40e Congrès du PCF. Regard sur le congrès de Dominique Rumeau

Dans un premier temps il faut noter la qualité de l’accueil, de l’organisation mise en place par les communistes du Nord et les en remercier. Ce sentiment est partagé par les 3 camarades qui m’accompagnaient. De plus il faut noter que Marie Françoise Sanchez a été réélue au CN.

Ce congrès a accueilli 660 délégués et, 38 membres du CN invités. La doyenne avait 83 ans, et la benjamine avait 17 ans. La moyenne d’âge était de 48 ans, identique au dernier congrès avec une quasi égalité entre les femmes et les hommes. Le taux de prise de parole dans les débats de nos camarades femmes n’a atteint que 20 %. Il nous reste donc du travail à faire sur ce sujet pour atteindre une parité réelle. Toutefois, il faut noter la jeunesse des intervenants et la qualité de leurs argumentaires. Pour la moitié des délégués, c’était leur premier congrès.

Au-delà du travail effectué sur le texte d’orientation et les temps statutaires ce congrès a été jalonné de temps forts avec les invités internationaux, les rapports des présidents de groupes à l’Assemblée Nationale et au Sénat, l’intervention de Fabien Gay qui a présenté le développement numérique de l’Humanité comme un outil indispensable dans la bataille idéologique contre la concentration des médias ou celle de la JC et des vétérans mais aussi celle de Philippe Rio maire de Grigny.

En effet, dès la première journée l’intervention de Vincent Boulet a placé ce congrès sous le signe de l’internationalisme avec l’accueil de 30 délégations de partis communistes amis et du PGE. Il fut marqué par deux moments forts de solidarité internationale. Le premier a porté sur l’exigence de paix au Proche et au Moyen-Orient, avec une intervention de Qasem Awad, représentant de l’OLP et président de l’Alliance internationale pour les droits du peuple palestinien, rappelant la solidarité historique entre le PCF et l’OLP. Mais, aussi avec l’intervention conjointe pour la paix entre les partis communistes d’Israël (Maki), palestinien (Parti du peuple palestinien) et iranien (parti Toudeh d’Iran). Elle a démontré la force de la solidarité internationale pour la paix portée par les communistes. Le second fut le moment de solidarité avec Cuba. Alors que le peuple cubain est étranglé par l’impérialisme états-unien, le congrès a réaffirmé l’engagement du PCF en solidarité avec la révolution cubaine. Avec comme point d’orgue la vidéo de salutations du président Miguel Diaz-Canel . Il s’agit pour nous d’un engagement, celui de renforcer la campagne de solidarité avec Cuba. Cette forte présence internationale dessine l’activité et la mobilisation internationalistes du PCF pour les prochaines années, la nouvelle direction élue au congrès et l’ensemble des communistes.

Regard sur le texte : Un communisme de conquête

Dès le démarrage du congrès nous avons pu constater que la commission du texte a pris en compte de nombreuses contributions (+de 1.400) des différentes fédérations pour enrichir, et structurer ce texte et lui donner une force particulière avec de nombreuses avancées en faveur d’un Parti révolutionnaire.

De plus, grâce au travail des plus de 600 délégués durant de nombreuses heures de débat, ce texte s’est enrichi des dizaines d’amendements adoptés qui n’en ont pas modifié orientation, mais, l’ont au contraire renforcée et rendue plus cohérente.

Ce texte demeure fidèle à son orientation initiale : forger un Parti communiste capable de porter une stratégie révolutionnaire de conquête en s’appuyant sur le monde du travail, les luttes sociales, l’intervention populaire et les périodes électorales.

1. Une stratégie de conquête plus cohérente

Le principal apport du congrès est sans doute d’avoir donné davantage de cohérence à la stratégie communiste.

Le texte affirme avec plus de force que la conquête des pouvoirs par le monde du travail est un processus politique qui s’inscrit dans la durée. Elle repose sur plusieurs démarches :

  • la capacité des communistes à articuler le travail de terrain, avec entre autres, l’intervention dans les entreprises et les quartiers,
  • les luttes sociales et la bataille idéologique,
  • les campagnes nationales du Parti et son renforcement,
  • les conquêtes électorales, l’action des élus et la transformation des institutions.

Chacune de ces dimensions nourrit les autres. Les luttes permettent d’ouvrir des perspectives politiques ; les élections peuvent devenir des points d’appui pour de nouvelles conquêtes ; les campagnes nationales donnent de la cohérence à notre intervention ; les élus contribuent, avec les mouvements sociaux, à construire des rapports de force favorables au monde du travail. C’est cette vision d’ensemble qui donne aujourd’hui toute sa cohérence au texte adopté.

