Tag Archives: Édito
L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Ici et là-bas
Le parti de Milei la Libertad Avanza a récolté 40,7 % des voix aux élections législatives de mi-mandat en Argentine ce dimanche 26 octobre. Ces élections lui permettent de quasi-tripler sa base parlementaire, sans atteindre la majorité absolue. La participation dimanche, de 67,9 % était quasiment la plus faible de toutes les élections depuis le retour de la démocratie en 1983.
La brutalité du « plus grand ajustement budgétaire de l’histoire » a déjà vu plus de 200.000 emplois perdus, une activité anémiée, en contraction de 1.8 % en 2024, une reprise en 2025 qui s’essouffle et 80 % des Argentins qui gagnent moins de 600 euros. Quel vent mauvais souffle sur l’Argentine ? Le rouleau compresseur de la droite extrême, en France et dans le monde ? La Hongrie, l’Italie, les États-Unis… Comme une fatalité.
Et pourtant la candidate de la gauche irlandaise a remporté haut la main l’élection présidentielle ce dimanche 26 octobre, avec un programme prônant, entre autres, l’action urgente contre le réchauffement climatique, la réunification de l’Irlande et les droits des Palestiniens. C’est une victoire éclatante avec plus de 63 % des voix, contre 29,5 % à sa rivale de droite, Heather Humphreys, la députée Catherine Connolly devient la nouvelle cheffe de l’État d’Irlande pour un mandat de sept ans, succédant à Michael D. Higgins. Respectée pour son intégrité, elle était soutenue par les formations de gauche, notamment le parti communiste d’Irlande et le Sinn Fein. Comme un espoir.
Á l’Assemblée nationale, en France, la bataille d’amendements bat son plein, sur le budget de l’État et de la Sécu. Les compromis minimums vantés par Sébastien Lecornu entre forces que tout oppose sèment plutôt la confusion. La gauche se disperse entre les socialistes qui regardent vers le centre et les insoumis persuadés que le rassemblement se fera autour d’eux. De quoi réjouir la droite et l’extrême droite qui bâtissent les ponts pour briser le cordon sanitaire autour du RN. La gauche a mieux à faire pour présenter une alternative crédible avec un imaginaire commun, un horizon culturel capable de contrer le bain identitaire actuel.
L’édito du TC par de René Granmont. Ensemble !
On change de Premier ministre presque chaque matin, mais le projet de budget reste absolument le même entre austérité et militarisme. C’est que, pour maintenir au plus haut les profits, le grand capital a besoin de détruire tous les conquis sociaux et démocratiques, de laminer le droit, de mettre le feu à l’État social. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir, y compris de laisser pousser les graines du fascisme sur le terrain d’un régime institutionnel en décomposition.
De plateau en plateau, la cohorte des éditorialistes et des économistes vient débiter les mêmes mots, dette, ordre, submersion migratoire, réduction des dépenses, rejet de l’assistanat, lourdeur des charges et des normes, économie de guerre… pour que l’ouvrier, le petit paysan, l’artisan, le retraité acceptent sans broncher d’être encore plus sacrifiés au profit des grandes fortunes et des milieux d’affaires. Tout est fait pour brouiller les pistes, empêcher de comprendre, décourager, détourner les regards du fait essentiel : il n’y a pas de majorité dans le pays pour des politiques de soutien au capitalisme. Alors la même cohorte vient clamer que le pays est trop fragmenté pour être gérable…
Pourtant, il n’y a pas trente-six blocs politiques, il n’y en a que deux ! L’un est la gauche, les progressistes et les écologistes dans leur diversité qui, non sans difficultés certes, se sont mis d’accord sur un programme minimal : celui du Nouveau Front populaire. L’autre est la droite qui, de plus en plus, fait mouvement vers l’extrême droite qui, elle-même, fait mouvement vers la droite. Ensemble elles combattent de toutes leurs forces tout ce qui, de près ou de loin, remet en cause les intérêts du capital et des grosses fortunes. Ensemble elles prônent un « ordre nouveau » contre les acquis sociaux et démocratiques. Ensemble, elles sont prêtes à tout, même au pire, pour maintenir la domination sans partage de la haute bourgeoisie.
Or, on voit combien les seuls cadres institutionnels ne suffisent pas à ouvrir une issue pour les intérêts des salariés et de l’ensemble des travailleurs. Il y a donc nécessité que toutes les forces qui agissent pour la transformation sociale et écologique s’attellent à la construction d’une solide unité populaire. Tâche difficile certes. Mais la situation est devenue si dangereuse qu’aucun effort ne doit être négligé pour une union de qualité nouvelle comme avaient commencé à le faire les parties prenantes du Nouveau Front populaire.
