Le billet d’Yvon Huet. Cher René Vautier, bienvenue au Panthéon des retours de mémoire

Il aura fallu que le maire RN d’Elne, néofasciste notoire, efface le nom de ce grand cinéaste, résistant communiste et anticolonialiste de premier ordre, qui nous a laissé une œuvre à la fois artistique et remarquable, pour qu’un coup de tonnerre de réprobation monte de tout le pays. Dans la foulée, à Douarnenez, le ciné-club a pris le nom de René Vautier.

J’ai ses films à la maison et notamment un reportage qu’il fit lors de la révolution algérienne avant l’arrivée des militaires au pouvoir. René Vautier mériterait comme tant d’autres le Panthéon, parce qu’il a associé le courage et la force de conviction en les enveloppant d’une créativité et d’une sensibilité. Elle ne doit pas se perdre dans la fosse commune de la censure historique chère aux fascistes, certes, mais aussi à tous ces conservateurs de la droite et au-delà qui n’aiment l’histoire de France qu’en image d’Épinal.

J’aimerais que la mémoire de René Vautier ne soit récupérée par personne au nom de je ne sais quelle cause autre que celle pour laquelle il s’est battu. Il doit aussi être reconnu comme artiste, au-delà de son engagement, donc considéré comme les autres, communistes ou non, quelle que soit l’orientation politique de ceux qui voudraient avoir accès à ses films et ses écrits scénaristes.

Je suis fier d’appartenir à cette école de la vie, avec René Vautier et tant d’autres connus ou anonymes, qu’est le communisme de terrain, pas celui de la représentation politique qui forge des chemins de travers bourrés de peaux de bananes mais celui, tout simplement, de l’exercice de son art et de son métier. Le communisme de terrain sauvera certainement une grande idée qui a besoin d’élus certes, à conditions qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent et à quoi ils doivent servir… Aujourd’hui je pourrais me dire « Je suis René Vautier », comme « je suis Madeleine Riffaud », sachant que je n’arrive qu’au pied de leur taille. Ils sont ma raison d’aller au bout du chemin de mes convictions.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Quand le crocodile se mort la queue, les peuples payent la note

Depuis que le capitalisme a envahi la planète avec sa cohorte de progrès économiques et technologiques certes mais avec son contraire, sa cohorte de misères et d’inégalités et de d’agression contre « mère » nature, comme le disent les progressistes amérindiens, la technique pour faire avaler la pilule est la même avec deux méthodes complémentaires :

  1. Course aux armements et flatterie du nationalisme pour les peuples en les incitant à s’entretuer et mondialisation pour les riches mis à l’abri de l’explosion de leurs jouets armés.
  2. Culpabilisation des peuples en leur faisant payer la crise des bulles financières qui dépassent en profitabilité le rapport entre création de richesses et des résultats financiers ubuesques artificiels qui contribuent, en plus, à vider les caisses des services publics des États, la politique du président Macron étant, à ce sujet, un véritable cas d’école.

Nous arrivons aujourd’hui à un tel point de rupture que c’est l’avenir de l’humanité elle-même qui est remise en cause alors qu’on a mille fois les moyens de permettre à chaque citoyen du monde de vivre décemment en profitant du progrès technologique tout en respectant la nature et en étant protégé, autant que faire se peut, des caprices de la croûte terrestre et de l’espace…

Sortir de cette situation par le haut, comme les communistes le propose, demande de la détermination et du temps. Pour cela, il faut clarifier les enjeux, en commençant par l’endroit où on habite, dans sa cité et son (ou ses pays) parce que nombre d’entre nous ont plusieurs origines dont ils peuvent être fiers, en Europe et au-delà. Ce modeste billet est fait pour cela.

