Soutenons le courage du peuple iranien à se libérer et à choisir son avenir

Appel à rassemblement le samedi 17 janvier 2026
à Paris et partout en France

Le 28 décembre, les Iraniennes et les Iraniens sont descendus dans la rue, d’abord pour dénoncer le coût de la vie et rapidement pour se libérer du joug de la dictature criminelle, théocratique, militarisée et patriarcale de Khamenei.

À Téhéran, à Chiraz, à Yazd, dans de grandes villes et de petits villages, des centaines de milliers de personnes manifestent et crient leur aspiration collective à la liberté, la démocratie et la dignité.

Devant l’ampleur de la révolte, la dictature a choisi une fois de plus de répondre par la violence et la terreur.

Depuis le 9 janvier, face à la détermination des manifestants qui résistent malgré les morts, les blessés, les arrestations arbitraires et les disparitions forcées, le régime a imposé la coupure d’internet, du téléphone et des messageries dans tout le pays afin de pouvoir massacrer son peuple à huis clos.

Face au régime sanguinaire au pouvoir, les Iraniennes et Iraniens opposent le courage et la détermination d’un peuple à manifester et à s’exprimer pacifiquement ainsi qu’ils l’avaient fait en 1979 pour renverser la dictature du Shah.

Liberté, démocratie, dignité sont l’avenir que les Iraniennes et Iraniens sont en train d’écrire eux-mêmes, sans sauveur suprême, ni libérateur étranger.

Les Iraniens et les Iraniennes sont seul·es maîtres de leur destin qu’ils choisiront aux termes d’élections libres.

Nous appelons les autorités françaises et les institutions européennes à exiger du régime iranien qu’il respecte le droit de manifester et d’exprimer ses opinions et cesse immédiatement la répression à l’encontre des manifestant-es.

Nous, acteurs de la société civile, exprimons notre entière solidarité avec la lutte des Iraniennes et Iraniens contre l’oppression et la tyrannie.

Nous appelons à une mobilisation massive en soutien au peuple iranien samedi 17 janvier 2026 à Paris (lieu et horaire à définir), et partout en France.

Solidarité avec les Iranien-ne-s en lutte pour la démocratie et la liberté. 

À bas les dictateurs ! 
Femmes, vie, liberté vit et vaincra !

Premiers signataires : Iran Justice, LDDHI (Ligue des droits de l’Homme en Iran), Alliance des femmes pour la démocratie (AFD), Cedetim Ipam, Comité français du réseau européen de solidarité avec l’Ukraine, Confédération générale du travail (CGT), Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), France Kurdistan, Institut Ouïghour d’Europe, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Le Mouvement de la paix, Memorial 98, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Russie-Libertés, SOS Racisme, Ukraine CombArt.

Paris, le 13 janvier 2026

Navid Shomali. « La solution en Iran ne peut venir que du peuple »

Navid Shomali est le secrétaire international du Tudeh, le parti communiste iranien, exilé au Royaume-Uni. (La Marseillaise)

La Marseillaise : Pensez-vous comme le chancelier allemand que le pouvoir iranien vit ses « derniers jours » ?

Navid Shomali : Les dirigeants européens ont déjà décidé que le régime devait être changé. Certains parlent d’une transition « en douceur », d’autres rappellent leurs ambassadeurs et essayent de réduire leur représentation diplomatique. Le problème est qu’ils ne connaissent pas nécessairement l’Iran. Ils aimeraient que l’Iran soit pro-Occident et pro-Otan dès demain. C’est loin de la réalité. La révolution iranienne de 1979 a mis deux ans à atteindre son stade final, avec des millions de personnes dans les rues. Ce régime brutal, qui dispose de l’un des appareils militaires et sécuritaires les plus redoutables du Moyen-Orient, est conscient que s’il quitte le pouvoir, il n’aura nulle part où se cacher. Il va donc s’accrocher et résister. C’est pourquoi nous sommes très préoccupés par l’ingérence politique des Israéliens, des Britanniques, des Français, des Allemands, des Portugais et de tous les membres de l’Otan. Cela compromettra les attentes sincères des personnes qui sont descendues dans la rue en 2009, 2017, 2018, 2019 et 2022. À chaque fois, ils ont réussi à forcer le gouvernement à reculer. Le régime peut utiliser ces déclarations pour affirmer que les manifestants sont manipulés par des puissances étrangères. Notre parti exige que ces ingérences cessent immédiatement.