L’édito du TC par Évelyne Bordet. Le bal des vampires
Au cœur du capharnaüm politique et moral, l’entrée au panthéon de Robert Badinter aurait pu marquer une pause dans le tourbillon d’une semaine de folie, un temps pour penser, panser notre République meurtrie. Mais, dès la première image, le président de la République avançant d’un pas ferme vers l’événement solennel qu’il avait lui-même initié, alors que derrière lui, hésitant, Lecornu tentait d’habiter le costume d’un Premier ministre, ex Premier ministre, futur Premier ministre voire futur-ex… Image pathétique d’un régime à l’agonie… La soirée, comme le révélateur d’une société en perte de repères, et l’on oscille entre catalepsie et malaise.
Et puis, vinrent les interviews des hommes politiques invités. Darmanin, garde des sceaux alors démissionnaire, disserte sans vergogne sur tout ce qu’il a appris de Badinter, étrange démonstration de l’influence supposée d’un héritage politique, mais surtout de sa dénaturation. Un cauchemar !
Et là, une question troublante s’impose : comment a-t-on pu passer de Badinter à Darmanin ? On s’interroge alors sur l’inexorable mutation des valeurs et des pratiques politiques au sein de notre République. Une forme de désillusion collective, où les repères idéologiques s’effacent au profit d’une communication cynique et désincarnée. Bayrou, avec sa morgue coutumière, invoquant les valeurs humanistes du grand Homme, ajoutait à cette impression de trouble et de dissonance.
« Les morts nous écoutent ! » scandait à plusieurs reprises Macron, s’appropriant ainsi une formule puissante sans en rappeler l’origine. Cette phrase, prononcée par Robert Badinter lors de son discours au Vel’ d’Hiv, portait toute la charge de la colère et de la honte ressenties face au comportement de l’auditoire ce jour-là. Badinter, dans un élan d’émotion, avait lancé à l’assemblée : « j’ai honte pour vous » ! Alors oui, la honte est bien présente quand Macron n’a rien à nous offrir qu’une parole politique dévoyée, rien de plus !
Digne dans son silence, Elisabeth Badinter, regarde tristement ce bal des vampires infligé et force le respect…
L’édito du webzine. Macron, l’entêté
D’un côté l’idée que la majorité sorti des urne soit le Nouveau Front populaire est incongrue au yeux du Président Macron ; le NFP se dit pourtant prêt à gouverner. De l’autre, la macronie de déchire, sa marge de manœuvre se réduit de jour en jour obligeant Macron à renommer son ultime rempart, son fidèle soldat Lecornu.
Sans surprise, la rupture promise n’aura pas eu lieu, le président de la République choisit la continuité, quitte à enfoncer le pays dans la crise. À la sortie des 2h30 de réunion à l’Élysée, seuls la gauche et le président des députés Liot ont pris la parole sur le perron du palais présidentiel.
Ils ont conspué la teneur des échanges. « Nous sortons de cette réunion sidérés », lance la patronne des Écologistes Marine Tondelier. « Nous n’avons eu aucune réponse, si ce n’est que le Premier ministre qui sera nommé dans les heures prochaines ne sera pas de notre camp politique », prédit elle. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, poursuit « si le nouveau Premier ministre est dans le camp macroniste, nous ne pourrons pas l’accepter », prévient-il. Les Socialistes menacent : « il n’y a aucune garantie de non-censure notre part », tranche Olivier Faure, Premier secrétaire du parti. Laurent Panifous, député Liot, a estimé qu’il aurait fallu un net bougé sur les retraites.
Une débâcle annoncée
Aucun des membres des partis censés former ce qui était jusqu’alors nommé « socle commun » ne s’est exprimé. Pour Bruno Retailleau, « l’expression “socle commun” est morte dimanche soir, faute de confiance ». Pour lui, « s’il doit y avoir un avenir en commun, ce sera sur le fond, par une plateforme programmatique », a avancé le président des LR devant Emmanuel Macron.
Avec qui Sébastien Lecornu va-t-il former le gouvernement censé plancher sur le budget dès lundi en Conseil des ministres ? Son camp a implosé. Et la réforme des retraites, totem du second quinquennat d’Emmanuel Macron, semble être l’un des points de crispation majeur. Pourtant Élisabeth Borne, qui a imposé au pays une réforme des retraites injuste, illégitime et anti-démocratique, s’est dite ouverte à la suspension du texte. Cette simple évocation provoque l’ire de la droite et d’une partie du camp présidentiel. « Il n’y aura pas de ministre Horizons dans un gouvernement qui revient sur la réforme des retraites », indique Arnaud Péricard, porte-parole du parti d’Édouard Philippe sur BFMTV ce vendredi soir.
