Le billet d’Yvon Huet. Le vivant, une religion ou un engagement citoyen pour que les choses changent vraiment ?

Le mot « vivant » est passé dans le langage militant comme la cheville ouvrière des luttes pour l’environnement. C’est un sujet sérieux qui mérite réflexion et que d’autres civilisations humaines qu’occidentales n’ont pas attendu pour l’appréhender, ne l’oublions pas.

Quand on entend dire par exemple que le fleuve Loire a ses droits en tant qu’entité, je me dis qu’on pousse le bouchon un peu loin sauf à accepter qu’on soit revenu à une conception animiste de la vie qui implique le retour à l’âge de pierre.

Cette préoccupation n’est pourtant pas nulle, mais elle risque de cacher l’essentiel. Il faut que l’être humain se trouve une place plus apaisée dans ce cadre qu’il appelle la nature et dont il fait partie. La boulimie des mégapoles a créé des réflexes de panique dans les villes pendant que la ruralité sert d’appareil respiratoire dans un contexte où les côtes reproduisent de façon éphémère l’effet de masse des cités. Quant aux champions du « vivant », ils se précipitent vers les sommets, mais cela ne change pas l’état de l’existant… Le tableau est préoccupant…

Ces questions sont traitées sérieusement dans le journal La Terre, dans Progressistes et dans d’autres revues ou rubriques spécialisées et on ne peut que s’en réjouir. Reste que l’urgence des urgences dans notre société est de constituer un rapport de force majoritaire contre les destructeurs de la nature que sont les profiteurs de la finance et des industries de guerre. Ils se moquent du bilan carbone de leurs choix juteux dans le commerce mondial, qu’on se le dise.

Bousculer tout cela ne se fera pas en un jour mais il faudra bien, à la faveur de toutes les catastrophes qui ponctuent l’actualité, faire converger les luttes pour l’égalité, l’éradication de la pauvreté, l’appropriation collective des moyens de production de l’énergie et du reste et celles pour un nouveau rapport vertueux avec notre environnement.

Les communistes y travaillent à leur façon avec des propositions constructives, évidemment censurées par les médias, d’autres d’une autre façon, portés par les médias, avec, souvent, une récupération qui pousse à la division des citoyens.

La convergence est possible, à condition de sortir de cette manie d’étouffer le débat par l’hystérie présidentielle qui fait croire qu’un seul homme pourrait changer la face du monde en écrasant tout ce qui n’est pas à ses bottes, ce qui n’a rien de vivant pour la gauche puisqu’il s’agit de tuer le gênant pour affirmer SA force…

Le vivant ne doit pas nous faire oublier que nous sommes redevables de la lutte de ceux qui nous ont précédés et nous ont quitté… Oublier d’où on vient fait toujours recommencer les mêmes erreurs que celles d’hier… Se souvenir permet de mieux mesurer les limites d’hier pour les dépasser et avancer. La nostalgie du passé n’oblitère pas la nécessité d’aller au bout de nos combats, dans notre grande diversité sachant que l’unité ne peut pas se faire dans la concurrence mais dans la complémentarité. On en est encore loin, mais il n’y a pas d’autre chemin pour empêcher la gauche de rester bloquée dans son jus face à une droite extrémiste qui, d’une manière ou d’une autre, compte bien continuer à mettre le vivant dans ses conteneurs.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Quand la canicule excite les cellules grises…

On aura compris que ce qui intéresse les cadors de la finance c’est avant tout le profit maximal dans un minimum de temps, sorte de gloutonnerie dont les bénéfices des compagnies pétrolières sont un des exemples, mais aussi de la masse honteuse de profitabilité liée à l’exploitation de la coupe du monde de football… et j’en passe… Autant dire qu’ils tournent le dos à un avenir possible de l’humanité.

Les incendies qui ravagent la planète autant que les catastrophes naturelles liées aux mouvements capricieux de la croûte terrestre démontrent que la priorité de l’humanité devrait être le retour à la paix par des négociations raisonnables autant qu’une mutation des priorités dont les budgets ubuesques militaires sont la règle. Les moyens existent et les technologies le permettent. C’est une question de volonté politique.

Cette double priorité conditionne aussi le retour à une relèvement des priorités sociales. L’écologie, avec des riches qui s’éclatent d’un côté et des pauvres qui rament de l’autre, ça n’existe que pour les bonnes consciences qui ne voient le monde qu’au travers de leur jardin bio, de leur piscine d’eau de mer et de leur bolide électrique dernier cri…

Autant dire que sur ce sujet la Chine est certainement, en tant que grande communauté citoyenne, le pays qui va le plus dans le bon sens sur ce sujet même si on n’est pas obligé d’accepter le raisonnement et le mode de vie de ce pays, avec toute latitude pour critiquer ce qui ne plait pas dans sa gouvernance.

