40eme Congrès du PCF. Intervention de Nicolas Marchand, président de l’amicale des vétérans et de la mémoire militante

Mes cher.es camarades, le salut que je vous adresse, au nom de l’Amicale des vétérans, se veut empreint de lucidité, de conviction et de confiance.

Lucidité sur les dangers et les obstacles que l’humanité, notre peuple, notre parti ont à affronter, mais aussi sur les contradictions. Car voir les contradictions, c’est voir nos points d’appui pour agir et pour une perspective.

Bien des éléments de la situation attisent des peurs, qui poussent à baisser la tête et se résigner, ou rendent l’obscurantisme des extrême-droites attractif ; mais ils ouvrent aussi des portes à des prises de conscience des méfaits du capital et de son système, des intérêts communs d’une vaste classe et des peuples à s’unir pour le combattre, résister et agir pour le dépasser.

La lucidité, c’est de saisir le besoin des idées communistes, l’enjeu de la bataille des idées pour nourrir les luttes et construire une nouvelle conscience de classe. Avoir attaché à cette question, aux questions de classe une importance essentielle est une avancée importante. Notre parti a besoin de tels repères.

Ce n’est pas inné, la conscience de classe. Cela demande des expériences de lutte et un travail politique. C’est toute l’actualité et l’enjeu du besoin d’un parti communiste, positionné sur des bases de classe, concepteur et porteur des idées révolutionnaires d’aujourd’hui.

Lucidité aussi sur nous-mêmes, sur nos forces et nos faiblesses, sur le chemin accompli, depuis le tournant du 38eme congrès, et tout ce qui reste à faire, avec la conscience qu’il nous faut absolument construire –je ne dis pas reconstruire, je trouve que les mots en « re » ont le défaut de renvoyer vers le passé, alors qu’il s’agit de faire du neuf dans une situation très nouvelle- construire, donc, un parti beaucoup plus fort.

Je crois comprendre que c’est un point majeur de la feuille de route décidée par ce Congrès. Et de fait, si ce n’est pas un préalable dont il faudrait attendre la réalisation, c’est une clé décisive pour l’avenir.

J’ai dit aussi conviction. Pas croyance, conviction, fondée sur la raison, la connaissance, la volonté de comprendre derrière les apparences, avec les idées marxistes vivantes, pour agir et transformer le monde, la société.

Conviction que le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire et que la suite de l’histoire, celle du dépassement de ce système inhumain, en crise, celle du socialisme et du communisme, s’écrit au présent, sans frontières, en France, en Europe et dans le monde, dans nos luttes sociales et politiques.

Conviction, fondatrice de notre parti, qui en fait l’utilité et en définit l’originalité, que c’est un combat révolutionnaire. N’ayons pas peur du mot ! Faisons-le vivre avec un contenu attractif, de façon rassembleuse, pour avancer vers des jours heureux, vers une société et un monde heureux.

Cela a à voir avec la bataille dans laquelle nous allons nous engager pour la présidentielle et les idées qu’elle doit nous permettre de porter.

Une bataille difficile, car l’élection présidentielle est depuis l’origine, l’élection la plus difficile pour le parti communiste.

Mais la situation impose de ne pas nous absenter une fois encore, on en a assez cher payé les conséquences, et surtout, il y a besoin de nos idées pour travailler à faire bouger les choses. De les porter avec tout leur réalisme et toute leur radicalité. D’y faire vivre l’originalité de l’apport communiste, indispensable à une perspective de gauche nouvelle, unitaire et transformatrice. Car face à l’extrême-droite, à qui nous allons tout faire pour barrer la route, pour une mobilisation majoritaire et de gauche, il y a besoin bien sur d’une bataille culturelle, mais surtout d’une perspective solide, qui ne mène pas à nouveau à des déceptions qui ont couté cher et frayé la voie à la montée de l’extrême-droite.

J’insiste sur les idées, la bataille pour nos idées. L’action c’est nécessaire, mais pour qu’elle agisse sur les consciences, elle doit être porteuse d’idées. Nos affiches, nos tracts, nos messages sur les réseaux sociaux, nos paroles doivent avoir l’ambition d’imprimer nos idées.

Elle est toujours valable l’idée de Marx selon laquelle une idée dont les masses s’emparent peut devenir une force matérielle. Pensons-y, toujours.

C’est dire le défi de la formation. J’ai envie de vous dire, de dire aux jeunes camarades de ce congrès du parti, à celles et ceux dont l’adhésion est récente, mais ça vaut pour nous toutes et tous : oui il y a à apprendre, oui il y a besoin de se former, bien au-delà des formations scolaires et universitaires, oui il faut être exigeant là-dessus vis-à – vis de soi même et du parti. Apprenez, lisez, apprenons, lisons, et puisque dans le parti il y a aussi, notamment avec les vétérantes et les vétérans, de l’expérience et des connaissances accumulées, profitez-en, utilisez-les, exploitez-les, prenons, avec le parti, avec la JC, des initiatives qui fassent vivre la transmission et l’échange.

Et comme l’amicale des vétérans, qui est très active et utile dans un certain nombre de fédérations, n’est pas structurée partout, je propose, pour terminer, aux dirigeantes et dirigeants des fédérations concernées d’en faire un objectif sur la réalisation duquel avec les camarades de la direction de l’amicale nous sommes disponibles pour vous aider.

Merci de votre attention.

Bonne fin de Congrès.

Vive notre parti.

40e Congrès du PCF. Regard sur le congrès de Dominique Rumeau

Dans un premier temps il faut noter la qualité de l’accueil, de l’organisation mise en place par les communistes du Nord et les en remercier. Ce sentiment est partagé par les 3 camarades qui m’accompagnaient. De plus il faut noter que Marie Françoise Sanchez a été réélue au CN.

Ce congrès a accueilli 660 délégués et, 38 membres du CN invités. La doyenne avait 83 ans, et la benjamine avait 17 ans. La moyenne d’âge était de 48 ans, identique au dernier congrès avec une quasi égalité entre les femmes et les hommes. Le taux de prise de parole dans les débats de nos camarades femmes n’a atteint que 20 %. Il nous reste donc du travail à faire sur ce sujet pour atteindre une parité réelle. Toutefois, il faut noter la jeunesse des intervenants et la qualité de leurs argumentaires. Pour la moitié des délégués, c’était leur premier congrès.

Au-delà du travail effectué sur le texte d’orientation et les temps statutaires ce congrès a été jalonné de temps forts avec les invités internationaux, les rapports des présidents de groupes à l’Assemblée Nationale et au Sénat, l’intervention de Fabien Gay qui a présenté le développement numérique de l’Humanité comme un outil indispensable dans la bataille idéologique contre la concentration des médias ou celle de la JC et des vétérans mais aussi celle de Philippe Rio maire de Grigny.