2. Le travail et la conscience de classe au cœur du projet communiste

Le congrès renforce considérablement la place du travail. Le texte développe davantage les transformations contemporaines du salariat, le travail empêché, la perte de maîtrise du métier, la fragmentation des collectifs de travail et leurs conséquences sur le recul de la conscience de classe.

Il affirme avec plus de force que la reconstruction d’une conscience de classe constitue aujourd’hui la condition pour reconstruire une majorité populaire capable de transformer la société. Cette centralité du travail irrigue désormais l’ensemble du projet communiste. Toutefois, la terminologie de « Classe Travailleuse » a été rejeté par 70 % des voix le choix se portant sur « monde du travail et de la création » comme dénomination transitoire et le congrès mandate la direction nationale pour instruire le débat sur la qualification de notre base sociale.

3. Une stratégie renforcée face à l’extrême droite

Le congrès approfondit sensiblement l’analyse sur l’extrême droite.

Le texte montre plus clairement que le Rassemblement national n’est pas une simple force protestataire mais une force politique au service du capital, qui prospère sur la désindustrialisation, le recul des services publics, la précarité et l’affaiblissement de la conscience de classe.

Il affirme qu’aucune réponse purement morale ou électorale ne permettra de la faire reculer durablement. Le combat contre l’extrême droite passe par la reconstruction de solidarités populaires, le développement des luttes, la réindustrialisation du pays, le renforcement des services publics, la reconstruction d’une conscience de classe, une bataille idéologique et culturelle intense avec l’identification des idées de Gauche.

Cette approche constitue l’un des enrichissements majeurs du texte.

4. Une candidature communiste au service d’une stratégie de conquête

Le congrès clarifie également la stratégie présidentielle.

La candidature communiste n’est pas conçue comme une candidature de témoignage ou d’affirmation identitaire.

Elle devient un outil de reconstruction politique permettant de remettre le travail au cœur du débat public, de faire progresser la conscience de classe, de renforcer les luttes, de développer le Parti et de créer les conditions d’un rassemblement populaire capable de battre durablement la droite et l’extrême droite.

Le texte affirme également que les communistes doivent conserver collectivement la maîtrise de leurs choix stratégiques afin d’adapter leur intervention à l’évolution du rapport de forces.

5. Le socialisme réaffirmé comme perspective

Le congrès renforce également la visée communiste du texte. Les conquêtes immédiates proposées par le Parti ne sont pas présentées comme une simple succession de réformes mais comme les étapes d’un processus de transformation révolutionnaire.

Le texte réaffirme que le dépassement du capitalisme passe par la conquête de nouveaux pouvoirs, l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange, l’extension de la démocratie à tous les domaines de la société et la construction d’une société socialiste ouvrant la voie au communisme. Cette articulation entre réponses immédiates aux besoins populaires et perspective d’émancipation constitue l’une des avancées importantes du texte adopté. Ainsi, la notion de « socialisme » comme phase du projet communiste est officiellement adoptée dans nos écrits. Cette notion est définie par le triptyque « nationalisation, planification, socialisation », lui confère un réel caractère révolutionnaire. Il est à noter que cette adoption s’est faite en réfutant le qualificatif « aux couleurs de la France ».

6. Une République d’égalité réelle et d’émancipation

Le congrès renforce profondément la conception communiste de la République. La République n’est pas seulement envisagée comme un cadre institutionnel. Elle est affirmée comme un projet d’émancipation démocratique, sociale, laïque, universaliste, féministe et écologique, permettant à chacune et chacun d’exercer pleinement ses droits et ses pouvoirs.

Le texte développe plus largement l’exigence d’une égalité réelle, en renforçant la lutte contre toutes les discriminations –qu’elles soient liées au sexe, à l’origine, à la situation de handicap, à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre– dans une conception universaliste de la République qui refuse aussi bien les discriminations que les assignations identitaires.

Il enrichit également les propositions concernant les droits des personnes étrangères, en réaffirmant que les travailleurs immigrés font pleinement partie du monde du travail et que l’égalité des droits constitue une condition de l’unité populaire. La lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations et toutes les formes de division est ainsi pleinement intégrée à notre stratégie de transformation sociale.

Le congrès a aussi approfondi la question féministe en la liant avec la conscience de classe, la structuration d’une base sociale et la nécessité révolutionnaire. Le texte d’orientation, avec l’avis favorable de la commission du texte, a d’ailleurs adopté la formule selon laquelle « notre féminisme s’inscrit dans l’héritage du mouvement ouvrier et du marxisme. Il articule trois exigences […] : une mobilisation massive des femmes du monde du travail, la remise en cause de la division sexuée du travail et de l’assignation au travail reproductif, et la transformation de l’ordre social existant ».