La Marseillaise : Quelles sont les revendications des manifestants ?

Navid Shomali : Les manifestations de ces deux dernières semaines sont directement liées à la propagation rapide de la pauvreté ainsi qu’à la corruption en Iran. L’accumulation de richesses par une petite minorité d’individus extrêmement riches, alors que la majorité de la population lutte pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires, est insupportable. Ils constatent également que ce ne sont pas seulement des acteurs extérieurs qui ont conduit le pays à sa situation actuelle, mais aussi le régime et ses partisans, ses alliés et les membres de leur famille, par leur corruption endémique et leur pillage effréné de l’économie. Ce sont eux qui, au cours des trois dernières décennies, ont amassé des sommes d’argent astronomiques. Pendant ce temps, les travailleurs ne sont pas payés, les entreprises et les industries font faillite. Environ 60% de la population iranienne vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est pourquoi ils sont dans la rue et prêts à sacrifier leur vie pour changer ce régime et offrir à leurs enfants et aux générations futures une vie digne.

La Marseillaise : Le fils de l’ancien Shah, Reza Pahlavi, se positionne comme un acteur clé. Est-ce vraiment ce que souhaite le peuple ?

Navid Shomali : Pendant 47 ans, les Pahlavi ont vécu dans un luxe absolu grâce aux milliards de dollars qu’ils ont détournés de l’Iran. Lorsque Reza Pahlavi est interviewé, son ignorance de la situation est flagrante. Un document de 200 pages distribué à ses partisans propose clairement une dictature. Bien sûr, pas ecclésiastique, mais une dictature qui conduirait à la création d’un régime despotique dans lequel personne ne serait libre, l’ordre capitaliste serait maintenu et l’Iran serait un allié des États-Unis et d’Israël. Il n’a aucun programme politique, économique, social ou culturel clair pour résoudre les problèmes urgents de plus de 90 millions d’Iraniens. Après 47 ans de régime islamique et 50 ans de pahlavisme avant cela, l’Iran aura vécu sous la tyrannie pendant près de 100 ans. C’est pourquoi les esprits les plus brillants et les plus visionnaires d’Iran doivent s’unir pour trouver un moyen de sauver le pays. Cet homme n’est pas accepté par la population, mais chaque jour, les médias occidentaux invitent dans leurs émissions des politiciens et des personnalités publiques qui font l’éloge de la monarchie, affirmant que Pahlavi bénéficie d’un fort soutien international. Le problème est que l’opposition à l’intérieur du pays a été brutalement et totalement réprimée pendant longtemps, réduisant l’arène de la lutte interne à néant depuis la fin des années 1980.

La Marseillaise : La France, le Royaume-Uni et le Portugal ont rappelé leurs ambassadeurs pour dénoncer la répression des manifestants.

Navid Shomali : Ce sont ces mêmes gouvernements qui ont poussé à l’adoption de sanctions plus sévères contre l’Iran. En octobre, ils ont affirmé que l’Iran avait abrogé ses responsabilités en vertu de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien. Cependant, le régime et un certain nombre d’experts en droit international ont affirmé que cet accord avait en fait été abrogé par les États-Unis en 2018, lorsque Trump s’en est retiré. L’accord stipulait que si l’un des six partenaires se retirait, il serait rompu. Ces gouvernements rêvent de revenir à l’ère coloniale et retrouver leurs positions. C’est le contraire de ce que l’on attend de pays qui se décrivent comme démocratiques et prétendent respecter le droit international. Si les gouvernements occidentaux n’interviennent pas, la République islamique pourrait s’effondrer sous la pression populaire interne à l’Iran. La solution en Iran ne peut venir que du peuple. Seuls les Iraniens ont le droit de décider du sort de notre pays et de la voie politique qu’il empruntera.

La Marseillaise : Pensez-vous qu’il y aura une intervention militaire américaine sur le sol iranien ?

