Cuba. Stop au blocus !

Cher e•s camarades, cher e•s ami•e•s de Cuba,

Vous l’avez sans doute vu, le président des États-Unis a une fois de plus fait le choix de resserrer l’étau de la répression sur Cuba. Hier, le jeudi 29 janvier, Donald Trump a signé un décret indiquant que les États-Unis « pourraient » frapper de droits de douane les pays vendant du pétrole à Cuba.

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez Parrilla, a dénoncé dans la foulée un « acte brutal d’agression » de la part de Washington, qui maintient l’île sous blocus depuis 1962. Le texte de ce décret, publié par la Maison Blanche, permet de rendre effectif « un droit de douane supplémentaire « ad valorem » qui pourrait être imposé sur les importations de biens produits par un pays qui vend directement ou indirectement ou qui fournit du pétrole à Cuba ».

Concrètement, cela pourrait compromettre l’approvisionnement de l’île en pétrole, mettant potentiellement en échec jusque son système hospitalier et ce, dès demain. Les coupures d’électricité sont déjà quotidiennes dans l’île, et peuvent aller jusqu’à 18 h par jour. Les nouvelles sanctions menacent à présent de mettre à l’arrêt les services essentiels, dont les transports, la santé, l’éducation, l’industrie. Demain, il pourrait empêcher unilatéralement la livraison, la conservation de nourriture et de médicaments.

Le blocus fait des morts. Et à travers ces nouvelles mesures étatsuniennes, c’est tout le peuple qui en subira de nouveau les conséquences dramatiques !

Il y a urgence, à agir ensemble, dès maintenant, pour donner toujours plus d’élan à la solidarité internationale, dans les jours, les semaines et les mois à venir.

¡Cuba no está sola! Cuba n’est pas seule !

Bien fraternellement,

Les coordinateurs de campagne
Charlotte Balavoine et Vincent Govelet

Tulay Hatimogullari. « Le peuple du Rojava résistera avec force »

Tulay Hatimogullari est la coprésidente du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM) et députée de la circonscription d’Andana. De retour du Rojava, elle se fait porte-parole de la population sur place qui témoigne d’attaques perpétrées par des groupes islamistes liés au pouvoir intérimaire syrien, auxquels la Turquie apporte son soutien.

La Marseillaise : Les autorités turques ont interdit tout rassemblement jusqu’à samedi soir dans la province de Mardin, à la frontière avec la Syrie, où le DEM avait appelé à manifester. Quel était le mot d’ordre de cette mobilisation ?

Tulay Hatimogullari : En tant que parti DEM, nous avons décidé de tenir notre réunion parlementaire hebdomadaire dans le district de Nusaybin (sud-est de la Turquie), dans la province de Mardin. Nusaybin est limitrophe de la ville de Qamishli (nord-est de la Syrie), dont elle est séparée uniquement par une clôture métallique. Notre rassemblement avait pour but d’attirer l’attention sur les attaques inhumaines perpétrées contre le Rojava. En effet, l’État a répondu à ces marches et manifestations démocratiques par des interdictions et des agressions contre les personnes à la frontière.
Un jeune homme nommé Diyar Koc, accusé d’avoir retiré un drapeau à la frontière, a été victime de graves tortures. Il a ensuite été arrêté et se trouve actuellement en soins intensifs dans un hôpital d’Ankara. Je tiens à souligner que l’endroit où nous avons fait notre déclaration était loin de la frontière et que l’incident du drapeau ne s’est pas produit ici. Le gouvernement ne peut rien accomplir en recourant à la violence et en interdisant des actions et des événements, au lieu de comprendre les réactions de la population et de soutenir les efforts de paix. J’appelle à renoncer à ce type d’approche.

La Marseillaise : Vous demandez l’ouverture de couloirs humanitaires vers Kobané où vous vous êtes récemment rendue. Quelles sont vos craintes ?

