L’édito du webzine. La CGT unie et en ordre de bataille

Concluant le 54e congrès confédéral de la CGT, Sophie Binet, sa secrétaire générale réélue, trace la voie d’une syndicalisme offensif après un congrès historique.

« Nous sommes en pleine forme, nous sommes rassemblés ! » Le message de Sophie Binet a résonné comme un coup de tonnerre sous les applaudissements de plus de 1 000 militants réunis à Tours. Après cinq jours de débats parfois vifs mais toujours constructifs, le congrès s’est achevé dans l’unité et la combativité, marquant un tournant pour la centrale syndicale.

En 2023, Sophie Binet avait hérité d’un syndicat divisé, marqué par les tensions autour de la succession de Philippe Martinez. Son mandat : rassembler. Mission accomplie. Le bilan de son action a été approuvé par un score inédit de 82 % et sa stratégie pour les années à venir a recueilli 75 % des suffrages. « Ce congrès fera date. La CGT est debout, rassemblée, déterminée », a-t-elle martelé lors de son discours de clôture, devant une forêt de drapeaux rouges.

Des décisions fortes pour l’avenir

Les congressistes ont validé plusieurs orientations structurantes pour la CGT :

  • Lutte contre les déserts syndicaux : Un outil opérationnel a été mis en place en collaboration avec les syndicats professionnels de territoire. Objectif : renforcer la présence syndicale, notamment dans les entreprises du CAC 40, où les ingénieurs, cadres et techniciens restent sous-représentés.
  • Une « maison commune » avec la FSU : Un cadre de coordination permanent va être instauré entre la CGT et la FSU destinée à peser face au pôle réformiste emmené par la CFDT.
  • Féminisme et égalité : La CGT a intégré à ses statuts un cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles, concrétisant son engagement en faveur d’un « féminisme de lutte des classes ».
  • Front contre l’extrême droite : La centrale ptomeut une « internationale ouvrière » contre la montée des extrêmes. « On ne gagne pas contre l’extrême droite sans perspectives sociales. La recette du Front Populaire, dont on fête les 90 ans, c’est unité, mobilisation, alternative sociale »

Un plan de bataille contre le patronat et le gouvernement et des défis à relever

Sophie Binet n’a pas ménagé ses critiques envers le patronat et le gouvernement libéral. « J’ai une très mauvaise nouvelle pour Patrick Martin et Sébastien Lecornu : nous sommes en pleine forme ! », a-t-elle lancé, sous les ovations. La CGT entend s’impliquer activement dans le débat présidentiel de 2027, en faisant de la défense de la Sécurité sociale et des services publics une priorité stratégique. « Nous avons adopté des orientations fortes. Ce congrès restera historique par ses décisions », a-t-elle affirmé.

Malgré cette unité retrouvée, la route reste semée d’embûches. La CGT devra décupler ses efforts pour unir le monde du travail face à la précarisation, l’ubérisation et les mutations liées à l’IA ; contrer les divisions exploitées par l’extrême droite (clivages d’origine, de religion, de couleur de peau) ; renforcer sa présence dans les secteurs clés de l’économie, notamment auprès des cadres et ingénieurs.

« Nous avons décidé d’un plan de bataille clair. La CGT est de retour, et elle compte bien le faire savoir », a-t-elle poursuivi, sous une salve d’applaudissements avant de conclure sur un ton combatif : « Ce sont de mauvaises nouvelles pour ceux qui rêvent d’une CGT affaiblie. ».

Comment cette unité nouvelle se traduira-t-elle sur le terrain, face aux enjeux sociaux et politiques des mois à venir ? Une chose est sûre : la CGT entend jouer un rôle central dans les luttes à venir.

