L’édito du webzine. Les pompiers secouent l’État : « Assez de paroles, des actes ! »

Les pompiers de France, professionnels et volontaires sont unanime. Ils se mobilisent pour dénoncer le manque criant de moyens alloués à la Sécurité civile. Grèves dans les casernes, rassemblements devant le ministère de l’Intérieur : les syndicats des Sdis interpellent le gouvernement à l’aube du budget 2027.

Applaudis, célébrés pour leur courage, les pompiers en ont assez des discours. Ils réclament des actes concrets. Comment expliquer que des lauréats du concours de 2023 ne soient toujours pas recrutés faute de budget ? Comment justifier que les volontaires, pilier du système, n’aient toujours pas de statut décent, alors qu’ils s’épuisent à lutter contre des feux extrêmes, symptômes d’un réchauffement climatique galopant ?

Pour les neuf syndicats représentatifs, « on a loupé le coche » après les incendies dévastateurs de 2022. En cause la réduction des budgets des services publics au nom d’une fiscalité allégée pour les plus aisés. La préparation du budget 2027 ne semble pas devoir infléchir cette tendance.

Avec 120 000 hectares déjà réduits en cendres et une douzaine d’incendies toujours actifs, l’été 2026 confirme les pires craintes. Les vagues de canicule s’enchaînent, les pompiers s’épuisent, et les rapports s’empilent. Pourtant, depuis les années 2000, le Giec et les scientifiques alertent : les températures montent, les sécheresses s’aggravent. Pendant ce temps, l’inertie de l’État perdure.

Budget en berne, Départements en première ligne

Emmanuel Macron vante une hausse du budget de la Sécurité civile, passé de 450 millions d’euros en 2017 à 800 millions aujourd’hui. L’opposition de gauche (PCF, LFI, PS, EELV) rappelle que la loi promise après le Beauvau de la sécurité civile (2024-2025) n’a toujours pas vu le jour. Pire : en février 2024, le gouvernement de Gabriel Attal a acté une coupe de 52,8 millions d’euros dans les crédits de la Sécurité civile, mettant en péril l’acquisition de deux Canadairs supplémentaires. Des avions souvent cloués au sol pour maintenance, comme lors du mégafeu de Gironde, où ils ont mis plus de quatre heures à intervenir.

Les Départements, premiers financeurs des Sdis (60 % des 5,6 milliards de budget), voient leur contribution doubler en 20 ans, dans un contexte d’austérité accrue. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé une nouvelle mission sur la « reconstruction et adaptation des territoires ». « Un coup de communication », tonnent les pompiers. Insupportable, quand la France brûle.

Alors que l’Europe et la France tergiversent, l’Australie a agi. Là-bas, la prévention est anticipée bien avant la saison des feux. On a remis au goût du jour les brûlages maîtrisés, inspirés des pratiques aborigènes, pour éliminer les combustibles végétaux. Des plans de survie précis ont été élaborés pour les habitants, avec trois niveaux d’alerte. Preuve que face aux feux extrêmes, l’action est possible.

Les incendies de 2026 seront-ils le déclic ? Les pompiers l’espèrent. Car sans moyens, sans anticipation, et sans volonté politique, la France continuera de brûler. « On tire les leçons de la catastrophe », disent les rapports. « On passe à l’action », réclament les pompiers. Le temps presse.

Dominique Gerbault

Laurent Guilloteau. « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers » (La Marseillaise)

Laurent Guilloteau, membre du collectif CGT des SDIS, participe ce jeudi au rassemblement de l’intersyndicale des Sapeurs-Pompiers devant le ministère de l’Intérieur à Paris.

La Marseillaise : Le rassemblement prévu ce jour devant le ministère de l’Intérieur est organisé par les neuf organisations syndicales représentatives des Sdis précisez-vous dans un communiqué unitaire. C’est inédit ?

