« Naza », témoignage choc sur les crimes commis à Gaza (L’Indep)

Vingt-quatre témoignages de soldats et membres du renseignement israélien, le visage et la voix masqués par intelligence artificielle, interrogés de nuit sur un toit de Tel Aviv. C’est le parti pris du film Naza, projeté depuis lundi et jusqua ce mardi dans plusieurs salles françaises.

Ce documentaire choc de Yuval Abraham et Rachel Szor, récompensé du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, jette une lumière crue sur les méthodes de Tsahal et la guerre meurtrière qu’elle mène dans la bande de Gaza, depuis le 8 octobre 2023.

D’édifiantes révélations

Notamment sur l’usage du système Lavender, qui laisse l’IA déterminer les cibles de l’État hébreu, en analysant les conversations, avec une marge d’erreur de 15 %, rappelle franceinfo. Ou encore le choix de bombarder les membres du Hamas quand ils dorment près de leur téléphone, chez eux, et sont plus facilement géolocalisables. Quitte à provoquer de nombreux nazas (dommages collatéraux), en commençant par leurs enfants et leur femme.

Un soldat assure que des frappes pouvaient être autorisées même quand 300 a 500 personnes innocentes pouvaient être tuées au passage. Autre révélation accablante, Israël utilise la doctrine du « Where’s Daddy ? » (où est papa ?). « Avec ce système d’écoutes, rapporte un militaire, j’espionnais une fillette de 12 ans qui demandait à sa mère quand allait rentrer papa. » A son retour, la famille a été décimée.

Ce documentaire, militant et à charge, et donc pas exempt de critiques, n’en reste pas moins éclairant et dévastateur pour le pouvoir israélien.

Les réalisateurs du film ont été accusés de « trahison » et menacés, depuis, d’être déchus de leur nationalité israélienne. Le film, visible encore aujourd’hui dans plusieurs villes d’Occitanie (Perpignan, Narbonne, Lattes, Nimes…), sera diffusé ensuite gratuitement, fin novembre, sur le site du journal britannique The Guardian.

L’Indépendant, le 13 octobre 2026

Reem Hazan. « Le 7 Octobre trouve son origine dans la Nakba » (La Marseillaise)

« Si nos forces venaient à subir des pertes, ce sont le Hamas et la population de Gaza qui en paieraient le prix fort, dans des proportions considérables », a annoncé le ministre de la Défense israélien, ce mardi, à la veille des commémorations. Il y a trois ans jour pour jour, le Hamas lançait une attaque sur Israël, tuant 1 221 personnes, en majorité des civils. Le mouvement islamiste palestinien a également enlevé 251 personnes. En représailles, le gouvernement d’extrême droite israélien a lancé une offensive dévastatrice et génocidaire sur la bande de Gaza, qui a fait plus de 74 200 morts.
Entretien avec Reem Hazan membre du bureau politique et responsable internationale du Parti communiste israélien.

La Marseillaise : Quel impact ont eu les attaques du 7 Octobre sur la société israélienne ?

Reem Hazan : La société israélienne a beaucoup changé depuis le 7 Octobre, les forces fascistes ont gagné énormément de pouvoir à cause de ce gouvernement et ses alliés. Malheureusement, cela a fortement aggravé le racisme et la répression envers les Palestiniens, pas seulement dans les territoires occupés mais également au sein même d’Israël. Ce qui a commencé début 2023 sous la forme d’un coup d’État judiciaire que Netanyahu et son gouvernement avaient planifié a réussi à marginaliser davantage les forces de gauche et à restreindre ce qui reste de la démocratie en Israël. Ces nombreux changements au sein de la société israélienne ont des répercussions, principalement sur le nettoyage ethnique en Cisjordanie et le génocide continu à Gaza. Les gens ici sont amenés à croire que la solution à deux États n’est pas bonne pour Israël et que l’existence d’un État palestinien est une menace. À trois semaines des élections, il est d’autant plus important et crucial de se débarrasser de Netanyahu et sa coalition.

La Marseillaise : Pour le remplacer par qui ? Ses opposants autoproclamés, ceux qui caracolent en tête des sondages, ne sont pas des progressistes…

Reem Hazan : Ceux qui se présentent comme des alternatives à Netanyahu ne sont pas progressistes, même pas du centre, mais bien de droite. Ils ne constituent qu’un camp anti-Bibi [surnom de Benjamin Netanyahu en Israël, Ndlr.]. Ils ne s’opposent pas à la politique de ce gouvernement, n’apportent aucune alternative pour les citoyens israéliens, ni à la solution politique entre Israël et ce qui devrait être l’État palestinien. Nous en sommes parfaitement conscients. Mais d’un autre côté, nous savons qu’un changement de gouvernement pourrait légèrement améliorer la vie des Palestiniens dans les territoires occupés. C’est pourquoi nous travaillons au démantèlement du pouvoir de Netanyahu car cela pourrait nous offrir, au sein d’Israël, en tant que Palestiniens et forces démocratiques progressistes, juives et arabes, de meilleures conditions pour agir. Il n’y aura pas de révolution mais nous partons du principe qu’un gouvernement différent créera des conditions différentes dans lesquelles nous pourrons poursuivre nos luttes, et cela influencera également l’opinion publique pour qu’elle ne bascule pas vers l’extrême droite.

La Marseillaise : Parvenez-vous à mener campagne dans ces conditions ?