Tulay Hatimogullari : Kobané est soumise à un siège intense. La ville est prise en étau entre les zones contrôlées par le gouvernement intérimaire syrien et celles contrôlées par la Turquie. Les conditions météorologiques y sont actuellement extrêmement froides et défavorables. De plus, l’accès aux services de base tels que l’électricité, l’eau et Internet est impossible à Kobané. Le barrage de Tichrine, l’un des trois principaux barrages construits sur l’Euphrate, situé au sud du district de Manbij, fournissait de l’énergie à tous, sans distinction d’identité ou de croyance, lorsqu’il était sous le contrôle des forces kurdes. Depuis que le gouvernement intérimaire de Damas s’est emparé du barrage, Kobané est privée d’électricité et d’eau, alors qu’elle subit les conditions hivernales les plus rigoureuses de ces dernières années. D’après les informations dont nous disposons à ce jour, cinq enfants sont morts de froid. C’est une tragédie et une honte que le monde portera à jamais sur ses épaules.
Lors de nos visites, nous avons clairement constaté que le Rojava était soumis à un siège brutal, intensifié par des mesures dépassant toutes les limites humanitaires. Mais le peuple du Rojava a été privé d’identité pendant des décennies. Il a combattu Daech, il a lutté contre Assad, il s’est dressé contre les organisations salafistes. Dès lors, nous avons compris qu’il résistera avec force à toute intensification des attaques.

La Marseillaise : Quel rôle joue l’État turc dans les attaques menées par Damas au Rojava ?

Tulay Hatimogullari : Lors de notre visite dans le nord-est de la Syrie, le 21 janvier dernier, les responsables de l’Administration autonome ont clairement exposé la situation dans les termes suivants : ces attaques ne sont pas seulement perpétrées par les forces de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), mais aussi par des groupes armés directement soutenus par la Turquie. Ces milices, telles que la division al-Hamza, Sultan Mourad et Abou Amsha, sont responsables de ces graves violations des droits humains et de ces massacres. L’Administration autonome a déclaré que la Turquie fournissait un soutien en matière de renseignement à la fois au gouvernement provisoire de Damas et à ces groupes armés. Le rôle de la Turquie était clair dès le départ. Le jour même où les attaques contre Alep ont commencé, le ministère turc de la Défense nationale a déclaré : « Si la Syrie demande de l’aide, nous lui fournirons le soutien nécessaire. » Le ministre turc des Affaires étrangères consacre plus de temps à la question syrienne que l’administration intérimaire de Damas. Une grande partie de ce temps est consacrée à réfléchir à la manière de réduire davantage les acquis des Kurdes.
L’exemple le plus frappant de ce double standard : le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan déclare que le Hamas est « un mouvement de résistance qui ne peut déposer les armes sans que ses droits soient garantis ». Ce même ministre, qui reconnaît le droit légitime du Hamas à se défendre, fait exactement le contraire s’agissant des Kurdes. Lorsque ces derniers se défendent, ils sont qualifiés de terroristes et lorsqu’ils revendiquent leurs droits, ils sont considérés comme une menace. Ce double standard n’est pas seulement constaté par les Kurdes, mais par le monde entier. Il est si flagrant que nul ne peut l’ignorer.

La Marseillaise : Le régime d’Ahmed Al Charaa a-t-il pour objectif de « dékurdifier » le territoire ?

Tulay Hatimogullari : Le régime qu’Ahmed Al Charaa tente d’instaurer est un mélange d’autoritarisme baasiste et djihadiste. Il ne reconnaît ni peuple, ni démocratie. Tout en se forgeant une légitimité extérieure grâce à un discours sécuritaire aligné sur les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, Israël, la Russie, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe, et grâce à des opportunités financières, il instrumentalise cette légitimité intérieurement en menant des opérations militaires brutales contre les Kurdes, les Alévis, les Druzes etc.
Il s’agit donc d’un plan visant à éliminer non seulement les Kurdes, mais tous les peuples. Le principal obstacle à ce régime est actuellement constitué par les Kurdes eux-mêmes. Il poursuit un objectif non seulement militaire, mais aussi sociopolitique contre eux. En créant l’illusion d’une « guerre ethnique » entre Kurdes et Arabes, il cherche à déstabiliser la région de l’intérieur et à anéantir l’entité politique kurde qui jouit d’une légitimité internationale.

La Marseillaise : Dans une interview au média « The Amargi », vous dîtes craindre une guerre arabo-kurde. Qui aurait intérêt à cela ?