Laurent Guilloteau : Dans ce sens, oui. Cela fait un an que les neuf organisations syndicales sont unanimes sur le constat qui a été dressé dans ce communiqué et que nous sommes entièrement d’accord sur l’ensemble des revendications. La Sécurité civile a, aujourd’hui, le pantalon sur les chevilles. La politique d’austérité du gouvernement et les coupes budgétaires qu’ont subies les conseils départementaux et les communes ont impacté les Sdis. Nos principales revendications ont toutes un lien avec le financement. L’un des principaux axes, c’est le recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels. Sur l’année 2025, on a plus de 2 200 lauréats du concours. Mais certains de l’édition précédente, donc 2023, n’ont toujours pas été recrutés, faute de budget.

La Marseillaise : Cette politique austéritaire explique-t-elle pourquoi les sapeurs pompiers volontaires – non limités en heures – sont davantage sollicités au détriment des sapeurs pompiers professionnels ?

Laurent Guilloteau : Totalement. Aujourd’hui, la faute est à un plafond horaire annuel qui est de 2 256 heures et qu’on ne peut pas dépasser. Pourtant, il y a un texte de loi de 2023 qui permet de libérer des sapeurs-pompiers professionnels sur leur temps de travail. Sauf que les directeurs sont ultra-réticents à détacher du temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels au profit des autres départements, dont ils disent pourtant être solidaires. Ils préfèrent les envoyer sur leurs repos ou leurs congés, et sur le statut de sapeurs-pompiers volontaires, parce que du coup, ils ne perdent pas de temps de travail. Il est impensable de se dire qu’on se prive d’une ressource quantitative et qualitative sous l’effet d’un statut alors que, concrètement, on est agent de la fonction publique territoriale.

La Marseillaise : Vous entendez peser sur le prochain Projet de loi de finances pour 2027 ?

Laurent Guilloteau : Il est vrai, comme le dit Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur], que la Sécurité civile a vu une augmentation de son budget alloué au titre des derniers projets de loi de finances. Mais ce que le ministre oublie de dire, c’est que si on fait un ratio de ce que pèse aujourd’hui la Sécurité civile – un des derniers services publics qui arrive encore à fonctionner, malgré les difficultés et les contraintes que l’on peut rencontrer – par rapport à l’investissement qui a été mis sur les projets de loi de finances, notamment pour les JO 2024, pour les Armées et pour la Sécurité intérieure, on est très loin du compte. Alors oui, on va interagir sur le projet de loi de finances. C’est vital à l’échelle nationale. On a loupé le coche après la saison des feux de 2022 où il aurait fallu déjà revoir les budgets des services départementaux d’incendie et de secours. Cela va être difficile à rattraper aujourd’hui avec toutes les coupes budgétaires que présente M. Macron…

La Marseillaise : Que peut-on retirer du Beauvau de la Sécurité civile ?

Laurent Guilloteau : Le ministère de l’Intérieur et le gouvernement ont fait des groupes de travail pour occuper le temps et le terrain. Pendant ce temps-là, ils ont oublié d’agir et de sortir le projet de loi prévu à l’issue de ces travaux. Depuis, on a vu défiler plusieurs ministres que ce soit Gérald Darmanin, Bruno Retailleau et aujourd’hui Laurent Nuñez.
La Sécurité civile est-elle dans les priorités du gouvernement ? C’est notre interrogation. Je vous le dis, la réponse c’est non. Si on était vraiment dans les préoccupations du gouvernement, il aurait mis en place dans les projets de loi de finances et dans le Beauvau des mesures pour faire avancer la Sécurité civile.

La Marseillaise : Cette saison des feux est particulièrement dévastatrice. Si des investissements ne sont pas rapidement faits dans la Sécurité civile, au vu du réchauffement climatique, les prochaines seront pires ?

