Une matinée pacifique portée par les revendications des lycéens (L’Indep)

Entre 1 500 et 2 500 personnes ont défilé dans le calme, hier matin à Perpignan, pour le deuxième acte de la mobilisation contre la vie chère. En tête du cortège, les lycéens ont donné le ton, avec le soutien de salariés, de retraités, de syndicats et de militants. L’après-midi, changement d’ambiance avec des tentatives d’intrusion dans le centre-ville malgré l’interdiction…

Une journée de mobilisation à deux visages. L’une, d’envergure, revendicative, calme et organisée. La seconde, jeune, puérile même, confuse et anarchique. Ce samedi 24 octobre, Perpignan a vu double pour exprimer sa colère contre la vie chère, une semaine après les pillages et les dégradations qui avaient marqué plusieurs commerces du centre-ville.

Le matin, entre 1 500 et 2 500 manifestants selon les estimations des services de l’État et des syndicats, ont défilé pacifiquement dans les rues de la préfecture catalane. Ce rassemblement, qui n’était pas déclaré en préfecture, a largement été porté par les lycéens, placés en tête du cortège, qui ont entraîné avec eux travailleurs, retraités, soignants, syndicats…

A 11 heures, tout le monde s’est élancé de la place de Catalogne, avec des slogans et des pancartes qui ont donné le ton : « Ici, la foule fait peuple », « Paradis pour les uns, pas un radis pour les autres » ou encore « Un budget pour la santé et l’éducation, taxons les superprofits ».

Emmanuel, retraité, est venu soutenir les revendications. « Elles sont légitimes, à la fois celles des jeunes et celles des salariés qui veulent augmenter les salaires et faire baisser le prix de l’énergie notamment. J’espère qu’il n’y aura pas de dégradations car, sil y en a, c’est le mouvement, qui est justifié, qui sera déconsidéré », a soufflé le Perpignanais.

« Une très grande colère » chez les jeunes

Pour Mailys, lycéenne, ce vaste mouvement est avant tout causé par une impression d’abandon. « Le sentiment premier chez les lycéens en ce moment, c’est de la colère, une très grande colère par rapport au fait qu’on ne soit toujours pas pris au sérieux par le gouvernement. La seule réponse qu’on ait eue, c’est un couvre-feu qui est encore là pour nous réprimer et nous enlever nos droits fondamentaux. »

À ses côtés, Jérémy, 18 ans, est salarié dans une boutique de meubles de seconde main à Elne : « La vie est trop chère. Maintenant, on paye une blinde pour faire les courses. La dernière fois que j’en ai fait pour ma famille, j’ai payé une fortune. Je n’ai plus un rond. Heureusement que je fais des heures supplémentaires sinon, je dépasse à peine le Smic… »

Myriam est agricultrice. Elle aussi est venue soutenir les générations après elle. Mais également pour défendre sa condition : « On est là en soutien à la jeunesse, qui a compris que, depuis 8 ans, on est devant une casse des services publics, notamment de l’éducation. On ne leur promet finalement aucun avenir… Sans parler des gens comme moi, de la petite paysannerie qui est littéralement asphyxiée par les politiques agricoles. »

Après-midi sous tension

Sous haute surveillance, la manifestation a emprunté un itinéraire destiné à éviter le cœur de ville, une zone dite « protégée », mesures préfectorales oblige.

Depuis la place de Catalogne, le cortège a remonté le cours Lazare Escarguel avant de rejoindre le boulevard de la France Libre, longeant les voies sur berge. Puis de gagner le boulevard Jean-Bourrat, près du palais des congrès, de remonter jusqu’à la place Cassanyes et de redescendre via le boulevard des Pyrénées jusqu’à la place de la Catalogne.

L’après-midi, le climat est devenu plus tendu. Après le rassemblement du matin, un groupe d’environ 500 manifestants a tenté de rejoindre le centre ville plusieurs heures durant. À 17h15, la situation était toutefois décrite comme « plus calme que la semaine précédente » par la préfecture.

Driss Chait (L’Indépendant, le 25 octobre 2026)

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