Dominique Gerbault

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 4 juin 2026)

« Pendant que les crédits militaires explosent, notre diplomatie continue de s’affaiblir »
Loi de programmation militaire
L’actualisation qu’on nous propose n’est pas une simple augmentation de crédits : insidieusement, elle fragilise notre État de droit et enrôle notre économie et notre jeunesse pour la guerre.
Oui, les tensions internationales se multiplient, appelant lucidité et vigilance. Mais au-delà de la (…)
—> Lire l’intervention de Michelle Gréaume

Une loi de programmation insincère financièrement, démocratiquement et stratégiquement
Loi de programmation militaire
D’aucuns pourraient considérer que notre motion laissera la France désarmée. Mais ce texte est triplement insincère : financièrement, démocratiquement, stratégiquement. Il est donc illégitime.
Loin d’être une simple actualisation, il oriente notre politique étrangère, notre modèle industriel, (…)
—> Lire l’intervention de Jean-Pierre Corbiez

L’État est-il prêt à garantir le respect du principe d’égalité devant le suffrage ?
Élections provinciales en Nouvelle-Calédonie
À quelques jours des élections provinciales, l’État maintient à Nouméa le regroupement de 57 bureaux de vote sur neuf sites, établi en 2024 pour faire face aux émeutes, alors que cette urgence est passée : la situation sécuritaire est apaisée, les écoles sont réhabilitées.
Pourtant, le (…)
—> Lire l’intervention de Robert Xowie

Logement des agents publics : la fausse bonne idée
Améliorer l’accès au logement des travailleurs des services publics
Ce texte ne répond pas aux enjeux. Nous sommes opposés aux solutions qu’il prétend apporter, en particulier à l’article 1er qui lie logement et contrat de travail.
Il ajoute incertitude et précarité pour les agents, et introduit un système spécifique contraire à la vocation universelle du (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

La France doit renouer avec l’ambition du savoir
Régulation de l’enseignement supérieur privé
Longtemps la République a considéré qu’elle devait au peuple son instruction « comme moyen de perfectionner l’espèce humaine », ainsi que l’affirmait Condorcet.
L’école, l’université et la recherche eurent pour noble mission de donner à chacun le droit de s’élever dans la connaissance selon (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Ouzoulias

« Ne fragilisons pas le paritarisme »
Représentativité au sein des unions régionales des professionnels de santé (URPS)
Il est indéniable que le mode actuel de représentation des professions libérales au sein des URPS doit être repensé.
S’il peut sembler incongru d’en passer par la loi sur un sujet aussi technique, c’est bien au législateur qu’il appartient de simplifier le système pour favoriser la (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Apourceau-Poly

Le blocage des prix au menu de Initiatives 142
Le journal du groupe CRCE-K Mai-Juin 2026
Loi-cadre mobilité, Gémapi, interdiction des réseaux sociaux et une proposition de loi pour ne pas subir la hausse des prix de l’énergie sont au sommaire d’un numéro riche en réactions et propositions des sénatrice et sénateurs du groupe CRCE-K
—> Lire l’intervention

Les autres interventions

Les questions écrites : Quelles mesures pour les mineurs non accompagnés ?
Justice et police – Mineurs non accompagnés – par Michelle Gréaume – 4 juin 2026

Les questions écrites : Il faut mettre fin à la fragilisation des personnels
Éducation et recherche – Précarisation croissante des accompagnants d’élèves en situation de handicap – par Marianne Margaté – 3 juin 2026

L’actu de la CGT (n° du 29 mai 2026)

90 ans des congés payés, profitons de notre conquis social
Les vacances ne sont pas un luxe. Elles sont un droit, une conquête sociale arrachée de haute lutte par le mouvement ouvrier, grâce à l’obtention des congés payés de 1936 : quinze jours dont douze ouvrables (loi du 20 juin 1936).
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Actualités

