusieurs continents étaient présents : le Mexique, l’Espagne, la Suisse, l’Argentine, l’Italie, le Venezuela, le Chili, l’Uruguay, le Sénégal, la Bolivie, le Brésil, la Norvège, le Niger, le Costa Rica, le Guatemala, le Paraguay, la République dominicaine, l’Angleterre, Cuba, le Honduras, la Jamaïque, le Kazakhstan, le Honduras, l’Allemagne, le Bénin, le Salvador, l’Azerbaïdjan, Saint-Vincent et Grenade, la Malaisie, la France, le Portugal, le Ghana et la Guinée-Bissau. Au total, il y avait 941 participants qui s’étaient joints à cette visioconférence pour affirmer leur soutien au peuple et au gouvernement du Venezuela. Parmi eux, des représentants d’ambassades vénézuéliennes, d’une ambassade nicaraguayenne, de partis communistes, de peuples originaires, de syndicats , d’associations et de mouvements progressistes. Notamment, le FIEL (Frente Internacional de los Escritores -Front International des Écrivains-) a tenu à être contacté pour organiser toute action internationale. Les journalistes d’Équateur antifascistes ont fait de même et ont rappelé la nécessité de lutter contre la campagne médiatique de désinformation visant à ôter tout soutien au peuple du Venezuela et à Nicolàs Maduro et sa femme, kidnappés et séquestrés dans une prison de New York. Ils ont donc appelé à livrer une bataille médiatique, y compris dans les réseaux.

Le Ministère du pouvoir populaire et des affaires extérieures du Venezuela a dénoncé l’infâme agression des États-Unis contre son pays, en rappelant les causes, les buts et les faux prétextes. de cette agression et de ce kidnapping. Ils ont rappelé que :

  • les engagements pris lors du Congreso Mundial de Defensa de la Madre Tierra, les 9 et 10 décembre 2025 sont plus que jamais d’actualité ;
  • ⁠lors de l’assaut des États-Unis, 78 personnes sont mortes dont 32 Cubains ; lesquels étaient chargés de la sécurité, du président Maduro.

Nicolàs Maduro est toujours le président du Vénézuela. Son parcours politique a été rappelé :

  • il n’appartient pas à l’élite. Il s’est formé dans les quartiers ouvriers, à Cuba et auprès d’Hugo Chavez. C’est un leader ouvrier révolutionnaire ;
  • tous les pouvoirs institutionnels continuent d’être en place et de fonctionner ;
  • les ressources du Venezuela lui appartiennent Le peuple vénézuélien a été libéré par bolivar et continue d’être libre. Aucune puissance étrangère ni rapace ne pourra jamais s’accaparer les ressources du Venezuela ni commercer avec, ni emporter une seule goutte du pétrole vénézuélien ;
  • le Venezuela n’a jamais attaqué aucun pays et lorsqu’ils se rendent à l’étranger, c’est uniquement pour défendre la paix et la vie ;
  • le Venezuela ne sème pas de plantes fervent à fabriquer de la drogue ni ne se livre à un trafic de drogue ;
  • notre ennemi principal est l’impérialisme. Le venezuela est le mur de contention de l’impérialisme ;
  • il réaffirme son soutien avec le peuple palestinien et tous les peuples qui luttent pour leur liberté ;
  • il se bat pour la paix et à établir des relations pacifiques avec les USA.

Ce que demande le Venezuela :

  • Le gouvernement et le peuple exigent sa libération et son retour immédiats de Nicolàs Maduro ainsi que pour sa femme, Cilia Flores de Maduro, députée. Ils enjoignent les peuples du monde entier à exiger la même chose, partout : dans la rue, dans les médias et les réseaux, et que tous ceux qui peuvent se rendre aux États-Unis rejoignent les citoyens qui manifestent tous les jours devant la prison où sont séquestrés Nicolàs Maduro et son épouse, afin de ne pas les laisser seuls. Le Ministère demande qu’on dépose devant leur prison, des fleurs, des poèmes, des messages de soutien…
  • Il faut faire une révolution mondiale pour venir à bout de l’impérialisme. Il est particulièrement urgent de lutter contre l’impérialisme US.
  • Il faut créer une coordination mondiale de mobilisation des secteurs syndicaux et non syndicaux, et en particulier mobiliser la classe ouvrière.
  • partout dans le monde, comme du temps de la guerre d’Espagne, il faut créer des brigades internationales pour la paix et de solidarité, en permanence actives et mobilisées, prêtes à accompagner le peuple vénézuélien et à se rendre au Vénézuela en cas de nouvelle agression militaire.
  • Il faut trouver de nouvelles formes de lutte.