Le harcèlement, venu des USA et d’Europe essentiellement, dont la Chine fait l’objet, a pour but d’essayer de l’isoler et de flatter le nationalisme qui démange toute société qui se sent assiégée… Je suis de ceux qui soutiennent une Chine ouverte sur le monde sans pour autant être « prochinois » comme le furent hier ceux qui comme Jean-Paul Sartre soutenaient la révolution culturelle de Mao qui a fait des millions de morts, notamment parmi ceux qui avaient initié la révolution chinoise de 1949…

Pour avoir voyagé plus jeune dans des mondes bien différents que la communauté européenne (c’était en Inde), j’ai appris la modestie intellectuelle face à cette manie de colonisation des esprits dits « occidentaux » qui, aujourd’hui, apparaît comme particulièrement ringarde, à la limite du ridicule…

Pour en rajouter une couche, lorsque les instrumentistes européens seront capables d’interpréter les musiques orientales (chinoises, indiennes et autres) aussi bien que les instrumentistes de ces pays interprètent nos génie de la création musicale, le monde sera rééquilibré de belle façon… Je suis trop vieux pour le voir, mais j’en rêve, à la façon de notre grand interprète Daniel Barenboim, citoyen du monde, juif et palestinien d’un même cœur.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Nouveau fascisme, définir le mal pour mieux le combattre

José Antonio Kast, président du Chili, s’attaque aux bourses étudiantes et met sur le tapis les étudiants les plus modestes du pays… Une de ces mesures phares de tous les régimes d’extrême droite qui commencent par étrangler les gens fragiles et précaires et laissent un boulevard de permission à ceux qui entrent dans le paradis de la spéculation… C’est ce que veut faire aussi la droite franquiste espagnole si elle reprend le pouvoir à Madrid. Partout le même refrain, sans pour autant, pour l’instant, aller plus loin dans la remise en cause des droits de la personne, sous réserve qu’elle reste dans son coin, dans le même état d’esprit qui régnait à l’époque de Franco en Espagne et Ben Ali en Tunisie…

Ce fascisme dit « mou » envahit tous les continents ou presque. Enfant naturel de la crise du capitalisme, il se range derrière l’exemple tonitruant des USA de Trump qui balaye en avant-poste et permet à la gouvernance terroriste d’Israel de continuer son génocide dans le silence médiatique des médias de la TNT vendus à l’extrême droite… Pour ne citer que cet exemple.

Dans la foulée, le CPI est mis hors-jeu, permettant ainsi, à terme, à n’importe quel aventurier de terroriser des peuples sans jamais avoir à en rendre compte. Le fait que la Russie emboite le pas à cause de la mise en fragilité de Poutine ne change rien à cette donnée et démontre encore une fois les limites grossières de sa politique nationaliste empreinte de nostalgie d’empire qui sert les intérêts de la finance internationale, ne serait-ce que par la compétition juteuse des productions d’armes qui envahissent la planète.

Je réaffirme que les campagnes actuelles menées contre l’extrême droite ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. C’est sur le terrain social et solidaire qu’il faut organiser la contre-offensive et non dans le déploiement argumentaire mental qui ne convainc que les convaincus d’avance, minoritaires dans le pays.

Ce n’est pas que l’affaire des communistes ou des autres à gauche. C’est une affaire citoyenne où nous devons savoir que ceux qui croient pouvoir s’en sortir avec le RN en France se trompent. S’adresser à eux au lieu de cliver fait avancer les choses. Jouer les matamores en martyr virtuel, cela ne sert à rien. En cela, je rejoins la campagne de Fabien Roussel qui a compris cela et a été insulté pour cela. C’est vraiment une question de fond qui mérite plus que des anathèmes inutiles à un moment où la France peut basculer dans la nuit des longs couteaux… à la Française ? et après ?

Je pose ces questions sans pour autant affirmer que j’ai forcément raison et je comprends bien que rien n’est simple en la matière. La patauge de la gauche face à l’échéance présidentielle participe aussi de cette difficulté à affronter le combat contre l’extrême droite là où ça fait mal, sur le terrain de la vraie vie.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Vous avez dit anticapitaliste ?

J’entends ici et là le mot anticapitaliste raisonner comme le tambour des mobilisations, y compris dans mon journal l’Humanité… Cet adjectif induit une certaine défensive face à l’agression permanente des vrais riches de la planète qui veulent coloniser toutes les consciences de l’humanité. Souvent, il rend confuse la question de l’alternative, à quelque niveau que ce soit, dans un contexte où les repères ont sauté au profit du binaire toxique. Ce n’est pas seulement une question de vocabulaire mais de contenu. Se rassurer d’être « anticapitaliste » ne donne aucune garantie de réussite pour imaginer ce que pourrait être le monde débarrassé de ce système qui perdure depuis plus de deux siècles. Parce que les mots socialisme et communisme ont été enfermés dans une logique de l’échec au XXe siècle, on n’ose plus les citer, sauf à la marge de discussions entre soi. Il serait bon de revenir aux sources de tout cela en sortant des leçons de chose de ceux qui s’inventent sages pour évoquer ce qu’ils n’ont jamais connu et vécu.