En effet, dès la première journée l’intervention de Vincent Boulet a placé ce congrès sous le signe de l’internationalisme avec l’accueil de 30 délégations de partis communistes amis et du PGE. Il fut marqué par deux moments forts de solidarité internationale. Le premier a porté sur l’exigence de paix au Proche et au Moyen-Orient, avec une intervention de Qasem Awad, représentant de l’OLP et président de l’Alliance internationale pour les droits du peuple palestinien, rappelant la solidarité historique entre le PCF et l’OLP. Mais, aussi avec l’intervention conjointe pour la paix entre les partis communistes d’Israël (Maki), palestinien (Parti du peuple palestinien) et iranien (parti Toudeh d’Iran). Elle a démontré la force de la solidarité internationale pour la paix portée par les communistes. Le second fut le moment de solidarité avec Cuba. Alors que le peuple cubain est étranglé par l’impérialisme états-unien, le congrès a réaffirmé l’engagement du PCF en solidarité avec la révolution cubaine. Avec comme point d’orgue la vidéo de salutations du président Miguel Diaz-Canel . Il s’agit pour nous d’un engagement, celui de renforcer la campagne de solidarité avec Cuba. Cette forte présence internationale dessine l’activité et la mobilisation internationalistes du PCF pour les prochaines années, la nouvelle direction élue au congrès et l’ensemble des communistes.

Regard sur le texte : Un communisme de conquête

Dès le démarrage du congrès nous avons pu constater que la commission du texte a pris en compte de nombreuses contributions (+de 1.400) des différentes fédérations pour enrichir, et structurer ce texte et lui donner une force particulière avec de nombreuses avancées en faveur d’un Parti révolutionnaire.

De plus, grâce au travail des plus de 600 délégués durant de nombreuses heures de débat, ce texte s’est enrichi des dizaines d’amendements adoptés qui n’en ont pas modifié orientation, mais, l’ont au contraire renforcée et rendue plus cohérente.

Ce texte demeure fidèle à son orientation initiale : forger un Parti communiste capable de porter une stratégie révolutionnaire de conquête en s’appuyant sur le monde du travail, les luttes sociales, l’intervention populaire et les périodes électorales.

1. Une stratégie de conquête plus cohérente

Le principal apport du congrès est sans doute d’avoir donné davantage de cohérence à la stratégie communiste.

Le texte affirme avec plus de force que la conquête des pouvoirs par le monde du travail est un processus politique qui s’inscrit dans la durée. Elle repose sur plusieurs démarches :

  • la capacité des communistes à articuler le travail de terrain, avec entre autres, l’intervention dans les entreprises et les quartiers,
  • les luttes sociales et la bataille idéologique,
  • les campagnes nationales du Parti et son renforcement,
  • les conquêtes électorales, l’action des élus et la transformation des institutions.

Chacune de ces dimensions nourrit les autres. Les luttes permettent d’ouvrir des perspectives politiques ; les élections peuvent devenir des points d’appui pour de nouvelles conquêtes ; les campagnes nationales donnent de la cohérence à notre intervention ; les élus contribuent, avec les mouvements sociaux, à construire des rapports de force favorables au monde du travail. C’est cette vision d’ensemble qui donne aujourd’hui toute sa cohérence au texte adopté.

2. Le travail et la conscience de classe au cœur du projet communiste

Le congrès renforce considérablement la place du travail. Le texte développe davantage les transformations contemporaines du salariat, le travail empêché, la perte de maîtrise du métier, la fragmentation des collectifs de travail et leurs conséquences sur le recul de la conscience de classe.

Il affirme avec plus de force que la reconstruction d’une conscience de classe constitue aujourd’hui la condition pour reconstruire une majorité populaire capable de transformer la société. Cette centralité du travail irrigue désormais l’ensemble du projet communiste. Toutefois, la terminologie de « Classe Travailleuse » a été rejeté par 70 % des voix le choix se portant sur « monde du travail et de la création » comme dénomination transitoire et le congrès mandate la direction nationale pour instruire le débat sur la qualification de notre base sociale.

3. Une stratégie renforcée face à l’extrême droite

Le congrès approfondit sensiblement l’analyse sur l’extrême droite.

Le texte montre plus clairement que le Rassemblement national n’est pas une simple force protestataire mais une force politique au service du capital, qui prospère sur la désindustrialisation, le recul des services publics, la précarité et l’affaiblissement de la conscience de classe.

Il affirme qu’aucune réponse purement morale ou électorale ne permettra de la faire reculer durablement. Le combat contre l’extrême droite passe par la reconstruction de solidarités populaires, le développement des luttes, la réindustrialisation du pays, le renforcement des services publics, la reconstruction d’une conscience de classe, une bataille idéologique et culturelle intense avec l’identification des idées de Gauche.

Cette approche constitue l’un des enrichissements majeurs du texte.

4. Une candidature communiste au service d’une stratégie de conquête

Le congrès clarifie également la stratégie présidentielle.

La candidature communiste n’est pas conçue comme une candidature de témoignage ou d’affirmation identitaire.

Elle devient un outil de reconstruction politique permettant de remettre le travail au cœur du débat public, de faire progresser la conscience de classe, de renforcer les luttes, de développer le Parti et de créer les conditions d’un rassemblement populaire capable de battre durablement la droite et l’extrême droite.

Le texte affirme également que les communistes doivent conserver collectivement la maîtrise de leurs choix stratégiques afin d’adapter leur intervention à l’évolution du rapport de forces.

5. Le socialisme réaffirmé comme perspective

Le congrès renforce également la visée communiste du texte. Les conquêtes immédiates proposées par le Parti ne sont pas présentées comme une simple succession de réformes mais comme les étapes d’un processus de transformation révolutionnaire.

Le texte réaffirme que le dépassement du capitalisme passe par la conquête de nouveaux pouvoirs, l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange, l’extension de la démocratie à tous les domaines de la société et la construction d’une société socialiste ouvrant la voie au communisme. Cette articulation entre réponses immédiates aux besoins populaires et perspective d’émancipation constitue l’une des avancées importantes du texte adopté. Ainsi, la notion de « socialisme » comme phase du projet communiste est officiellement adoptée dans nos écrits. Cette notion est définie par le triptyque « nationalisation, planification, socialisation », lui confère un réel caractère révolutionnaire. Il est à noter que cette adoption s’est faite en réfutant le qualificatif « aux couleurs de la France ».

6. Une République d’égalité réelle et d’émancipation

Le congrès renforce profondément la conception communiste de la République. La République n’est pas seulement envisagée comme un cadre institutionnel. Elle est affirmée comme un projet d’émancipation démocratique, sociale, laïque, universaliste, féministe et écologique, permettant à chacune et chacun d’exercer pleinement ses droits et ses pouvoirs.

Le texte développe plus largement l’exigence d’une égalité réelle, en renforçant la lutte contre toutes les discriminations –qu’elles soient liées au sexe, à l’origine, à la situation de handicap, à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre– dans une conception universaliste de la République qui refuse aussi bien les discriminations que les assignations identitaires.