Navid Shomali : Personne ne peut prédire ce que Donald Trump va faire. Un jour, il dit une chose, et le lendemain, il fait le contraire. Les Américains et l’Occident ont clairement échoué à évaluer correctement la situation en Irak en 2003. Il a fallu de nombreuses années pour pacifier ce pays, sans parler de lui apporter un semblant de stabilité pendant de nombreuses années après cela. Et en termes de superficie, l’Iran est près de quatre fois plus grand que l’Irak. Il n’est donc pas impossible que le régime iranien et les États-Unis reviennent à la table des négociations pour parvenir à un accord. Les Américains auront bien sûr le dessus et finiront par l’emporter, car le régime théocratique est prêt à tout pour rester au pouvoir. Le grand perdant sera le peuple iranien. C’est pourquoi nous espérons que les forces progressistes, démocratiques et nationalistes, ainsi que la classe moyenne, les enseignants, les infirmières et les femmes, s’uniront pour former un front uni qui aspire à la paix, à la démocratie et à un avenir dans lequel les vastes ressources de l’Iran seront utilisées pour construire un pays prospère. En renforçant la solidarité et l’unité d’action entre toutes les forces sociales progressistes engagées dans cette lutte, nous nous efforcerons de faire face simultanément à la dictature au pouvoir et aux menaces de l’impérialisme américain.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 15 janvier 2026)

Des manifestations d’ampleur secouent l’Iran depuis plus de deux semaines. Un mouvement qui, à l’origine, était lié au coût de la vie, mais s’est rapidement étendu et réclame désormais la chute du régime, qui est prêt à tout pour sa survie. Quelque 3 428 personnes auraient ainsi été tuées depuis le début du mouvement de contestation, a annoncé, mercredi, l’ONG Iran Human Rights (IHR), qui a également fait état de plus de 10 000 arrestations. Un véritable massacre mené par les Gardiens de la Révolution de la République islamique. Des rapports font état « de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays », affirme l’ONG Human Rights Watch.

L’édito du Travailleur Catalan par Jacques Pumaréda. Les voix de l’Empire

Le coup de force ahurissant contre le Venezuela a donné lieu à des commentaires divers et variés dans les médias français. Attachons-nous à regarder de plus près les chaines d’info en continu. On sait combien certaines, propriété de milliardaires de droite ou d’extrême droite, diffusent l’idéologie de leur « patron » en bons serviteurs zélés. Mais ce qui est nouveau c’est l’angle d’approche des faits. Pendant des heures et des jours on nous a abreuvés de détails techniques sur les hélicoptères, les plans virtuels du lieu du kidnapping, les différents scénarios envisagés avec le chef suprême suivant en direct les évènements. Une vraie série Netflix, du spectacle hollywoodien, mais où est le fond ? Où sont passés les journalistes ? Où est l’analyse du rôle des États-Unis dans l’asphyxie économique du Venezuela ? Où est le rappel des sanctions, du sabotage financier, de l’étranglement méthodique d’un pays entier ? Où est la mise en perspective historique du chavisme, de ses contradictions, de ses dérives, certes réelles, mais aussi de ses origines sociales et populaires ? Les journalistes sont-ils réduits à commenter l’écume des choses, incapables de produire une synthèse, incapables de relier les faits, incapables de nommer les rapports de domination ? Sont-ils incultes à ce point ? Circulez, il n’y a rien à penser !

Certes me direz-vous, ne mettons pas tout le monde dans le même sac, d’accord, mais quand même n’assistons-nous pas au naufrage intellectuel d’un certain journalisme français ? Ce phénomène est moins visible dans la presse écrite dont la fonction première est de produire des analyses et des réflexions documentées. Les médias et la presse jouent un rôle essentiel dans une démocratie, celui d’informer les citoyens et de produire des analyses dans la diversité des approches idéologiques. La réflexion et le débat public permettant de se faire une opinion comme on dit. Mais si on évite au citoyen de penser, il ne faut pas s’étonner de voir les idées d’extrême droite progresser.

N’écoutons pas les voix de l’Empire.

L’édito du webzine. Le Mercosur, symbole d’une Europe à la croisée des chemins

L’Europe vient de tourner une page de son histoire agricole en validant l’accord UE-Mercosur. Les États membres ont scellé un pacte qui sonne comme un abandon pour des milliers d’agriculteurs français et européens.

