Communiqué de presse de l’UD CGT 66. L’accès aux territoires ruraux des hauts cantons encore une fois impacté

L’épisode interminable de la réouverture de la ligne Perpignan-Villefranche laissait entrevoir une éclaircie dans les difficultés récurrentes d’accès aux hauts cantons. L’investissement et les efforts des agent.es des routes avaient facilité les accès routiers malgré les fortes précipitations neigeuses. Malheureusement, la RD 66 (ex RN 116) est une nouvelle fois impactée par les fortes précipitations (après les coupures de 22 jours en 1999 et 3 mois en 2020).

Cela pose de nombreuses questions.

Aujourd’hui, en France comme dans le monde, les choix forts et les investissements nécessaires pour limiter les émissions de gaz à effet de serre n’ont toujours pas été réalisés. Le dérèglement climatique dont les premiers effets se manifestent déjà pose la question de l’adaptation et des investissements nécessaires en particulier sur les infrastructures. Que serait-il advenu si les précipitations avaient été aussi importantes qu’en 1999 dans les Corbières (600 mm d’eau en 30 heures à Lézignan) ou en 2024 sur Valencia ? Nos infrastructures sont extrêmement vulnérables. Il est nécessaire de renforcer les services publics (équipement, prévention, …) qui sont fortement impactés par les plans d’austérité.

Le budget d’austérité et le désengagement de l’État basculant la gestion de lignes ferroviaires comme de routes sur les collectivités territoriales ne sont clairement pas la solution. Cela expose un traitement inégalitaire en fonction des ressources financières et des choix politiques en termes de budget et de services publics. Même si chaque situation est techniquement différente, l’accès aux riches stations de Haute Maurienne (début 2025) a trouvé une issue favorable en un temps record malgré l’ampleur des travaux à réaliser. Dans notre département, la gestion départementale de la RD 66 est une charge de dépenses qui va peser de plus en plus sur des finances déjà difficiles.

Les habitants et les salarié.es des hauts cantons payent encore une fois un lourd tribu de cette coupure. Ils sont fortement impactés par la spéculation immobilière qui complique l’accès au logement, qui les oblige à se déplacer et parfois même à habiter dans le secteur de Prades. L’usage de la voiture est une nécessité et aujourd’hui la fermeture de RD 66 rend le temps de trajet pour rejoindre la plaine excessif. Les transports en commun ferroviaires et routiers sont suspendus, le trajet alternatif en bus mis en place en 2020 permettait l’accès en 4h15, ce sont encore une fois les plus fragiles économiquement qui sont le plus impactés !

La mise en chômage partiel pour les saisonniers (comme le demande l’UMHI 66) n’est pas une solution, l’argent public n’est pas destiné à compenser une baisse d’activité ponctuelle alors que la saison est déjà très bien engagée en termes de fréquentation et d’enneigement. Les itinéraires alternatifs sont très utilisés depuis le week-end dernier.

La CGT 66 espère une réouverture rapide de la route permettant l’accès rapide aux territoires ruraux des hauts cantons. La CGT 66 demande la mise en place d’un plan spécifique d’adaptation au dérèglement climatique pour la RD 66 et la ligne du Train Jaune. Ce plan doit être accompagné des moyens financiers permettant de répondre réellement aux besoins de ces infrastructures face au risque climatique. La CGT 66 demande la fin du désengagement de l’État qui doit pleinement assumer les plans d’adaptation. Investir massivement aujourd’hui pour limiter le dérèglement climatique coûtera bien moins cher que payer les conséquences de ses effets en termes humain et matériel.

Le Mouvement de la paix apporte son soutien au peuple Kurde

En Syrie (au Rojava) et ailleurs, il lutte pour la paix,
la démocratie et le respect des droits humains

Il appelle à participer aux rassemblements organisés à Paris et en province

  • Mercredi 28 janvier, 19h, à Paris, Place de la Sorbonne
  • Samedi 31 janvier, 14h, à Paris, Place de la République

Depuis des années, le Mouvement de la paix au plan national et à travers ses comités locaux apporte son soutien aux luttes du peuple Kurde, en Irak, en Syrie, en Turquie, en Iran… pour ses droits et plus largement pour la liberté, la paix, la démocratie, le respect des droits humains.
En Syrie les Kurdes n’ont cessé d’affirmer leur volonté de dialogue politique, de coexistence entre les peuples et de solution démocratique dans une Syrie décentralisée. Ils n’ont jamais voulu la division du pays. Ils ont lutté aux côtés de la coalition internationale contre Daesh.