À commencer par l’ineffable Michel Onfray, ce monsieur « je sais tout » de la chaîne d’extrême droite Cnews qui s’arroge le culot de voler les valeurs du Front Populaire au travers de sa revue cocorico qui enchante toute la nébuleuse fasciste en France et au-delà… Les communistes, mais pas seulement, ont l’occasion de redonner des couleurs à ces idéaux qui ont fait vibrer hier la Commune de Paris certes, mais aussi toutes ces luttes qui ont donné à la France un océan de conquêtes sociales que les nouveaux maîtres de la finance française et internationale sont en train d’envoyer à la déchetterie.

Reste à y associer naturellement la question de protection d’un environnement qui nous rappelle que l’être humain apprenti sorcier glouton a toutes les chances de périr de sa prétention à vouloir tout maîtriser de la nature qui, elle, ne connaît pas le binaire d’essence religieuse qui enferme l’humain dans des certitudes qui s’écroulent à chaque catastrophe naturelle comme un château de cartes.

C’est un sujet qui ne mérite aucune barrière idéologique. Il a souvent pris le dessus, notamment dans les nouvelles générations, sur le reste des questions de fond, notamment les sociales, pour des raisons tout à fait logiques. L’important est de les relier et d’y apporter la richesse de l’esprit scientifique au service de l’humain, ce que font mes camarades de la revue communiste Progressistes, mais pas seulement.

C’est toujours quand l’incendie fait rage, donc trop tard, qu’on se pose la question du choix de société dans laquelle on peut vivre sans risquer l’insécurité de vie… Il faudra qu’elle se pose en grand à la rentrée. On peut utiliser certes l’ambiance « présidentielle » pour s’y coller, sachant que les premiers incendiaires de notre société ont été depuis quelques décennies les présidents eux-mêmes… Changer cet état de société serait salutaire pour cette alternative réellement humaine que nous recherchons. Une démarche communiste qui ne s’embarrasse pas d’utiliser un autre mot que celui d’anticapitaliste, le socialisme, par exemple, qui fut si bien incarné hier par un certain Jean Jaurès… et demande à retrouver une vraie jeunesse.

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. L’IA, catastrophe ou progrès

J’ai été scotché par la quantité d’eau consommée par les centres de stockage de données consacrés à l’IA… des milliards de milliards de m3 d’eau dans le cadre d’une concurrence capitaliste hystérique où chaque groupe d’influence se jette dans l’espoir de profits records.

C’est le cas évidemment d’Amazon certes et des autres Gafas mais aussi de tous les secteurs de l’industrie militaire dont les budgets atteignent des records. Je suis en accord avec Fabien Roussel quand il dit qu’il faut faire nôtre l’IA, mais à condition de bien réfléchir à ce que cela représente dans le cadre de la défense de l’environnement où la question de l’eau disponible devient un sujet central.

Dans le contexte actuel, le tout IA tel que mon téléphone portable le propose me désespère. C’est une incitation au nivellement culturel et au conditionnement idéologique en vigueur au point, d’après un sondage, que 17 % des Français auraient déjà demandé à l’IA pour qui il serait « utile » de voter à l’élection présidentielle par le biais de questions ciblées.

Reste aussi le nombre de gens qui vont se retrouver à la rue, y compris cette fois des gens diplômés qui ne serviront plus à rien pour les sponsors. C’est déjà le cas dans la publicité qui nous sert des horreurs de conditionnement très majoritairement au service de la voiture et de la mal bouffe dans la boucle du bourrage de crâne organisé sur les chaînes de la TNT et au-delà.

Alors oui, l’IA provoque une nouvelle révolution dans le rapport des hommes et du travail. Mais dans notre système capitaliste ultra-libéral mondialisé, nous sommes sûrs que les nouvelles générations en paieront le prix fort. Très rapidement, s’il ne se passe pas quelque chose, qui remette en cause la course folle aux profits dont le monstre Elon Musk est un symptôme révélateur, le chaos que nous connaissons dans le monde risque bien de se démultiplier et l’IA ne servira qu’à attiser les conflits sur une planète où l’homme risque de s’autodétruire.

C’est aux citoyens de se rendre compte de l’urgence à changer de société, non pas pour une « France nouvelle », mais pour un monde où la France pourra jouer un rôle positif dans la remise en cause du règne des puissants, à minima comme le fait actuellement la gauche espagnole, avec des objectifs concrets et progressifs partagés par la majorité du peuple. Je rêve ? Non. Je donne juste le point de vue d’un humain qui ne veut pas voir disparaître l’humain au prétexte fallacieux de « la modernité ».