Laurent Guilloteau : La synthèse est la bonne. Les saisons comme 2026 vont devenir la norme. Le feu de forêt devrait être enseigné dans le risque courant. Depuis combien d’années on parle du réchauffement climatique et de son impact ? Les canicules, on en a déjà eu. On se rappelle de 2003 et des premières, dévastatrices, qui ont causé énormément de morts. Le ministre de l’Éducation nationale, a dit [le 26 juin 2026 ndlr], que le gouvernement avait anticipé la canicule. Si on avait anticipé, on n’aurait pas provoqué la fermeture de classes parce qu’il y faisait 35 degrés. S’il y a une chose que le gouvernement n’a pas faite, c’est d’anticiper.
Si on était vraiment prêts et si on avait été en capacité de répondre au moment voulu sur des feux majeurs en même temps sur l’ensemble de territoire, on n’aurait pas eu à épuiser la ressource au 31 juillet, que ce soit de sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires et de personnels administratif, technique et spécialisé. Ce sont des gens dont on parle très peu et qui font aujourd’hui fonctionner les Sdis dans la partie administrative, la réparation des véhicules et le maintien de nos unités opérationnelles. Sans tous ces gens-là qu’on a sollicités durant un mois, corvéables à merci, durant des heures, en s’asseyant sur leurs périodes de repos et aussi leur période de congé, ça n’aurait pas existé.

La Marseillaise : La polémique autour de la commande de Canadairs est-elle justifiée ? Qu’est-ce que cela aurait pu changer sur le terrain ?

Laurent Guilloteau : Les Canadairs, c’est comme un camion-citerne feux de forêts, quand il tourne toute la journée, le lendemain, il a besoin d’une maintenance. Il y a des matins où il n’y en avait que 5 disponibles. Puis, l’après-midi, il y en avait peut-être 7 ou 8. Et le lendemain matin, on redescendait à 5. On parle souvent des machines mais il faut aussi prendre en compte les horaires de vol du pilote à l’intérieur, qui doit avoir une certaine lucidité durant toutes les missions qu’on lui demande. Souvent, ça aussi, ça nous fait défaut.

Le travail de précision des Canadairs ne pourra jamais être remplacé par les hélicos supplémentaires qui ont été loués. Les Canadairs ont une capacité et une force de frappe qui est quand même différente. Gabriel Attal, lorsqu’il était Premier ministre, a sérieusement amputé le budget de la Sécurité civile, et notamment dans l’achat de cette flotte aérienne. Si deux Canadairs de plus avaient été présents sur les chantiers de Gironde, ils auraient peut-être compensé la maintenance qui était obligatoire pour l’aspect sécuritaire du personnel en vol et au sol.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 13 août 2026)

L’édito du webzine. Le cynisme d’un gouvernement en quête d’économies

Au cœur de l’été, alors que les Français sont moins attentifs, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé le doublement du plafond annuel des franchises médicales, passant de 100 à 200 euros par an.

Depuis des années, les gouvernements successifs ont une logique implacable : faire payer toujours plus ceux qui sont malades et ont besoin de soins. Cet été, l’exécutif de Sébastien Lecornu a franchi un cap supplémentaire dans le cynisme. Par décret, il impose une mesure rejetée par les parlementaires lors du dernier débat sur le budget de la Sécurité sociale : le doublement des franchises médicales. Une décision qui s’inscrit dans une stratégie libérale de démantèlement progressif de notre système de protection sociale, hérité du programme du Conseil national de la Résistance et porté par Ambroise Croizat.

La Sécurité sociale, fierté française, se transforme peu à peu en une assurance au rabais pour les plus modestes, tandis que les plus aisés peuvent s’offrir des soins de qualité. En arrière-plan, le gouvernement agite l’épouvantail du « trou de la Sécu », un argument éculé pour justifier des économies toujours plus brutales. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les 2,15 milliards d’euros économisés grâce à cette mesure semblent dérisoires face aux 211 milliards accordés aux entreprises.

Le gouvernement ferme les yeux sur des recettes potentielles. Comme le souligne le PCF : « Plutôt que de ponctionner quelques dizaines d’euros supplémentaires sur les malades, faisons contribuer les milliards de revenus financiers qui échappent aujourd’hui aux cotisations sociales. » La santé n’est ni un luxe, ni une marchandise. C’est un droit. Pourtant, les coups bas se multiplient.