Reem Hazan : Il y a des tentatives visant à éliminer et à disqualifier la Liste arabe unie et la Liste unifiée, Ofer Cassif (député Hadash) et Sami Abu Chehadeh (leader de Balad), qui ont finalement contraint ce dernier à se retirer il y a quelques jours. Nous nous servons de cela pour inciter les gens à aller voter pour la Liste unifiée [coalition composée de Balad (parti nationaliste arabe), Hadash (communiste judéo-arabe) et Ta’al (arabe laïc), Nldr.] afin d’avoir un poids bien plus important au sein du prochain Parlement. C’est notre objectif premier : se rendre aux urnes en masse et obtenir un taux de participation très élevé lors des élections. C’est un atout crucial que de disposer d’un groupe parlementaire plus important au sein du Parlement, les Palestiniens et Juifs de gauche, en sont tout à fait conscients. Si on se mobilise pour aller voter, cela pourrait nous permettre d’empêcher d’autres petits partis de droite de l’emporter, ce qui signifierait que Netanyahu n’aura pas suffisamment de soutien pour rester Premier ministre.

La Marseillaise : De nombreux médias ont révélé que Benjamin Netanyahu était au courant qu’une attaque se préparait. Devrait-il être jugé pour cela ?

Reem Hazan : Ces révélations ont fait beaucoup de bruit en Israël et dans le monde. Je pense que Netanyahu devrait être jugé pour beaucoup de choses et principalement pour les crimes de guerre qu’il a commis et permis. S’il en avait connaissance auparavant et qu’il n’a pas agi en conséquence, cela fera partie de son jugement global. Mais c’est aussi une nouvelle occasion de rappeler que même s’il était au courant, ce n’est pas la raison du 7 Octobre, qui trouve son origine dans la Nakba, l’occupation et la répression qui se poursuivent. Il s’agissait donc d’un épisode parmi tant d’autres erreurs et de crimes que les gouvernements israéliens ont commis contre le peuple palestinien. Benjamin Netanyahu devrait être jugé pour beaucoup de choses, pour avoir plongé la population israélienne dans la pauvreté, pour avoir fait vivre les citoyens d’Israël dans la peur et l’incitation à la haine. Les enfants en Israël ont tant perdu, sans parler des crimes de guerre contre le peuple palestinien, contre les Iraniens, les Libanais. À mes yeux, quelqu’un devrait être jugé pour tout cela et en assumer la responsabilité.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 7 octobre 2026)

Agression horrible dans la bande de Gaza. Destruction totale et pertes économiques importantes dans le secteur agricole

Un rapport du ministère de l’Agriculture palestinien publié fin juillet 2026, a documenté la destruction totale subie par le secteur agricole dans la bande de Gaza, pendant cette agression continue contre la population civile.

Le rapport a confirmé que le secteur agricole de Gaza a subi pendant l’offensive militaire des destructions à grande échelle, entraînant l’effondrement quasi complet des infrastructures de production agricole, avec des dommages dépassant 87 % dans la plupart des secteurs, selon l’analyse des images aériennes haute résolution, les systèmes d’information géographique (SIG) et les bases de données agricoles officielles.

Selon le rapport approuvé par plusieurs organisations agricoles internationales, les pertes totales du secteur agricole dans l’enclave palestinienne ont atteint environ 3,49 milliards de dollars américains, dont 1,90 milliard de dommages directs et 1,59 milliard de dommages indirects.

Il a été indiqué que le secteur de la production végétale a connu une forte baisse de la production des cultures, ce qui a entraîné une réduction de la capacité à fournir de la nourriture localement, en raison de dommages touchant environ 158, 909 kilomètres carrés sur un total de 182, 247 kilomètres carrés, avec un taux global de dommages de 87,1 %.

L’agression horrible a directement provoqué un effondrement presque complet du système d’irrigation agricole, avec la mise hors service d’environ 8700 puits agricoles, en plus de la détérioration de 3 828 bassins d’eau agricole, ainsi que la destruction de 1371 kilomètres de conduites d’eau agricole.

Dans le secteur de la production animale, le taux de pertes a atteint environ 90,3%, avec des dommages affectant plus de 5450 fermes de ruminants et environ 2 300 fermes de volailles, en plus de la mort d’environ 69000 animaux ruminants et 2,79 millions d’oiseaux, ainsi que la détérioration de 28400 ruches, reflétant de grandes pertes dans le système de production animale.

Et selon le rapport, les ressources du secteur de la pêche n’ont pas été épargnées par la guerre d’extermination totale, avec environ 1674 moyens de pêche affectés, 7 fermes aquacoles endommagées et environ 450 bassins à double usage touchés, en plus de la destruction de l’unique écloserie de poissons, ce qui a entraîné un arrêt quasi total des activités de pêche et de production piscicole.

Concernant les infrastructures agricoles, environ 93 pépinières ont été gravement endommagées, 18 incubateurs et 134 chambres froides agricoles également presque complètement détruits, sans parler des destructions massives dans les centres gouvernementaux, les laboratoires vétérinaires, les stations expérimentales et de traitement de l’eau, ainsi que les graves dommages subis par les installations et les ports des pêcheurs et les infrastructures de services qui leur sont associées.

Le ministère palestinien de l’Agriculture a confirmé que cette destruction sans précédent a entraîné une paralysie quasi totale du système de production agricole, ainsi qu’une forte baisse de la sécurité alimentaire pour les habitants du secteur, en plus de la perte de sources de revenu pour des milliers de familles, ce qui a augmenté la dépendance à l’aide humanitaire et aux secours.