Canicule : la CGT exige une vraie protection des salarié·es face aux fortes chaleurs
Alors qu’une vague de chaleur frappe à nouveau la France, la CGT alerte : aucune mesure vraiment contraignante n’est aujourd’hui en place pour protéger les salarié·es exposé·es aux températures extrêmes. Pendant que les employeurs regardent les chiffres et que le climat se dérègle, les travailleuses et travailleurs, eux, suffoquent.
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[Livret] Changement climatique et travail : des leviers pour agir
Le dérèglement climatique, les canicules à répétition, la raréfaction de l’eau, les inondations, la pollution de l’air, la disparition des espèces… tout cela n’a rien d’une « fatalité naturelle ».
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Salaires, vie chère : ce n’est pas le 1er mai qu’il faut voler, c’est les salaires qu’il faut augmenter
L’augmentation automatique du Smic de 2.41 % (1 867.02 € bruts mensuels au 1er juin) n’est pas un « coup de pouce » mais une revalorisation mécanique calculée sur l’inflation et imposée par le Code du travail. Ce n’est pas « du plus ».
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Hausse du carburant : nous refusons de payer pour travailler
La pétition est à l’initiative de Manuela Cabot Salar, syndiquée à la CGT et aide à domicile qui n’arrive plus à s’en sortir avec la hausse des prix des carburants.
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Communiqués de presse

2ème mise en examen de Sophie Binet : la CGT appelle le gouvernement à agir contre les procédures baillon !
Pour la deuxième fois en six mois, la secrétaire générale de la CGT est mise en examen. Cela fait suite à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal contre les propos de Sophie Binet : « la CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente » tenus lors d’un débat à la Fête de l’Humanité en septembre 2025.
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Pour la CGT, le projet de loi présenté par le Ministre du Logement ne répond pas à la crise du logement !
Lors du Conseil National de l’Habitat (CNH) du 21 mai 2026, le ministre du Logement a présenté le projet de loi visant à la relance et la décentralisation du logement. La CGT s’interroge sur les réelles ambitions pour faire de ce projet de loi un véritable outil au service dune politique publique du logement, qui s’inscrive pleinement dans une réponse à la hauteur des besoins, comme annoncé par le Premier ministre.
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[Guide] Salaires : négocier pour gagner dans l’entreprise
—> Télécharger le guide

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 28 mai 2026)

Monsieur le Ministre, pérennisez l’encadrement des loyers !
Question d’actualité au Gouvernement
L’encadrement des loyers doit être pérennisé, amélioré, généralisé.
Vous attendiez le rapport pour vous prononcer, il est entre vos mains. Vous avez les chiffres : entre 2 et 4% de baisse de loyers par rapport à la situation sans encadrement, 5% à Paris.
Cela représente un gain en moyenne (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Aux victimes des essais nucléaires, la République reconnaissante
Initiative du groupe CRCE-K pour reconnaître les victimes de l’exposition aux essais nucléaires français
Permettez-moi tout d’abord de saluer la présence dans nos tribunes de Mme Françoise Grellier, présidente de l’Association des vétérans des essais nucléaires.
Son engagement contribue depuis de nombreuses années à porter les revendications de reconnaissance et de réparation des victimes.
Si (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

« Nous avons besoin d’une chaîne de signalements simple et identifiable par tous »
Enquête administrative et contrôle des antécédents judiciaires des personnels d’encadrement des enfants
À La Réunion, en août 2025, un employé de crèche a été suspendu. Les violences sexuelles commises sur les mineurs traversent toute la société, tous les milieux.
Cette proposition de loi est nécessaire, alors que les témoignages explosent partout sur le territoire. On connaît les conséquences (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Ce que suppose l’électrification
Débat sur : « L’électrification des usages dans le contexte de crise internationale »
Le débat sur l’électrification des usages est profondément politique : il touche à notre souveraineté, à notre modèle industriel et au pouvoir d’achat des ménages.
Au-delà de nos idéologies, une réalité s’impose : tant que nos économies dépendront massivement des énergies fossiles importées, (…)
—> Lire l’intervention de Fabien Gay

Aide publique au développement : un recul historique
Débat sur : « Enjeux et perspectives de l’aide publique au développement (APD) »
Ce débat se tient dans un contexte de bouleversement majeur : le capitalisme mondialisé est entré dans une crise profonde. À Gaza, un peuple est affamé, bombardé, déplacé sous les yeux du monde entier.
Au Soudan, la famine s’invite dans la guerre menée par une minorité de puissants. En (…)
—> Lire l’intervention de Pascal Savoldelli