Quelques témoignages de participants :

  • une députée mexicaine a expliqué que, dans son pays, beaucoup d’actions sont menées à tous les niveaux, contre le terroriste et criminel Trump, pour défendre la souveraineté du Venezuela et réclamer le retour immédiat de Nicolàs Maduro et de sa femme. Les députés mexicains sont également engagés dans cette bataille, qui se livre aussi sur les réseaux, pour contrecarrer la désinformation. Les Vénézuéliens qui ont voulu s’en prendre à l’ambassade du Venezuela au Mexique ont reçu leur pâtée !…
  • une femme, membre d’une association d’artistes d’Uruguay et d’une association de féministes uruguayennes a rappelé que la femme de Nicolàs Maduro, est également emprisonnée car elle paye le prix de l’amour. C’est donc aussi un combat féministe de demander sa libération immédiate, ainsi que son retour, car : si on touche à l’une de nous, on touche à nous toutes !

Christophe Ventura. « Nous revenons à la règle de la force »

Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris et journaliste au Monde diplomatique, revient sur les possibles conséquences de l’attaque des États-Unis contre le Venezuela.

La Marseillaise : Est-ce que l’intervention des États-Unis marque une rupture pour un Donald Trump qui se disait isolationniste ?

Christophe Ventura : Il y a une rupture, qui s’inscrit dans une tradition. C’est la première fois que les États-Unis interviennent militairement dans un pays sud-américain, même s’ils sont intervenus moult fois en Amérique centrale et dans les îles caribéennes, et la première fois depuis la fin de la guerre froide qu’ils y emploient la force militaire en enlevant le chef d’un État en poste. Mais cette politique s’inscrit dans une longue tradition américaine, celle de la doctrine Monroe, à laquelle il a adjoint son propre corollaire Trump. Il le décrit dans son document de stratégie nationale publié le 5 décembre dernier, une stratégie de retour impérial assumé des États-Unis comme puissance dominante dans toute la région, du Groenland à la Terre de Feu.

La Marseillaise : On a l’impression d’une graduation continue, entre les sanctions et pressions sur les différents scrutins sud-américains…

Christophe Ventura : On parle beaucoup de Trump, mais il faut aussi parler de Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, ou de Maurio Calver-Carone [ex-envoyé spécial en Amérique latine, Ndlr.] qui ont un agenda pour l’Amérique latine. Marco Rubio est beaucoup à la manœuvre, l’objectif, c’est de faire d’une pierre deux coups et derrière cela d’en finir avec Cuba.

La Marseillaise : Les menaces contre Cuba, la Colombie, le Groenland peuvent-elles augurer d’autres interventions ?

Christophe Ventura : On ne peut pas le savoir. En termes d’intervention, le Groenland est en haut de la liste, Donald Trump en a aussi promis une deuxième au Venezuela s’il n’y a pas de terrain d’entente avec la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Pour la Colombie, nous sommes au stade des menaces, je ne vois pas les États-Unis y intervenir et à Cuba, la stratégie c’est une asphyxie définitive de l’économie cubaine en pensant que le gouvernement va s’effondrer.

La Marseillaise : Les institutions vénézuéliennes, qu’elles soient politiques ou militaires, apparaissent-elles toujours comme légitimes ?