Avec leur volonté, quelques paysans palestiniens de Gaza ont essayé de reprendre leurs actions. Ils ont réussi malgré les conditions très difficiles de la remise en état d’environ 24 hectares de serres endommagées, principalement dans le sud de la bande de Gaza, une reprise timide et entravée, mais encourageante.

Ces prémices de reprise restent fragiles, et largement entravées. Les agriculteurs de Gaza souhaitent relancer la production sur chaque parcelle disponible, mais ils doivent pour cela avoir accès à des intrants et à leurs terres.

Dans l’ensemble de l’enclave illégalement assiégée et occupée, les coûts de production ont augmenté de manière spectaculaire, certaines semences ayant vu leur prix multiplié par dix, alors que des milliers d’hectares sont devenus inaccessibles ou impropres à la culture en raison des opérations militaires et des débris de guerre.

La pénurie de semences, d’engrais, de pesticides et de carburant continue de paralyser le secteur. En outre, l’occupation actuelle par l’armée israélienne de près de 65% de l’enclave rend dangereux voire impossible pour nombre d’agriculteurs d’accéder à leurs terres situées aux alentours de la ligne jaune.

Dans ce contexte sombre, le ministère de l’Agriculture a appelé toutes les institutions de la communauté internationale, les organisations onusiennes et les donateurs à agir rapidement et immédiatement pour soutenir la relance, la réhabilitation et la récupération du secteur agricole, reconstruire ses infrastructures, et permettre aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux éleveurs de reprendre la production, afin de renforcer la sécurité alimentaire et soutenir la reprise économique dans la bande de Gaza.

Et malgré le soi-disant accord de cessez-le-feu le 10 octobre 2025, la situation humanitaire dans le secteur ne s’est pas améliorée en raison du refus de l’occupation de respecter ses engagements, y compris l’ouverture des points de passage et l’introduction des quantités convenues d’aide alimentaire, humanitaire et médicale, ainsi que de matériaux de construction.

Des oliviers pour la paix en Palestine (L’Indep)

À Perpignan, les militants communistes espèrent collecter 20 000 € (10 € par arbre), soit 2 000 oliviers replantés en terre cisjordanienne.

En avril 2025, la campagne nationale du Parti communiste français « Un million d’oliviers collectés pour la paix en Palestine » avait déjà permis de collecter 52 000 euros et d’aider 366 familles d’agriculteurs de Ramallah, Hébron, Jérusalem… En ce début août 2026, l’opération vient d’être relancée. Pour leur part les militants communistes catalans réaffirment aux côtés de leurs camarades leur soutien au peuple palestinien et aux habitants de la Cisjordanie occupée, « où une véritable guerre génocidaire s’est durablement mise en place », assènent-ils.

« Nous nous adressons à la population des Pyrénées-Orientales pour un geste de solidarité concrète à destination d’une aide matérielle aux agriculteurs palestiniens dont les oliveraies sont systématiquement et régulièrement détruites, mettant de ce fait à l’arrêt toute leur production d’huile d’olive », témoigne Marie-Christine Jimenez, membre du PCF 66, rentrée le 23 juillet dernier d’un « éprouvant et bouleversant » séjour de 10 jours dans les territoires occupés.

« Via cette nouvelle campagne solidaire nous espérons récolter dans les Pyrénées-Orientales a minima 20 000 euros » enchaîne Patrick Maugirard, un autre militant perpignanais. « À raison de 10 euros par arbre, c’est la garantie d’avoir 2 000 oliviers de plus enracinés en terre de Palestine ».

Le mot de la fin revient à Marie-Christine Jimenez : « Chaque olivier replanté est un acte de résistance. Mais c’est aussi un moyen de protéger la terre contre sa confiscation et sa destruction ».

Valérie Pons (L’Indépendant, le 7 août 2026)

Palestine. Chistine Hernandez : « Chaque olivier planté est un acte de résistance » (La Marseillaise)

Une délégation du Parti communiste français (PCF), rassemblant plusieurs fédérations, s’est rendue en Cisjordanie, du 10 au 22 juillet, dans le cadre d’une campagne intitulée « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine »(*). L’initiative, lancée en 2025 par les communistes du Val-de-Marne, avant d’être reprise au niveau national, est menée en collaboration avec l’Association des agronomes arabes (AAA), basée à Ramallah. Son objectif : apporter un soutien concret au peuple palestinien face à l’occupation et la colonisation israélienne. Pour l’heure, 54 000 euros ont été récoltés et plus de 11 000 oliviers, symboles de l’identité palestinienne, ont été plantés.
Christine Hernandez, coordinatrice de la campagne nationale du Parti communiste « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine », revient sur l’intérêt d’une résistance par la terre en Cisjordanie occupée, après une visite de 12 jours sur place.

La Marseillaise : Comment est née la campagne du PCF « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine », dont vous êtes la coordinatrice ?

Christine Hernandez : La campagne est née au mois d’avril 2025, à l’initiative du Parti communiste français (PCF) du Val-de-Marne, à l’occasion de la Journée internationale de la Terre. La fédération souhaitait s’engager pour la Palestine, mais dans le cadre d’un projet concret de solidarité politique et financière, tout en menant une bataille politique pour l’existence d’un État libre et souverain en Palestine. Le PCF du Val-de-Marne avait déjà fait une campagne de solidarité, appelée « Urgence Gaza, Urgence Palestine », qui avait récolté plus de 25 000 euros.
Cette fois, l’idée était de créer une nouvelle campagne pour la Cisjordanie occupée, où existe une grave problématique de spoliation de la terre, de colonisation et d’annexion. Est donc venue l’idée d’une campagne de plantation, pour défendre une réappropriation des terres, devenue nationale en mai 2025.

