Quelque six millions de travailleurs exercent un métier dans les services publics, soit 10 % de la population active. Le statut des fonctionnaires a été créé par la loi du 19 octobre 1946, sous l’impulsion du ministre communiste Maurice Thorez.
Cette loi a refondé une fonction publique délégitimée par la collaboration et a garantis l’indépendance des agents au service de l’intérêt général. Moins de quarante ans plus tard, un autre ministre communiste, Anicet Le Pors, creusait le sillon en créant les trois versants de la fonction publique : État, territoriale et hospitalière.
Depuis, les gouvernements ultralibéraux successifs n’ont cessé de tenter de démolir ce pilier de la République sociale. Financer des services publics solides par l’impôt et rémunérer correctement leurs agents, c’est préserver des droits fondamentaux -éducation, santé, sécurité- et permettre à tous les citoyens, quelle que soit leur classe sociale, d’accéder à ces biens communs. Avec son statut, la fonction publique française demeure l’une des moins corrompues au monde.
Les apôtres d’un État strictement « régalien », laissant au privé la main sur la vie sociale et économique, mènent une guerre contre les fonctionnaires. Les services publics postaux, de l’énergie, des transports ferrés ont déjà été méthodiquement affaiblis. Cette profonde crise démocratique va de pair avec le délitement des services publics, seuls garants de l’égalité entre citoyens et entre territoires. En faisant grève, les fonctionnaires tirent la sonnette d’alarme.
La réplique des agents
Mercredi 23 septembre, les huit organisations de l’intersyndicale (CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, FA-FP) ont rappelé les raisons de leur colère. Le premier ministre a confirmé le gel du point d’indice à la veille de cette mobilisation, ce qui fut considéré comme une « une véritable provocation ». En plus il a annoncé 54 milliards de coupes budgétaires. Or les agents ont perdu plus de 6 % de pouvoir d’achat depuis juillet 2023, et plus de 15 % en dix ans. Combien verront leur traitement passer sous le Smic ?
Mardi 29 septembre, rebelote, 150 manifestations sont recensées, de métropole et d’outre-mer. À Perpignan, le cortège partir à 10h30 de la place de Catalogne. « Jamais il n’y a eu autant de dividendes dans notre pays, la France est deuxième sur le podium mondial. Nous préférerions qu’elle soit championne du monde des salaires et des droits sociaux », a lancé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, appelant à une grande journée de grève. Mot d’ordre : les salaires et les services publics. Le secteur public doit être le moteur de la colère sociale qui gronde.
Dominique Gerbault
