J’entends ici et là le mot anticapitaliste raisonner comme le tambour des mobilisations, y compris dans mon journal l’Humanité… Cet adjectif induit une certaine défensive face à l’agression permanente des vrais riches de la planète qui veulent coloniser toutes les consciences de l’humanité. Souvent, il rend confuse la question de l’alternative, à quelque niveau que ce soit, dans un contexte où les repères ont sauté au profit du binaire toxique. Ce n’est pas seulement une question de vocabulaire mais de contenu. Se rassurer d’être « anticapitaliste » ne donne aucune garantie de réussite pour imaginer ce que pourrait être le monde débarrassé de ce système qui perdure depuis plus de deux siècles. Parce que les mots socialisme et communisme ont été enfermés dans une logique de l’échec au XXe siècle, on n’ose plus les citer, sauf à la marge de discussions entre soi. Il serait bon de revenir aux sources de tout cela en sortant des leçons de chose de ceux qui s’inventent sages pour évoquer ce qu’ils n’ont jamais connu et vécu.
À commencer par l’ineffable Michel Onfray, ce monsieur « je sais tout » de la chaîne d’extrême droite Cnews qui s’arroge le culot de voler les valeurs du Front Populaire au travers de sa revue cocorico qui enchante toute la nébuleuse fasciste en France et au-delà… Les communistes, mais pas seulement, ont l’occasion de redonner des couleurs à ces idéaux qui ont fait vibrer hier la Commune de Paris certes, mais aussi toutes ces luttes qui ont donné à la France un océan de conquêtes sociales que les nouveaux maîtres de la finance française et internationale sont en train d’envoyer à la déchetterie.
Reste à y associer naturellement la question de protection d’un environnement qui nous rappelle que l’être humain apprenti sorcier glouton a toutes les chances de périr de sa prétention à vouloir tout maîtriser de la nature qui, elle, ne connaît pas le binaire d’essence religieuse qui enferme l’humain dans des certitudes qui s’écroulent à chaque catastrophe naturelle comme un château de cartes.
C’est un sujet qui ne mérite aucune barrière idéologique. Il a souvent pris le dessus, notamment dans les nouvelles générations, sur le reste des questions de fond, notamment les sociales, pour des raisons tout à fait logiques. L’important est de les relier et d’y apporter la richesse de l’esprit scientifique au service de l’humain, ce que font mes camarades de la revue communiste Progressistes, mais pas seulement.
C’est toujours quand l’incendie fait rage, donc trop tard, qu’on se pose la question du choix de société dans laquelle on peut vivre sans risquer l’insécurité de vie… Il faudra qu’elle se pose en grand à la rentrée. On peut utiliser certes l’ambiance « présidentielle » pour s’y coller, sachant que les premiers incendiaires de notre société ont été depuis quelques décennies les présidents eux-mêmes… Changer cet état de société serait salutaire pour cette alternative réellement humaine que nous recherchons. Une démarche communiste qui ne s’embarrasse pas d’utiliser un autre mot que celui d’anticapitaliste, le socialisme, par exemple, qui fut si bien incarné hier par un certain Jean Jaurès… et demande à retrouver une vraie jeunesse.
Yvon Huet