« Colère totale des paysans » : l’expression, reprise en chœur par les syndicats, résume l’incompréhension et la révolte face à un texte qui sacrifie la souveraineté alimentaire sur l’autel du libre-échange. Les images parlent d’elles-mêmes : tracteurs bloquant les routes, œufs lancés contre les sièges des institutions.

La mobilisation, massive et déterminée, révèle un monde agricole au bord de l’asphyxie. Entre la hausse des coûts de production, les épizooties à répétition et une concurrence déloyale -où le soja OGM et les normes environnementales bâclées du Mercosur font office d’armes de guerre économique-, les paysans français ne demandent qu’une chose : survivre.

Un vote sous tension, une Europe divisée

Pour la première fois, un accord commercial européen est adopté sans unanimité. Cinq pays, dont la France, ont dit non. Un symbole fort, mais insuffisant. Car si l’Irlande, la Pologne ou l’Autriche ont résisté, la majorité qualifiée(*) a passé en force, révélant une fracture profonde : celle d’une Union européenne tiraillée entre ses idéaux et ses intérêts, entre la défense de ses producteurs et l’appel des sirènes du marché global.

Le Parlement européen, qui doit se prononcer le 21 janvier, détient désormais une responsabilité historique. Les 150 parlementaires de 20 nationalités prêts à saisir la justice européenne le rappellent : cet accord n’est pas une fatalité. Il est encore temps d’inverser la vapeur, de défendre un modèle agricole qui concilie performance et respect de l’environnement, plutôt que de céder à la loi du moins-disant social et écologique.

Relocaliser ou disparaître

Face à la grogne des agriculteurs, le gouvernement français promet des « annonces en leur faveur ». Mais les demi-mesures ne suffiront plus. Ce que réclament les paysans, c’est une politique ambitieuse : un moratoire sur les contrôles abusifs, la fin des abattages massifs de troupeaux, et surtout, une remise à plat des règles du jeu commercial. Car le vrai scandale du Mercosur, c’est son hypocrisie : on y exporte nos normes, mais on y importe des produits issus de pratiques que nous interdisons chez nous.

La question dépasse désormais le cadre agricole. Elle interroge le projet européen dans son ensemble : veut-on une Europe forte, maître de son destin alimentaire et industriel, ou une Europe diluée, otage des appétits des géants du Sud ? Les agriculteurs, en première ligne, ont choisi leur camp. À nous de les suivre.

Dominique Gerbault

(*) 21 États sur 27 ont approuvé cet accord, représentant 68,55% de la population européenne. La majorité qualifiée est à 65%.

Une quarantaine de manifestants en soutien au peuple vénézuélien (L’Indep)

C’est à l’appel à « la mobilisation contre l’agression du Venezuela par les États-Unis », lance par la CGT 66 à laquelle se sont agrégés LFI, le PS, le Parti communiste, divers syndicats et associations pacifistes, qu’une quarantaine de personnes se sont retrouvées hier devant la préfecture. à Perpignan.

« Il y a une semaine, les États-Unis lançaient une guerre illégale et illégitime contre le Venezuela en enlevant son chef d’État Nicolás Maduro. Ce piétinement inédit du droit international ouvre la voie à la généralisation de la loi du plus fort… Cette ingérence et cette invasion soudaine mettent en cause la paix dans toute la région, et dans le monde. Après l’Ukraine, la Palestine, le Soudan, et demain peut-être le Groenland, quel pays sera la nouvelle proie d’une mainmise inacceptable et injustifiable des États-Unis ? » C’est en résumé la teneur des revendications prononcées par Julien Berthélémy, secrétaire de la CGT dans les Pyrénées-Orientales, suivies d’autres interventions émanant de représentants de LFI, du PS, du PC, de divers syndicats et associations pour la paix mobilisés ce samedi en matinée devant la préfecture des Pyrénées-Orientales à Perpignan.

Une quarantaine de manifestants avait répondu a l’appel national, « à venir soutenir le peuple vénézuélien contre l’agression de Trump ». Un soutien qui s’est concrétisé à Perpignan par ces prises de paroles et un sit-in réduit à sa plus simple expression à cause du froid pénétrant. Globalement, les protestataires exigent « le respect de la souveraineté de l’État du Venezuela » ainsi que celui de « la légitimité du seul peuple vénézuélien à choisir ses dirigeants ».