Tulay Hatimogullari : Le 4 janvier, alors qu’un accord était sur le point d’être conclu entre les FDS et le gouvernement intérimaire, les pourparlers ont été brusquement interrompues. Le 5 janvier, un accord a été conclu entre Israël et la Syrie à Paris. Le 6 janvier, des attaques ont été menées contre les quartiers kurdes d’Alep et des crimes contre l’humanité ont été commis. À première vue, il semble qu’une attaque ait été perpétrée avec l’approbation des puissances internationales, l’assentiment de la Turquie, la participation des forces du gouvernement provisoire, des composantes du HTS et des groupes salafistes. Toutefois, il est nécessaire d’apporter des réponses précises à certaines questions, telles que les raisons pour lesquelles les puissances internationales ont approuvé cette attaque et pourquoi Israël a apporté son soutien tacite au HTS dans ces attaques.

Il y a un siècle, lorsque le nouvel ordre au Moyen-Orient a été établi, les Kurdes ont été exclus. Depuis cent ans, ils ont combattu les Arabes, les Perses et les Turcs dans leur région divisée en quatre. Aujourd’hui, on tente d’instaurer un nouvel ordre. Une fois de plus, on veut exclure les Kurdes. On souhaite que la guerre entre Arabes et Kurdes soit sans fin. On veut que la guerre entre Kurdes et Turcs s’intensifie. Lors de notre visite au Rojava, l’Administration autonome a déclaré s’être retirée des villes de Raqqa et Tabqa afin d’empêcher une guerre arabo-kurde. Opposer les peuples les uns aux autres est l’une des stratégies de domination des puissances impériales internationales et sous-impériales régionales. Les peuples et les administrations de la région doivent prendre conscience de ce scénario dangereux dans lequel le Moyen-Orient connaîtrait à nouveau des siècles de souffrances, de mort, de décomposition sociale et d’effondrement institutionnel.

La Marseillaise : Le Parti des travailleurs kurdes (PKK) estime que ces attaques contre les Kurdes, en Syrie, pourraient avoir un impact sur le processus de paix en Turquie. Où en sont les discussions ?

Tulay Hatimogullari : Les attaques qui ont commencé à Alep ont eu un impact négatif sur le processus de paix en Turquie. Le peuple kurde est en proie à un profond sentiment de désillusion et à une crise de confiance. D’un côté, des négociations de paix sont en cours, mais de l’autre, les attaques contre le Rojava ont provoqué une vive réaction de la part des Kurdes. Je tiens à le dire très clairement : le processus se poursuit et doit se poursuivre. La paix et la résolution du conflit sont les besoins les plus urgents dans cette région. Il n’y a pas d’autre voie pour résoudre la question kurde. La guerre, la mort et la destruction n’ont jamais apporté, et n’apporteront jamais, de solution à personne.
Cependant, deux mesures fondamentales sont nécessaires pour faire avancer le processus : premièrement, des mesures concrètes et rassurantes doivent être prises dès maintenant concernant le processus de paix mené en Turquie. Il incombe au gouvernement de surmonter cette profonde crise de confiance au sein du peuple kurde. Il doit démontrer sa foi en la paix, non seulement par des mots, mais aussi par des mesures concrètes. Deuxièmement, la politique de la Turquie à l’égard du nord-est de la Syrie doit changer. Il faut abandonner l’idée que le Rojava constitue une menace. Elle doit reconnaître les droits fondamentaux et le statut des Kurdes du nord-est de la Syrie, et renforcer le dialogue et les négociations avec l’Administration autonome. La paix est un tout indivisible. Mener des pourparlers de paix d’un côté et considérer les Kurdes comme une menace de l’autre nuit à la recherche de la paix. Nous continuons à croire en la paix et en une solution. Car il n’y a pas d’autre voie, pas d’autre avenir.

La Marseillaise : À Marseille, des manifestations de soutien au Rojava ont dégénéré. Les organisateurs ont condamné les violences et accusé des « éléments infiltrés ». Les médias turcs n’ont pas tardé à qualifier les manifestants de « partisans de groupes terroristes ». Ces mobilisations sont-elles instrumentalisées ?