La Marseillaise : Le choix des oliviers est très symbolique…

Christine Hernandez : L’olivier, en plus d’être un symbole culturel de l’identité palestinienne [pour son lien avec la terre, son ancienneté et sa longévité, Ndlr], représente aussi la paix, comme l’a défendu Yasser Arafat [leader de l’Organisation de libération de la Palestine entre 1969 et 2004 et président de l’Autorité nationale palestinienne de 1996 à 2004], dans son discours devant l’ONU en 1974.

L’olivier est par ailleurs la cible de la colonisation israélienne depuis toujours. Depuis 1948 [année de création de l’État d’Israël, qui débouche sur la première guerre Israélo-Arabe, Ndlr], avec les expulsions et les accaparations de terres, mais surtout depuis la guerre des Six jours de 1967 [depuis laquelle une grande partie de la Cisjordanie est occupée par Israël, illégalement au regard du droit international, Ndlr]. Au total, un million d’oliviers ont été arrachés depuis le début de l’occupation militaire israélienne en 1967, dont 50 000 après le 7 octobre 2023.

La Marseillaise : Les colons les brûlent, les détruisent ou les arrachent pour que les Palestiniens ne puissent plus vivre de leur production agricole.

Christine Hernandez : La campagne permet donc à la fois de soutenir les agriculteurs, de contribuer au maintien d’une souveraineté alimentaire, puisqu’on fait tout avec l’huile d’olive, mais participe aussi du maintien de l’existence d’un État de Palestine. En effet, planter permet de protéger les terres de la spoliation et de l’occupation militaire. Chaque olivier planté est donc un acte de résistance.

La Marseillaise : Quel est pour l’instant le bilan de la campagne, lancée il y a plus d’un an ?

Christine Hernandez : Depuis le début de l’opération, des communiqués de presse ont été diffusés partout en France, les fédérations se sont investies, des ventes militantes se sont également organisées dans les marchés ou lors d’événements politiques du parti. Cette mobilisation nous a permis d’obtenir, à ce jour, 54 000 euros et de planter plus de 11 000 oliviers en Palestine. 366 familles ont pu en bénéficier. Nous avons désormais un nouvel objectif de 100 000 euros pour poursuivre notre action.

La Marseillaise : Une délégation du parti, rassemblant de nombreuses fédérations, s’est rendue en Cisjordanie du 10 au 22 juillet, dans le cadre de la campagne. Avez-vous pu constater ses impacts sur le terrain ?

Christine Hernandez : Nous avons visité plusieurs villages de Cisjordanie occupée, notamment Sebastia, un village agricole situé au nord de Naplouse et qui a vu ses terres complètement confisquées. Grâce à cette campagne, des oliviers ont pu être réimplantés là où d’autres avaient été arrachés. Nous sommes donc directement allés voir les plantations. Certains oliviers ont été plantés dans des endroits très protégés, en dehors de la colonisation, d’autres plus près des zones occupées. Nous tentons en fait de répondre à deux problématiques. D’abord, celle des attaques faites aux agriculteurs, qui voient leurs arbres arrachés et qu’il faut donc remplacer. Ensuite, celle induite par la loi israélienne sur la propriété des absents, qui permet aux colons de s’approprier les terres non-exploitées, d’où l’importance de replanter partout.

La Marseillaise : L’idée était aussi de contribuer à l’émergence de jumelages entre communes françaises et palestiniennes…

Christine Hernandez : Développer les coopérations entre villes françaises et palestiniennes était en effet un axe important que devait porter la délégation. L’objectif est de pérenniser ces coopérations sur la base, par exemple, de l’agriculture, de la jeunesse ou d’autres formes d’échanges. L’idée est de légitimer notre solidarité internationale et de l’inscrire dans la durabilité. La reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron n’a été suivie d’aucun acte politique fort. Pourtant, elle est insuffisante. Les jumelages permettent de légitimer institutionnellement toutes les relations avec les villes palestiniennes et c’est en ce sens qu’ils sont importants. Un jumelage pourrait d’ailleurs se concrétiser avec Sebastia.

La Marseillaise : Vous avez aussi rencontré des acteurs locaux de la résistance…

Christine Hernandez : Nous avons rencontré l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), au sein de laquelle figure le Parti du peuple palestinien, qui correspond au Parti communiste palestinien. La campagne a été saluée comme étant un espoir pour le peuple palestinien. Les Palestiniens sont unanimes. Aujourd’hui, le constat est très aggravé. Mais cette campagne suscite un espoir. Elle permet de protéger la terre. Une chose est sûre, les Palestiniens cultivent l’espoir de rester sur leur terre. Et ils ont besoin, pour ça, d’une réelle solidarité internationale. La campagne permet d’y contribuer. L’olivier, c’est la paix, c’est l’espoir.

Entretien réalisé par Margot Milhaud (La Marseillaise, le 31 juillet 2026)

(*) Lien pour la cagnotte sur Hello asso ou sur le site du PCF.

Fadwa Barghouti. « Marwan Barghouti est une figure fédératrice » (La Marseillaise)

Avocate et militante palestinienne, Fadwa Barghouti est à l’initiative de la campagne pour la libération de son époux, Marwan Barghouti, détenu depuis 2002 dans les geôles israéliennes. Elle vient en France à la rencontre de la population, de personnalités politiques et syndicales.

La Marseillaise : Quel est l’objet de votre déplacement en France ?