Christophe Ventura : Je me garderai bien de toute certitude. Le coup est rude, officiellement le Venezuela demande la libération et le retour de M. Maduro. Ils essaient de montrer une continuité de l’État bolivarien dans le respect de la Constitution avec Delcy Rodriguez présidente par intérim pour trois mois. Le défi, c’est de garder cette unité, parce que Donald Trump fait un test de résistance à ce pouvoir civilo-militaire. Il y a ceux qui sont favorables à un deal pour conserver les pouvoirs régaliens et préparer une transition, négocier la meilleure sortie pour ne pas être éliminés physiquement ou finir leur vie en prison. La plupart des dirigeants ont sur leur tête des contrats, entre 15 et 30 millions de dollars, pour « narcotrafic ». Ils pourraient intégrer une partie de l’opposition dans un gouvernement dit national, et ouvrir aux Américains par la grande porte le retour de la pompe à pétrole. Delcy Rodriguez se dit prête à en discuter, à condition que ce ne soit pas une colonie, qu’ils soient respectés. Trump lui dit pour l’instant : tu n’as pas ton mot à dire. Mais au sein du pouvoir chaviste cela peut soit créer l’unité, soit créer une divergence entre un courant qui serait collaborationniste et un autre, peut-être avec les militaires, qui considérerait qu’il faut militariser le pouvoir pour résister. Vient s’ajouter à cela ce que peut faire l’opposition. Elle est elle-même divisée. Maria Corina Machado a été disqualifiée par Donald Trump pour prétendre diriger le pays. Est-ce que cette opposition va accepter de reprendre pied dans les institutions progressivement ou va profiter de cette situation pour prendre la rue et faire tomber le pouvoir une bonne fois pour toute ? Dans ce cas, on ne peut pas exclure que cela devienne un chaos généralisé.

La Marseillaise : Le pétrole est-il la principale raison de l’intervention, ou les enjeux sont-ils plus géopolitiques ?

Christophe Ventura : C’est indissociable. Trump veut récupérer la manne pétrolière qui est aujourd’hui exportée à 80% pour la Chine, et balayer d’Amérique latine les États « récalcitrants », en finir avec ce qu’il appelle les « communistes », tout ce qui est grosso modo de gauche et progressiste. C’est une stratégie de restauration impériale dans la région qui commence au Venezuela. Pour Donald Trump, les ressources latino-américaines doivent servir les chaînes de valeur qui servent les intérêts de l’économie américaine.

La Marseillaise : Est-ce que cela risque d’entraîner des répliques dans les relations internationales ?

Christophe Ventura : Le responsable de la principale puissance mondiale fait justice par soi-même et pour soi-même. C’est la vengeance érigée en principe de gouvernement et de diplomatie. Quand la première puissance mondiale a fait ça, que voulez-vous dire après à M. Poutine, à la Chine si demain elle voulait reprendre Taïwan ? Chacun désormais peut faire sa loi dans sa zone d’influence, c’est la vision de Donald Trump des relations internationales. Nous revenons à ce qui était la règle de la force, le retour de la politique de la canonnière, le monde d’avant la Première Guerre mondiale : ce sont les grandes puissances qui dirigent et s’arrangent entre elles quand il y a un problème.

La Marseillaise : À quel point l’opposition est représentative de la population ?

Christophe Ventura : L’opposition existe, elle est puissante. Il y a grosso modo trois tiers, avec un pôle chaviste qui reste, et qui peut être critique de Maduro, un tiers qui représente les oppositions, et un autre tiers de la population surtout qui n’est plus politisé, qui est fatigué, épuisé d’une crise multiforme qui agonise ce pays depuis dix ans, qui cherche à survivre au quotidien. Maria Corina Machado est beaucoup plus monétisée à l’international qu’elle ne l’est au Venezuela, cela Trump le sait. Elle n’a cessé de proposer pour en finir avec le chavisme des boycotts électoraux, des manifestations de rue, la violence politique ou la demande d’une intervention américaine. Mais elle n’incarne qu’un bout de l’opposition. Une bonne partie de l’opposition de droite veut aussi en finir avec le chavisme par une solution vénézuélienne sans ingérence des américains. Maria Corina Machado n’a pas les moyens de gouverner, parce qu’au Venezuela, on ne gouverne pas sans l’armée qui ne veut surtout pas d’elle puisqu’elle a fait sa carrière politique sur un coup d’État en 2002 visant à lui enlever le pouvoir.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 6 janvier 2026)

A lire : « Désoccidentalisation : Repenser l’ordre du monde », par Christophe Ventura et Didier Billion, Agone, 14 euros.