Et si pour sa part, LFI 66 condamne fermement « la nouvelle doctrine impériale états-unienne via son président Donald Trump » consistant à « prendre le contrôle des territoires et de ressources » considérés « comme étant leur propriété ». La CGT 66 dénonce, elle, une « nouvelle violation grave du droit international, de l’intégrité territoriale du Venezuela et du droit du peuple vénézuélien à l’autodétermination ». Arguant du fait qu’au-delà du Venezuela, « cette offensive armée révèle une stratégie impérialiste globale conduite par les États-Unis qui menace d’autres peuples ». Concluant : « nous réaffirmons haut et fort notre engagement pour la paix, la démocratie, la souveraineté des peuples, l’état de droit et la solidarité internationale. Et demandons à Trump la libération du président vénézuélien et de son épouse ! »

Valérie Pons (L’Indépendant, le 11 janvier 2026)

Les agriculteurs ne désarment pas après le feu vert de l’UE au Mercosur (L’Indep)

L’accord décrié a été validé par une majorité des États, vendredi, malgré l’opposition de la France.

La majorité des États membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé, vendredi, la signature de l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain du Mercosur, Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay. Une validation qui survient après plus de vingt-cinq ans de négociations, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche et l’Irlande.

La Commission européenne et des pays tels que l’Allemagne et l’Espagne voient dans cet accord un élément clé de la stratégie visant à ouvrir de nouveaux marchés, afin d’atténuer l’impact des droits de douane américains et de réduire la dépendance à l’égard de la Chine. Particulièrement pour les minerais comme le lithium pour batteries. A l’inverse, ses détracteurs s’inquiètent d’une hausse des importations de produits alimentaires bon marché, notamment de bœuf, de volaille et de sucre, au détriment de l’agriculture locale.

Pour convaincre les sceptiques, la Commission européenne a mis en place des mesures de sauvegarde permettant de suspendre les importations de produits agricoles sensibles. Elle a aussi renforcé les contrôles des importations et proposé le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l’agriculture.

Ces concessions, insuffisantes pour la France, semblent avoir convaincu l’Italie, dont le soutien à l’accord commercial a été décisif.

« On ne baissera pas les bras »

Le texte doit désormais être soumis au vote des eurodéputés, mais la présidente de la Commission européenne, Ursula Von-der-Leyen, envisage une application du texte sans attendre la ratification du Parlement. Jeudi, le Président français Emmanuel Macron a affirmé, lui, que « l’étape de la signature de l’accord », prévu le 17 janvier au Paraguay, « ne constitue pas la fin de l’histoire », s’engageant a continuer de protéger le monde paysan.

De mesures, portées par le gouvernement, ont été annoncées dans la foulée, alors que les agriculteurs menaient de nouvelles actions en France, mais aussi plus largement à travers l’Europe. Si les tracteurs de la Coordination rurale ont quitté Paris après leurs blocages, ceux de la Confédération paysanne ont perturbé, vendredi, le trafic sur le périphérique parisien. Porte-parole du syndicat, Stéphane Galais et Thomas Gibert, ont été, parallèlement, interpellés aux abords de l’Arc de Triomphe.

« Les agriculteurs français n’accepteront jamais qu’on leur impose des règles si les importations ne les respectent pas. On ne baissera pas les bras », prévenait, jeudi, le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, contacté par notre rédaction. Le premier syndicat agricole français appelle à « poursuivre le combat » contre le Mercosur, avec, notamment, une mobilisation du monde paysan, le 20 janvier, devant le Parlement européen, à Strasbourg.

L’Indépendant, le 10 janvier 2026

Mercosur : « C’est pas fini » la justice européenne saisie (L’Indep)

Claire Fita, eurodéputée PS d’Occitanie, est vigoureusement opposée au traité du Mercosur au nom de la défense des éleveurs, nombreux dans la région. Hier, alors que l’accord venait d’être approuvé par les Etats membres, elle annonçait à L’indépendant l’introduction d’un recours auprès de la justice européenne.

Le conseil européen vient d’adopter l’accord sur le Mercosur puis ce sera au parlement européen de le faire, le 21 janvier, croyez-vous encore à un vote inverse ?

