Vingt-quatre témoignages de soldats et membres du renseignement israélien, le visage et la voix masqués par intelligence artificielle, interrogés de nuit sur un toit de Tel Aviv. C’est le parti pris du film Naza, projeté depuis lundi et jusqua ce mardi dans plusieurs salles françaises.
Ce documentaire choc de Yuval Abraham et Rachel Szor, récompensé du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, jette une lumière crue sur les méthodes de Tsahal et la guerre meurtrière qu’elle mène dans la bande de Gaza, depuis le 8 octobre 2023.
D’édifiantes révélations
Notamment sur l’usage du système Lavender, qui laisse l’IA déterminer les cibles de l’État hébreu, en analysant les conversations, avec une marge d’erreur de 15 %, rappelle franceinfo. Ou encore le choix de bombarder les membres du Hamas quand ils dorment près de leur téléphone, chez eux, et sont plus facilement géolocalisables. Quitte à provoquer de nombreux nazas (dommages collatéraux), en commençant par leurs enfants et leur femme.
Un soldat assure que des frappes pouvaient être autorisées même quand 300 a 500 personnes innocentes pouvaient être tuées au passage. Autre révélation accablante, Israël utilise la doctrine du « Where’s Daddy ? » (où est papa ?). « Avec ce système d’écoutes, rapporte un militaire, j’espionnais une fillette de 12 ans qui demandait à sa mère quand allait rentrer papa. » A son retour, la famille a été décimée.
Ce documentaire, militant et à charge, et donc pas exempt de critiques, n’en reste pas moins éclairant et dévastateur pour le pouvoir israélien.
Les réalisateurs du film ont été accusés de « trahison » et menacés, depuis, d’être déchus de leur nationalité israélienne. Le film, visible encore aujourd’hui dans plusieurs villes d’Occitanie (Perpignan, Narbonne, Lattes, Nimes…), sera diffusé ensuite gratuitement, fin novembre, sur le site du journal britannique The Guardian.
L’Indépendant, le 13 octobre 2026
