Le mot « vivant » est passé dans le langage militant comme la cheville ouvrière des luttes pour l’environnement. C’est un sujet sérieux qui mérite réflexion et que d’autres civilisations humaines qu’occidentales n’ont pas attendu pour l’appréhender, ne l’oublions pas.
Quand on entend dire par exemple que le fleuve Loire a ses droits en tant qu’entité, je me dis qu’on pousse le bouchon un peu loin sauf à accepter qu’on soit revenu à une conception animiste de la vie qui implique le retour à l’âge de pierre.
Cette préoccupation n’est pourtant pas nulle, mais elle risque de cacher l’essentiel. Il faut que l’être humain se trouve une place plus apaisée dans ce cadre qu’il appelle la nature et dont il fait partie. La boulimie des mégapoles a créé des réflexes de panique dans les villes pendant que la ruralité sert d’appareil respiratoire dans un contexte où les côtes reproduisent de façon éphémère l’effet de masse des cités. Quant aux champions du « vivant », ils se précipitent vers les sommets, mais cela ne change pas l’état de l’existant… Le tableau est préoccupant…
Ces questions sont traitées sérieusement dans le journal La Terre, dans Progressistes et dans d’autres revues ou rubriques spécialisées et on ne peut que s’en réjouir. Reste que l’urgence des urgences dans notre société est de constituer un rapport de force majoritaire contre les destructeurs de la nature que sont les profiteurs de la finance et des industries de guerre. Ils se moquent du bilan carbone de leurs choix juteux dans le commerce mondial, qu’on se le dise.
Bousculer tout cela ne se fera pas en un jour mais il faudra bien, à la faveur de toutes les catastrophes qui ponctuent l’actualité, faire converger les luttes pour l’égalité, l’éradication de la pauvreté, l’appropriation collective des moyens de production de l’énergie et du reste et celles pour un nouveau rapport vertueux avec notre environnement.
Les communistes y travaillent à leur façon avec des propositions constructives, évidemment censurées par les médias, d’autres d’une autre façon, portés par les médias, avec, souvent, une récupération qui pousse à la division des citoyens.
La convergence est possible, à condition de sortir de cette manie d’étouffer le débat par l’hystérie présidentielle qui fait croire qu’un seul homme pourrait changer la face du monde en écrasant tout ce qui n’est pas à ses bottes, ce qui n’a rien de vivant pour la gauche puisqu’il s’agit de tuer le gênant pour affirmer SA force…
Le vivant ne doit pas nous faire oublier que nous sommes redevables de la lutte de ceux qui nous ont précédés et nous ont quitté… Oublier d’où on vient fait toujours recommencer les mêmes erreurs que celles d’hier… Se souvenir permet de mieux mesurer les limites d’hier pour les dépasser et avancer. La nostalgie du passé n’oblitère pas la nécessité d’aller au bout de nos combats, dans notre grande diversité sachant que l’unité ne peut pas se faire dans la concurrence mais dans la complémentarité. On en est encore loin, mais il n’y a pas d’autre chemin pour empêcher la gauche de rester bloquée dans son jus face à une droite extrémiste qui, d’une manière ou d’une autre, compte bien continuer à mettre le vivant dans ses conteneurs.
Yvon Huet