Fadwa Barghouti : Depuis plus de vingt ans, la France est l’un des pays les plus actifs dans la campagne internationale pour la libération de mon époux, où elle recueille un large soutien. Plusieurs dizaines de communes lui ont décerné la citoyenneté d’honneur. Depuis le 7 octobre et l’attention croissante autour de la cause palestinienne, il est très important de veiller à poursuivre cette campagne, car Marwan incarne l’espoir pour le peuple palestinien.

La Marseillaise : Vous avez prévu de nombreuses rencontres avec des personnalités politiques de gauche. Sont-elles les seules à soutenir votre combat ?

Fadwa Barghouti : À chaque fois que je me rends en France ou dans n’importe quel autre pays, je veille à rencontrer différents partis, qu’ils soient de centre-droit ou de gauche. C’est très important de parler à tout le monde car nous ne voulons pas que ce soit un sujet de division, au contraire. Il y a quelques mois, le gouvernement français annonçait la reconnaissance de l’État de Palestine. Pour qu’elle ne soit pas purement symbolique, il faut prendre des mesures concrètes sur le terrain en faveur de la création d’un État palestinien vivant côte à côte avec Israël, conformément au droit international. La seule façon d’y parvenir est de soutenir les acteurs et les initiatives qui y contribueront. La libération de mon époux est en tête de liste, car c’est une figure fédératrice. C’est le dirigeant palestinien le plus populaire, qui a clairement affirmé partager les convictions du gouvernement français, à savoir la solution à deux États et le respect du droit international.

La Marseillaise : Que savez-vous des conditions de détention de votre époux ?

Fadwa Barghouti : Depuis le 7 octobre, une politique de punition collective est menée contre l’ensemble du peuple palestinien. Personne n’est à l’abri des attaques israéliennes. À Gaza, c’est la dévastation et le génocide. En Cisjordanie, on assiste au pillage des terres et au terrorisme des colons. Au sein d’Israël, les Palestiniens sont confrontés à une discrimination et à un racisme extrêmes. Dans ce contexte, ce que subissent les prisonniers politiques palestiniens est ce que j’appelle « l’arrière-cour du génocide ». Plus de 100 Palestiniens ont été tués en prison. Ce ne sont pas des combattants ni des personnes représentant une quelconque menace mais des détenus, tués à l’intérieur même de la prison. Nous disposons des rapports de l’ONU et du New York Times concernant les viols de prisonniers palestiniens et les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques palestiniens. Mon époux fait partie de ces victimes. Ils l’ont pris pour cible dès le 7 octobre, date à laquelle ils l’ont transféré en isolement cellulaire. Il s’y trouve depuis lors, et il est transféré de prison en prison. D’après les documents dont nous disposons, il a été agressé au moins dix fois. On lui refuse toute visite familiale. Je suis la dernière de ses proches à l’avoir vu et c’était il y a trois ans et demi. Il est donc très important que les gens comprennent que cette situation dure depuis longtemps, bien avant le 7 octobre. Son état de santé nous inquiète, il a perdu beaucoup de poids et a été blessé à plusieurs reprises. On craint réellement pour sa sécurité au sein d’un système pénitentiaire en pleine dérive dirigé par nul autre que Ben-Gvir [ministre israélien d’extrême droite, en charge de la Sécurité nationale, Ndlr], connu pour être un partisan du génocide et du nettoyage ethnique du peuple palestinien.

La Marseillaise : Justement, en août 2025, Itamar Ben-Gvir a diffusé, sur les réseaux sociaux, une vidéo dans laquelle il menace votre époux dans sa cellule. Le gouvernement israélien craint-il votre époux ?

Fadwa Barghouti : C’est une honte pour Israël de violer ouvertement le droit international. Mais la communauté internationale a aussi sa part de responsabilité pour ne pas avoir clairement dénoncé le fait qu’un député élu au Parlement palestinien, quelqu’un qui est, comme je l’ai dit, une figure qui rassemble, un militant pacifiste, soit humilié aux yeux du monde entier. C’est tout simplement révoltant. Cette scène entre Itamar Ben-Gvir et mon époux illustre parfaitement la lutte. Car on voit ici un dirigeant palestinien qui a été agressé et humilié, comme l’est son peuple. Il incarne en cela la lutte palestinienne. Et vous avez, en la personne d’Itamar Ben-Gvir, le visage du gouvernement israélien actuel et de sa politique. Connaissant mon époux, je pense qu’il a croisé des dizaines de Ben-Gvir au cours de sa vie et il reste résilient. Nous n’avons aucune crainte quant à son état mental, ses capacités intellectuelles et sa force d’esprit. Nous sommes en revanche vraiment inquiets pour sa santé.

La Marseillaise : Marwan Barghouti est souvent comparé à Nelson Mandela. Quelles sont les similitudes entre les deux ?

Fadwa Barghouti : Nelson Mandela et mon époux ont tous deux lutté contre le régime d’apartheid. En Palestine, malheureusement, cela s’ajoute au nettoyage ethnique, au génocide, à l’occupation et à de nombreux crimes de guerre. Marwan Barghouti se bat contre cela depuis plus de 50 ans. Ce qui les rapproche, c’est qu’ils sont tous deux des figures fédératrices pour leur peuple. Tous deux ont incarné l’espoir dans une période de désespoir. Si vous aviez dit à un Sud-Africain au début des années 1980 que dans dix ans, l’apartheid prendrait fin dans son pays, je ne pense pas qu’il vous aurait cru. C’est cet espoir que Nelson Mandela a insufflé au peuple. Ces figures historiques sont essentielles pour que les mouvements de libération gardent espoir. C’est précisément pour cette raison que le gouvernement israélien actuel tente de réduire mon époux au silence car il ne veut pas de quelqu’un qui incarne cet espoir. Le fait que Nelson Mandela ait été qualifié de terroriste par l’Occident et par le régime d’apartheid en Afrique du Sud constitue une autre similitude car le terrorisme est un terme colonial qui a toujours été utilisé pour désigner les opprimés qui tentent de lutter contre leur oppresseur.