Les oppositions promettent la censure. Le « socle commun » se fracasse. Le Premier Ministre « le plus faible de l’histoire de la Ve République » présentera un budget lundi. Combien de jour va durer le troisième Premier ministre bis depuis la déroute de la macronie des dernières législatives ? Dissolution ? Démission de Macron ? Et après ? Dans quel état ils nous ont laissé la société française !!!
Dominique Gerbault
L’édito du TC par Nicole Gaspon. L’impasse
Il est très difficile de dire quelle sera la situation politique lorsque sortira ce Travailleur Catalan . Depuis quelques jours les événements s’enchaînent à grande vitesse, une machine folle est enclenchée et semble ne pouvoir s’arrêter.
Cette crise politique, ce cataclysme qui plonge le pays et ses habitants dans l’incertitude voire l’écœurement, n‘est pourtant pas venue de rien. Le responsable est connu, il siège à l’Élysée. Dissolution calamiteuse, mépris du vote des Français, du Parlement, entêtement à poursuivre une politique qui est un désastre social et écologique, refus de faire contribuer les riches, cadeaux sans contrôle aux entreprises… La liste est longue des choix gouvernementaux qui fracturent le pays, qui condamnent les premiers ministres successifs à l’impuissance. L’aboutissement en est la situation ubuesque que nous vivons aujourd’hui, l’impasse totale, un premier ministre qui démissionne quelques heures après avoir formé un gouvernement. C’est le même, cependant, que le président de la République a chargé de mener des négociations. Avec quelle légitimité ? Mystère.
La CGT vient de déclarer fort justement : « le président de la République a fait le choix du chaos institutionnel… Sébastien Lecornu n’a pas eu le courage de rompre avec la politique de l’offre. »
Tout cela sent la fin de règne, une fin lourde de menaces avec un RN qui se positionne et tend la main à la droite. Un contexte qui place la gauche devant une grande responsabilité, saura-t-elle l’assumer et ouvrir une réelle alternative ?
Alors, lorsque ce Travailleur Catalan sortira, on saura peut-être ce qu’il en est des différentes hypothèses, dissolution bis, démission du président, cohabitation. Quelle que soit celle qui sera retenue, on peut être sûr que vigilance et mobilisation populaires seront indispensables.
L’édito du TC par Michel Marc. La petite musique perverse… et réac
Elle est partout, elle s’impose, elle envahit les espaces médiatiques, elle devient l’ordre du jour dominant des débats et réflexions, lancinante et obsédante : « il faut gommer l’écart insupportable qui existe entre le revenu brut et le revenu net des salariés, celui qui compte, celui qui pose les euros sur le compte bancaire des travailleurs ». En corollaire, une idée associée et, ma foi, à première vue appétissante : « le travail doit payer plus, les salaires nets sont trop bas. Ils doivent augmenter ! ». C’est si simple.
L’idée existe depuis longtemps dans les petits papiers du FN, puis du RN. Elle y tient même une place de choix. Incapables d’en expliquer la moindre des conséquences pour la société toute entière et pour les citoyens eux-mêmes, les élus RN portent cette idée comme une évidence. Ils ne sont plus seuls ! Les partis de droite, ceux qui ne veulent pas entendre parler de nouvelles recettes, de réforme fiscale, de meilleure répartition des richesses, s’en emparent à leur tour. Ils ont trouvé ! Et de faire, à longueur d’antenne, de textes ou de discours, le tour de l’Europe, de l’Allemagne aux pays scandinaves, de l’Italie aux USA. La preuve est bien là. Chez eux, c’est comme ça et ça marche ! Plus besoin d’évoquer les milliards prélevés sur le travail là où ils sont, inutiles et provocants. La stratégie rhétorique reste identique à celle employée pour tenter de faire accepter la réforme des retraites. Les cotisations sociales sont rebaptisées « charges » sociales. Il faut travailler plus longtemps. Comme une évidence.
Idéologiquement, c’est le début du combat que la bourgeoisie voudrait mener contre la « Sécurité sociale », contre les « Services publics », contre les solidarités diverses qui structurent encore notre nation. Depuis le temps qu’ils essaient ! Là, ils avancent.