Or, depuis le 6 janvier 2026, le Rojava est la cible d’une campagne militaire planifiée, exécutée par les milices djihadistes affiliées au régime de Damas, avec le soutien direct et actif de l’État turc. La situation humanitaire est dramatique. Des centaines de milliers de civils ont été déplacés, des centaines de personnes ont été massacrées, et des villes entières sont privées de nourriture, d’eau potable, de soins médicaux, de carburant et d’électricité, en plein hiver. La ville de Kobanê, désormais encerclée et bombardée, fait face à un risque imminent de massacre de masse. Cette guerre met en cause l’existence politique, sociale et démocratique du peuple kurde en Syrie.
C’est pourquoi le Mouvement de la paix, conformément à ses engagements sur le fondement de la Charte des Nations Unies, du droit international humanitaire et des résolutions des Nations unies sur la culture de la paix et de la non-violence appelle à participer aux rassemblements qui sont organisés à Paris et en province, pour exiger que la France et l’UE agissent pour :

  • un cessez-le-feu immédiat placé sous contrôle international, avec un mécanisme de surveillance sur le terrain ;
  • la levée immédiate du blocus et l’ouverture de corridors humanitaires permanents, notamment vers Kobanê et les zones encerclées du Rojava ;
  • la relance d’un processus politique garantissant les droits du peuple kurde, la reconnaissance du Rojava et un statut politique clair au sein d’une Syrie décentralisée ;
  • l’organisation d’un débat à l’Assemblée nationale française sur cette crise majeure.

Paris, le 28 janvier 2026 – le Mouvement de la Paix

L’édito du TC par Nicole Gaspon. Pour une société humaine

Les assassinats répétés commis à Minneapolis, USA, par la ICE, police anti-migrants, suscitent terreur et colère. Ces actes représentent l’état ultime d’une gouvernance guidée par la haine de l’autre, le rejet d’une partie de la population, de l’étranger considéré comme une menace. Voilà en quoi consiste l’extrême droite au pouvoir, les USA sont dirigés par un président qui ne cesse de conspuer tout ce qui ne rentre pas dans ses vues, la gauche, les féministes, les immigrés, le wokisme…

Un président qui distille mensonges et imprécations, violence. Il se trouve désormais des émules de l’ICE sur notre sol, les récentes déclarations d’Arno Klarsfeld appelant à des rafles pour expulser les OQTF, même s’il vient de rétropédaler, font froid dans le dos.

Le genre de propos dont CNews, entre autres, fait son miel. Le drame c’est que ces idées nauséabondes infusent dans la population, finissent par en convaincre une partie. Une véritable entreprise d’abaissement de la capacité de penser. Ces idées tendent à faire porter sur l’étranger, l’immigré, la responsabilité de tous les maux que subissent les Françaises et les Français. Bien commode pour dissimuler les causes réelles des difficultés, le libéralisme à tout crin, les plus riches qui paient le moins d’impôts.

On doit s’interroger : peut-on construire une société fondée sur le rejet de l’autre ? Une telle société est-elle vivable ? Cela signifie oublier tout ce que les immigrés ont apporté à notre pays, à son économie, à sa culture ; oublier le drame que vivent celles et ceux qui quittent tout (voir dans ce numéro l’article sur les migrantes) ; cela conduit à interdire le vivre ensemble.

Des questions qui sont au cœur de cette période de préparation des élections municipales où l’extrême droite, qui avance souvent masquée, menace. Veut-on des communes qui soient des espaces de démocratie participative, de gestion municipale élaborée collectivement, où chacune et chacun trouve sa place ? Ou des communes où règnent autoritarisme et exclusion ? La réponse devrait s’imposer.

À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4101 – vendredi 31 janvier 2026)

L’édito de Nicole Gaspon. Pour une société humaine
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Focus

Le « Perpignan-Villefranche » à nouveau en service !

L’événement

Municipales à Perpignan. Avancer ensemble
Les liaisons dangereuses
Municipales à Rivesaltes. Une nouvelle donne à gauche
Plusieurs listes se dévoilent dont « Rivesaltes à venir »
Sociale, participative, solidaire et écologique

Département

Mercosur et abattages. La confédération paysanne 66 fait le point
Cuba. Une île dans le collimateur de Trump
L’actu vu par Delgé
Elne. Cité historique et vœux actuels
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Le P.O.T. Rando’Club vous propose. Dimanche 1er février 2026 Caramany
Cabestany. Une belle et généreuse rifle du TC
Migrantes. Vouées à l’invisibilité

Sport

USAP. Quand l’équipe de Montauban s’en va jouer à Perpignan

Culture

Où sortir ?
Documentaire. Une autre histoire de l’Amérique
Alénya. Ouverture de la saison culturelle
Portrait. Henri Bes, chanteur populaire et mélodramatique
Film. L’affaire Bojarski : du faux, plus vrai que le vrai
Close up à l’Archipel. Un mariage inattendu
En Català. Les cinc arques Capitol 5 (3)

France

Enquête. Vaincre la peur : les français face à l’angoisse nucléaire

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Clara-Villerach. Des vœux sobres (L’Indep)

Une grande partie de la population s’est déplacée dimanche 25 janvier pour assister à la cérémonie des vœux. Un diaporama retraçait la vie communale sur l’année écoulée : les réalisations diverses et les travaux dont la réhabilitation du Cortal qui touche à sa fin, la promotion de la culture, les associations du village et les nombreux bénévoles qui s’y investissent chaque jour.

Au nom du conseil municipal, le maire Patrick Marcel a remercié Aude Vives, vice-présidente du conseil départemental, et le major Bosoni pour leur présence, et a adressé ses vœux de santé, de so1lidarité, ainsi qu’une année riche de projets personnels et collectifs au service de Clara-Villerach. Puis, a eu lieu la remise des prix du concours de décorations de Noël, suivie d’un partage de galettes.

L’Indépendant, le 28 janvier 2026

Cole Stangler. « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition » (La Marseillaise)

Cole Stangler, journaliste franco-américain, est l’auteur du livre « Le Miroir américain » aux éditions les Arènes. Une enquête sur la radicalisation des droites françaises et américaines. Il se joint à la mobilisation de soutien au peuple américain prévue ce mercredi, à Marseille.

La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

La Marseillaise : À Minneapolis, la population a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé ?

Cole Stangler : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

La Marseillaise : Ce mouvement a-t-il réussi à faire reculer le président ?

Cole Stangler : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite. Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

La Marseillaise : Vous dites que la popularité de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

Cole Stangler : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

La Marseillaise : Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

Cole Stangler : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 janvier 2026)

Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencé à quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

Jean-Pierre Lacan. « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire » (La Marseillaise)

À l’aube des dix ans d’opérations de SOS Méditerranée, Jean-Pierre Lacan, bénévole de l’association en Occitanie, appelle à une année 2026 plus solidaire et à la fin des entraves imposées aux ONG, tout en rappelant le rôle crucial de la mobilisation citoyenne.

La Marseillaise : Quels seraient vos souhaits pour cette année 2026, vos attentes ?

Jean-Pierre Lacan : Que cette année soit moins meurtrière, évidemment, en Méditerranée et notamment en Méditerranée centrale, qu’elle ne l’a été en 2025. Aussi, que les actions de sauvetage de la société civile au travers des ONG ne soient plus entravées comme elles le sont aujourd’hui. C’est essentiellement ça que je souhaite pour cette année 2026, qui est, faut-il le rappeler, l’année des 10 ans opérationnels de SOS Méditerranée.

La Marseillaise : Justement, quel regard porter sur le chemin parcouru en 10 ans ?