Tulay Hatimogullari : Des actions de soutien au Rojava ont eu lieu partout dans le monde. Ces actions sont tout à fait légitimes et visent à attirer l’attention sur une guerre et une crise humanitaire. Tenter d’étouffer un modèle de vie démocratique tel que celui de Rojava heurte la conscience humaine. Les personnes qui se font entendre à Marseille savent que le fléau de Daech est à nos portes. Sa résurgence est un problème majeur pour tout le monde. Des structures armées, financées par des pays, sont envoyées contre un peuple qui prône la paix. Face à cette politique hypocrite, les peuples répondent par une solidarité internationale.
Pour empêcher cela, des provocations sont organisées, des provocateurs interviennent dans les actions. La solution n’est pas de faire taire les Kurdes en interdisant leurs actions. Cela ne ferait qu’alimenter l’hostilité envers les Kurdes. Des responsables et des médias proches du gouvernement turc prennent des mesures qui attisent ouvertement cette hostilité. C’est un jeu très dangereux. Tout le monde y perd.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 2 février 2026)

Alors que la région kurde du nord-est de la Syrie est plongée dans une offensive généralisée depuis janvier, Kobané se retrouve au cœur d’un siège implacable : coupée d’électricité, d’eau et d’internet. La ville kurde est encerclée par les forces syriennes tandis que les températures sont glaciales. Les attaques répétées de milices islamistes, dont certaines soutenues par la Turquie, se multiplient autour de Kobané et dans diverses zones kurdes. C’est dans ce contexte que Damas et les Kurdes ont annoncé, vendredi, un accord sur l’intégration progressive des forces et de l’administration de la zone autonome kurde au sein de l’État syrien, salué par Washington et Paris (notre édition de ce week-end). Cet accord « global », selon le terme utilisé par les deux camps, porte un coup aux espoirs d’autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l’ensemble du territoire syrien.

L’édito du webzine. La peur et la haine paravent du libéralisme

Les assassinats de Renée Moore et Alex Pretty par la milice ICE de Donald Trump ont provoqué une onde de choc aux États-Unis. Deux citoyens américains, abattus dans une chasse au faciès rappelle les heures les plus sombres de l’histoire.

Les réactions ne se sont pas faites attendre : Barack Obama, Bill Clinton, et même Joe Biden, pourtant habituellement mesuré, ont condamné ces meurtres. Bruce Springsteen, rockeur engagé et conteur de l’Amérique, a dénoncé les agissements de « l’armée privée du roi Trump ».

Ces exactions ne sont pas le fait de simples agents zélés. Elles sont commises par des nervis attirés par l’appât du gain. Avec un salaire médian de 92.000 dollars (77.000€) par an, les agents de l’ICE gagnent bien plus que les 63.300 dollars de l’ouvrier américain moyen (52.600€). Et pour ce salaire, ils ne reculent devant rien : un enfant de cinq ans a été pris en otage pour forcer des parents innocents à se rendre dans un camp de « suspects ». Quand ils ne frappent pas, ils fichent. Une manifestante a osé demander pourquoi on la photographiait. La réponse ? « Pour vous ficher comme terroriste ! »

Les adeptes français de Trump

Ces méthodes ont malheureusement leurs échos en France. Arno Klarsfeld, sur CNews, a justifié les rafles au nom de la lutte contre l’immigration clandestine. Une position qui contraste violemment avec l’héritage de ses parents, Beate et Serge Klarsfeld, chasseurs de nazis. LCI, propriété de Bouygues -un groupe condamné pour travail dissimulé et exploitation de sans-papiers- a offert sa tribune aux partisans de Trump. Sur le plateau de Darius Rochebin, Isaac Barchicat, du « Republican Overseas France », a osé comparer les migrants à des terroristes en puissance.

Cette association immigration-délinquance-terrorisme, chère à Trump, est reprise en chœur par l’extrême droite française : Bardella, Le Pen, Ciotti et consorts. Leur but ? Criminaliser et racialiser la question migratoire pour mieux détourner l’attention des vraies causes de la crise sociale : la course aux profits, la captation des richesses par une oligarchie, et l’exploitation éhontée des pays pauvres.

La gouvernance de Trump, raciste, suprémaciste et liberticide, repose sur une vision inégalitaire du monde. Une vision partagée par le duo Le Pen-Bardella. Pour eux, l’égalité est un obstacle à l’expansion d’une économie libérale devenue une machine à cash. Les migrants en sont les premières victimes. Mais demain, d’autres suivront.

