Plus de 500 000 consultations, 133 professionnels de santé recrutés, travaillant dans 27 centres de santé en quatre ans : c’est le bilan du dispositif porté par la région Occitanie moyennant 15 M€ pour pallier aux déserts médicaux.
« Au début, on ne m’a pas cru. » C’est Béranger Irdondelle, généraliste salarié comme un autre médecin du centre de santé de Ma Région à Sainte-Croix Volvestre (Ariège) alors que ce territoire devenait un désert médical, qui le dit ; c’est Nathalie Iglesias secrétaire salariée elle aussi du même centre qui le redit. Et c’est Vincent Bounes, vice-président chargé de la santé à la Région Occitanie et directeur du Samu de Haute-Garonne qui, lorsque Carole Delga lui en avait parlé lors de la précédente campagne des régionales, il y a quatre ans, a voulu « faire demi-tour » devant l’immensité de la tâche. Depuis, 27 centres ont ouvert un peu partout en Occitanie où l’on peut prendre rendez-vous. La canicule y envoie 10 % à 15 % de ses patients actuellement pour être auscultés par un médecin.
« Nous avons beaucoup de visites à domiciles et beaucoup de patients en Ehpad. Il y a aussi un gros volet sur la santé des femmes qui ont, disons-le, la plus grande charge mentale à supporter mais qui ne prennent pas forcément soin de leur santé »
Et tous le disent aujourd’hui : « Ce service public de santé en soins primaires est une réussite. » Il se présente sous la forme d’un GIP avec un partage souvent des bâtiments. « Nous avons beaucoup de visites à domiciles et beaucoup de patients en Ehpad. Il y a aussi un gros volet sur la santé des femmes qui ont, disons-le, la plus grande charge mentale à supporter mais qui ne prennent pas forcément soin de leur santé. Nous avons aussi recruté des médecins spécialistes. » Sur lui, Catherine Llinares-Trape, sage-femme, salariée du centre de santé de Ma Région à Les Cabanes, petite commune d’Ariège, a renchéri en substance sur le fait que « les femmes vivent certes plus longtemps mais en mauvaise santé… »
« C’est un confort pour les patients » a expliqué Béranger Irdondelle. Et pour les 133 professionnels de santé recrutés en quatre ans et qui ont tous parmi les clauses de ce salariat l’obligation de participer à la permanence de soins et d’effectuer des visites à domicile. « Parce que ce n’est que chez les patients que l’on se rend vraiment compte de la situation, parfois de précarité et de solitude. Et quand on va chez le médecin, on se fait beau… », a appuyé Carole Delga.
Occitanie, 700 000 habitants sans médecin traitant
C’est un confort pour les patients en Occitanie qui compte 700 000 habitants qui n’ont pas de médecins traitants… Plus largement, les inégalités d’accès à la santé se creusent : plus de 26 millions de Français vivent dans un désert médical et plus de 6 millions n’ont pas de médecin traitant. Enfin, 36 % ont déjà renoncé à des soins faute de rendez-vous. « C’est un confort, aussi, pour les personnels soignants », a explicité Béranger Irdondelle : « Avec ce dispositif, on peut se concentrer sur ses patients ; c’est du temps pour les consultations et la prévention. Et pris il y a notre confort salarial. Je n’ai pas connu la gestion d’un cabinet médical ; mais là je travaille avec des collègues pas des personnes que j’emploie… » Vincent Bounes précise que les payes sont calquées sur les grilles hospitalières de praticiens hospitaliers, de sages-femmes et des autres professionnels de santé.
Le but : salarier 200 professionnels de santé
En quatre ans, le dispositif « qui n’est pas le seul en France mais qui est le plus développé », a souligné Vincent Bounes emploie 133 professionnels du soin (à 86 % occitans ou catalans) dans 151 maisons et centres de santé, parfois partagés avec d’autres professions libérales. L’enveloppe qui y a été consacré pour lutter contre les déserts médicaux s’élève à 15 M€ pour la région Occitanie. Le but étant de salarier 200 professionnels de santé d’ici la fin du mandat. À ce jour, plus de 500 000 consultations (507 500 exactement) y ont été comptabilisées auprès de 38 854 patients. Ces derniers sont à 63 % des femmes. âgées en moyenne de 47 ans (avec 24 % de moins de 35 ans et 41 % de plus de 55 ans).
Des médecins spécialistes aussi
Sur ces 133 professionnels de santé, on compte 119 médecins généralistes, dix sages-femmes et quatre infirmiers en pratique avancée exerçant dans 26 centres de santé. Ce jour, la Région en inaugure un 27e centre à Saint-Gaudens. Carole Delga a également annoncé la création de six postes supplémentaires de médecins spécialistes territoriaux dans les hôpitaux de Castres-Mazamet (cardiologie) : Rodez. (néphrologie) : Albi (pneumologie) : Uzès (psychiatrie) : Clermont-l’Herault (pharmacie) et Narbonne (médecine physique et de réadaptation) portant le dispositif à 26 au total.
« La santé n’est pas une compétence de la région mais j’ai fait le choix des ma réélection en 2021 d’en faire une priorité » a souligné Carole Delga. « Ce dispositif est une réussite ». ont qualifié unanimement les personnels de santé présents à ce point presse. Par ailleurs, les centres de santé sont amenés à travailler en réseau. « On est davantage à l’écoute des patients », a souligné Nathalie Iglesias, précisant recevoir « beaucoup d’urgences ».
Olivier Schlama (Dis-leur !, le 24 juin 2026)
