Lettre ouverte à David Lisnard, par les maires communistes et apparentés de l’Association des maires de France

Monsieur le Président,

Nous vous écri­vons au nom de l’ensemble des maires com­mu­nistes et apparentés du comité direc­teur et des maires et présidents d’intercommunalités adhérents de l’AMF de notre réseau au sein de la Coopérative des élus com­mu­nistes répu­bli­cains et citoyens.

Jusqu’ici le mandat de gestion paritaire paraissait clair : défendre les com­munes et ras­sem­bler les maires de toutes les sen­si­bi­li­tés, au service de toute la popu­la­tion. L’AMF ne peut être un ins­tru­ment de campagne lors d’une pré­si­den­tielle.

Si nous ne par­ta­geons que peu de votre vision poli­tique, vous avez su jusqu’ici mener l’AMF dans son esprit premier : l’intérêt général que nous devons servir comme élus locaux et l’unité républicaine malgré nos appartenances à des familles politiques différentes. À chaque débordement lors de votre mandat, nous avons su trouver les moyens collectifs pour maintenir l’association dans ses missions premières et chacun a pu exprimer ses positions.

Mais vos opi­nions personnelles ne fondent pas notre demande de retrait. C’est l’exer­cice de votre pré­si­dence aujourd’hui qui est en cause.

Lors de votre campagne vous défen­dez moins d’interventions publiques, davan­tage de « soli­da­ri­tés » privées et la pri­va­ti­sa­tion de cer­tains ser­vices. C’est votre liberté personnelle. À la tête de l’AMF, vous devez porter les posi­tions arrê­tées col­lec­ti­ve­ment. Votre mandat est de défendre les ser­vices publics de proxi­mité et les moyens des com­munes.

Les com­munes ne peuvent pas devenir la variable d’ajus­te­ment du recul de l’État. Elles ris­que­raient de devoir pallier seules aux hausses des besoins sociaux et finan­cer davan­tage de soins, notam­ment dans leurs centres de santé. Les moyens cor­res­pon­dants ne sont pas garan­tis. Les habi­tants res­te­raient confron­tés aux déserts médi­caux et aux renon­ce­ments aux soins. De nou­veaux désen­ga­ge­ments de l’État impo­se­raient des choix lourds : réduire les ser­vices, aug­men­ter les tarifs ou les impôts locaux, repor­ter les inves­tis­se­ments.

Dans l’éducation, la mise en concurrence fragilise la mixité sociale et d’accentuer les inégalités territoriales. L’école doit rester un service public, gratuit et laïque, garantissant à chaque enfant les mêmes droits et les mêmes chances de réussite, indépendamment de son origine sociale ou de son lieu de résidence. Cette logique de compétition compliquerait également la prévision des effectifs et la planification des investissements nécessaires à la construction et à la rénovation des écoles. Elle déstabilisera l’organisation des cantines et du périscolaire, des services essentiels à l’égalité des chances et au quotidien des familles.

Nos exi­gences sont claires : l’accès de toutes et tous, des tarifs maî­tri­sés et la conti­nuité des ser­vices. Les com­munes doivent en garantir l’équité et en garder le contrôle démo­cra­tique. La pré­si­dence de l’AMF ne peut servir un projet qui ferait payer aux com­munes et à leurs habi­tants le recul organisé des ser­vices publics.

Nous reje­tons vos attaques contre les socia­listes et vos propos sur les « délires éco­lo­gistes, wokistes ou isla­mistes ». Les maires com­mu­nistes, socia­listes et éco­lo­gistes ont toute leur place à l’AMF. Ils ont droit au même respect et à la même repré­sen­ta­tion que leurs col­lègues de droite, du centre ou sans éti­quette.

La Coopérative vous a déjà alerté. André Laignel et Jean-François Debat l’ont fait à leur tour le 21 octobre. Vous vous étiez rendu à Limoges après l’incen­die de la mairie. Ils vous écrivaient alors : « vos propos ont lar­ge­ment dépassé le cadre trans­par­ti­san qui est celui de l’AMF pour rejoindre davan­tage ceux du can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle ». Nous faisons nôtre cet aver­tis­se­ment. Respectez la gou­ver­nance col­lec­tive de l’AMF.

La soli­da­rité avec les maires doit être sans faille. Ce mois d’octobre Bernard Baudoux, maire d’Aulnoye-Aymeries, dans le Nord, a été roué de coups par des colons israé­liens. L’agres­sion s’est pro­duite à Taybeh, en Cisjordanie occupée, lors d’une visite aux côtés de diplo­mates euro­péens. Le minis­tère fran­çais des Affaires étran­gères l’a condam­née dans un communiqué. Nous vous deman­dons de la condam­ner publi­que­ment et d’affir­mer le soutien de l’AMF à notre col­lègue.

Plus de 60 maires vous ont écrit après vos propos sur le mas­sacre du 17 octobre 1961. Des Algériennes et des Algériens mani­fes­taient paci­fi­que­ment. La police fran­çaise les a mas­sa­crés sous l’auto­rité du préfet Maurice Papon. Vous avez répondu : « j’en ai rien à foutre, j’en ai rien à cirer, j’étais pas né ». Ces mots sont indignes de vos res­pon­sa­bi­li­tés. Ne pas être né n’efface pas le devoir de mémoire. Les des­cen­dants de l’immi­gra­tion algé­rienne n’ont pas à oublier leurs morts pour appar­te­nir à la com­mu­nauté natio­nale. Les tra­vailleurs algé­riens ont aussi contri­bué à recons­truire notre pays.

Retirez ces propos. Présentez vos excuses aux familles. Respectez l’égale dignité de toutes les vic­times. Nous deman­dons la pleine recon­nais­sance de la res­pon­sa­bi­lité de l’État, une com­mé­mo­ra­tion natio­nale et la pour­suite de l’ouver­ture des archives.

François Baroin a montré la voie en sep­tembre 2016. Il sou­te­nait alors un can­di­dat à la pri­maire de la droite et du centre. Il s’est mis en réserve de l’expres­sion et de la repré­sen­ta­tion publiques de l’AMF. Il avait eu le sens répu­bli­cain des res­pon­sa­bi­li­tés. Suivez son exemple.

Mettez-vous en retrait de la pré­si­dence pendant votre cam­pagne pré­si­den­tielle. Les ins­tances de l’AMF doivent en orga­ni­ser la conti­nuité. À défaut, retirez votre can­di­da­ture à sa pré­si­dence lors du pro­chain congrès. Si vous la main­te­nez, nous vote­rons contre. Cette exi­gence d’indé­pen­dance vaut pour tout can­di­dat, quelle que soit sa sen­si­bi­lité poli­tique.

Alors que notre pays subit un attentat raciste et xénophobe à Trappes, notre association et les élus de la République doivent incarner l’unité du peuple et l’apaisement.

Nous appe­lons les maires de droite et du centre à prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés. L’intérêt des com­munes doit l’empor­ter sur les logiques de parti.

Nous deman­dons la réunion rapide du bureau et du comité direc­teur. Des garan­ties publiques doivent séparer votre cam­pagne de la com­mu­ni­ca­tion, des moyens, des fichiers et des évé­ne­ments de l’AMF. L’élection présidentielle sera bientôt passée et les maires et élus locaux devront continuer à défendre ensemble la nation.

L’AMF appar­tient à tous les maires. Son unité et son indé­pen­dance doivent primer sur les ambi­tions personnelles.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, nos salutations les plus républicaines.

Les maires communistes et apparentés membres du comité directeur, les maires et présidents d’intercommunalités du réseau de la Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens adhérents de l’AMF

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