Ne nous y trompons pas : si l’économie américaine manquait de bras, Trump ferait volte-face. L’histoire le prouve : sans le travail gratuit de millions d’esclaves africains et d’« engagés » européens, l’Amérique actuelle n’existerait pas. La peur et la haine sont des outils de domination. À nous de ne pas les laisser gagner. De même pour la France, sans l’immigration étrangère, notamment algérienne, au lendemain de la seconde guerre mondiale, le redressement de la France et « les trente glorieuses » n’auraient pas vu le jours.

La question est simple : jusqu’où laisserons-nous la peur dicter nos lois et nos vies ?

Dominique Gerbault

« Un journaliste engagé dans le football qu’on réduit au silence » (L’Indep)

Voilà sept mois jour pour jour, hier, que le journaliste sportif Christophe Gleizes est emprisonné en Algérie. Le Club de la presse Occitanie, Reporters sans frontières et le Département des Pyrénées-Orientales ont appelé a un rassemblement citoyen a cette occasion. Une banderole invitant à signer une pétition réclamant sa libération a été déployée sur l’Hôtel du Département.

« Nous sommes ici aujourd’hui, rassemblés pour obtenir la libération de Christophe Gleizes, journaliste français, injustement condamné à sept années de prison par la justice algérienne pour une soi-disant apologie du terrorisme. Son tort, être entré en contact pour écrire un article sur un club de football kabyle », dénonce Dominique Anton, président du Club de la presse Occitanie, dans son discours lu par Baptiste Maurel, membre du club de la presse des P.-O. Ce jeudi, une banderole a été déployée sur la façade de l’Hôtel du Département de Perpignan, réclamant sa libération.

Le journaliste de 36 ans s’est rendu en Algérie en 2024 pour réaliser un reportage sur le club de foot de la Jeunesse sportive de Kabylie. Mais les autorités lui ont reproché d’avoir échangé avec un dirigeant lié au mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, une organisation considérée comme terroriste par Alger. Il fut alors arrêté et retenu. Le Club de la presse souligne avoir « cru que sa libération était en bonne voie », mais le 3 décembre dernier, la cour d’appel de Tizi Ouzou a confirmé sa condamnation à sept années de prison ferme. « C’est l’assommoir et la consternation face à cette décision, contre un professionnel de l’information qui n’a fait que son travail ».

Pour Pierre Mathis, réacteur en chef de L’Indépendant représentant l’ensemble des rédactions des Pyrénées-Orientales présentes ce jour, « cette situation concerne tous les journalistes. Elle a pour objectif d’instituer un climat de pression, un climat de peur, un climat d’arbitraire contre lequel on doit tous faire attention. Si on pensait que notre métier pouvait se tenir sans combat, on a là l’exemple partait du contraire ».

« Christophe Gleizes est avant tout un passionné », a tenu à rappeler Éric Wattellier, président du district des Pyrénées-Orientales de football. « C’est un journaliste engagé dans le football, et particulièrement dans le football africain depuis des années, mais qu’on réduit au silence. On parle de sport, et dans le sport, il ne doit pas y avoir de politique, de différences, de discriminations », clame-t-il. Éric Dubuis, membre de l’Union des journalistes de sport en France a quant à lui rappelé que la liberté de la presse est un combat, et que « son syndicat continuera de défendre la place des journalistes dans le décor du sport français, et dans ces stades, d’en valoriser le travail et d’aider les 5.000 journalistes de sport. Bien que pour l’instant, il en manque un », a-t-il conclu.

Emma Lemaire (L’Indépendant, le 30 janvier 2026)

Le Mouvement de la paix apporte son soutien au peuple Kurde

En Syrie (au Rojava) et ailleurs, il lutte pour la paix,
la démocratie et le respect des droits humains

Il appelle à participer aux rassemblements organisés à Paris et en province

  • Mercredi 28 janvier, 19h, à Paris, Place de la Sorbonne
  • Samedi 31 janvier, 14h, à Paris, Place de la République

Depuis des années, le Mouvement de la paix au plan national et à travers ses comités locaux apporte son soutien aux luttes du peuple Kurde, en Irak, en Syrie, en Turquie, en Iran… pour ses droits et plus largement pour la liberté, la paix, la démocratie, le respect des droits humains.
En Syrie les Kurdes n’ont cessé d’affirmer leur volonté de dialogue politique, de coexistence entre les peuples et de solution démocratique dans une Syrie décentralisée. Ils n’ont jamais voulu la division du pays. Ils ont lutté aux côtés de la coalition internationale contre Daesh.