Ne remplaçons pas l’égalité par la différenciation territoriale
Réforme des critères d’attribution de l’éducation prioritaire
La réécriture de la commission est une amélioration : elle abandonne le critère des résultats scolaires, inscrit l’éducation prioritaire dans la loi, prend mieux en compte l’éloignement et prévoit la révision périodique de la carte. Pourtant, plusieurs interrogations demeurent.
D’abord, le (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Chaque enfant concerné doit pouvoir être assisté par un avocat, maintenant
Assurer le droit de chaque enfant à être assisté d’un avocat
Certains textes ne devraient pas nous diviser. Nous souhaitons une adoption conforme. Nous parlons d’enfants, parfois très jeunes, cabossés, maltraités et qui se retrouvent devant une institution appelée à décider d’une partie de leur vie.
Qui va les accompagner, les écouter, leur expliquer (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Apourceau-Poly

Outre-mer : préparer l’école aux cyclones, pas aux coupes budgétaires
Débat sur « La place des collectivités territoriales dans la politique éducative »
Nos collectivités prennent leur part pour que l’école tienne sa promesse républicaine, mais elles manquent de moyens, en premier lieu pour rénover les écoles primaires.
Elles pensaient pouvoir s’appuyer sur le fonds vert, mais son montant a baissé drastiquement. Les inégalités se creusent (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Les autres interventions

Affaires sociales : Sortir de l’impasse administrative pour sécuriser le médico-social
Santé et protection sociale – Assouplir la procédure d’autorisation des établissements et services médico-sociaux à caractère expérimental – par Silvana Silvani – 28 mai 2026

Les questions écrites : Exclusion des directeurs d’établissements ED3S de la réforme de la haute fonction publique
Éducation et recherche – par Michelle Gréaume – 27 mai 2026

Lois : Non à la société de contrôle algorithmique
Justice et police – Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public (Ripost) – par Ian Brossat – 27 mai 2026

Affaires culturelles : Faire payer les victimes ? Une fausse solution pour la montagne
Justice et police – Débat sur les secours en montagne – par Jérémy Bacchi – 27 mai 2026

Affaires culturelles : PPL n°1762 Projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé
Éducation et recherche – par Pierre Ouzoulias – 26 mai 2026

Affaires culturelles : PPL N° 506 sur la « Réforme des critères d’attribution de l’éducation prioritaire »
Éducation et recherche – par Évelyne Corbière Naminzo – 26 mai 2026

Les questions écrites : Ce projet est préjudiable du point de vue environnemental et ne garantit en aucun cas notre souveraineté
Environnement – Projet de « Campus IA » à Fouju en Seine-et-Marne – par Marianne Margaté – 22 mai 2026

Max Mathiasin. « Le Code noir a structuré l’exploitation d’êtres humains » (La Marseillaise)

Au lendemain des commémorations des vingt-cinq ans de la loi Taubira, les députés examinent ce jeudi l’abrogation du Code noir, proposé dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Liot. Cet ensemble d’édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles organisant l’esclavage, n’a jamais été formellement abrogé. Le texte déjà adopté en commission des Lois, a reçu un soutien transpartisan de LR à LFI. Il contient deux articles, dont l’un demande au gouvernement un rapport « relatif à la législation coloniale et à ses effets de long-terme au sein des territoires concernés ».
Max Mathiasin, député Modem de la 2e circonscription de Guadeloupe, porte l’abrogation du Code noir, examiné ce jeudi lors de la niche parlementaire du groupe Liot.

La Marseillaise : Qu’est-ce que le Code noir et comment les territoires concernés continuent à en subir les effets ?

