Un appel lancé sur internet contre la flambée des prix des carburants a pris, en quelques jours, une tout autre dimension : celle d’une colère nationale. Jeudi, la carte collaborative du site 17octobregiletjaune.net recensait déjà plus de 1 000 actions.
Samedi 17 octobre, tout se mélange -et c’est précisément ce qui inquiète le pouvoir- manifestations en centre-ville, mais aussi ronds-points, ponts, stations-service, péages, raffineries, dépôts pétroliers. On est passé de 279 actions lundi à 768 mercredi, puis à 1 025 jeudi matin. La courbe dit l’état d’un pays.
Car derrière le carburant, c’est tout le reste qui affleure : le pouvoir d’achat en berne, les services publics attaqués, des lycées surpeuplés, des profs absents, Parcoursup, et surtout l’injustice fiscale et sociale, ingrédient le plus explosif du cocktail, après dix ans de macronisme.
La mèche est allumée
Ce sont les jeunes qui ont mis le feu : lycéens et étudiants, rejoints mardi par leurs organisations (USL, Union étudiante, Unef, Fage), appellent à faire « converger » les luttes. « Nous vous appelons massivement à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes samedi pour enfin faire vivre cette convergence des luttes », a lancé Ryad Rani, président de l’USL. Retraités, agriculteurs -la Confédération paysanne est partante-, habitants des quartiers, défenseurs du climat : tout le monde est convié.
La CGT a saisi la balle au bond. Sophie Binet voit dans la mobilisation des jeunes « la cerise sur le gâteau » après une rentrée déjà agitée, et surtout un enjeu politique clair : « lancer une dynamique et mettre l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir ». Sa réponse au piège générationnel tendu par le gouvernement mérite d’être citée : on nous fait croire qu’il faudrait « prendre aux retraités pour améliorer la situation des jeunes, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital ». Jeunes, actifs, retraités main dans la main : voilà la seule arithmétique qui échappe à l’ordre établi.
Rendez-vous est déjà pris pour la suite : jeudi 5 novembre, grève interprofessionnelle, pour les salaires, les conditions de travail, l’emploi et pour peser sur un débat budgétaire qui promet des coupes drastiques. Pendant ce temps, le RN rêve de 150 milliards d’euros de coupes et le Medef « fait beaucoup de politique ». « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », dit Sophie Binet.
Le message du 17 octobre est simple et sans appel : quand les colères convergent, ce n’est plus une manif… c’est un rapport de force. Les violences organisées ne changeront rien à la détermination du peuple de France.
Dominique Gerbault