Or, depuis le 6 janvier 2026, le Rojava est la cible d’une campagne militaire planifiée, exécutée par les milices djihadistes affiliées au régime de Damas, avec le soutien direct et actif de l’État turc. La situation humanitaire est dramatique. Des centaines de milliers de civils ont été déplacés, des centaines de personnes ont été massacrées, et des villes entières sont privées de nourriture, d’eau potable, de soins médicaux, de carburant et d’électricité, en plein hiver. La ville de Kobanê, désormais encerclée et bombardée, fait face à un risque imminent de massacre de masse. Cette guerre met en cause l’existence politique, sociale et démocratique du peuple kurde en Syrie.
C’est pourquoi le Mouvement de la paix, conformément à ses engagements sur le fondement de la Charte des Nations Unies, du droit international humanitaire et des résolutions des Nations unies sur la culture de la paix et de la non-violence appelle à participer aux rassemblements qui sont organisés à Paris et en province, pour exiger que la France et l’UE agissent pour :

  • un cessez-le-feu immédiat placé sous contrôle international, avec un mécanisme de surveillance sur le terrain ;
  • la levée immédiate du blocus et l’ouverture de corridors humanitaires permanents, notamment vers Kobanê et les zones encerclées du Rojava ;
  • la relance d’un processus politique garantissant les droits du peuple kurde, la reconnaissance du Rojava et un statut politique clair au sein d’une Syrie décentralisée ;
  • l’organisation d’un débat à l’Assemblée nationale française sur cette crise majeure.

Paris, le 28 janvier 2026 – le Mouvement de la Paix

L’édito du TC par Nicole Gaspon. Pour une société humaine

Les assassinats répétés commis à Minneapolis, USA, par la ICE, police anti-migrants, suscitent terreur et colère. Ces actes représentent l’état ultime d’une gouvernance guidée par la haine de l’autre, le rejet d’une partie de la population, de l’étranger considéré comme une menace. Voilà en quoi consiste l’extrême droite au pouvoir, les USA sont dirigés par un président qui ne cesse de conspuer tout ce qui ne rentre pas dans ses vues, la gauche, les féministes, les immigrés, le wokisme…

Un président qui distille mensonges et imprécations, violence. Il se trouve désormais des émules de l’ICE sur notre sol, les récentes déclarations d’Arno Klarsfeld appelant à des rafles pour expulser les OQTF, même s’il vient de rétropédaler, font froid dans le dos.

Le genre de propos dont CNews, entre autres, fait son miel. Le drame c’est que ces idées nauséabondes infusent dans la population, finissent par en convaincre une partie. Une véritable entreprise d’abaissement de la capacité de penser. Ces idées tendent à faire porter sur l’étranger, l’immigré, la responsabilité de tous les maux que subissent les Françaises et les Français. Bien commode pour dissimuler les causes réelles des difficultés, le libéralisme à tout crin, les plus riches qui paient le moins d’impôts.

On doit s’interroger : peut-on construire une société fondée sur le rejet de l’autre ? Une telle société est-elle vivable ? Cela signifie oublier tout ce que les immigrés ont apporté à notre pays, à son économie, à sa culture ; oublier le drame que vivent celles et ceux qui quittent tout (voir dans ce numéro l’article sur les migrantes) ; cela conduit à interdire le vivre ensemble.

Des questions qui sont au cœur de cette période de préparation des élections municipales où l’extrême droite, qui avance souvent masquée, menace. Veut-on des communes qui soient des espaces de démocratie participative, de gestion municipale élaborée collectivement, où chacune et chacun trouve sa place ? Ou des communes où règnent autoritarisme et exclusion ? La réponse devrait s’imposer.