Une mesure injuste et contre-productive

En 2024, le gouvernement avait déjà doublé les franchises, passant de 0,50 à 1 euro par acte. Aujourd’hui, les montants unitaires restent fixes (2 euros par consultation, 1 euro par boîte de médicaments), mais le plafond annuel, jusqu’ici limité à 50 euros pour chaque poste, doublerait. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en mai, 48 millions d’assurés seraient concernés. Seuls les mineurs, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, de l’aide médicale d’État et les femmes enceintes en fin de grossesse y échapperaient.

Stéphanie Rist tente de minimiser l’impact : « C’est un petit effort extrêmement mesuré pour ceux qui achètent plus de cinquante boîtes de médicaments par an et qui vont plus de vingt-cinq fois chez le médecin. » Un raisonnement fallacieux. Car qui consomme autant de soins ? Principalement les personnes âgées et les malades chroniques, comme les patients en oncologie. C’est culpabilisant.

Les syndicats, déjà mobilisés en septembre 2025, dénoncent un « passage en force pendant l’été ». Cette mesure aggrave les inégalités d’accès aux soins. Pourtant, la France a fait le choix historique d’un système où chacun contribue selon ses moyens. Avec ces réformes, on se dirige droit vers un modèle assurantiel, à l’américaine ou à l’anglaise, où la santé devient un privilège.

Face à cette dérive, la résistance s’organise. Associations de patients, syndicats de médecins et partis politiques appellent à une mobilisation citoyenne. « La santé n’est pas une variable d’ajustement budgétaire », martèlent-ils. Il est temps de défendre ce droit fondamental avant qu’il ne soit trop tard.

Dominique Gerbault

Guillaume Roubaud-Quashie. « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée » (La Marseilllaise)

Guillaume Roubaud-Quashie, président de la Fondation Gabriel-Péri, appelle à défendre les structures « qui font vivre le débat public ». Il s’est rendu à Matignon la semaine dernière pour alerter le Premier ministre sur les difficultés financières de l’établissement d’utilité publique.

La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

La Marseillaise : Cet affaiblissement des fondations politiques représente-t-il un danger pour le débat démocratique ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

La Marseillaise : Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

La Marseillaise : Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

Guillaume Roubaud-Quashie : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro (La Marseillaise, le 3 août 2026)

Anthony Gonçalves. « Le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie » (La Marseillaise)

Anthony Gonçalves, oncologue à l’Institut Paoli-Calmettes et adjoint communiste à la Santé de la Ville de Marseille, dénonce les conséquences du doublement des franchises médicales sur le renoncement aux soins et sur notre modèle de protection sociale.

La Marseillaise : Le gouvernement a annoncé le doublement des franchises médicales et une hausse du reste à charge. Quel regard portez-vous sur ces mesures ?

Anthony Gonçalves : Je suis profondément choqué par ces annonces. Le gouvernement considère que les gens consomment des médicaments ou ont des actes médicaux pour se faire plaisir. Il imagine qu’en augmentant ces franchises, ils vont réduire leur consommation médicale, ce qui est totalement faux. La grande majorité de ces consommations répond à des besoins réels. Ça va toucher des personnes atteintes de maladies graves qui n’ont pas choisi de l’être.

La Marseillaise : Ces mesures permettraient, selon le gouvernement, de financer l’accès aux soins. Qu’en pensez-vous ?

Anthony Gonçalves : C’est incroyable de ponctionner les malades pour favoriser l’accès aux soins. C’est l’inverse qui va se passer. Penser qu’on va freiner des dépenses de santé comme s’il s’agissait d’une consommation de confort est un calcul terrible. Les plus modestes, souvent en affection de longue durée, vont renoncer aux soins dont ils ont besoin. Les malades du cancer, avec des traitements lourds et réguliers, seront touchés de plein fouet. Au final, cela dégradera leur état de santé et coûtera encore plus cher lorsqu’il faudra les hospitaliser. C’est le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie. Il ne va pas chercher l’argent là où il se trouve. On nous parle du déficit de la Sécurité sociale, mais il est largement alimenté par les exonérations de cotisations accordées aux entreprises.