Max Mathiasin : Le Code noir a structuré non seulement la propriété, le mode d’exploitation d’êtres humains dans le cadre de l’économie coloniale mais a aussi régenté la conduite à tenir à propos des esclaves. Il y a un article qui stipule clairement que l’esclave sera considéré comme un bien meuble donc qu’il n’avait pas de personnalité juridique. Dès lors, il était considéré comme un espace, un lieu, une personne de non-droit. Ça veut dire qu’il pouvait être échangé, torturé, battu. Un maître qui décidait par exemple d’aller à une table de jeu ou de faire un pari pouvait très bien offrir un esclave comme gain. Le Code noir fixe aussi l’origine des sanctions qui pouvaient aller jusqu’à la peine de mort en cas de tentative de fuite des esclaves. Il a été appliqué à l’esclavage des Noirs qui ont été mis en esclavage précisément parce qu’ils étaient Noirs, puisque c’était interdit sur le sol de l’Hexagone depuis le XIVe siècle. On a créé la Compagnie des îles d’Amérique, avec des actionnaires, pour pouvoir se faire des richesses colossales qui ont servi à l’accumulation du capital en France hexagonale. On voit très bien que les conséquences se font toujours ressentir. Le système de la propriété qui existe encore chez nous, avec les monopoles qui appartiennent à quelques familles descendantes d’esclavagistes à la fois dans l’importation et la distribution, l’intégration verticale, le niveau excessif des prix… Les séquelles sociétales et psychologiques perdurent car même si l’esclavage a été reconnu comme crime contre l’humanité en 2001 par la loi Taubira, ça ne répare pas les consciences ni les comportements qui sont à l’œuvre.

La Marseillaise : Comment « réparer » ?

Max Mathiasin : À partir du moment où on reconnaît qu’il y a eu crime contre l’humanité et que le Code noir est abrogé, doit venir la question de la réparation des crimes. Je ne sais pas quelles formes elles prendront. Il faut trouver la forme qui permette d’en discuter sereinement et arriver à un consensus.

La Marseillaise : Le président dit « la première des réparations consiste à restaurer la vérité dans notre histoire » et parle de travaux de l’Enseignement supérieur à venir. Est-ce suffisant ?

Max Mathiasin : Si c’est ce qui est envisagé par le président, ça ne peut pas constituer un dédommagement en soi. Nous partons de très loin. Quand nous rentrions à l’école nous apprenions dans nos premières leçons d’histoire que nos ancêtres étaient les Gaulois. Ils habitaient dans des huttes basses et le druide procédait à la cueillette du gui. Nous étions complètement décalés à la mesure où nous n’avions pas d’ancêtre Gaulois, pas de gui chez nous, ni de druide. Cela a fait suffisamment de mal aux consciences. Il faut absolument que nous soyons honnêtes avec nous-mêmes et laisser une place dans les manuels scolaires à cette phase importante dans l’Histoire de la société française et de son territoire. Des mouvements pour les réparations existent déjà en Guadeloupe mais ils n’ont pas jusqu’à ce jour trouvé de réponse, ni été reçus. Il faut apaiser justement par la reconnaissance de ce crime, par l’abrogation du Code noir et peut-être aller vers une troisième étape qui contribuera à l’apaisement des consciences.

La Marseillaise : Une statue de Jean-Baptiste Colbert, l’artisan du Code noir, est érigée devant l’Assemblée nationale, son nom figure sur des rues, des stations de métro. Faut-il l’effacer de l’espace public ?

Max Mathiasin : C’est un grand débat. Alors, effectivement, on parle de Colbert qui a joué un rôle très important avec son fils qui aurait rédigé ce Code noir mais c’est une responsabilité d’État. Il a été mis en place par Louis XIV, c’est lui qui est le signataire du Code noir. Les régimes changent, l’État français demeure. Lorsqu’en 1794, les révolutionnaires abolissent pour la première fois l’esclavage, ils ne pensent pas au Code noir. Pour eux, tout est abrogé. Mais quand Napoléon décide de remettre en vigueur l’esclavage en 1802, il le fait explicitement selon les mêmes dispositions antérieures, ça veut dire qu’il considère que le Code noir n’est pas abrogé et ça va durer jusqu’en 1848 avec le décret Schœlcher [sur l’abolition définitive de l’esclavage, Ndlr.]. Cet acte ne tient pas compte de l’existence du Code noir dans la mesure où, pour eux, au moment où ce décret est édité, l’esclave n’existe pas en tant qu’être. Je vais pas demander à la France entière de déboulonner ces statues mais au moins bien expliciter, dire qui étaient véritablement ces personnages. Nous devons parler à toute la Nation, à toutes les populations de ce territoire pour faire une histoire commune.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 mai 2026)