Cole Stangler. « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition » (La Marseillaise)

Cole Stangler, journaliste franco-américain, est l’auteur du livre « Le Miroir américain » aux éditions les Arènes. Une enquête sur la radicalisation des droites françaises et américaines. Il se joint à la mobilisation de soutien au peuple américain prévue ce mercredi, à Marseille.

La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

La Marseillaise : À Minneapolis, la population a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé ?

Cole Stangler : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

La Marseillaise : Ce mouvement a-t-il réussi à faire reculer le président ?

Cole Stangler : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite. Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

La Marseillaise : Vous dites que la popularité de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

Cole Stangler : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

La Marseillaise : Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

Cole Stangler : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 janvier 2026)

Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencé à quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

Jean-Pierre Lacan. « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire » (La Marseillaise)

À l’aube des dix ans d’opérations de SOS Méditerranée, Jean-Pierre Lacan, bénévole de l’association en Occitanie, appelle à une année 2026 plus solidaire et à la fin des entraves imposées aux ONG, tout en rappelant le rôle crucial de la mobilisation citoyenne.

La Marseillaise : Quels seraient vos souhaits pour cette année 2026, vos attentes ?

Jean-Pierre Lacan : Que cette année soit moins meurtrière, évidemment, en Méditerranée et notamment en Méditerranée centrale, qu’elle ne l’a été en 2025. Aussi, que les actions de sauvetage de la société civile au travers des ONG ne soient plus entravées comme elles le sont aujourd’hui. C’est essentiellement ça que je souhaite pour cette année 2026, qui est, faut-il le rappeler, l’année des 10 ans opérationnels de SOS Méditerranée.

La Marseillaise : Justement, quel regard porter sur le chemin parcouru en 10 ans ?

Jean-Pierre Lacan : C’est un chemin qui n’a pas été pavé de roses. Quand on est né en 2016, 2015 juridiquement, il y a beaucoup de morts en Méditerranée, on parle de 46 000 depuis 2000. On se dit alors qu’il va y avoir une prise de conscience des États. Nous sommes deux ans après le terrible naufrage de Lampedusa en octobre 2013. Quelques semaines après, est lancée l’opération Mare Nostrum par le gouvernement italien mais les États européens ne le soutiennent pas. L’UE explique que ça va créer un appel d’air qui attire l’immigration, que ça coûte très cher et qu’il faut arrêter. Et les choses s’arrêtent. Nous avons donc pris le relais car les naufrages continuent. C’est là que l’Europe va mettre en place cette politique d’externalisation de la frontière. On va confier aux Libyens le soin de verrouiller la frontière maritime de l’Europe et on arrive aujourd’hui à une situation absolument catastrophique, avec ces morts qui s’ajoutent aux morts en Méditerranée, on en dénombre 33 231 depuis 2014. C’est l’axe migratoire le plus mortel du monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Dix ans après, on n’est pas très optimiste et on souhaite que ça s’arrête, que les choses évoluent dans le bon sens, qu’enfin la Méditerranée soit reconnue comme un espace humanitaire.

La Marseillaise : D’autant que la situation empire avec cette attaque des garde-côtes libyens qui criminalisent encore plus les actions des ONG…

Jean-Pierre Lacan : Oui, le 24 août 2025, notre navire -battant le pavillon norvégien- était sur une opération de sauvetage et s’est fait tirer dessus par des garde-côtes libyens, une centaine d’impacts ont été relevés sur le navire sans que ça provoque la moindre émotion. L’attitude libyenne est probablement expliquée par le fait que les Libyens appliquent de manière zélée les termes de l’accord d’externalisation de la frontière avec l’UE. C’est-à-dire que l’objectif est chiffré, on empêche les gens de passer, de franchir la Méditerranée par tous les moyens, y compris en allant jusqu’à tirer. Il faut impérativement, pour les Libyens, rendre étanche la frontière. Ils n’y sont pas parvenus, ils n’y parviendront jamais. C’est ça le drame dans cette affaire.