La Marseillaise : Mahmoud Abbas a annoncé la tenue d’élections législatives en novembre prochain et une présidentielle en début d’année 2027. Marwan Barghouti sera-t-il candidat ?

Fadwa Barghouti : Il est encore trop tôt pour se prononcer là-dessus. C’est à lui de prendre cette décision, pas à nous. Néanmoins, nous saluons la décision d’organiser des élections car nous n’en avions pas eu depuis plus de vingt ans. Nous n’avons pas de conseil législatif opérationnel ce qui pose de nombreux obstacles à tout système politique. Nous saluons donc cette initiative et nous regardons vers l’avenir, pas seulement pour l’élection présidentielle mais pour l’ensemble du système politique qui a besoin d’un renouveau et qui va se renouveler. La vision politique de mon époux a toujours été axée sur la lutte contre la corruption ainsi que sur une plus grande participation des femmes et des jeunes au pouvoir. Cela ne peut se produire que si nous nous engageons dans un processus démocratique. Marwan croit en la démocratie et il est fier de n’avoir jamais occupé de poste sans avoir été élu. Je pense qu’il se réjouit de cette décision, de même que nous tous, en tant que peuple palestinien. Nous en avons désespérément besoin. Ainsi, l’Autorité palestinienne pourra se renforcer face aux défis et aux tentatives du gouvernement israélien visant à faire disparaître les institutions palestiniennes.

La Marseillaise : Qu’a concrètement changé sur le terrain la reconnaissance de l’État de Palestine par la France ?

Fadwa Barghouti : Honnêtement, sur le terrain, on ne perçoit aucun changement. La situation empire car, malheureusement, Israël agit en dehors du cadre de la loi. C’est ainsi qu’il fonctionne depuis des décennies. Notre rôle en tant que Palestiniens est d’essayer de trouver et de tisser des liens avec la communauté internationale pour nous assurer qu’elle comprenne qu’il existe un partenaire pour la paix du côté palestinien mais qu’il n’y en a pas côté israélien. Pour y parvenir, des mesures doivent être prises. Les élections constituent un grand pas en avant. Depuis le cessez-le-feu et jusqu’aujourd’hui, plus d’un millier de personnes y ont été tuées. Les souffrances n’ont malheureusement pas pris fin. Il faut veiller à ce qu’un véritable cessez-le-feu soit en place, à ce qu’il y ait un retrait total des forces israéliennes de Gaza et des territoires occupés en Palestine, et bien sûr, à ce que la reconstruction commence. C’est une priorité absolue pour les Palestiniens. Nous devons aller de l’avant, en réclamant la libération de mon époux et en faisant appel aux personnalités qui peuvent réellement contribuer à apporter la paix et la stabilité dans la région. Telles sont les mesures par lesquelles la communauté internationale, y compris la France, peuvent véritablement aider.

La Marseillaise : L’ambassadeur de Palestine auprès de l’ONU a alerté, lundi, sur l’accélération de l’annexion de terres palestiniennes par Israël. Comment la stopper ?

Fadwa Barghouti : Si l’expérience sud-africaine nous enseigne quelque chose, ce n’est pas que le régime de l’apartheid s’est réveillé un beau matin en décidant de traiter équitablement les populations autochtones, c’est la pression de la communauté internationale qui a permis de concrétiser cela. La seule façon pour qu’Israël cesse ses agissements et comprenne qu’un changement s’impose, c’est qu’il constate qu’il y a un prix à payer pour avoir violé le droit international. Nous ne demandons pas à la communauté internationale de prendre parti pour nous mais de prendre des mesures à l’encontre de tout pays et de tout État qui viole le droit international. Et Israël enfreint manifestement ce droit.

La Marseillaise : Comment votre famille garde espoir ?

Fadwa Barghouti : Nous puisons notre force dans mon époux et dans la résilience dont il a fait preuve au fil des années. Un jour, il a dit à notre fils Arab, que le désespoir est un privilège que nous, Palestiniens, ne pouvons pas nous permettre, et qu’il fallait rayer ce mot de notre vocabulaire. J’aimerais vraiment que notre famille soit la seule à traverser ce que nous vivons. Mais il y a des milliers de familles palestiniennes qui vivent la même souffrance. C’est ce qui nous rend plus forts ensemble, car nous savons que ce combat vise un grand objectif : la liberté des Palestiniens, pour que nos enfants puissent vivre en paix et en sécurité. L’ampleur des sacrifices que nous endurons ne signifie pas que nous devrions abandonner à un moment donné. D’un point de vue historique, ce n’est pas de cette façon que les peuples obtiennent leur libération et leur liberté.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 1er juillet 2026)

La France bannit le ministre Itamar Ben-Gvir (L’Indep)

Jean-Noël Barrot a officialisé cette décision sur X en raison des « agissements inqualifiables » du ministre israélien de la sécurité nationale.

La France a décidé d’interdire d’accès à son territoire le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a annoncé samedi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après la diffusion d’une vidéo le montrant à côté de membres d’une flottille pour Gaza agenouillés et mains liées, parmi lesquels des Français.