L‘édito du TC par Jacques Pumaréda. Le bâillon

Le mouvement social à Saint-Pierre comme à Médipôle marquera durablement le paysage départemental par sa durée et l’intransigeance du groupe Elsan. Les menaces n’ont pas manqué, allant jusqu’à envisager la fermeture de la clinique Médipôle. A l’arrivée les grévistes actent le maintien d’un certain nombre de primes sans garantie pour la suite. Une intransigeance de la direction soutenue par le Préfet, bien timoré sur les revendications. Pas touche aux bénéfices du groupe Elsan et aux actionnaires, telle est la règle d’or et malheur aux revendications syndicales.

Dans une situation économique et sociale très tendue, alors que la question du pouvoir d’achat est au centre des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens, le patronat et le gouvernement s’appliquent à maintenir le couvercle sur une marmite en ébullition. Alors on dégaine l’arme répressive, on cible Sophie Binet secrétaire générale de la CGT, mise en examen une nouvelle fois pour diffamation publique pour avoir dénoncé la « répression patronale violente » chez le fabricant d’articles culinaires Tefal. Fabien Gay, directeur de publication du journal l’Humanité est également mis en examen. En décembre 2025, Sophie Binet avait fait l’objet d’une première mise en examen pour injure publique après une plainte de Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic. Au 30 mars, la CGT dénombrait 550 plans sociaux sur plus de 400 sites. Ainsi un signal de répression est lancé dans tout le pays. La liberté d’expression comme les libertés syndicales sont aujourd’hui en danger. Plus de 1000 militants et cadres sont inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires dont cinq dirigeants confédéraux. La Confédération internationale des syndicats a déposé plainte devant l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour « dénoncer une procédure bâillon et les atteintes aux droits syndicaux en France. »

La France bannit le ministre Itamar Ben-Gvir (L’Indep)

Jean-Noël Barrot a officialisé cette décision sur X en raison des « agissements inqualifiables » du ministre israélien de la sécurité nationale.

La France a décidé d’interdire d’accès à son territoire le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a annoncé samedi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après la diffusion d’une vidéo le montrant à côté de membres d’une flottille pour Gaza agenouillés et mains liées, parmi lesquels des Français.

« À compter de ce jour, Itamar Ben-Gvir est interdit d’accès au territoire français », a ainsi déclaré Jean-Noël Barrot sur X (ex-Twitter).

« Cette décision fait suite à ses agissements inqualifiables à l’égard de citoyens français et européens passagers de la flottille Global Smud », a ajouté le ministre, tout en désapprouvant la « démarche » de cette flottille, qui, selon lui, « ne produit aucun effet utile et surcharge les services diplomatiques et consulaires ».

Une demande de sanctions adressée à l’UE

Jean-Noël Barrot a demandé en outre à l’Union européenne, comme l’Italie a également pu le faire, de prendre des sanctions contre Itamar Ben-Gvir.

Les forces de sécurité israéliennes ont arrêté mardi 430 personnes à bord de cinquante navires dans les eaux internationales afin d’empêcher cette flottille d’atteindre la côte de la bande de Gaza, dont elle avait l’intention de briser le blocus par Israël afin d’y distribuer de l’aide humanitaire.

Itamar Ben-Gvir, membre d’un parti ultranationaliste, a par la suite diffusé une vidéo, publiée sur sa chaîne Telegram (avec l’hymne national israélien en fond sonore), dans laquelle il se moque de ces militants agenouillés et les mains liées.

Plusieurs d’entre eux ont par ailleurs dénoncé des « violences », des « attouchements », ou des « humiliations », qui leur auraient été imposés par les forces israéliennes lors de leur détention.

« Nous ne pouvons tolérer que des ressortissants français puissent être ainsi menacés, intimidés ou brutalisés, qui plus est par un responsable public », a encore déploré Jean-Noël Barrot.

L’Indépendant, le 24 mai 2026

Fabien Roussel. « J’appelle à avoir un Parti communiste le plus uni possible » (La Marseillaise)

Le secrétaire national du PCF sera à Nîmes, ce week-end, ville remportée par le communiste Vincent Bouget lors des municipales, pour participer à la Feria. Il lance un appel à la mobilisation face aux menaces qui pèsent sur l’emploi.

La Marseillaise : Vous venez participer à la Feria de Nîmes, ce week-end. Pourquoi ce déplacement ?

Fabien Roussel : La Feria de Nîmes est une des plus grandes fêtes populaires de notre pays, avec une ville de 150 000 habitants qui va accueillir, pendant quelques jours, un million de visiteurs ! C’est une si belle fête, j’ai envie tout simplement de la partager avec beaucoup de monde. Surtout, je vais avoir le plaisir de pouvoir le faire avec le nouveau maire de Nîmes, Vincent Bouget, et les militants qui ont participé à cette victoire. C’est une fierté !

La Marseillaise : Nîmes est la plus grande ville remportée par le PCF, lors de ces municipales, et face à l’extrême droite. Quelles leçons en tirer au moment où s’ouvre une nouvelle séquence politique ?

Fabien Roussel : J’ai retenu une chose du choix qu’ils ont fait à Nîmes : de construire un programme avec les habitants, quartier par quartier, rue par rue, pendant plus d’un an, et ensuite de mener campagne sur ce programme en ne parlant que de leur programme, sans jamais parler des adversaires. J’ai fait la même chose dans ma commune de Saint-Amand-les-Eaux. C’est une leçon de ces élections municipales que nous devrions reproduire plus souvent.

La Marseillaise : Face à la flambée du prix des carburants, vous appelez à nationaliser Total. Cela suffit-il face aux grandes crises internationales ?

Fabien Roussel : La nationalisation de Total n’est pas une fin en soi, ce n’est pas ça qui va régler tous les problèmes, nous en avons bien conscience. Ce que nous demandons d’abord, c’est de bloquer les prix à 1,50 euro et de baisser les factures d’électricité, parce que nous sommes dans une situation où nous produisons beaucoup d’électricité, à tel point que nous ne savons pas quoi en faire ! Et, enfin, il faut augmenter les salaires et les pensions de retraite de 5 % immédiatement pour protéger le pouvoir d’achat des Français, la consommation et relancer l’économie par la consommation. Ces trois mesures sont indispensables. Nationaliser Total, c’est reprendre la main sur une entreprise qui a vocation à être une entreprise d’État : c’est une entreprise stratégique, c’est incompréhensible pour nos concitoyens que ce grand groupe profite de la guerre pour accumuler près de 6 milliards d’euros de bénéfices en un trimestre, alors que cet argent devrait servir à baisser le prix à la pompe.

La Marseillaise : Le tissu industriel est frappé par les pénuries de matières premières après la guerre des États-Unis contre l’Iran. Comment réaliser la réindustrialisation défendue par les communistes ?

Fabien Roussel : Puisque le gouvernement apporte des mesures qui sont loin de faire le compte et que nous craignons une récession dans les mois qui viennent, nous appelons à une semaine d’action devant les préfectures, entre le 28 mai et le 4 juin, pour interpeller partout l’État sur la vie chère et l’emploi. Les défaillances d’entreprises n’ont jamais été aussi nombreuses, notre économie est hyper fragilisée, il y a besoin de la protéger et de créer, dans chaque région, une cellule de crise rassemblant les représentants des salariés, les services de l’État et les banques, pour trouver des solutions face à chaque menace qui pèse sur une activité industrielle. Il faut stopper cette hémorragie d’emplois industriels immédiatement, sinon, nous allons continuer à nous affaiblir.