Il enrichit également les propositions concernant les droits des personnes étrangères, en réaffirmant que les travailleurs immigrés font pleinement partie du monde du travail et que l’égalité des droits constitue une condition de l’unité populaire. La lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations et toutes les formes de division est ainsi pleinement intégrée à notre stratégie de transformation sociale.

Le congrès a aussi approfondi la question féministe en la liant avec la conscience de classe, la structuration d’une base sociale et la nécessité révolutionnaire. Le texte d’orientation, avec l’avis favorable de la commission du texte, a d’ailleurs adopté la formule selon laquelle « notre féminisme s’inscrit dans l’héritage du mouvement ouvrier et du marxisme. Il articule trois exigences […] : une mobilisation massive des femmes du monde du travail, la remise en cause de la division sexuée du travail et de l’assignation au travail reproductif, et la transformation de l’ordre social existant ».

Il renforce non seulement la dimension féministe du projet communiste et sa compréhension du monde par ce prisme, en articulant plus clairement le combat contre le patriarcat au combat de classe, mais aussi les propositions relatives à la protection de l’enfance, désormais reconnue comme une responsabilité majeure de la République sociale.

Enfin, cette République d’égalité réelle ne saurait être pleinement démocratique sans l’extension de la citoyenneté au monde du travail. Le texte réaffirme ainsi la nécessité de nouveaux pouvoirs des salariés, des usagers et des citoyens, ainsi que le rôle essentiel des communes, des départements et de la souveraineté populaire dans la construction d’une République véritablement démocratique.

7. Le Plan climat et une nouvelle industrialisation

Le texte adopté reconnaît pleinement le Plan climat Empreinte 2050 comme une production majeure du Parti.

La transition écologique est davantage articulée aux questions industrielles, aux services publics, à la planification écologique et à la satisfaction des besoins humains.

Le congrès confirme que la réponse à la crise climatique suppose une nouvelle industrialisation, une maîtrise publique des grands secteurs stratégiques et une transformation profonde du mode de production. Le Plan climat Empreinte 2050 irrigue tout le texte de notre congrès.

8. La Sécurité sociale réaffirmée comme conquête révolutionnaire

Les débats ont également renforcé la place de la Sécurité sociale.

Le texte insiste davantage sur la cotisation sociale, les droits nouveaux des travailleurs, le financement solidaire de la protection sociale et la démocratie dans sa gestion.

La Sécurité sociale apparaît ainsi comme l’une des plus grandes conquêtes du mouvement ouvrier et un point d’appui essentiel pour de nouvelles avancées sociales.

9. Une politique internationale plus ambitieuse

Le congrès renforce également la cohérence de notre politique internationale.

Le texte développe une conception exigeante de la paix fondée sur le droit international, la souveraineté des peuples et les coopérations internationales.

Il affirme avec plus de force :

  • Une politique étrangère indépendante ;
  • La sortie de l’OTAN comme première étape vers un système de sécurité collective ;
  • Le refus de la militarisation de l’Union européenne ;
  • Le lien entre économie de guerre, austérité et remise en cause des services publics ;
  • Le développement d’une campagne permanente pour la paix et l’autodétermination des peuples.

Le nouveau Conseil national (CN) sera enfin mandaté pour travailler sur notre positionnement vis-à-vis de l’Union européenne en lien avec les prochaines élections européennes de 2029. Une question épineuse certes, mais qui doit être traitée pour développer une position stratégique audible, quelle qu’elle soit.

La solidarité avec le peuple palestinien, Cuba et l’ensemble des peuples engagés dans la lutte pour leur souveraineté est également renforcée.

10. Un Parti mieux organisé pour mener les batailles

Enfin, le congrès renforce considérablement la réflexion sur l’organisation du Parti.

Le texte insiste davantage sur :

  • Le développement des cellules ;
  • La réimplantation dans les entreprises pour être mieux le Parti des travailleurs ;
  • Les campagnes nationales avec 3 campagnes structurantes
  • Pour une nouvelle industrialisation, agriculture, et le développement des services publics
  • Pour la paix, l’autodétermination des peuples et un nouvel ordre économique mondial
  • Pour la neutralité carbone en 2050 se structurant autour du « plan climat »
  • La formation politique et idéologique ;
  • Le développement financier pour garantir son autonomie tant idéologique que fonctionnel ;
  • La communication ;
  • Le lien avec les élus ;
  • Le travail avec la jeunesse.

L’organisation n’est plus considérée comme une question technique mais comme une condition de la mise en œuvre de notre stratégie.

En conclusion

Malgré les divergences fortes qui ont animé les débats, avant le congrès, entre les tenants du texte proposé par la direction et ceux des textes alternatifs que l’on a, aussi, pu ressentir dans diverses interventions, le parti a tenu. Il me semble que chacun a pu faire preuve de responsabilité. D’abord en enrichissant la mouture initiale du texte « Communiste de Conquête » pour les uns ensuite en ne présentant pas de liste alternative pour le CN. Ce CN resserré dont les nouveaux membres 162 intègrent plusieurs représentants des 3 textes alternatifs montre que nos points de convergences sont plus forts. Maintenant au-delà de cette approche nationale c’est à nous sur le terrain de redonner de la force à notre parti en nous appropriant nos propositions et en les portants auprès du plus grand nombre.

Fabien Roussel. « Nous sommes prêts à aller à la présidentielle » (La Marseillaise)

Fabien Roussel, reconduit pour un troisième mandat à la tête du Parti communiste français, doit obtenir l’aval des militants, en septembre, pour être candidat à la présidentielle. Un combat dans lequel il veut faire reculer l’extrême droite.

La Marseillaise : Avec ce congrès, le PCF s’engage vers une candidature à la présidentielle de 2027. êtes-vous prêts à vous lancer dans cette campagne ?

Fabien Roussel : Nous sommes tous très motivés à participer à ce grand débat, à répondre aux urgences sociales, la précarité, la vie chère, mais aussi à défendre la paix et nos libertés face à l’offensive de l’extrême droite. Nous avons beaucoup parlé des propositions pour la France, mais aussi du chemin pour le mettre en œuvre. Nous finissons ce congrès en étant très rassemblés, avec des choix approuvés à près de 75%. C’est important d’avoir une force politique unie et rassemblée pour mener ces débats.

La Marseillaise : C’était l’une de vos inquiétudes avant le congrès : le PCF sort-il rassemblé de ces débats ?

Fabien Roussel : Aujourd’hui, oui ! Après trois jours de débats, plus de 100 votes, 5 000 amendements, nous avons vraiment poussé le débat à fond, en s’écoutant tous, en acceptant de changer de point de vue, en essayant de trouver les choix qui nous rassemblent le plus. C’est très important, aujourd’hui, d’avoir une force de gauche qui assume pleinement ses choix et qui est prêt à aller à la rencontre des Français. Comme on le dit, chez nous, c’est carré, et c’est démocratique en plus ! Pour affronter cette élection présidentielle, ces élections législatives, ce ne sont pas des choix simples à faire, mais nous avons pris notre décision et nous sommes prêts à aller à ces échéances.

La Marseillaise : Il a beaucoup été question de la menace de l’extrême droite dans les débats de ce congrès. Comment faire face à cette menace ?

Fabien Roussel : Participer à cette échéance, c’est montrer qu’il y a des propositions, des moyens de sortir de la pauvreté, des bas salaires, des retraites de misère. Nous allons les porter, c’est pour nous le meilleur moyen de faire reculer l’extrême droite. Le RN a toujours été du côté du capital, des grandes fortunes. Jordan Bardella et Marine Le Pen le montrent régulièrement. Notre présence dans cette campagne, pour porter la voix du monde du travail, des salariés, est importante pour faire reculer l’extrême droite.

La Marseillaise : Le contexte est très différent de 2022. La bollorisation des médias risque de peser sur la campagne… Comment faire entendre cette voix ?

Fabien Roussel : Nous allons nous déployer dans toute la France, nous sommes la force politique qui a le plus d’adhérents, implantée sur tout le territoire, autant dans les grandes villes que dans les villages, la deuxième force à gauche en nombre d’élus. Nous avons la capacité de nous déployer dans tout le pays pour nous donner la possibilité de faire le meilleur résultat. Le premier parti de France, aujourd’hui, c’est le parti des abstentionnistes. C’est à eux que nous voulons nous adresser pour faire reculer l’abstention, mais aussi regagner les voix qui manquent à la gauche, pour qu’elle soit plus forte et puisse l’emporter.

La Marseillaise : À gauche, il y a une pression très forte en faveur du vote utile. Risque-t-elle de déterminer l’élection ?

Fabien Roussel : Je rejette autant le vote utile que le vote barrage au second tour. Il y en a marre de ne pas pouvoir voter pour ses idées ! Nous devons être en capacité, au premier comme au second tour, de voter pour nos idées. Au moins pour le premier tour, votons pour le candidat dont on se sent le plus proche ! J’invite les Français à découvrir notre programme et à voter pour la candidature que je vais porter.

La Marseillaise : Parmi ces idées, le socialisme fait son retour dans les orientations du PCF pour la première fois depuis 1996. Pourquoi ?

Fabien Roussel : Nous vivons aujourd’hui dans un monde capitaliste qui est porté à outrance par de grandes fortunes, des oligarques, qui se sont accaparé des grandes entreprises, nos moyens de production et donc des richesses. Ils nous imposent des bas salaires. Ils captent l’essentiel des aides publiques et ne les redistribuent pas. Il y a besoin de se réapproprier nos moyens de production, de décider comment nous voulons produire, ce que nous voulons produire. Sur la distribution de ces richesses, c’est un aspect important de ce socialisme que nous défendons pour le XXIe siècle. Et l’autre aspect, c’est la paix, parce que le capitalisme, c’est aussi celui qui est représenté par Donald Trump, celui qui mène des guerres pour s’approprier notamment les ressources pétrolières. Cet impérialisme, nous le combattons.

La Marseillaise : Sur l’international justement, certains ont reproché au PCF de ne pas être assez audible sur la défense de la Palestine…

Fabien Roussel : Tout ce que nous avons dit lors de notre congrès tord le cou à ceux qui peuvent penser ça ! Nous luttons au côté du peuple palestinien : soixante ans de combat sans jamais dévier d’une ligne que nous avons toujours défendue, la paix, l’indépendance pour le peuple de Palestine et la création de deux états vivant côte à côte. Il n’y a aucune autre force politique à gauche qui a ni cette antériorité, ni cette ligne politique qui n’a jamais dévié. Et pendant cette campagne, j’entends être le candidat qui portera cette voix-là, qui est différente d’autres voix à gauche.

La Marseillaise : Ces différentes voix à gauche, avec toutes leurs nuances, comment les rassembler pour les législatives ?

Fabien Roussel : Par la discussion et le dialogue ! J’appelle à ce que nous poursuivions les échanges que nous avons entre nous pour que nous ne menions pas une campagne présidentielle où on se tape dessus et qu’au contraire, on réserve nos coups et nos arguments contre la droite. Passons au contraire notre temps à discuter pour préparer les élections législatives, qui seront des élections majeures, et que l’on se fixe comme objectif que la gauche l’emporte.

La Marseillaise : Il y a quelques années, vous disiez : « PCF is back ». Quel bilan en tirez-vous ?

Fabien Roussel : La mission est remplie ! Maintenant, le Parti communiste français, ce n’est pas seulement qu’il est revenu : c’est l’avenir ! C’est l’avenir pour que la gauche soit forte, pour que la gauche retrouve une colonne vertébrale et pour que les idées que nous portons s’imposent dans le paysage politique et deviennent incontournables.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 6 juillet 2026)

L’édito du webzine. 40e congrés du PCF. Un communisme de conquêtes

Les débats du 40e congrès du PCF, qui s’est tenu à Lille du 3 au 5 juillet ont rapidement basculé vers un enjeu majeur : la montée de l’extrême droite et la préparation des échéances de 2027.

La présidentielle est au cœur des discussions. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a lancé un appel sans détour : « À celles et ceux qui hésitent encore, à ceux qui tergiversent ou voudraient repousser la décision, je dis : il faut y aller maintenant. Chaque semaine qui passe doit servir à mener ce combat. Nous ne pouvons pas nous retrouver dans une impasse comme en 2017. »

La nécessité pour le PCF de présenter un candidat se dresse devant nous. « Nous sommes les seuls à avoir une telle cohérence dans notre programme. Assumons-le et allons le défendre devant les Français ! », a martelé Fabien Roussel, réaffirmant la volonté de « battre l’extrême droite et offrir une alternative crédible ». Pour y parvenir, il mise sur un travail de conviction auprès des abstentionnistes pour redonner de l’élan à la gauche.

Face aux appels à une primaire à gauche, le premier secrétaire du PCF est catégorique : « La primaire n’aura pas lieu. » Une position qui alimente les tensions entre ceux qui prônent l’union de toute la gauche pour contrer le « risque de souffle » d’une victoire du Rassemblement National, et ceux qui défendent la singularité communiste. Une gauche qui abandonne les questions du travail pour se contenter de discours moralisateurs, cela fait le lit à l’extrême droite.

Les congressiste ont tranché sur l’opportunité d’une candidature de rassemblement issue de leurs rangs, en prévoyant un vote des militants le 6 septembre. Ils ont repoussé à une large majorité la « clause de revoyure » que certains voulaient imposer pour janvier 2027.