Yvon Huet

Le billet de Jean-Michel Galano. Le sain, le malsain et le reste

À propos du livre de Georges Vigarello « Histoire des pratiques de santé » (Seuil 1993)

Diplômé en éducation physique, agrégé de philosophie, Georges Vigarello s’est depuis plusieurs décennies orienté vers l’histoire des représentations, des catégories mentales et des institutions qui commandent et organisent les pratiques sociales ayant pour objet le corps. Son premier ouvrage, « Le Corps redressé », était consacré à l’étude des stratégies de restauration et de rééducation des corps meurtris ou fragilisés. Des pratiques qui ne s’inscrivent pas dans un progrès linéaire, mais mettent en jeu, dans cet espace singulier à la charnière de la médecine et de l’éducation, des conceptions de la normalité, des modères thérapeutiques et exigences éthiques susceptibles de variations considérables selon les contextes historiques, technologiques et sociaux. L’usage de soi par soi, pour reprendre une expression de Yves Schwartz(1), est en matière notamment de réadaptation une donnée essentielle qui s’affirme de plus en plus fortement dans la période contemporaine et modifie en profondeur les exigences thérapeutiques.

Par la suite, la réflexion de Vigarello s’est orientée sur d’autres catégories, fonctionnant souvent par paires d’opposés : le propre et le sale, le gras et le maigre, mais aussi la virilité. Son « Histoire des pratiques de santé », d’abord publiée sous le titre « Le Sain et le malsain », marque un temps nouveau dans sa réflexion, et constitue un précieux ensemble de repères historiques On se contentera ici d’en marquer les étapes parmi les plus importantes.

Il faut d’abord se mettre d’accord sur ce qu’il y a lieu d’entendre par « pratiques de santé » : comme l’auteur le souligne dans sa préface, ces pratiques débordent largement les thérapeutiques strictement médicales, souvent même les contredisent et parfois, comme dans la célèbre « querelle de l’inoculation », les anticipent. Si l’idéal de santé est une constate, il est pendant des siècles confondu avec une certaine conception de la nature, on exclusive toutefois d’un appel éventuel à une surnature : « natura sola meicatrix »(2), avec son corollaire pour le médecin « primo non nocere »(3), tels seront pendant longtemps les préceptes de base. D’où une méfiance forte des malades à l’égard de toute approche outillée et artificieuse de la maladie. D’où aussi les pratiques préventives, toutes négatives : isolement, lazarets, quarantaines.

Cependant, et c’est en cela qu’il faut parler de surnature, le prestige de l’élixir, du « philtre », de la composition salvatrice mystérieuse, perdurera très longtemps, et en fait jusqu’à nos jours, sous des formes à peine renouvelées. Ce n’est pas le moindre mérite du livre de Vigarello que de montrer la permanence jusqu’à aujourd’hui d’un certain nombre de mythes, par exemple celui du « vin réparateur ». L’engouement pour le quinquina, pour le café, pour la noix de cola, pour le vin de malaga, pour le tabac, pour l’opium, ainsi que pour les « pratiques d’évacuation » pour les « cures d’air » ou les différentes façons de combattre les « vapeurs », sont autant de moments singuliers, dans lesquels il ne suffit pas de voir des modes éphémères, mais aussi la réalité d’une recherche de nouvelles normes de santé, axées sur le renforcement du corps, désormais conçu non plus comme « l’abominable vêtement de l’âme », mais comme un puissant réservoir d’énergie et de créativité, digne de bonheur et sujet de droits. L‘hygiène et son versant théorique, l’hygiénisme, différencié de la médecine proprement dite, prend son essor à ce moment-là, et inscrit le corps dans un milieu social de plus en plus mobile et urbanisé. La rupture du métabolisme entre l’être humain et la nature est consommée, et c’est là une chose dont les élites intellectuelles et les décideurs politiques sont de plus en plus conscients.

Il n’est pas étonnant dans ce contexte de voir décliner la pratique ancestrale de la saignée et plus généralement la théorie des humeurs Le corps est désormais vu comme une dynamique à favoriser et non plus comme un équilibre statique à préserver ou à restaurer. Et cela d’autant plus que les progrès de l’hygiène, notamment alimentaire, entraînent un spectaculaire allongement de l’espérance de vie.

Non moins spectaculaire, la baisse de la tolérance à la malpropreté, à la souffrance, à la violence d’une façon générale, et bientôt à ce qu’on appellera la barbarie. Ce que Rousseau, avant Nietzsche, stigmatise sous le vocable d’« effémination », il est bien exact que la toute jeune opinion publique le revendique fortement la santé devient dès lors une affaire d’État, avec des lois en matière sanitaire, des constructions de réseaux d’égouts, des programmes scolaires, des chaires d’hygiène à l’université, l’émergence de la question de la santé mentale, etc.

Toutefois, les nouvelles façons de concevoir le corps ne sont jamais, contrairement aux idéaux positivistes, indépendantes des idéologies dominantes et doivent aussi composer avec les idéologies persistantes. C’est ainsi que dans une société où la bourgeoisie en expansion condamne toute dépense inutile et tout gaspillage, les professions de santé verront dans la « dépense » sexuelle improductive une pathologie, prolongeant jusqu’à l’orée du XX° siècle les idées délirantes de Tissot (pourtant l’un des plus grands médecins des Lumières), avec des conséquences humaines dramatiques.

Ce livre est bourré d’informations et donne des repères historiques précis. Il permet de comprendre que l’évolution des pratiques de santé n’est en aucune façon un processus linéaire, mais qu’elle est travaillée en profondeur par des débats qui ne sont pas seulement des débats d’idées. On peut regretter de ce point de vue que l’auteur n’ait pas assez traité du choc être une certaine rationalité médicale instituée et l’empirisme confus mais parfois fécond des pratiques populaires, rarement écrites et jamais théorisées. Peut-être aurait-il pu mieux souligner, à propos de la querelle de l’inoculation, à quel point la résistance obstinée de nombreux médecins était liée à l‘horreur éprouvée par la rationalité traditionnelle devant un processus dialectique (injecter le mal pour vaincre la mal). Une rationalité classique qui ne voulait voir dans ce qui n’était pas produit par elle que sottise et superstition. Une histoire il est vrai sombre et peu documentée.

Comme toutes les activités humaines, les pratiques de santé sont partie prenante de la réalité sociale : elles en procèdent et agissent sur elle en retour. Le livre de Vigarello nous permet de penser une évolution historique. Il ne manque pas de souligner dans le dernier chapitre l’apparition de nouveaux défis et, conjointement, de nouvelles terreurs appelant des décisions inédites. Au geste salvateur toujours auréolé de mysticisme, une certaine exigence qu’il faut bien qualifier de démocratique tend à substituer la décision politique et l’acte d’Etat. Une évolution lente et semble-t-il impeccable, même si la baisse des budgets, la persistance des inégalités et une certaine individualisation des conduites sont de nature à susciter des préoccupations.

Jean-Michel Gamano

(1) Philosophe et ergologue français, auteur notamment de « Expérience et connaissance du travail », Éditions sociales 1988
(2) La nature est le seul médecin »,adage traditionnel repriiis entre autres par Ambroise Paré
(3) « D’abord, ne pas nuire », idem

Le billet d’Yvon Huet. Si tu lis Bert, t’as rien !

Qui n’a pas eu dans sa famille ou ses relations un anarchiste « de droite » heureux de surfer au-dessus des convenances tout en ayant un portrait du Maréchal Pétain dans son couloir ? Moi, j’ai connu. C’était hier, mais ça recommence de plus belle. C’est bien cette tendance qui, actuellement, fait un carton dans de nombreuses chaumières, à droite comme à l’extrême droite certes, mais bien au-delà.

Au nom de la liberté, les fans d’un capitalisme « populaire » où toutes les barrières sont franchies pour remettre en cause l’État de droit au profit d’un état de profitabilité maximale ouvert à toutes les opportunités pour s’enrichir sur le dos des autres, avec le mot qui tue, « que le meilleur gagne », sont en ordre de marche sur notre planète. Ils ont marqué des points partout, en Amérique latine, aux USA, en Europe et en Asie. Ils sont soutenus par les plus puissants de la classe dominante mondiale, Elon Musk en tête. Ils soutiennent toutes les formes de pouvoir autocratique, les chasseurs de pauvres, de migrants et de partisans de la démocratie sociale, collés au mur pour « intelligence avec l’ennemi ». Qui, le communisme évidemment. Cette incitation à la peur du communisme qui avait fait des ravages dès 1945 aux débuts de la guerre froide est revenue sur le plateau des mises en scènes, Donald Trump en étant un chef d’orchestre parmi d’autres.

Contre cette tendance qui s’est imprégnée des pertes de repère que nous vivons actuellement, il va sans dire que ce n’est pas avec des pâquerettes qu’il faudra lutter mais dans l’action sociale et dans le combat politique le plus claire et offensif possible pour donner à la démarche alternative à gauche un nouvel élan. C’est dans ce sens que j’ai compris le discours de Fabien Roussel qui, si les communistes le permettent par leur vote, devra investir cette maudite élection présidentielle que nous n’aimons pas certes, mais qu’il faut bien affronter pour ne pas tomber dans le piège des « bonnes intention » de discussions de comptoir désespérées…

En ce début septembre, il faudra faire un choix. On en connaît le risque. Mais qui ne prend pas de risque sera certainement cloqué par les libertariens qui, comme les méduses, sont capables de brûler n’importe qui… Le mythe de l’unité pour l’unité ne sert à rien. C’est l’addition des forces qui devra recréer l’espoir à gauche, pas le repli sur une injonction d’urgence, d’où qu’elle vienne qui, loin de faire peur aux libertariens, ne peut que lui donner du grain à moudre.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Le vivant, une religion ou un engagement citoyen pour que les choses changent vraiment ?

Le mot « vivant » est passé dans le langage militant comme la cheville ouvrière des luttes pour l’environnement. C’est un sujet sérieux qui mérite réflexion et que d’autres civilisations humaines qu’occidentales n’ont pas attendu pour l’appréhender, ne l’oublions pas.

Quand on entend dire par exemple que le fleuve Loire a ses droits en tant qu’entité, je me dis qu’on pousse le bouchon un peu loin sauf à accepter qu’on soit revenu à une conception animiste de la vie qui implique le retour à l’âge de pierre.

Cette préoccupation n’est pourtant pas nulle, mais elle risque de cacher l’essentiel. Il faut que l’être humain se trouve une place plus apaisée dans ce cadre qu’il appelle la nature et dont il fait partie. La boulimie des mégapoles a créé des réflexes de panique dans les villes pendant que la ruralité sert d’appareil respiratoire dans un contexte où les côtes reproduisent de façon éphémère l’effet de masse des cités. Quant aux champions du « vivant », ils se précipitent vers les sommets, mais cela ne change pas l’état de l’existant… Le tableau est préoccupant…

Ces questions sont traitées sérieusement dans le journal La Terre, dans Progressistes et dans d’autres revues ou rubriques spécialisées et on ne peut que s’en réjouir. Reste que l’urgence des urgences dans notre société est de constituer un rapport de force majoritaire contre les destructeurs de la nature que sont les profiteurs de la finance et des industries de guerre. Ils se moquent du bilan carbone de leurs choix juteux dans le commerce mondial, qu’on se le dise.

Bousculer tout cela ne se fera pas en un jour mais il faudra bien, à la faveur de toutes les catastrophes qui ponctuent l’actualité, faire converger les luttes pour l’égalité, l’éradication de la pauvreté, l’appropriation collective des moyens de production de l’énergie et du reste et celles pour un nouveau rapport vertueux avec notre environnement.

Les communistes y travaillent à leur façon avec des propositions constructives, évidemment censurées par les médias, d’autres d’une autre façon, portés par les médias, avec, souvent, une récupération qui pousse à la division des citoyens.

La convergence est possible, à condition de sortir de cette manie d’étouffer le débat par l’hystérie présidentielle qui fait croire qu’un seul homme pourrait changer la face du monde en écrasant tout ce qui n’est pas à ses bottes, ce qui n’a rien de vivant pour la gauche puisqu’il s’agit de tuer le gênant pour affirmer SA force…

Le vivant ne doit pas nous faire oublier que nous sommes redevables de la lutte de ceux qui nous ont précédés et nous ont quitté… Oublier d’où on vient fait toujours recommencer les mêmes erreurs que celles d’hier… Se souvenir permet de mieux mesurer les limites d’hier pour les dépasser et avancer. La nostalgie du passé n’oblitère pas la nécessité d’aller au bout de nos combats, dans notre grande diversité sachant que l’unité ne peut pas se faire dans la concurrence mais dans la complémentarité. On en est encore loin, mais il n’y a pas d’autre chemin pour empêcher la gauche de rester bloquée dans son jus face à une droite extrémiste qui, d’une manière ou d’une autre, compte bien continuer à mettre le vivant dans ses conteneurs.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Quand la canicule excite les cellules grises…

On aura compris que ce qui intéresse les cadors de la finance c’est avant tout le profit maximal dans un minimum de temps, sorte de gloutonnerie dont les bénéfices des compagnies pétrolières sont un des exemples, mais aussi de la masse honteuse de profitabilité liée à l’exploitation de la coupe du monde de football… et j’en passe… Autant dire qu’ils tournent le dos à un avenir possible de l’humanité.

Les incendies qui ravagent la planète autant que les catastrophes naturelles liées aux mouvements capricieux de la croûte terrestre démontrent que la priorité de l’humanité devrait être le retour à la paix par des négociations raisonnables autant qu’une mutation des priorités dont les budgets ubuesques militaires sont la règle. Les moyens existent et les technologies le permettent. C’est une question de volonté politique.

Cette double priorité conditionne aussi le retour à une relèvement des priorités sociales. L’écologie, avec des riches qui s’éclatent d’un côté et des pauvres qui rament de l’autre, ça n’existe que pour les bonnes consciences qui ne voient le monde qu’au travers de leur jardin bio, de leur piscine d’eau de mer et de leur bolide électrique dernier cri…

Autant dire que sur ce sujet la Chine est certainement, en tant que grande communauté citoyenne, le pays qui va le plus dans le bon sens sur ce sujet même si on n’est pas obligé d’accepter le raisonnement et le mode de vie de ce pays, avec toute latitude pour critiquer ce qui ne plait pas dans sa gouvernance.

Le harcèlement, venu des USA et d’Europe essentiellement, dont la Chine fait l’objet, a pour but d’essayer de l’isoler et de flatter le nationalisme qui démange toute société qui se sent assiégée… Je suis de ceux qui soutiennent une Chine ouverte sur le monde sans pour autant être « prochinois » comme le furent hier ceux qui comme Jean-Paul Sartre soutenaient la révolution culturelle de Mao qui a fait des millions de morts, notamment parmi ceux qui avaient initié la révolution chinoise de 1949…

Pour avoir voyagé plus jeune dans des mondes bien différents que la communauté européenne (c’était en Inde), j’ai appris la modestie intellectuelle face à cette manie de colonisation des esprits dits « occidentaux » qui, aujourd’hui, apparaît comme particulièrement ringarde, à la limite du ridicule…

Pour en rajouter une couche, lorsque les instrumentistes européens seront capables d’interpréter les musiques orientales (chinoises, indiennes et autres) aussi bien que les instrumentistes de ces pays interprètent nos génie de la création musicale, le monde sera rééquilibré de belle façon… Je suis trop vieux pour le voir, mais j’en rêve, à la façon de notre grand interprète Daniel Barenboim, citoyen du monde, juif et palestinien d’un même cœur.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Nouveau fascisme, définir le mal pour mieux le combattre

José Antonio Kast, président du Chili, s’attaque aux bourses étudiantes et met sur le tapis les étudiants les plus modestes du pays… Une de ces mesures phares de tous les régimes d’extrême droite qui commencent par étrangler les gens fragiles et précaires et laissent un boulevard de permission à ceux qui entrent dans le paradis de la spéculation… C’est ce que veut faire aussi la droite franquiste espagnole si elle reprend le pouvoir à Madrid. Partout le même refrain, sans pour autant, pour l’instant, aller plus loin dans la remise en cause des droits de la personne, sous réserve qu’elle reste dans son coin, dans le même état d’esprit qui régnait à l’époque de Franco en Espagne et Ben Ali en Tunisie…

Ce fascisme dit « mou » envahit tous les continents ou presque. Enfant naturel de la crise du capitalisme, il se range derrière l’exemple tonitruant des USA de Trump qui balaye en avant-poste et permet à la gouvernance terroriste d’Israel de continuer son génocide dans le silence médiatique des médias de la TNT vendus à l’extrême droite… Pour ne citer que cet exemple.

Dans la foulée, le CPI est mis hors-jeu, permettant ainsi, à terme, à n’importe quel aventurier de terroriser des peuples sans jamais avoir à en rendre compte. Le fait que la Russie emboite le pas à cause de la mise en fragilité de Poutine ne change rien à cette donnée et démontre encore une fois les limites grossières de sa politique nationaliste empreinte de nostalgie d’empire qui sert les intérêts de la finance internationale, ne serait-ce que par la compétition juteuse des productions d’armes qui envahissent la planète.

Je réaffirme que les campagnes actuelles menées contre l’extrême droite ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. C’est sur le terrain social et solidaire qu’il faut organiser la contre-offensive et non dans le déploiement argumentaire mental qui ne convainc que les convaincus d’avance, minoritaires dans le pays.

Ce n’est pas que l’affaire des communistes ou des autres à gauche. C’est une affaire citoyenne où nous devons savoir que ceux qui croient pouvoir s’en sortir avec le RN en France se trompent. S’adresser à eux au lieu de cliver fait avancer les choses. Jouer les matamores en martyr virtuel, cela ne sert à rien. En cela, je rejoins la campagne de Fabien Roussel qui a compris cela et a été insulté pour cela. C’est vraiment une question de fond qui mérite plus que des anathèmes inutiles à un moment où la France peut basculer dans la nuit des longs couteaux… à la Française ? et après ?

Je pose ces questions sans pour autant affirmer que j’ai forcément raison et je comprends bien que rien n’est simple en la matière. La patauge de la gauche face à l’échéance présidentielle participe aussi de cette difficulté à affronter le combat contre l’extrême droite là où ça fait mal, sur le terrain de la vraie vie.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Vous avez dit anticapitaliste ?

J’entends ici et là le mot anticapitaliste raisonner comme le tambour des mobilisations, y compris dans mon journal l’Humanité… Cet adjectif induit une certaine défensive face à l’agression permanente des vrais riches de la planète qui veulent coloniser toutes les consciences de l’humanité. Souvent, il rend confuse la question de l’alternative, à quelque niveau que ce soit, dans un contexte où les repères ont sauté au profit du binaire toxique. Ce n’est pas seulement une question de vocabulaire mais de contenu. Se rassurer d’être « anticapitaliste » ne donne aucune garantie de réussite pour imaginer ce que pourrait être le monde débarrassé de ce système qui perdure depuis plus de deux siècles. Parce que les mots socialisme et communisme ont été enfermés dans une logique de l’échec au XXe siècle, on n’ose plus les citer, sauf à la marge de discussions entre soi. Il serait bon de revenir aux sources de tout cela en sortant des leçons de chose de ceux qui s’inventent sages pour évoquer ce qu’ils n’ont jamais connu et vécu.

À commencer par l’ineffable Michel Onfray, ce monsieur « je sais tout » de la chaîne d’extrême droite Cnews qui s’arroge le culot de voler les valeurs du Front Populaire au travers de sa revue cocorico qui enchante toute la nébuleuse fasciste en France et au-delà… Les communistes, mais pas seulement, ont l’occasion de redonner des couleurs à ces idéaux qui ont fait vibrer hier la Commune de Paris certes, mais aussi toutes ces luttes qui ont donné à la France un océan de conquêtes sociales que les nouveaux maîtres de la finance française et internationale sont en train d’envoyer à la déchetterie.

Reste à y associer naturellement la question de protection d’un environnement qui nous rappelle que l’être humain apprenti sorcier glouton a toutes les chances de périr de sa prétention à vouloir tout maîtriser de la nature qui, elle, ne connaît pas le binaire d’essence religieuse qui enferme l’humain dans des certitudes qui s’écroulent à chaque catastrophe naturelle comme un château de cartes.

C’est un sujet qui ne mérite aucune barrière idéologique. Il a souvent pris le dessus, notamment dans les nouvelles générations, sur le reste des questions de fond, notamment les sociales, pour des raisons tout à fait logiques. L’important est de les relier et d’y apporter la richesse de l’esprit scientifique au service de l’humain, ce que font mes camarades de la revue communiste Progressistes, mais pas seulement.

C’est toujours quand l’incendie fait rage, donc trop tard, qu’on se pose la question du choix de société dans laquelle on peut vivre sans risquer l’insécurité de vie… Il faudra qu’elle se pose en grand à la rentrée. On peut utiliser certes l’ambiance « présidentielle » pour s’y coller, sachant que les premiers incendiaires de notre société ont été depuis quelques décennies les présidents eux-mêmes… Changer cet état de société serait salutaire pour cette alternative réellement humaine que nous recherchons. Une démarche communiste qui ne s’embarrasse pas d’utiliser un autre mot que celui d’anticapitaliste, le socialisme, par exemple, qui fut si bien incarné hier par un certain Jean Jaurès… et demande à retrouver une vraie jeunesse.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. L’IA, catastrophe ou progrès

J’ai été scotché par la quantité d’eau consommée par les centres de stockage de données consacrés à l’IA… des milliards de milliards de m3 d’eau dans le cadre d’une concurrence capitaliste hystérique où chaque groupe d’influence se jette dans l’espoir de profits records.

C’est le cas évidemment d’Amazon certes et des autres Gafas mais aussi de tous les secteurs de l’industrie militaire dont les budgets atteignent des records. Je suis en accord avec Fabien Roussel quand il dit qu’il faut faire nôtre l’IA, mais à condition de bien réfléchir à ce que cela représente dans le cadre de la défense de l’environnement où la question de l’eau disponible devient un sujet central.

Dans le contexte actuel, le tout IA tel que mon téléphone portable le propose me désespère. C’est une incitation au nivellement culturel et au conditionnement idéologique en vigueur au point, d’après un sondage, que 17 % des Français auraient déjà demandé à l’IA pour qui il serait « utile » de voter à l’élection présidentielle par le biais de questions ciblées.

Reste aussi le nombre de gens qui vont se retrouver à la rue, y compris cette fois des gens diplômés qui ne serviront plus à rien pour les sponsors. C’est déjà le cas dans la publicité qui nous sert des horreurs de conditionnement très majoritairement au service de la voiture et de la mal bouffe dans la boucle du bourrage de crâne organisé sur les chaînes de la TNT et au-delà.

Alors oui, l’IA provoque une nouvelle révolution dans le rapport des hommes et du travail. Mais dans notre système capitaliste ultra-libéral mondialisé, nous sommes sûrs que les nouvelles générations en paieront le prix fort. Très rapidement, s’il ne se passe pas quelque chose, qui remette en cause la course folle aux profits dont le monstre Elon Musk est un symptôme révélateur, le chaos que nous connaissons dans le monde risque bien de se démultiplier et l’IA ne servira qu’à attiser les conflits sur une planète où l’homme risque de s’autodétruire.

C’est aux citoyens de se rendre compte de l’urgence à changer de société, non pas pour une « France nouvelle », mais pour un monde où la France pourra jouer un rôle positif dans la remise en cause du règne des puissants, à minima comme le fait actuellement la gauche espagnole, avec des objectifs concrets et progressifs partagés par la majorité du peuple. Je rêve ? Non. Je donne juste le point de vue d’un humain qui ne veut pas voir disparaître l’humain au prétexte fallacieux de « la modernité ».

Yvon Huet

Le billet de Jean-Michel Galano. Derrière la défaite de Keir Stammer, la réalité de l’extrême-droite

Quand un voyageur britannique débarque du ferry à Calais, au Havre ou à Dunkerque, il ne découvre pas des drapeaux tricolores flottant aux façades des immeubles ou fixés sur les balcons. A Folkestone à Newhaven ou à Plymouth, il est par contre habituel de voir des drapeaux britanniques (union jacks) et plus encore des dapeaux anglais (croix rouge sur fond blanc) déployés un peu partout, et notamment à où des « étrangers » ne manqueront pas de les voir. Cette manifestation décomplexée d’un nationalisme agressif et chauvin s’était déjà traduite dans les rues il y a deux ans, avec des scènes d’hystérie collective consécutives à un meurtre dont l’auteur était un jeune débrouille issu de l’immigration, consécutives aussi à une sordide histoire de réseaux de prostitution gérés par des familles pakistanaises dans le centre du pays. Il trouve cette fois sa traduction dans les urnes.

Certes, les élections locales en Grande-Bretagne n’ont pas la même portée politique qu’en France ; l’échelon communal n’a pas autant de valeur, et les pouvoirs d’un maire sont davantage symboliques que véritablement décisionnels. Il n’empêche : passé un certain seuil, les reculs et les avancées prennent un sens politique clair. Et c’est ici le cas : en perdant plus de 1.200 élus, le Parti Travailliste subit un véritable camouflet. Son recul est particulièrement sensible dans les traditionnels « bastions » du Nord et du Yorkshire, régions de tradition ouvrière paupérisées depuis plusieurs décennies où le vote pour le Labour, jards vote habituel et identitaire, état devenu au fil des années une survivance.

Ce qui est nouveau, c’est que le recul du Labour ne se fait pas au profit du Parti Conservateur, selon le mouvement de balancier qui depuis deux siècles réglait la vie politique britannique, mais au profit d’un parti d’extrême-droite relativement jeune, organisé « à l’américaine » selon les méthodes trumpistes, et dirigé par un leader, Nigel Faratge, qui joue résolument la carte du racisme, du populisme et du dégagisme.

Il importe de voir que le système électoral (scrutin uninominal à un seul tour), conçu pour institutionnaliser le bipartisme, suppose pour se perpétuer deux partis relativement unis. Or la dislocation du parti conservateur, scindé entre libéraux pro-européens et protectionnistes isolationnistes (sans compter quelques variantes pittoresques) a permis l’irruption de ce nouveau venu qu’est le « Reform party », jugé dans les sphères patronales comme plus fiable et plus maniable que les deux « vieux » partis, désormais ringardisés.

Car l’échec est double : d’un côté l Parti conservateur, malgré l’arrivée aux commandes d’une jeune dirigeante, Kemi Badenroch, particulièrement combative, mais peu rassembleuse, a déchiré son image traditionnellement rassurante et modérée, tandis que d’un autre coté le Labour, recentré sur sa droite depuis l’éviction de Jeremy Corbyn, a perdu le soutien de sa base ouvrière sans pour autant s’ouvrir aux couches nouvelles de salariés, ingénieurs, cadres, salaires des secteurs publics, techniciens, jeunes en formation. Et ce n’est pas la dénonciation morale de l’extrême-droite ni quelques promesses de réformes fiscales, et moins encore la mise au premier plan des sujets sociétaux qui permettront à Stammer d’inverser la tendance.

L’histoire risque d’être bien crolle pour celui qui n’avait cessé d’accuser Corbyn et la gauche du Labour d’être voués à l’échec électoral.

Jean-Michel Galano