« À compter de ce jour, Itamar Ben-Gvir est interdit d’accès au territoire français », a ainsi déclaré Jean-Noël Barrot sur X (ex-Twitter).

« Cette décision fait suite à ses agissements inqualifiables à l’égard de citoyens français et européens passagers de la flottille Global Smud », a ajouté le ministre, tout en désapprouvant la « démarche » de cette flottille, qui, selon lui, « ne produit aucun effet utile et surcharge les services diplomatiques et consulaires ».

Une demande de sanctions adressée à l’UE

Jean-Noël Barrot a demandé en outre à l’Union européenne, comme l’Italie a également pu le faire, de prendre des sanctions contre Itamar Ben-Gvir.

Les forces de sécurité israéliennes ont arrêté mardi 430 personnes à bord de cinquante navires dans les eaux internationales afin d’empêcher cette flottille d’atteindre la côte de la bande de Gaza, dont elle avait l’intention de briser le blocus par Israël afin d’y distribuer de l’aide humanitaire.

Itamar Ben-Gvir, membre d’un parti ultranationaliste, a par la suite diffusé une vidéo, publiée sur sa chaîne Telegram (avec l’hymne national israélien en fond sonore), dans laquelle il se moque de ces militants agenouillés et les mains liées.

Plusieurs d’entre eux ont par ailleurs dénoncé des « violences », des « attouchements », ou des « humiliations », qui leur auraient été imposés par les forces israéliennes lors de leur détention.

« Nous ne pouvons tolérer que des ressortissants français puissent être ainsi menacés, intimidés ou brutalisés, qui plus est par un responsable public », a encore déploré Jean-Noël Barrot.

L’Indépendant, le 24 mai 2026

Après 32 mois, une population effrayée sans perspectives à Gaza la dévastée (témoignage d’un gazaoui)

Nous sommes début mai 2026, 32 mois d’agression, 7 mois d’un cessez-le-feu fragile et sans cesse violé. 7 mois pendant lesquels les médias et les dirigeants du monde parlent moins de Gaza où la situation a encore empiré depuis le début de la guerre contre le Liban et l’Iran. Gaza se sent abandonnée, oubliée par le reste du monde.

Le sentiment d’impuissance est un sentiment terrible. On ne peut rien faire, on n’a aucune perspective. Le cessez-le feu n’est pas respecté, il y a chaque jour des bombardements certes moins intensifs, qui ont fait 830 morts et 2 400 blessés palestiniens jusqu’à présent, la ligne jaune imposée par l’occupation avance chaque jour, l’armée contrôle aujourd’hui 61% de la surface de la bande de Gaza.

130-140 camions entrent chaque jour par les passages contrôlés par l’occupation. Le problème est que ces camions transportent des bonbons, des biscuits, des chocolats, des boissons gazeuses dont on n’a pas besoin. Par contre, nous manquons de pain, de farine, d’œufs, de fruits, de légumes, de poulet, d’eau potable, de chaises et de tables pour les centres éducatifs et les tentes éducatives, de beaucoup de matériels nécessaires.

Les matériaux de reconstruction n’entrent pas non plus.

Dans les centres médicaux, il n’y a plus de médicaments. Les malades d’hypertension, de diabète, et d’autres maladies chroniques ne peuvent pas être soignées.

Pour la journée mondiale du travail du Premier mai, le ministère palestinien du travail a indiqué que le taux de chômage en Cisjordanie occupée dépasse les 65 %, et dans la bande de Gaza les 92 %, les revenus sont en baisse constante, et que les conditions de travail sont terribles dans tous les territoires palestiniens occupés, colonisés et morcelés.

L’hiver ne veut pas quitter Gaza, nous sommes au mois de mai, mais on a peu de soleil actuellement, deux heures de soleil le matin, l’après-midi, il fait frais et le soir, il fait très froid, et c’est malheureux pour les déplacés dans les camps qui vivent sous des tentes qui ne sont pas solides, et aussi pour les toits qui possèdent des panneaux solaires, car ils n’ont pas assez d’électricité à cause de cette pénurie et ils ne peuvent pas faire monter l’eau dans leurs foyers.

Personnellement, c’est très difficile de décrire notre quotidien, et de raconter notre souffrance dans une région dévastée.

Le matin, quand je me lève, je réfléchis mille fois avant de me préparer une tasse de café ou de thé parce qu’on n’a ni gaz (300-350 euros la bouteille de 10kg, qui coûtait 20 euros avant l’agression), ni électricité, et qu’on est obligé de cuisiner sur le feu de bois (mais il faut trouver du bois, des cartons, des papiers pour allumer un feu et cela demande beaucoup de temps et d’efforts alors je préfère manger un petit sandwich au fromage blanc pour éviter de faire du feu).

En général, on prépare pour le déjeuner des repas légers qui ne demandent pas beaucoup de feu, et pour le dîner, soit on oublie ce repas, soit on mange comme le matin des sandwichs.