Préserver l’unité du Parti

Le premier secrétaire du PCF a insisté sur la nécessité de préserver l’unité du PCF. « Des orientations différentes se sont exprimées, avec plusieurs textes et des attentes qu’il faudra prendre en compte », a-t-il reconnu. Trois ans après le congrès de Marseille, marqué par la mobilisation contre la réforme des retraites, il se félicite que le parti n’ait pas lâché ce sujet, ni sur le terrain ni à l’Assemblée. « Contrairement à d’autres forces de gauche, nous plaçons au centre de nos préoccupations le travail, l’emploi et un salaire décent pour vivre dignement », a-t-il rappelé, citant les campagnes menées. Les 7 800 nouvelles adhésions enregistrées sont un bon point de départ pour le renforcement du PCF et le développement de son audience.

Les canicules successives ont remis à l’ordre du jour le « Plan climat empreinte 2050 » porté par Amar Bellal, il a été également question des timides avancées sur la protection de l’enfance où l’actualité montre que le compte n’y est pas. La relance de l’industrie française a été centrale dans les débats avec la nécessité de récupérer et de développer les outils de production. L’exemple de Mittal qui veut produire de l’acier hors d’Europe le montre. « Qu’il parte ! » Nous on veut récupérer et investir avec notre savoir-faire.

Sur la scène internationale, la défense d’une solution à deux États en Palestine a permis au PCF de devenir un « interlocuteur privilégié de l’OLP » dans un contexte complexe. Les cinq conteneurs d’aide humanitaire envoyés à Cuba ont été aussi évoqué. Un appel a été lancé pour renforcer la solidarité avec le peuple cubain. Les 27 délégations étrangères présentes au congrès montrent que l’internationalisme du PCF n’est pas un vain mot.

Les succès parlementaires ont également été salués avec les travaux de Fabien Gay sur les 211 milliards d’aides aux entreprises, ou encore la menace de censure de Stéphane Peu pour faire reculer le gouvernement sur la remise en cause du 1er Mai. Les victoires aux municipales ont été citées comme des signes encourageants, même si le parti reste conscient des défis à relever.

Dominique Gerbault

Présidentielle 2027 : « Si nous sommes candidats, nous devons aller jusqu’au bout », estime Fabien Roussel (L’Humanité)

C’est l’heure des choix décisifs pour le PCF. Les communistes ont rendez-vous à Lille (Nord), du 3 au 5 juillet, pour le 40e congrès national du Parti, où seront fixées les grandes orientations stratégiques et idéologiques pour les trois prochaines années. Le secrétaire national, Fabien Roussel, reçoit l’Humanité en amont du congrès, pour répondre aux questions brûlantes qui agitent la gauche et ont animé les débats dans les sections et les fédérations départementales du PCF.

La France a connu et va connaître de graves épisodes caniculaires. La planète brûle, le capitalisme la mène à l’abîme. Comment le PCF peut-il être à la hauteur de ce moment crucial ?

Il y a urgence à changer immédiatement de politique à court et long terme. Les communistes ont travaillé à un plan climat pour la France, qui fixe une trajectoire et un objectif de neutralité carbone d’ici à 2050. Il apporte des réponses pour atténuer le réchauffement climatique, et pour s’adapter, et limiter les effets des grandes chaleurs l’été et des grands froids l’hiver. Nous sommes la seule force politique à avoir fait ce travail et je mets au défi d’autres forces de planifier aussi précisément les moyens à mettre en œuvre dans l’agriculture, les transports, le logement, l’industrie, les services publics.

Quels sont les grands axes de ce plan ?

C’est d’abord une réforme en profondeur de nos modes de production, de consommation et de déplacement. 50 % de nos émissions de gaz à effet de serre proviennent des importations. Il faut s’attaquer à cela, avoir une production relocalisée, socialement et écologiquement utile. Cela suppose une nouvelle industrialisation, qui s’appuie sur le mix énergétique, le renouvelable et le nucléaire, dans le cadre d’un pôle public de l’énergie. Enfin, nous portons des mesures d’urgence : rénovation des logements et des bâtiments publics, achat de clims, installation de volets, baisse du prix de l’électricité et du train. Le gouvernement prétend que le pays n’en a pas les moyens. C’est faux.

On entend souvent la droite dire que la transition écologique se fera sur le dos des pauvres. Qui financera ce plan du PCF ?

Nous voulons sauver le climat et nous voulons les Jours heureux pour tout le monde. Notre plan propose de vivre mieux avec de meilleurs salaires, des véhicules automobiles électriques accessibles, des factures d’électricité beaucoup moins chères et des logements rénovés.

Ce sont tous ces leviers-là qu’il faut utiliser. Où trouver l’argent ? On touche là le cœur du système capitaliste. Il faut en finir avec les dividendes et le coût du capital. Nous voulons produire plus de richesses socialement et écologiquement utiles pour pouvoir les réorienter et répondre aux besoins. Lutter pour le climat, c’est un combat de classe.

Que suppose le concept de « socialisme aux couleurs de la France », que vous défendez dans le congrès du PCF ?

Quel nom donne-t-on à la société que nous voulons construire pour sortir du capitalisme ? Dans ce socialisme du XXIe siècle que nous voulons bâtir, la question de la paix est centrale, face à l’impérialisme. La production et l’appropriation publique et sociale des moyens de production sont aussi fondamentales, comme le pouvoir des salariés sur les choix de leur entreprise.

Enfin, nous mettons au cœur de notre projet de société le rôle des services publics et l’émancipation culturelle. Voilà pourquoi nous voulons revisiter ce concept de socialisme, pour le mettre aux couleurs de notre époque et d’une France qui manifeste son attachement à l’égalité.

Dans les enquêtes d’opinion, les Français plébiscitent les services publics mais pas la gauche qui les défend…

Plus nous serons de voix à défendre l’utilité de nos services publics, leur financement, le rôle essentiel qu’ils jouent, plus les Français seront convaincus que la gauche porte une alternative d’espoir et de changement. Notre originalité en tant que communistes, c’est que nous mettons aussi l’accent sur la création de nouveaux services publics. On parle de l’énergie, des transports qui sont en train d’être démantelés, du logement, de la petite enfance, du médicament…

La question du consentement à l’impôt, très abîmé par dix ans de discours macronistes anti-fiscalité, est-elle un chantier que le PCF compte investir ?

Bien sûr. Mais avant de parler d’impôts, parlons salaires. Le salaire implique le pouvoir de vivre dignement et aussi le financement de la protection sociale avec le salaire brut et les cotisations. Je préfère qu’il y ait beaucoup plus de Français qui payent des impôts parce qu’ils ont un bon salaire. Ensuite nous appelons à davantage de tranches d’imposition pour un impôt plus juste. Que les classes moyennes paient moins et que les riches payent plus.

La gauche peut-elle gagner en 2027 ?

Je veux contribuer à ce que la gauche soit suffisamment forte pour l’emporter. La vraie question est celle du rapport de force entre la gauche, la droite et l’extrême droite. L’enjeu est d’aller conquérir ou reconquérir l’électorat qui nous manque aujourd’hui pour pouvoir l’emporter : les déçus, la France qui bosse ou est privée d’emploi. Et qu’on arrive à regagner pour la gauche celui ou celle qui a pu voter pour d’autres forces politiques, parfois à l’extrême droite. C’est ça qui m’obsède continuellement.