La Marseillaise : Pourtant il est impossible d’empêcher ces exilés de venir…

Jean-Pierre Lacan : Bien évidemment, malgré les efforts que déploient les garde-côtes libyens, les gens continuent à franchir la Méditerranée. Les arrivées en Europe ont un peu baissé par rapport à 2024, en Italie très précisément. Mais de peu. Cette année, à peu près 66 000 personnes sont arrivées en Italie par les voies maritimes. En 2024, on était à 66 600… La différence n’est pas significative, tout ça est très conjoncturel, ça dépend des périodes, des moments. On connaissait les départs depuis la Tunisie et la Libye vers l’Italie. Mais il faut ajouter une autre route qui a émergé ces derniers temps. C’est une route au départ de l’Est libyen, de la région de Tobrouk vers la Crète. En 2025, on était à un peu plus de 18 000 arrivées en Crète.

La Marseillaise : Pour pallier l’absence de réaction des pouvoirs publics, il y a tout le travail des bénévoles. Quelque chose à encourager ?

Jean-Pierre Lacan : Oui, la mobilisation citoyenne, c’est quelque chose de majeur à SOS Méditerranée. Aujourd’hui, on est à plus de 900 bénévoles partout en France, dans une trentaine d’antennes. L’antenne Hérault-Gard est l’une des plus importantes et des plus actives, étant présente dans de nombreux événements pour porter l’image et le plaidoyer de SOS Méditerranée. On fait également beaucoup d’interventions auprès des écoles, des lycées, des collèges pour porter cette parole, qui est le fruit de notre expertise en matière de témoignages à bord des navires. Cette réalité est bien souvent ignorée de bon nombre de gens. Et donc ça, c’est notre boulot de bénévoles. Alors, oui, c’est terriblement important. On fête cette année nos 10 ans d’opérations en mer, on n’aurait jamais pu continuer à vivre, à franchir cette décennie s’il n’y avait pas eu derrière une forte mobilisation citoyenne. L’essentiel de notre budget est apporté par la mobilisation citoyenne.

Propos recueillis par Louis Dupin (La Marseillaise, le 27 janvier 2026)

L’édito du webzine. Le « Conseil de la paix » : Trump veut vassaliser le monde

Après avoir mis la main sur les ressources pétrolières du Venezuela par une opération militaire, Trump a désormais jeté son dévolu sur le Groenland.

Quelques gouvernements européens, dont la France, ont osé élever la voie. Une réaction jugée inacceptable par Washington. La riposte de Trump a été immédiate : menacer d’augmenter les droits de douane de 25 % à 100 % sur les produits en provenance des huit pays contestataires(*). Une mesure punitive qui s’ajoute à une autre provocation : le refus d’Emmanuel Macron de participer au « Conseil de la paix », une structure créée par Trump pour remplacer l’ONU et encadrer la reconstruction de Gaza, réduite à un champ de ruines.

Présenté comme une initiative humanitaire, ce « Conseil de la paix » cache en réalité une volonté hégémonique. La charte du projet est édifiante. L’organisation entrerait en vigueur dès sa signature par trois États (contre 194 pour l’ONU). Les mandats des États membres seraient limités à trois ans, renouvelables… par le président américain. Les pays versant plus d’un milliard de dollars en espèces dès la première année échapperaient à cette règle. Donald Trump, « premier président » autoproclamé, disposerait de pouvoirs inviter ou exclure des États, fixer les priorités, et imposer son veto sur toute décision. Ce système permettrait d’asphyxier la souveraineté des nations et imposer la loi du plus fort.

Un système capitaliste poussé à son paroxysme

Donald Trump n’est que le symbole le plus visible d’un système capitaliste débridé, où le profit prime sur l’égalité, l’état de droit et la paix. Son ambition : soumettre les nations à une logique de domination économique et militaire, quitte à recourir à la violence. Un modèle que certains dirigeants européens, y compris en France, semblent découvrir avec effroi.

La question est désormais posée : la France et l’Europe sauront-elles s’unir pour résister ? Toutes les forces sociales, économiques, politiques et culturelles du pays doivent se mobiliser pour contrer cette dérive autoritaire. L’enjeu n’est pas seulement économique ou géopolitique, mais bien civilisationnel.

La France se trouve à un carrefour historique. Soit elle plie devant les diktats de Trump et renonce à sa souveraineté, soit elle incarne la résistance face à l’arbitraire. Le choix d’Emmanuel Macron de refuser le « Conseil de la paix » est un premier pas, mais la bataille ne fait que commencer.

Dominique Gerbault

(*) Allemagne, Danemark, Finlande, France, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède.