Le Parti démocrate a pris mardi le contrôle des deux chambres du Congrès à l’issue des élections de mi-mandat.

Une vague bleue historique a balayé les républicains, infligé à Donald Trump un camouflet sévère et permis aux démocrates de prendre le contrôle des deux chambres du Congrès à l’issue des élections de mi-mandat, ce mardi. Ainsi pourrait-on résumer ces midterms qui, en un épilogue pas forcément attendu, ont vu également le président américain « accepter » les résultats de ce scrutin.
Donald Trump a cependant refusé tout mea culpa, renvoyant la responsabilité de la défaite aux candidats républicains, qu’il a pourtant soutenus pour les plus exposés d’entre eux lors d’une campagne présentée comme une opération personnelle de « plébiscite ». « Les gens n’ont pas compris l’importance de ce que j’ai fait en Iran », a-t-il notamment déclaré sur la chaîne Fox News.
En un écho dissonant, le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, a publié sur X un message dans lequel il écrit notamment que « la véritable raison pour laquelle nous avons perdu est évidente pour presque tout le monde (…) Nous avons perdu à cause de la guerre » en Iran.
Pour l’universitaire montpelliérain William Genieys, directeur de recherche au CNRS en poste à Sciences Po Paris, politologue et sociologue spécialiste de la société américaine qui prépare une biographie de J.D. Vance, c’est bien à « une réaction de rejet de l’administration Trump, du mouvement Maga et de certaines de ses politiques » que l’on a assisté dans la nuit de mardi à mercredi.
Un scrutin difficile pour les présidents en exercice
« L’électorat latino s’est par exemple détourné de Trump en raison des politiques de lutte contre l’immigration menées par l’Ice et qui ont notamment ciblé les populations hispaniques sans discernement. Beaucoup de facteurs de sa politique internationale ont joué contre lui. La guerre en Iran ou sa politique de taxes douanières ont eu des effets aux États-Unis, avec l’inflation, le prix du pétrole… Les classes populaires, la classe ouvrière, ont trinqué, alors que la défense de ces classes-là représente le fonds de commerce électoral du mouvement Maga », complète William Genieys.
Qui tient cependant à replacer ce désaveu cinglant pour le président américain dans une perspective historique : « Quasiment tous les présidents en exercice perdent une chambre ou deux au cours de leur mandat. Georges W. Bush en 2002 avait gardé les deux, mais c’est l’exception. Obama avait perdu les deux en 2010, pareil pour Clinton avant lui, en 1994. »
Il n’en reste pas moins que l’ampleur de la défaite de ce 3 novembre relève d’un avertissement sans appel des électeurs.
D’après un sondage sorti des unes réalisé par SSRS pour un consortium de médias américains, la moitié des électeurs ont dit considérer le scrutin comme une occasion de réprimander Donald Trump. Les trois quarts des sondés ont dit être « en colère » ou « insatisfaits » de la direction prise par les États-Unis et 70 % des électeurs ont dit vouloir que le Congrès renforce son contrôle de l’exécutif et son rôle de contre-poids.
Une illusoire procédure d’impeachment ?
Ce qu’il va pouvoir faire, mais dans une certaine mesure seulement. William Genieys détaille : « Donald Trump va être bloqué sur le vote des budgets par exemple, avec des risques de shutdown (quand l’administration fédérale américaine est paralysée, complètement ou partiellement, NDLR) et des fonctionnaires fédéraux pas payés. Il le sera aussi pour tout ce qui concerne les politiques de nomination, des juges fédéraux par exemple, ou dans le renouvellement ou la continuité de son administration. Et puis des enquêtes devraient être lancées par le Sénat, sur des accusations de corruption. Une procédure d’impeachment ? La lancer serait plus symbolique qu’autre chose tant elle a peu de chances d’aboutir. Car une majorité des deux tiers au Sénat est requise. »
Ce qui représente 67 sénateurs américains sur 100, alors que les démocrates disposent, pour l’instant, d’une majorité de 54 sièges.
Vincent Coste (L’Indépendant, le 5 novembre 2026)
Des gouverneurs élus pour l’histoire
Les démocrates ont, là aussi, raflé la mise avec des succès spectaculaires. Florilège.
Lors des élections aux postes de gouverneurs mardi, le Parti démocrate a également dominé son adversaire républicain, mais a, en sus, engrangé des victoires spectaculaires, certaines pour l’histoire avec des succès rarissimes voire inédits dans plusieurs bastions du Parti républicain.
Deux candidates ont ainsi inscrit leurs noms dans les annales. En Géorgie, Keisha Lance Bottoms est devenue la première femme noire élue au poste de gouverneur dans l’histoire américaine. Et au Texas, Gina Hinojosa est la première gouverneure d’origine hispanique jamais élue dans cet État profondément conservateur.
Outre les deux victoires précitées, six autres duels emblématiques ont été remportés par les démocrates. Il en va ainsi pour celle d’Amy Acton, dans Ohio, médecin qui a battu l’homme d’affaires Vivek Ramaswamy, proche allié du vice-président J.D. Vance, à l’issue d’une campagne mouvementée. Dans l’lowa, le démocrate Rob Sand a battu un autre homme d’affaires, Zach Lahn.
Dans le Wisconsin, le républicain Tom Tiffany, membre de la Chambre des représentants des Etats-Unis depuis trois mandats et soutenu par Donald Trump, a cherché en vain à minimiser ce lien mis en exergue par son adversaire démocrate, David Crowley, qui s’est imposé.
Et dans le Nevada, le démocrate Aaron Ford, procureur général de l’État, a battu le gouverneur républicain Joe Lombardo. Alors que dans l’Arizona, la gouverneure démocrate sortante Katie Hobbs a défait le représentant républicain Andy Biggs, un opposant au droit à l’avorte-ment, un sujet qui a occupé une place centrale dans la campagne.
Enfin, dans le Michigan, où la bataille s’annonçait comme l’une des plus serrées, c’est la démocrate Jocelyn Benson qui s’est imposée aux dépens du républicain
L’Indépendant, le 5 novembre 2026