À court terme, quel électorat le PCF priorise-t-il ?

Majoritairement, ce sont aujourd’hui les abstentionnistes qui manquent à la gauche, pour qu’elle passe de 30 à 50 %. Nous n’allons pas nous battre contre les autres forces de la gauche pour aller chercher ses électeurs. Notre priorité, c’est le monde du travail, les salariés.

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C’est pour cela que je veux autant parler de progrès social, de salaire et de paix car la guerre pénalise les travailleurs. Ensuite, il faut que nous soyons beaucoup plus percutants pour défendre une République féministe, le principe d’égalité, combattre le racisme, l’antisémitisme, protéger la jeunesse.

Jordan Bardella assume une ligne pro-patronat. Est-ce une aubaine pour convaincre les électeurs du RN qui, jusqu’ici, croyaient au vernis social de l’extrême droite ?

Dans beaucoup de villes où le RN avait fait 50 % aux élections législatives de 2024, il a fortement baissé aux municipales. Nous l’avons vécu à Saint-Amand-les-Eaux. Vincent Bouget a réussi à le faire reculer à Nîmes. On sait faire, on a des expériences concrètes. Je fais totalement la différence entre le militant du RN et son électeur. L’électorat est de plus en plus volatil. Beaucoup sont perdus, y compris dans le monde du travail et ouvrier. Il faut aller leur parler. Montrer l’arnaque sociale du RN fera partie de la campagne. Mais plutôt que de parler du RN, je préfère que l’on consacre notre énergie à parler de notre projet et à convaincre.

Comment le PCF compte-t-il lutter contre le racisme qui nourrit le vote RN ?

Partout sont fabriqués des ennemis, des boucs émissaires pour diviser les peuples. Les citoyennes et citoyens de religion ou de culture musulmane subissent des discours et des actes racistes intolérables, l’antisémitisme progresse également. Nous avons des propositions fortes pour une condamnation plus ferme des actes racistes. Il faut mettre à jour la loi Gayssot. Mais il faut aussi mettre le doigt là où ça fait mal par des sanctions, une peine d’inéligibilité et en même temps renforcer l’éducation à l’égalité.

Il y a, dans l’électorat de gauche, une forte aspiration à l’unité et une peur que la gauche rate à nouveau la marche du second tour. Ne craignez-vous pas que, dans un contexte de multiplication des candidats, une dynamique de vote utile profite à un seul au détriment des autres, dont celui du PCF ?

D’abord, je ne laisserai pas dire que, si la gauche est divisée, c’est de la faute des communistes. Entre LFI et le PS, ce sont des bordées d’insultes quotidiennes. Moi-même j’ai été insulté. On devrait pouvoir travailler chacun à son projet sans injures, c’est la condition du rassemblement. On peut toujours appeler à l’union, il n’y aura pas de candidature unique. C’est un fait. L’essentiel n’est pas là.

Pour gagner, la gauche doit être plus forte dans son projet et son adresse au monde du travail et c’est à cela que nous voulons travailler. Par ailleurs, j’aimerais bien qu’on vote pour ses idées à l’élection présidentielle. Entre la tactique du vote utile du premier tour et le vote barrage du second, quand est-ce qu’on choisit un candidat pour son programme ?

On en vient à la question de la structure même du scrutin présidentiel…

L’élection présidentielle doit être contestée. Le PCF la dénonce, depuis toujours. Le mode de scrutin est anachronique, dépassé, mortel pour la démocratie. Maintenant, nous ne pratiquons pas la chaise vide. Je préfère être présent dans la campagne pour porter une nouvelle République, de nouvelles institutions, que d’être absent et de déléguer à d’autres le soin de parler pour nous.

Le risque d’une victoire de l’extrême droite reste néanmoins réel…

Si l’extrême droite augmente, ce n’est quand même pas de la faute du PCF, qui la combat depuis toujours. Au contraire, l’absence du PCF à la présidentielle renforcerait l’abstention, priverait le débat public d’idées essentielles pour combattre l’extrême droite et gagner des avancées.

Cela ne créerait aucune dynamique. Ce qui m’inquiète, moi, c’est ceux qui pensent que l’union sans ambition pour le pays est la solution à tous les problèmes. Quand des gens m’interpellent sur l’union de la gauche, je leur demande ce qu’ils veulent. « Derrière Jean-Luc Mélenchon ? » On me répond : « Ah non, surtout pas lui ! » Et si je dis : « Glucksmann, alors ? », j’entends : « Ah non ! » Travaillons à renforcer la gauche et à la rendre majoritaire dans le pays.

Concernant le congrès, que retenez-vous du travail d’amendements accompli dans les sections et les fédérations départementales ?

Il y a eu plus de 5 000 amendements déposés. Je suis content que nous ne nous soyons pas focalisés sur la présidentielle, mais que nous ayons travaillé à la reconstruction d’une organisation communiste, à notre projet de société, la question du socialisme… Cela représente six mois de débats très riches. On va voter trois fois. Nous sommes une vraie force démocratique, par rapport à d’autres.

Parmi les amendements votés dans plusieurs fédérations et qui seront débattus au congrès, il y a l’option d’une clause de revoyure concernant la candidature à la présidentielle. Le PCF pourrait choisir de se retirer en cours de campagne, en fonction des dynamiques à gauche. Qu’en pensez-vous ?

Je respecte ceux qui proposent cela. Mais si les communistes décident que présenter un candidat est important pour mener la bataille politique et idéologique, alors nous devons aller jusqu’au bout, et sans tarder. On ne peut pas avoir la main qui tremble.

Ni avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En tout cas, pour ma part, je ne me vois pas être candidat à la présidentielle et remettre en cause ma candidature en cours de campagne. Si un autre candidat au sein du PCF veut présenter sa candidature en disant qu’il est prêt à la retirer, il est libre de le faire.

Les débats en amont du congrès ont montré des inquiétudes sur la baisse des adhésions au PCF – 5 000 adhérents en moins depuis 2023, 12 000 en moins depuis 2018. Comment enrayer cette perte de militants ?

Si je regarde la courbe de pertes des adhérents, je constate qu’elle ralentit. J’ai fixé au dernier congrès l’objectif de réaliser 10 000 adhésions. Nous avons atteint cet objectif à 78 %, en enregistrant de nombreuses adhésions pendant le mouvement pour les retraites, la campagne sur les services publics et l’industrie et pendant la présidentielle 2022. Il y a aujourd’hui 15 fédérations qui ont progressé ou ont maintenu leur nombre d’adhérents.

Je préfère me concentrer sur ceux qui réussissent que de parler, comme d’autres me le proposent, de ce qui n’a pas marché. Oui, c’est un combat, mais c’est possible d’inverser la courbe, et je travaillerai avec ceux qui ont réussi à le faire, pour se fixer l’objectif dans trois ans de ne pas avoir perdu un adhérent.

Sur la question de l’implantation, l’un des objectifs fixés au dernier congrès était la création de cellules dans les entreprises. Quel bilan en tirez-vous ?

Il y a eu des créations de cellules qui n’auraient pas existé si nous n’avions pas fixé cet objectif mais beaucoup de chemin reste à parcourir. Je le redis : nous ne sommes pas un super syndicat. Partout où les communistes s’organisent, c’est pour porter une alternative au capitalisme. Donc trois communistes dans une entreprise, c’est déjà une organisation.

C’est déjà trois communistes qui peuvent s’organiser, tracter et réfléchir sur l’outil de production. Pareil dans un village. Et c’est essentiel : la mise en mouvement des travailleurs et travailleuses autour d’objectifs élevés de transformation sociale est indispensable à de nouvelles conquêtes.

Aurélien Soucheyre et Cyprien Caddeo (L’Humanité, le 3 juillet 2026)

Igor Zamichiei. « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe » (La Marsellaise)

Coordinateur de l’exécutif national du PCF, Igor Zamichiei présente les perspectives du 40e congrès du PCF, face aux enjeux électoraux de l’année à venir.

La Marseillaise : Le 40e congrès du PCF s’ouvre ce vendredi à Lille. Avec quel état d’esprit l’abordez-vousj’ai relu et prolexisé, tu peux le prendre ?

Igor Zamichiei : C’est un congrès très important : dans la nouvelle étape de la crise du capitalisme, il ambitionne de redonner une perspective au pays et à la gauche. C’est le sens du texte que nous avons adopté, « Un communisme de conquête », qui vise à ouvrir un chemin politique pour la conquête de nouveaux pouvoirs par le monde du travail.

La Marseillaise : Parmi les concepts clés au cœur du débat, il y a l’idée de défendre un socialisme aux couleurs de la France. Pourquoi cette idée fait-elle son retour ?

Igor Zamichiei : On assume de reparler du socialisme, non comme une formule nostalgique, mais vraiment comme un processus de transformation sociale pour l’émancipation humaine, en prise avec les réalités du XXIe siècle. Le socialisme que l’on porte dans ce texte, c’est le pouvoir des travailleurs et des travailleuses sur l’économie, sur le travail, sur l’argent et sur l’avenir du pays, pour la réponse aux besoins, à l’écologie, à la nécessité de la paix. Pour cela, nous mettons en avant plusieurs piliers : la planification démocratique, l’appropriation sociale et publique des moyens de production, l’émancipation culturelle.

La Marseillaise : Les militants ont fait le choix de la base commune qui défend la légitimité d’une candidature communiste. Pourquoi choisir ce chemin ?

Igor Zamichiei : Nous abordons 2027 avec beaucoup de gravité. Pour battre l’extrême droite, renforcer la gauche et gagner des avancées pour la classe travailleuse. Ces élections, présidentielle et législatives, ne sont pas une parenthèse institutionnelle, c’est un moment de lutte de classe. C’est une des raisons de la candidature communiste. Nous voulons mettre à disposition du pays une candidature qui met au centre du débat les salaires, l’emploi, une nouvelle politique industrielle, sociale et écologique, la paix. Et une candidature qui serve aussi à préparer les législatives parce que l’enjeu c’est aussi de faire élire le plus grand nombre possible de députés de gauche, et parmi eux de députés communistes, qui seront utiles pour le monde du travail.

La Marseillaise : Certains s’inquiètent d’une division de la gauche face à l’extrême droite…

Igor Zamichiei : Notre réponse à l’extrême droite, c’est de reconstruire l’unité du monde du travail. Il faut unir celles et ceux que l’on cherche à diviser, sinon nous ne renforcerons pas la gauche qui aujourd’hui plafonne à 30% des intentions de vote. C’est tout le sens de la candidature communiste, on fera reculer l’extrême droite en répondant à la colère qui s’exprime dans le pays.

La Marseillaise : Fabien Roussel avait dénoncé les ingérences de la France insoumise dans le débat des communistes. Le message a été entendu ?

Igor Zamichiei : Notre boussole est simple : rassemblement, oui, effacement, non. Et le rassemblement doit toujours partir du réel, pas de discussions de sommet. Malheureusement, on constate que LFI a joué la division aux municipales et ne conçoit le rassemblement pour la présidentielle que derrière Jean-Luc Mélenchon. Nous continuerons à tendre la main à toutes et tous pour combattre l’extrême droite et pour gagner des avancées.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 3 juillet 2026)

Congrès départemental du PCF 66. Courrier à L’Indépendant

Monsieur le Rédacteur en Chef

Nous avons découvert avec stupéfaction hier matin un article de l’Indépendant censé rendre compte de notre Congrès Départemental qui s’est tenu les 19 et 20 juin et auquel vous n’aviez pu envoyer de journaliste pour traiter le sujet.

L’article titre sur la seule question qui n’a pas été traitée ; l’approbation de la candidature de Fabien Roussel à l’élection Présidentielle. Et ce pour une bonne raison cette question n’était pas à l’ordre du jour.

Comme je l’ai expliqué à votre journaliste qui m’a contacté, le processus de décision porte d’abord sur le principe d’une candidature qui sera traitée au Congrès national à Lille début juillet et si la réponse est positive c’est une conférence nationale qui statuera ensuite sur le processus de désignation du ou de la candidate.

Le raccourci pris dans l’article se fait au détriment de cette réalité d’un processus démocratique de désignation qui n’en ai qu’a ses débuts

D’autre part il n’est fait mention d’aucun des autres vrais sujets de débats de ce congrès départemental qui s’est déroulé sur deux jours.

Une large place à été consacré à l’analyse de la situation départementale, l’absence de propositions novatrices pour répondre aux besoins des salariés et des habitants de ce département, la mise en cause argumentée de responsables politiques et économiques locaux dans cette situation.

Connaissant la charge de travail des membres de votre rédaction, j’avais aussi pris soin d’adresser une note très synthétique relatant les différents points des travaux de ce Congrès départemental.

Je n’en ai pas trouvé l’écho dans vos colonnes.

J’espère que vos lecteurs pourront avoir une idée plus objective de l’ampleur des réflexions partagées et débattues par les communistes de ce Département qui siègent et sont actifs dans de nombreuses assemblées élues, associations, et syndicats.

Je vous remercie pour votre attention et vous assure de notre détermination à défendre une presse plurielle, libre, et indépendante des puissances d’argent.

Michel Coronas  Porte parole Fédération PCF 66

Parti communiste. Vers le 40e congrès (Le Travailleur Catalan)

Le week-end dernier à Cabestany une cinquantaine de communistes délégués planchaient sur les textes préparatoires au congrès prévu les 3, 4 et 5 juillet prochain.