« L’ingérence étrangère met en danger les Vénézuéliens » (L’Indep)

Hier soir, une soixantaine de personnes se sont réunies devant la préfecture des Pyrénées-Orientales à Perpignan pour un rassemblement en soutien au peuple vénézuélien et pour la paix.

Pour les syndicats présents, la question n’est pas seulement politique. Julien Berthélémy, secrétaire général de l’UD-CGT 66, a dénoncé une attaque contre le peuple vénézuélien et un objectif économique. « Les États-Unis cherchent à s’approprier les richesses pétrolières du Venezuela. L’exigence aujourd’hui, c’est la paix et on est loin du compte », a-t-il lancé, ajoutant que « la guerre et l’ingérence étrangère mettent en danger les travailleurs et les Vénézuéliens ordinaire ».

De son côté, Géraldine Morales, de la FSU, a rappelé que « l’histoire américaine en Amérique latine est marquée par des interventions pour contrôler les ressources de ces pays ». « Les Vénézuéliens doivent pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir. Ce n’est pas aux États-Unis de gérer le pays », a-t-elle insisté.

L’Indépendant, le 6 janvier 2026

Le billet d’Yvon Huet. Quand les USA se prennent pour le nombril du monde…

Je persiste à penser que l’intervention de Poutine en Ukraine n’a fait que permettre à l’impérialisme US de reprendre de la vigueur, sachant que l’OTAN a été renforcée des pays de l’Europe du Nord, hier neutres. Résultat. Après 5 ans de guerre, la Russie apparaît comme prédatrice alors qu’elle aurait tant à gagner à offrir une image de paix en inversion de la boulimie impérialiste US. Quelle que soit l’excuse liée aux provocations de l’OTAN et à la malhonnêteté de Zelensky, le résultat est là, minable avec toute une jeunesse russe et ukrainienne tuée ou estropiée, cultivant la haine de l’autre pour des décennies.

Mais revenons aux USA Cette grande puissance a toujours eu tendance à annexer, voire tétaniser les pays dans lesquels elle est intervenue. Il ne faut jamais oublier ce que cachent les médias et beaucoup d’historiens de pacotille qui naviguent dans le « rêve » américain. Lorsque les troupes US ont débarqué en France, la première chose qu’a fait l’état major américain a été de chercher une solution, pourquoi pas avec Pétain, pour mettre la France sous le contrôle de l’administration américaine.

La réaction du Général de Gaulle, avec l’appui des communistes français qui constituaient la partie la plus importante des forces résistantes, a permis d’empêcher ce scénario, mais elle n’a pas empêché que les USA se servent de la dictature de Franco pour établir leurs bases en toute quiétude et pour dresser les antennes de la « Voice of América » mise en ligne en Catalogne dans le cadre de la guerre froide avec l’URSS… On ne peut comprendre la fuite en avant actuelle sans se référer, comme le fait même le journal le Monde, à la stratégie de ce nouveau monde où les cowboys, fiers d’avoir génocide les Indiens, ont toujours considéré que la planète Terre leur appartenait…

Reste que tous les États-uniens ne sont pas des cowboys. Les forces progressistes existent. Soutenons-les.

Yvon Huet

Ci-contre les embrassades d’Eisenhower avec Franco en 1959

Le billet de Jean-Michel Galano. Une réflexion personnelle sur ce que j’ai entendu ce samedi 3 janvier place de la République à l’occasion du rassemblement de solidarité avec le Venezuela

D’abord, il faut saluer la promptitude de la riposte et la détermination des participants. La présence de la chargée d’affaires du Venezuela était une excellente chose. Beaucoup d’intervenants ont pris la peine de faire un peu de pédagogie, rappelant des points d’histoire et de géopolitique, permettant à celles et ceux qui étaient rassemblés de dépasser l’émotion et la sidération, et de se mettre ainsi en capacité d’agir.

Je regrette de ne pas avoir entendu un porte-parole de mon parti, le PCF. Une intervenante dont je n’ai pas entendu qui elle représentait a tenu à la fin un discours soutenu riche d’éléments et parfaitement équilibré avec lequel j’étais totalement en accord.