La Marseillaise : Qui seront les plus pénalisés ?

Anthony Gonçalves : Les retraités vivant avec moins de 1 500 euros par mois et atteints d’affections de longue durée, de cancer ou de maladies cardiovasculaires. Ce sont des patients qui ont besoin de consultations et de prescriptions régulières. On va aller taper dans la poche de ceux qui n’ont déjà pas beaucoup pour vivre.

La Marseillaise : Quelles seront les conséquences de ces mesures sur le prix des mutuelles ?

Anthony Gonçalves : On parle d’un transfert de charges de 1,5 à 2 milliards d’euros, donc les mutuelles vont mécaniquement augmenter leurs tarifs, alors qu’ils sont déjà un problème pour une partie de la population. D’où notre idée d’instaurer une mutuelle communale à Marseille, pour permettre aux plus modestes d’accéder à une complémentaire à un tarif plus favorable.

La Marseillaise : Que révèlent ces annonces sur la gestion politique de notre système de santé ?

Anthony Gonçalves : Depuis des années, on entend cette petite musique de la responsabilisation des malades. L’idée serait de dire que le droit à la santé est une affaire de responsabilité individuelle. C’est un retour en arrière de plus sur un droit universel, qui ne doit dépendre ni des revenus ni du niveau social. On assiste à une attaque en règle globale contre notre système de Sécurité sociale.

La Marseillaise : Les annonces ont été faites en plein été, sans débat parlementaire. Que pensez-vous de la méthode ?

Anthony Gonçalves : La méthode est aussi choquante que le fond. L’an dernier, cette proposition avait été rejetée par le Parlement. Le gouvernement revient à la charge sans passer par le débat. C’est le pari abominable du gouvernement : on fait passer les mauvais coups pendant l’été.

Entretien réalisé par Clara Gazel (La Marseillaise, le 3 août 2026)

Le billet d’Yvon Huet. Le vivant, une religion ou un engagement citoyen pour que les choses changent vraiment ?

Le mot « vivant » est passé dans le langage militant comme la cheville ouvrière des luttes pour l’environnement. C’est un sujet sérieux qui mérite réflexion et que d’autres civilisations humaines qu’occidentales n’ont pas attendu pour l’appréhender, ne l’oublions pas.

Quand on entend dire par exemple que le fleuve Loire a ses droits en tant qu’entité, je me dis qu’on pousse le bouchon un peu loin sauf à accepter qu’on soit revenu à une conception animiste de la vie qui implique le retour à l’âge de pierre.

Cette préoccupation n’est pourtant pas nulle, mais elle risque de cacher l’essentiel. Il faut que l’être humain se trouve une place plus apaisée dans ce cadre qu’il appelle la nature et dont il fait partie. La boulimie des mégapoles a créé des réflexes de panique dans les villes pendant que la ruralité sert d’appareil respiratoire dans un contexte où les côtes reproduisent de façon éphémère l’effet de masse des cités. Quant aux champions du « vivant », ils se précipitent vers les sommets, mais cela ne change pas l’état de l’existant… Le tableau est préoccupant…

Ces questions sont traitées sérieusement dans le journal La Terre, dans Progressistes et dans d’autres revues ou rubriques spécialisées et on ne peut que s’en réjouir. Reste que l’urgence des urgences dans notre société est de constituer un rapport de force majoritaire contre les destructeurs de la nature que sont les profiteurs de la finance et des industries de guerre. Ils se moquent du bilan carbone de leurs choix juteux dans le commerce mondial, qu’on se le dise.