Ce sera serré, le vote n’est pas gagné mais en effet, une très légère majorité favorable est possible. Il y a donc un vrai combat à mener d’autant que la grogne des agriculteurs en France existe aussi dans d’autres pays. L’adoption définitive n’est pas écrite et c’est notre travail de parlementaires de dire que ce traité est dangereux. C’est un accord de libre-échange ancienne génération, on peut convaincre.

Ce n’est pas la dernière étape, c’est pas fini. Vous envisagez une nouvelle étape, juridique cette fois ?

Oui. Depuis plusieurs mois, on prépare une saisine de la cour de justice européenne. Nous sommes 150 parlementaires de 20 nationalités. On a déjà demandé à la présidente Von-der-Leyen de le mettre à l’ordre du jour des sessions de novembre puis de décembre mais elle a refusé car tant que le texte du traité n’était pas porté devant le parlement européen, il y avait un doute juridique sur le recours.

Quand ce recours sera-t-il mis à l’ordre du jour ?

En janvier, le 20 janvier.

Cela signifie qu’un recours serait introduit dans la foulée de l’adoption du Mercosur ?

Oui, même si la présidente peut le repousser.

Sur quoi porte précisément ce recours contre le Mercosur ?

Sur l’utilisation de la majorité qualifiée au sein du conseil européen pour adopter le texte. On considère qu’il faut l’unanimité des États membres mais le conseil européen, sachant qu’il y avait des oppositions et qu’il n’y aurait pas unanimité, a choisi pour stratégie de le séparer en deux: un accord politique de coopération sur le principe, pour les États membres, et un accord uniquement commercial ne nécessitant qu’une majorité qualifiée. Les parlements nationaux ne se prononçant pas, c’est une atteinte à leur légitimité.

Votre recours serait-il suspensif ?

Oui, il pourrait l’être, on le demandera dans notre saisine de la cour de justice et ce sera à elle d’apprécier.

Quels seraient les délais pour que la cour de justice européenne tranche ?

Entre 12 et 18 mois.

Difficile d’imaginer que les juges annulent un traité alors que le commerce et les échanges auront commencé depuis un an, non ?

Ils feront appliquer la loi, les droits de douane seraient alors relevés. La situation est grave pour nos éleveurs et le Mercosur les mettra encore plus en danger.

Pensez-vous aux gagnants du Mercosur ? Ils sont nombreux en Occitanie : les viticulteurs, l’aéronautique…

Ils sont solidaires. En décembre j’étais avec des viticulteurs dans l’Hérault qui exprimaient leur solidarité.

Ça ne les empêche pas d’être contents de pouvoir exporter davantage grâce à des droits de douane diminues…

Oui mais ceux qui ont réussi sur ces marchés disent qu’ils n’ont pas besoin du Mercosur. Oui il y a des gagnants mais il faut faire des choix et on a choisi un modèle agricole qu’on pense être vertueux. Savez-vous qu’au Brésil, l’utilisation de pesticides a été multipliée par quatre en 20 ans et qu’elle a été divisée par quatre en Europe ? Si on ne défend pas notre modèle agricole, on le perdra. L’aéronautique continuera à vivre sans le Mercosur. Il n’est pas l’alfa et l’oméga de nos dialogues avec l’Amérique du Sud. Et au-delà du Mercosur, la question est : veut-on une Europe plus forte ou moins forte ? Car une Europe plus forte passera par sa souveraineté.

Recueilli par Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 10 janvier 2026)

Ratification de l’accord UE-Mercosur. Ce n’est pas fini !

Mobilisons-nous pour que le Parlement européen vote CONTRE sa ratification

—> Lire la réaction des membres du collectif national Stop Mercosur

Le Conseil des États-membres de l’Union européenne (UE) vient d’adopter le projet de ratification de l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur. C’est la première fois de l’histoire de l’Union européenne qu’un accord de libre-échange n’est pas approuvé à l’unanimité : l’Irlande, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et donc la France ont voté contre, alors que la Belgique s’est abstenue. La majorité qualifiée n’est atteinte que de justesse (1). Preuve que la politique commerciale de l’UE, et la façon dont son économie est devenue si dépendante des marchés internationaux tant pour ses débouchés que pour son approvisionnement, ne fait plus consensus. L’histoire n’est pas finie : le Parlement européen peut encore bloquer la ratification de cet accord si nocif.