Il n’y a pas lieu de s’étonner, il faut au contraire se féliciter, qu’une certaine diversité se fasse entendre, les uns s’inquiétant surtout du droit international, les autres de la stratégie d’un impérialisme qui, pour être « en déclin », comme l’a souligné une intervenante, n’en est que plus dangereux, les autres soulignant la complicité du gouvernement français.

J’ai par contre trouvée préoccupante l’intervention de Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas de qualité spéciale pour prendre la parole, sinon son statut de candidat autoproclamé à la présidentielle. Derrière lui, quatre députés LFI ceints de leur écharpe se tenant à égale distance les uns des autres lui faisaient escorte selon un plan manifestement préparé à l’avance. Cela sentait la récupération à plein nez.

Rien de très surprenant à vrai dire jusque-là, mais c’est l’intervention de Mélenchon qui m’a semblé étrange. Non pas tant sur le fond : il a fustigé le militarisme, dénoncé l’hypocrisie du pouvoir macroniste, rappelé qu’au-delà de l’Amérique latine tous les peuples sont en danger : tout cela est bel et bon.

Mais enfin, ce qu’on attend d’un responsable politique, ce sont des perspectives. Or Mélenchon s’en est tenu à un constat, d’ailleurs très restrictif : « Jusqu’à quand allons-nous tolérer… » et à des admonestations : « J’adjure les citoyens… ». Comme si la solidarité ne s’exerçait pas déjà, comme si, partout dans le monde et aux États-Unis même, il n’y avait pas déjà des rassemblements, des actes forts, de la lucidité et du courage.

Mélenchon -j’étais à quelques mètres de lui- était une fois encore dans la posture tribunitienne un peu démodée qui lui est chère. Mais il ne semblait plus trop y croire, et prendre plutôt une posture de Cassandre, cultivant son image plutôt que soucieux de rassembler.

Je me reconnais bien davantage dans les revendications que dans les postures.

Jean-Michel Galano

La CGT condamne l’agression des États-Unis contre le Venezuela

L’armée états-unienne vient d’opérer des bombardements au Venezuela et Trump revendique l’enlèvement du président Nicolas Maduro.

La CGT condamne cette agression militaire contre un État souverain, opération visant à imposer un changement de régime pour prendre le contrôle des ressources pétrolières. Cette agression impérialiste et l’enlèvement d’un chef d’État constituent de graves précédents.

La France et la communauté internationale via l’ONU doivent réagir sans délai face à cette scandaleuse agression qui aggrave une situation internationale deja tendue.

La CGT réaffirme son attachement à la démocratie, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la paix et à la régulation internationale. Elle affirme sa solidarité avec le peuple vénézuélien.

Montreuil, le 3 janvier 2026

Le billet d’Yvon Huet. Les USA de Trump ont ouvert la boîte de Pandore…

Le Venezuela attaqué par les USA. Cnews et LCI s’émerveillent. Un nouveau coup d’État en préparation après celui du Chili d’Allende… Qu’on se le dise, les méthodes de la gouvernance étasuniennes incitent n’importe quel pays à s’attaquer à un autre en utilisant toujours des prétextes « moraux » pour cacher ses intérêts de puissance…

Histoire d’en rire, mais pas que

Imaginez Trump « exfiltrer » Emmanuel Macron pour installer Marine Le Pen à l’Élysée… C’est ce que nous proposerait l’administration américaine mais elle ne le fera pas parce que notre président est trumpo-compatible quoi qu’il en dise… L’histoire ne dit pas combien de morts innocents a fait l’attaque massive de drones sur Caracas… L’important, pour ceux qui écoutent les médias, c’est de savoir que l’armée des USA n’a perdu aucun soldat dans l’affaire… Peu importe si elle emporte l’Amérique latine dans une guerre civile monstrueuse. L’important pour ce dangereux voyou de la Maison Blanche, c’est de prouver qu’il est le plus fort quitte à écraser de multiples peuples dont le premier, ne l’oublions jamais, a été le peuple palestinien.

L’année 2026 a mal commencé. Raison de plus pour faire de la Paix la boussole de notre chemin de lutte.

Yvon Huet