Jean-Pierre Lacan : C’est un chemin qui n’a pas été pavé de roses. Quand on est né en 2016, 2015 juridiquement, il y a beaucoup de morts en Méditerranée, on parle de 46 000 depuis 2000. On se dit alors qu’il va y avoir une prise de conscience des États. Nous sommes deux ans après le terrible naufrage de Lampedusa en octobre 2013. Quelques semaines après, est lancée l’opération Mare Nostrum par le gouvernement italien mais les États européens ne le soutiennent pas. L’UE explique que ça va créer un appel d’air qui attire l’immigration, que ça coûte très cher et qu’il faut arrêter. Et les choses s’arrêtent. Nous avons donc pris le relais car les naufrages continuent. C’est là que l’Europe va mettre en place cette politique d’externalisation de la frontière. On va confier aux Libyens le soin de verrouiller la frontière maritime de l’Europe et on arrive aujourd’hui à une situation absolument catastrophique, avec ces morts qui s’ajoutent aux morts en Méditerranée, on en dénombre 33 231 depuis 2014. C’est l’axe migratoire le plus mortel du monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Dix ans après, on n’est pas très optimiste et on souhaite que ça s’arrête, que les choses évoluent dans le bon sens, qu’enfin la Méditerranée soit reconnue comme un espace humanitaire.

La Marseillaise : D’autant que la situation empire avec cette attaque des garde-côtes libyens qui criminalisent encore plus les actions des ONG…

Jean-Pierre Lacan : Oui, le 24 août 2025, notre navire -battant le pavillon norvégien- était sur une opération de sauvetage et s’est fait tirer dessus par des garde-côtes libyens, une centaine d’impacts ont été relevés sur le navire sans que ça provoque la moindre émotion. L’attitude libyenne est probablement expliquée par le fait que les Libyens appliquent de manière zélée les termes de l’accord d’externalisation de la frontière avec l’UE. C’est-à-dire que l’objectif est chiffré, on empêche les gens de passer, de franchir la Méditerranée par tous les moyens, y compris en allant jusqu’à tirer. Il faut impérativement, pour les Libyens, rendre étanche la frontière. Ils n’y sont pas parvenus, ils n’y parviendront jamais. C’est ça le drame dans cette affaire.

La Marseillaise : Pourtant il est impossible d’empêcher ces exilés de venir…

Jean-Pierre Lacan : Bien évidemment, malgré les efforts que déploient les garde-côtes libyens, les gens continuent à franchir la Méditerranée. Les arrivées en Europe ont un peu baissé par rapport à 2024, en Italie très précisément. Mais de peu. Cette année, à peu près 66 000 personnes sont arrivées en Italie par les voies maritimes. En 2024, on était à 66 600… La différence n’est pas significative, tout ça est très conjoncturel, ça dépend des périodes, des moments. On connaissait les départs depuis la Tunisie et la Libye vers l’Italie. Mais il faut ajouter une autre route qui a émergé ces derniers temps. C’est une route au départ de l’Est libyen, de la région de Tobrouk vers la Crète. En 2025, on était à un peu plus de 18 000 arrivées en Crète.

La Marseillaise : Pour pallier l’absence de réaction des pouvoirs publics, il y a tout le travail des bénévoles. Quelque chose à encourager ?

Jean-Pierre Lacan : Oui, la mobilisation citoyenne, c’est quelque chose de majeur à SOS Méditerranée. Aujourd’hui, on est à plus de 900 bénévoles partout en France, dans une trentaine d’antennes. L’antenne Hérault-Gard est l’une des plus importantes et des plus actives, étant présente dans de nombreux événements pour porter l’image et le plaidoyer de SOS Méditerranée. On fait également beaucoup d’interventions auprès des écoles, des lycées, des collèges pour porter cette parole, qui est le fruit de notre expertise en matière de témoignages à bord des navires. Cette réalité est bien souvent ignorée de bon nombre de gens. Et donc ça, c’est notre boulot de bénévoles. Alors, oui, c’est terriblement important. On fête cette année nos 10 ans d’opérations en mer, on n’aurait jamais pu continuer à vivre, à franchir cette décennie s’il n’y avait pas eu derrière une forte mobilisation citoyenne. L’essentiel de notre budget est apporté par la mobilisation citoyenne.

Propos recueillis par Louis Dupin (La Marseillaise, le 27 janvier 2026)