Bousculer tout cela ne se fera pas en un jour mais il faudra bien, à la faveur de toutes les catastrophes qui ponctuent l’actualité, faire converger les luttes pour l’égalité, l’éradication de la pauvreté, l’appropriation collective des moyens de production de l’énergie et du reste et celles pour un nouveau rapport vertueux avec notre environnement.

Les communistes y travaillent à leur façon avec des propositions constructives, évidemment censurées par les médias, d’autres d’une autre façon, portés par les médias, avec, souvent, une récupération qui pousse à la division des citoyens.

La convergence est possible, à condition de sortir de cette manie d’étouffer le débat par l’hystérie présidentielle qui fait croire qu’un seul homme pourrait changer la face du monde en écrasant tout ce qui n’est pas à ses bottes, ce qui n’a rien de vivant pour la gauche puisqu’il s’agit de tuer le gênant pour affirmer SA force…

Le vivant ne doit pas nous faire oublier que nous sommes redevables de la lutte de ceux qui nous ont précédés et nous ont quitté… Oublier d’où on vient fait toujours recommencer les mêmes erreurs que celles d’hier… Se souvenir permet de mieux mesurer les limites d’hier pour les dépasser et avancer. La nostalgie du passé n’oblitère pas la nécessité d’aller au bout de nos combats, dans notre grande diversité sachant que l’unité ne peut pas se faire dans la concurrence mais dans la complémentarité. On en est encore loin, mais il n’y a pas d’autre chemin pour empêcher la gauche de rester bloquée dans son jus face à une droite extrémiste qui, d’une manière ou d’une autre, compte bien continuer à mettre le vivant dans ses conteneurs.

Yvon Huet

L’édito du webzine. L’urgence d’un pacte face au pyrocène

Les flammes dévorent tout. Forêts, cultures, villages, vies. Les méga-feux, ces monstres tentaculaires, défient les lances des pompiers et les limites humaines. Ils encerclent des familles, réduisent en cendres des décennies de labeur.

Ces incendies ne sont pas des catastrophes naturelles. Ils sont le symptôme d’un système malade, le capitalocène, où la nature et les humains sont surexploités au profit d’une minorité. Les 10 % les plus riches émettent 47 % des gaz à effet de serre, tandis que la moitié la plus pauvre en produit à peine 10 %. Pendant que la Terre se consume, les puissants, dans leurs tours climatisées, comptent leurs dividendes. On enrage !

Les choix politiques aggravent la crise. Les budgets des services d’incendie stagnent à 5,5 milliards d’euros – moins que les profits semestriels de Total. L’Office national des forêts a perdu 5 000 agents en vingt ans. Pendant ce temps, 436 milliards sont engloutis dans la loi de programmation militaire. Les priorités sont inversées. Les Canadair manquent, les casernes ferment, et les véhicules blindés, conçus pour réprimer, arrosent les manifestants plutôt que les flammes.

L’urgence d’un autre choix de société

Pourtant, une lueur persiste. Pompiers, soignants, paysans, élus locaux : une solidarité active se dresse face au chaos. Leur courage sauve des vies, des paysages, une part de notre humanité. Mais quand leurs efforts seront-ils reconnus au-delà des discours creux ? Quand cesserons-nous de sacrifier le vivant sur l’autel du profit ?

La NASA l’alerte : les méga-feux pourraient devenir un phénomène mondial. Le dérèglement climatique attise les températures, assèche les sols, et crée un cercle vicieux où chaque incendie aggrave la crise. Il est temps d’agir. Une conférence internationale pourrait réorienter les recherches, désarmer les conflits, et financer un fonds mondial contre les feux. Un projet qui s’oppose aux nationalismes et au capitalisme prédateur.

Le vivant -humain et non humain- doit être au cœur de nos priorités. Repenser l’aménagement du territoire, démocratiser les services publics, briser la logique de la rentabilité à tout prix : voici les défis d’un nouveau contrat social. Un pacte pour l’émancipation, la paix, et la survie de notre civilisation.

Dominique Gerbault