Manifestations lycéennes : ce feu parti des banlieues défavorisées (L’Indep)

« Quand il y a un effondrement du service public, ceux qui sont le plus touchés, le plus violemment, c’est ceux qui sont en bas. »

La mobilisation lycéenne, partie des banlieues parisiennes dé favorisées, s’est étendue à l’ensemble de l’Hexagone, les manifestations dénonçant la vétusté des établissements, la surpopulation dans les salles de classe et la pénurie d’enseignants. Et pour Ulysse Rabate, chercheur en sciences politiques à l’université Paris 8, ces manifestations montrent à quel point les quartiers urbains marginalisés influencent de plus en plus la politique nationale.

« Quand il va un effondrement du service public, et notamment un effondrement de l’école publique, évidemment, ceux qui sont les plus touchés, le plus violemment, c’est ceux qui sont en bas », estime-t-il. De fait, en Seine-Saint-Denis, les deux tiers des lycées ont participé aux manifestations, jeudi, a indiqué le syndicat CGT. Dans quatre vil les, des jeunes, des enseignants et des parents se sont plaints ensemble des conditions d’hygiène insuffisantes dans les établissements scolaires et du manque chronique de personnel, notamment d’infirmiers et d’assistants sociaux.

Louise Paternoster, co-secrétaire de la CGT Éduc’Action 98, a déclaré que le département ne disposait pas de ressources suffisantes. « Nos élèves perdent des années de cours, on a des collèges où l’eau n’est pas potable, nous ne sommes pas à égalité avec les autres départements », a-t-elle dénoncé, imputant ces manquements aux coupes budgétaires, qui prévoient la suppression de plus de 3 000 postes d’enseignants à l’échelle nationale, en 2026.

Le souvenir de 1990

Le dernier mouvement de protestation des lycéens de cette ampleur au niveau national. pour réclamer davantage de moyens, remonte aux années 1990. Il faisait alors suite à l’extension massive de l’accès au baccalauréat, sans pour autant doter les établissements scolaires de ressources supplémentaires suffisantes, rapporte Clémence Cardon-Quint. Cette professeure d’histoire à l’université Paul-Valéry, à Montpellier, mène des recherches sur le financement de l’éducation. Le mouvement a alors obtenu une augmentation des financements, mais les dépenses par élève ont ensuite stagné malgré des exigences croissantes imposées aux établissements.

Selon Clémence Cardon-Quint, les élèves et les enseignants ont eu à supporter des responsabilités supplémentaires, au fil des années. Notamment la gestion de Parcoursup, le système d’admission à l’université mis en place en 2018 et critiqué par certains élèves et enseignants comme étant opaque et discriminatoire.

L’Indépendant, le 4 octobre 2026

Plus de 5 000 personnes interpellées

Face aux manifestations dans 1 200 lycées, la police a souvent riposté à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. De nombreux enseignants, lycéens et parents ont critiqué des méthodes attisant plus le feu que calmant le jeu. Plus de 5 000 personnes ont été interpellées.

Des manifestants ont été gravement touchés: blessures à l’œil, dents cassées et coups donnés. Une enquête a été ouverte à la suite de l’incendie du préau d’un collège de Metz, vendredi. A Belfort, un commandant de police en civil a été tabassé par des jeunes, le même jour. A Marseille, un mineur de 15 ans a été interpellé : il avait brûlé une femme au visage avec un lance-flammes improvisé. Elle cherchait à s’interposer pour empêcher la destruction d’un abribus.

L’Indépendant, le 4 octobre 2026

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