Il renforce non seulement la dimension féministe du projet communiste et sa compréhension du monde par ce prisme, en articulant plus clairement le combat contre le patriarcat au combat de classe, mais aussi les propositions relatives à la protection de l’enfance, désormais reconnue comme une responsabilité majeure de la République sociale.

Enfin, cette République d’égalité réelle ne saurait être pleinement démocratique sans l’extension de la citoyenneté au monde du travail. Le texte réaffirme ainsi la nécessité de nouveaux pouvoirs des salariés, des usagers et des citoyens, ainsi que le rôle essentiel des communes, des départements et de la souveraineté populaire dans la construction d’une République véritablement démocratique.

7. Le Plan climat et une nouvelle industrialisation

Le texte adopté reconnaît pleinement le Plan climat Empreinte 2050 comme une production majeure du Parti.

La transition écologique est davantage articulée aux questions industrielles, aux services publics, à la planification écologique et à la satisfaction des besoins humains.

Le congrès confirme que la réponse à la crise climatique suppose une nouvelle industrialisation, une maîtrise publique des grands secteurs stratégiques et une transformation profonde du mode de production. Le Plan climat Empreinte 2050 irrigue tout le texte de notre congrès.

8. La Sécurité sociale réaffirmée comme conquête révolutionnaire

Les débats ont également renforcé la place de la Sécurité sociale.

Le texte insiste davantage sur la cotisation sociale, les droits nouveaux des travailleurs, le financement solidaire de la protection sociale et la démocratie dans sa gestion.

La Sécurité sociale apparaît ainsi comme l’une des plus grandes conquêtes du mouvement ouvrier et un point d’appui essentiel pour de nouvelles avancées sociales.

9. Une politique internationale plus ambitieuse

Le congrès renforce également la cohérence de notre politique internationale.

Le texte développe une conception exigeante de la paix fondée sur le droit international, la souveraineté des peuples et les coopérations internationales.

Il affirme avec plus de force :

  • Une politique étrangère indépendante ;
  • La sortie de l’OTAN comme première étape vers un système de sécurité collective ;
  • Le refus de la militarisation de l’Union européenne ;
  • Le lien entre économie de guerre, austérité et remise en cause des services publics ;
  • Le développement d’une campagne permanente pour la paix et l’autodétermination des peuples.

Le nouveau Conseil national (CN) sera enfin mandaté pour travailler sur notre positionnement vis-à-vis de l’Union européenne en lien avec les prochaines élections européennes de 2029. Une question épineuse certes, mais qui doit être traitée pour développer une position stratégique audible, quelle qu’elle soit.

La solidarité avec le peuple palestinien, Cuba et l’ensemble des peuples engagés dans la lutte pour leur souveraineté est également renforcée.

10. Un Parti mieux organisé pour mener les batailles

Enfin, le congrès renforce considérablement la réflexion sur l’organisation du Parti.

Le texte insiste davantage sur :

  • Le développement des cellules ;
  • La réimplantation dans les entreprises pour être mieux le Parti des travailleurs ;
  • Les campagnes nationales avec 3 campagnes structurantes
  • Pour une nouvelle industrialisation, agriculture, et le développement des services publics
  • Pour la paix, l’autodétermination des peuples et un nouvel ordre économique mondial
  • Pour la neutralité carbone en 2050 se structurant autour du « plan climat »
  • La formation politique et idéologique ;
  • Le développement financier pour garantir son autonomie tant idéologique que fonctionnel ;
  • La communication ;
  • Le lien avec les élus ;
  • Le travail avec la jeunesse.

L’organisation n’est plus considérée comme une question technique mais comme une condition de la mise en œuvre de notre stratégie.

En conclusion

Malgré les divergences fortes qui ont animé les débats, avant le congrès, entre les tenants du texte proposé par la direction et ceux des textes alternatifs que l’on a, aussi, pu ressentir dans diverses interventions, le parti a tenu. Il me semble que chacun a pu faire preuve de responsabilité. D’abord en enrichissant la mouture initiale du texte « Communiste de Conquête » pour les uns ensuite en ne présentant pas de liste alternative pour le CN. Ce CN resserré dont les nouveaux membres 162 intègrent plusieurs représentants des 3 textes alternatifs montre que nos points de convergences sont plus forts. Maintenant au-delà de cette approche nationale c’est à nous sur le terrain de redonner de la force à notre parti en nous appropriant nos propositions et en les portants auprès du plus grand nombre.

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