Le collectif national Stop Mercosur appelle toutes les forces associatives, syndicales et citoyennes à s’engager dans ce combat à nos côtés : nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Donald Trump, ni de la poursuite d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteur·ices et des salarié·es, ni la planète.

(1) 21 États sur 27 ont approuvé cet accord, représentant 68,55% de la population européenne. La majorité qualifiée est à 65%.

Non à l’impérialisme ! Solidarité avec la population du Venezuela ! Rassemblons-nous partout dans le pays ce samedi 10 janvier 2026

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, les États-Unis d’Amérique ont lancé une opération militaire de grande ampleur sur la capitale du Venezuela, Caracas. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, ont été enlevé.es et placé.es en prison à New York. Selon les premières estimations, 78 personnes seraient mortes au cours de l’opération, parmi lesquelles au moins une civile.

Cette agression impérialiste et coloniale ordonnée par Donald Trump viole ouvertement la Charte des Nations unies et la Constitution des USA. Cette attaque signe le retour du pire de l’impérialisme états-unien en Amérique latine, s’inscrivant dans l’inflexion globale vers l’extrême droite.

Les justifications à géométrie variable de « lutte contre le narcoterrorisme » sont contredites par les affirmations de Trump lui-même, qui assume pleinement sa volonté de domination coloniale et d’accaparement des ressources du pays, notamment pétrolières.

Les violations des droits humains et démocratiques perpétrées par le régime de Maduro sont bien réelles, tout comme les effets sur la population des sanctions imposées par les administrations américaines. En revanche, ni le peuple vénézuélien ni les Nations Unies n’ont donné mandat aux États- Unis pour intervenir et s’accaparer des ressources du pays. C’est aux populations du Venezuela de décider librement, sans interférences, de leur avenir.

Les évènements du Venezuela, et les nouvelles menaces que fait peser Donald Trump sur la Colombie, Cuba, le Mexique et le Groenland illustrent l’affirmation de la loi du plus fort comme seule norme des relations internationales, dans la pure tradition de l’extrême droite. La réaction d’Emmanuel Macron, ne nommant pas l’agresseur et ne condamnant pas clairement cette violation évidente des principes fondamentaux du droit international, est une faute politique historique et un blanc-seing donné à Donald Trump pour la suite.

De la Palestine à l’Ukraine, en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela, les peuples agressés sont en première ligne de l’autoritarisme et de la fascisation accélérée ayant cours actuellement partout dans le monde. Face à tous les prédateurs, et à ceux qui laissent faire, le respect du droit des peuples à l’autodétermination doit être au cœur de nos mobilisations.

Nous appelons à se rassembler partout dans le pays ce samedi 10 janvier pour exiger :

  • L’arrêt immédiat de l’agression militaire des États-Unis, la fin de ses menaces sur les pays de la région et le retrait du déploiement de force US dans la Caraïbe ;
  • Le respect du droit du peuple vénézuélien à disposer de lui-même. Toute solution politique et diplomatique doit se baser sur la souveraineté populaire, la garantie de ses libertés et sur le droit international ;
  • La levée des sanctions économiques et la satisfaction des besoins humanitaires des populations ;
  • Des sanctions contre les USA et Donald Trump : la fin de l’achat d’armes au complexe militaro-industriel US.

Seul le peuple vénézuélien peut et doit décider, en toute souveraineté et sans ingérences, de son propre avenir. Non à l’impérialisme ! Les peuples ne sont pas à vendre !

Appel national des organisations : Arguments pour la Lutte Sociale – ATTAC – Collectif Haiti France – Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua- CGT – Confédération Paysanne – CEDETIM/IPAM – CRID – Les Ecologistes – Pour une Ecologie Solidaire et Sociale – Emancipation Tendance Intersyndicale – France Amérique Latine – Fondation Copernic – FSU – L’Après – LDH – Le Mouvement de la Paix – NPA Anticapitaliste – Nos Révolutions – PCF- PS – Réseau Bastille – Le Réseau Coopératif de Gauche Alternative – Solidaires – Solidaires Etudiant.es.