Je m’occupe de trois centres éducatifs – deux qui se trouvent dans des immeubles visés par les bombardements, et une tente éducative dans un camps de déplacés – et passe deux heures par jour avec les enseignants et les enfants, ce sont des moments de bonheur pour moi, même si, quand je rentre, je suis triste parce que je n’ai pas pu satisfaire tout le monde. J’essaie, grâce au soutien des amis et solidaires francophones de leur apporter quelque soutien, des repas chauds, du matériel scolaire, des chaussures, des vêtements, des jouets quand on en trouve sur le marché. J’organise des séances de soutien psychologique pour les enfants avec des jeunes motivés. J’essaie également d’aider quelques familles déplacées autour de moi grâce à mes relations et à des associations locales. Après je vais une fois par semaine pour voir ma mère qui habite chez mon frère à 2 km de chez moi. À part cela je passe mon temps à la maison, je ne reçois pas beaucoup de monde, je ne sors presque pas, même s’il y a des occasions sociales (deuil, mariages, fiançailles) où j’essaie de ne pas aller car cela me rend triste de voir la ville détruite, les tentes où survivent 85 % des habitants de Gaza dans des conditions inhumaines.

Actuellement, il n’y a ni administration, ni gouvernement ni autorité, ni banques à Gaza. Les commerçants imposent les prix du peu de produits qui entrent dans l’enclave, les organisations internationales sont débordées et ne peuvent pas distribuer de l’aide à tout le monde. C’est un nouveau phénomène à Gaza, il y a moins de solidarité. Le prix des loyers a augmenté (1 000 à 1 500 euros par mois pour un petit appartement dans un immeuble partiellement détruit). Il n’y a pas de lois, les gens qui possèdent un générateur augmentent le prix de l’électricité vendue (200-300 euros par mois pour pouvoir charger les lampes, les portables, les ordinateurs, internet).

Malgré leur volonté de survivre, les gens sont tristes. Moi, j’ai la chance d’avoir des amis au travers des réseaux sociaux, j’écris, je lis, je témoigne, et j’échange avec eux.

Je ne m’imagine pas vivre en dehors de Gaza malgré cette situation catastrophique, et malgré la souffrance de tous les jours, Gaza pour moi n’est pas seulement un espace, un territoire, une ville natale, c’est un refuge, une protection, et une source de résilience et de vie. Mais surtout une raison d’exister et d’espérer même au milieu des ruines.

Actuellement, et via le passage de Rafah, seuls 30 malades ou blessés sont autorisé à sortir de Gaza quotidiennement. En sens inverse, seulement 150 Palestiniens entrent à Gaza de l’extérieur. Ils savent qu’ils vont trouver la dévastation et qui vont habiter dans des tentes déchirées et dans des appartements visés par des bombardements, mais c’est leur façon de résister, de montrer leur attachement à leur terre.

Actuellement, presque 97 % de la population à Gaza souffrent de l’insécurité alimentaire, 82 % de la population de Gaza survivent difficilement grâce à l’aide humanitaire internationale souvent limitée.

15 % touchent la moitié de leur salaire versé par l’autorité palestinienne ou le gouvernement de Gaza, mais, eux, doivent payer leur loyer très cher, l’électricité, internet, l’eau et lorsqu’ils ont tout payé, ils n’ont presque plus de quoi acheter à manger tellement les prix ont augmenté.

Les 3 % restants travaillent soit pour des organisations internationales ou locales, soit comme influenceurs sur les réseaux sociaux pour avoir des dons de l’extérieur qu’ils utilisent, soi-disant, pour aider la population dans le besoin.

C’est difficile pour moi d’écrire de raconter, de témoigner. J’aurais besoin de livres et de livres pour cela, 2 à 3 pages c’est insuffisant pour décrire la situation, la réalité et le vécu à Gaza depuis 32 mois mais j’essaie. Pourtant, même si je suis optimiste, trop c’est trop.

La vie continue, c’est vrai. Il y a des fêtes, des fiançailles, des mariages, des universités ont réparé des salles et proposent à nouveau des cours en présentiel, des commerces et des cafés ouvrent … mais malgré cela, tout est anormal. Il y a la volonté mais le désespoir domine. Même moi qui suis privilégié, je préfère rester chez moi pour ne pas avoir à affronter la réalité et montrer mon impuissance à être plus utile à la population.

C’est la routine mortelle à Gaza. Je vis avec ma femme qui travaille beaucoup pour notre maison, et avec mes trois garçons, deux fils poursuivent leurs études de façon virtuelle à l’université et ont beaucoup de cours et devoirs. Mon dernier fils va trois jours par semaine suivre des cours dans un centre éducatif, et quand il rentre, il a beaucoup de révisons. Toute la famille est occupée, donc, pas le temps de discuter. Moi, je dors beaucoup en ce moment pour éviter de penser à notre souffrance, pour éviter les questions. J’essaie d’être plus dynamique, mais actuellement, voilà, c’est comme ça.

Heureusement que les solidaires existent parce qu’avec le silence des médias et des dirigeants internationaux, c’est le seul point positif. Je reçois chaque jour des photos de manifestation partout dans le monde francophone, ça nous montre que la mobilisation se poursuit, à l’image de la Flottille de la Liberté qui a été interceptée la semaine dernière par la marine israélienne avant même d’arriver dans les eaux internationales de Gaza.

Fin avril ont eu lieu des élections municipale mais seulement à Deir El-Balah –qui est soi-disant la ville la moins détruite- au centre de la bande de Gaza qui abrite 70 000 habitants. Le taux de participation était de 22 %. Cela montre que les gens sont peu intéressés. Ils veulent le changement mais ils ont d’autres préoccupations et savent que les maires et les conseillers municipaux sont impuissants, qu’ils n’ont même pas les moyens de faire réparer une rue, d’enlever les déchets dans les rues, de réparer le système électrique ou les égouts. Alors ils attendent. Désespérément.

Dans la bande de Gaza, la souffrance devient banalité, la précarité réalité, la survie privilège et la patience rêve !

Même si qu’on ne peut jamais enfermer ni effacer l’espoir.