La Marseillaise : Dans les Bouches-du-Rhône, nous avons eu l’exemple de l’abandon du projet de la plus grande fabrique de panneaux solaires d’Europe, face à la concurrence internationale. Comment reconquérir une souveraineté industrielle ?

Fabien Roussel : La France a plein de richesses, d’énergie, de compétences, permettant d’être un pays beaucoup plus attractif, nous pourrions être leader dans plein de domaines. Nous produisons l’électricité la plus décarbonée et la moins chère de toute l’Union européenne, nous avons demandé la baisse de son prix de l’électricité de 30 %, pour que les entreprises puissent investir chez nous. Et nous appelons à la mise en place d’un plan de relance, un pacte de confiance et d’avenir que nous avons estimé à 500 milliards d’euros, sur cinq ans, afin de prêter à taux zéro voire négatif pour relocaliser l’industrie en étant vigilants sur les critères écologiques et d’emploi, pour que cet argent soit socialement utile.

La Marseillaise : Ces milliards, le gouvernement les consacre au réarmement en abondant de 36 milliards d’euros la loi de programmation militaire…

Fabien Roussel : Avec Cécile Cukierman et Stéphane Peu, nous avons interpellé Sébastien Lecornu pour lui demander solennellement de changer de politique, pour éviter à tout prix une récession. Au lieu d’investir dans l’armée, dans les bombes, dans les guerres à l’étranger, nous lui demandons d’investir dans les services publics que les Français réclament : la santé, l’école, la lutte contre les narcotrafics. Et puis, il y a ces 211 milliards d’euros d’aides publiques versées à l’aveugle, sans contrepartie, y compris à de grands groupes qui n’en ont pas besoin. Nous demandons à les flécher vers les industries sur la base de critères sociaux et écologiques, pour que l’on relocalise des filières entières dans notre pays.

La Marseillaise : Le PCF a engagé son 40e congrès, avec trois textes alternatifs face au projet de base commune du conseil national. Comment les accueillez-vous ?

Fabien Roussel : Les communistes ont la culture du débat ! Nous aimons prendre le temps d’analyser la situation en France comme à l’internationale, pour avoir les meilleures réponses à apporter. Je regrette qu’il y ait autant de textes, car cela risque de fracturer et de diviser notre parti à un moment où, au contraire, nous avons besoin d’un parti solide pour défendre la classe ouvrière, tout comme nous avons besoin de syndicats solides. Il ne faut pas avoir peur du débat, débattre en toute sérénité et se rassembler pour mener ce combat contre l’extrême droite, pour la paix en Europe et dans le monde. La base commune que la direction sortante propose, que je défends et qui a été adoptée à 77 % par le conseil national, est largement amendable. Elle doit être enrichie. J’ai entendu à travers les textes alternatifs les remarques, les manques, les doutes. Nous allons avoir tout le temps du congrès pour les intégrer, sur la base de cette base commune que nous proposons. J’invite les communistes à l’adopter pour avoir un parti le plus uni possible dans la préparation de ce congrès.

La Marseillaise : Le coordinateur national de la France insoumise Manuel Bompard assurait, ce vendredi, que les communistes sont des alliés naturels et demandait de ne pas instrumentaliser LFI dans les débats internes du PCF. Que lui répondez-vous ?

Fabien Roussel : Je regrette tous ces messages qui circulent sur les réseaux sociaux partagés par des militants et des dirigeants de la France insoumise pour appeler les communistes à me battre et à battre la base commune du CN. C’est de l’ingérence et c’est insupportable. Quant à Manuel Bompard, qui dit que nous sommes un allié naturel, il expliquera cela aux maires communistes devant lesquels il a mis des candidatures de la France insoumise pour les faire battre lors des dernières municipales. On ne fait pas ça à un allié. Ce qui s’est passé aux élections municipales restera une expérience vécue douloureusement.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 23 mai 2026)