La conférence fédérale du PCF 66 se tenait à Cabestany les 19 et 20 juin, après les conférences de sections c’est la dernière étape avant le congrès national qui se tiendra à Lille les 3, 4 et 5 juillet prochains. Une séquence qui suivait le vote, début juin, sur les quatre textes en présence, celui de la direction et trois textes alternatifs. Le textede la direction ayant été majoritaire (61 % nationalement, un peu moins dans les P.-O.), il est devenu la base commune à débattre et amender afin d’élaborer une feuille de route pour les trois années à venir. La conférence départementale avait pour but d’acter cette étape.

Vendredi les congressistes étaient accueillis à Cabestany par Edith Pugnet, la maire avec un discours très offensif sur la situation en France et dans sa commune dans laquelle elle a été brillamment réélue en mars dernier.

Après elle, la parole était à Michel Coronas, responsable départemental, pour le rapport d’activité. Il livrait une analyse fouillée de la politique internationale et nationale, puis sur les combats menés cette année par des salariés du département (personnels de santé, de CEMOI, postiers, agents du conseil départemental…), sur les rassemblements pour une loi intégrale, la marche des fiertés…Le responsable notait que les communistes avaient été « acteurs dans ces mouvements » et qu’il fallait aller plus loin dans « l’intervention citoyenne ».

Un département en souffrance

Il décrivait la situation des P.-O. marquée par la pauvreté et la précarité, situation aggravée par la sécheresse et le réchauffement climatique, alors que beaucoup d’argent dort dans les banques. Sur le plan politique il évoquait la nocivité du RN et sa collusion avec la droite, ce qui ne déplaît pas au patronat local. Il rappelait également les diverses initiatives menées par le PCF 66 sur la liberté de la presse, la solidarité avec la Palestine, avec Cuba…Enfin, il revenait sur les municipales de 2026, leur fort taux d’abstention, la fracturation à gauche, les difficultés de la droite classique qui préfère se dire apolitique. S’il se réjouissait du gain de Vernet-les-Bains, il ne pouvait que déplorer la perte d’Elne et les gains du RN.

Suite à cette intervention le débat se développait autour de plusieurs sujets : l’abstention, certaines différences d’appréciation entre communistes. lors des municipales , la nécessité de « recréer des liens avec les salariés » avec la jeunesse, « d’améliorer notre capacité à travailler ensemble »

Débat sur les amendements

C’était au menu du samedi matin. Il y a eu de la part des différentes sections cinquante et un amendements au texte de la base commune, cinq vœux et huit commentaires. Ces propositions portaient sur la nécessité de développer les questions économiques, de faire le bilan depuis le précédent congrès et, beaucoup sur la nature et le périmètre du rassemblement et sur l’éventualité ou non d’une candidature à la présidentielle. Ces deux derniers points étant au cœur des désaccords au sein du parti.

Nicole Gaspon (Le Travailleur Catalan, le 27 juin 2026)

40e congrès du PCF. Notes sur le congrès départemental des 19 et 20 juin 2026

Le Congrès départemental de la Fédération du PCF des Pyrénées-Orientales s’est tenu les 19 et 20 juin au Centre Culturel de Cabestany.

Pendant deux jours une cinquantaine de délégués ont débattu de la situation dans le département puis des textes d’orientation du 40ème congrès national qui se tiendra à Lille.

Les délégués ont également renouvelé la direction départementale de la Fédération.

Concernant la situation départementale

Constat partagé de la précarité qui marque les niveaux de revenus de la majorité des salariés et des habitants.

Précarité de revenus, précarité de l’emploi qui génère des conséquences dans tous les domaines de l’activité.

Santé, avec la place du privé qui recherche le contrôle des secteurs de soins les plus lucratifs et concours à rendre plus difficile l’accès au droit à la santé.

Enseignement, un des départements où la ségrégation sociale est la plus importante de France.

Logement, plus de 25 000 demandes de logement social non satisfaites, des loyers qui flambent contre moins de 1000 logements réalisés en deux ans.

Transport, faiblesse des transports collectifs alors qu’il y a possibilité de faire circuler des trains du quotidien dans les trois vallées du département au moindre coût social et environnemental.

La lutte contre le réchauffement climatique dans ce domaine comme dans d’autres n’est pas pris en compte.

Soutien aux mouvements de luttes qui se sont développées ces dernières semaines ; CEMOI, cliniques du groupe ELSAN dans les entreprises, mobilisations sociétales pour une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, marche des fiertés pour le rejet des discriminations fondées sur le genre.

Partout des communistes présents, souvent artisans des mobilisations.

Comment renforcer ces mobilisations, les rendre conscientes des réformes de fond à mettre en œuvre pour avancer réellement et d’un même élan renforcer la lutte contre le Rassemblement national dont les idées et les propositions aggraveraient les conditions de vie et de travail des gens s’il arrivait au pouvoir.

Lutter contre les tentatives du patronat et d’élus de faire subventionner par des fonds publics des projets qui ne répondent pas à l’intérêt général type Club Med, Golf, Evènements festifs surdimensionnés qui n’apportent pas d’amélioration qualitative, bien au contraire.

Redonner la priorité aux investissements respectueux de l’intérêt général et environnemental ; logements sociaux de qualité, transports collectifs de voyageurs et remise du trafic de marchandises sur les rails.

Adoption du texte pour le congrès national

Texte enrichi par 51 amendements déposés, cinq vœux et huit commentaires qui seront tous remontés au niveau national pour le Congrès de Lille.

Discussion et objet de ces vœux autour de l’amélioration de l’analyse de la crise du système capitaliste à laquelle nous sommes confrontés, nature des propositions pour en sortir et dépasser ce système qui se maintient au prix de l’aggravation des crises sociales, humaines et environnementales.

Le retour de Trump au pouvoir marquant une banalisation de la guerre, des violences infligées aux populations. L’importance des luttes pour la Paix et la solidarité avec les peuples victimes de ces agissements en Palestine, à Cuba, au Liban, en Amérique du Sud, en Afrique…

La question d’une candidature communiste à l’élection Présidentielle a aussi été mise en débat dans une Fédération qui a approuvé à quasi 58 % le texte de la direction nationale du PCF qui l’envisage.

Conclusions

Une direction départementale renouvelée, plus compacte 34 membres, rajeunie avec l’arrivée de salariés en activité en plus grand nombre.

Malheureusement difficultés pour atteindre la parité alors que nous atteignons un tiers de femmes dans cette instance.

Un axe de progrès certain à travailler de même, de même qu’améliorer

La présence en entreprise et le lien aux salariés,

La mise en commun de toute la richesse du travail qu’accomplissent les militants communistes investis dans tous les types d’associations. Celles qui luttent pour la solidarité, contre le racisme, les inégalités de genre, dans le mouvement syndical pour la satisfaction des revendications des personnels qui souhaitent plus de justice sociale et salariale. Les communistes élus par la population et qui siègent à tous les niveaux de collectivités territoriales ; Département, Région, Communes et Interco.

Rassembler et unir toutes les victimes du capitalisme parce que nombre de ceux qui le promeuvent sont prêts à confier à des forces non démocratiques, xénophobes, qui dispensent haines et divisions les rênes du pouvoir.