Yvon Huet

Le billet de Jean-Michel Galano. Derrière la défaite de Keir Stammer, la réalité de l’extrême-droite

Quand un voyageur britannique débarque du ferry à Calais, au Havre ou à Dunkerque, il ne découvre pas des drapeaux tricolores flottant aux façades des immeubles ou fixés sur les balcons. A Folkestone à Newhaven ou à Plymouth, il est par contre habituel de voir des drapeaux britanniques (union jacks) et plus encore des dapeaux anglais (croix rouge sur fond blanc) déployés un peu partout, et notamment à où des « étrangers » ne manqueront pas de les voir. Cette manifestation décomplexée d’un nationalisme agressif et chauvin s’était déjà traduite dans les rues il y a deux ans, avec des scènes d’hystérie collective consécutives à un meurtre dont l’auteur était un jeune débrouille issu de l’immigration, consécutives aussi à une sordide histoire de réseaux de prostitution gérés par des familles pakistanaises dans le centre du pays. Il trouve cette fois sa traduction dans les urnes.

Certes, les élections locales en Grande-Bretagne n’ont pas la même portée politique qu’en France ; l’échelon communal n’a pas autant de valeur, et les pouvoirs d’un maire sont davantage symboliques que véritablement décisionnels. Il n’empêche : passé un certain seuil, les reculs et les avancées prennent un sens politique clair. Et c’est ici le cas : en perdant plus de 1.200 élus, le Parti Travailliste subit un véritable camouflet. Son recul est particulièrement sensible dans les traditionnels « bastions » du Nord et du Yorkshire, régions de tradition ouvrière paupérisées depuis plusieurs décennies où le vote pour le Labour, jards vote habituel et identitaire, état devenu au fil des années une survivance.

Ce qui est nouveau, c’est que le recul du Labour ne se fait pas au profit du Parti Conservateur, selon le mouvement de balancier qui depuis deux siècles réglait la vie politique britannique, mais au profit d’un parti d’extrême-droite relativement jeune, organisé « à l’américaine » selon les méthodes trumpistes, et dirigé par un leader, Nigel Faratge, qui joue résolument la carte du racisme, du populisme et du dégagisme.

Il importe de voir que le système électoral (scrutin uninominal à un seul tour), conçu pour institutionnaliser le bipartisme, suppose pour se perpétuer deux partis relativement unis. Or la dislocation du parti conservateur, scindé entre libéraux pro-européens et protectionnistes isolationnistes (sans compter quelques variantes pittoresques) a permis l’irruption de ce nouveau venu qu’est le « Reform party », jugé dans les sphères patronales comme plus fiable et plus maniable que les deux « vieux » partis, désormais ringardisés.

Car l’échec est double : d’un côté l Parti conservateur, malgré l’arrivée aux commandes d’une jeune dirigeante, Kemi Badenroch, particulièrement combative, mais peu rassembleuse, a déchiré son image traditionnellement rassurante et modérée, tandis que d’un autre coté le Labour, recentré sur sa droite depuis l’éviction de Jeremy Corbyn, a perdu le soutien de sa base ouvrière sans pour autant s’ouvrir aux couches nouvelles de salariés, ingénieurs, cadres, salaires des secteurs publics, techniciens, jeunes en formation. Et ce n’est pas la dénonciation morale de l’extrême-droite ni quelques promesses de réformes fiscales, et moins encore la mise au premier plan des sujets sociétaux qui permettront à Stammer d’inverser la tendance.

L’histoire risque d’être bien crolle pour celui qui n’avait cessé d’accuser Corbyn et la gauche du Labour d’être voués à l’échec électoral.

Jean-Michel Galano

Le billet de Jean-Michel Galano. La triple forfaiture de Michel Onfray

Michel Onfray est trois fois pitoyable. D’abord, et c’est l’essentiel, pour avoir prêté une caution « philosophique » au débordements racistes de la chaîne de Bolloré C News. Ensuite, pour ne pas avoir eu le courage d’assumer ou de retirer son propos, mais d’avoir cherché à le faire cautionner par la science. Enfin, pour avoir dit des âneries à propos de cette « science » : l’éthologie, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, n’a pas été « fondée par Darwin », elle demeure une discipline auxiliaire de l’anthropologie, largement spéculative et mal émancipée d’un matérialisme réducteur et simpliste. Le comportement humain a pour caractéristique essentielle de se différencier par rapport à sa base animale, Cette différenciation s’opère par ce qu’on appelle l’ordre de la loi, ensemble de médiations langagières et institutionnelles que l’individu s’approprie tout au long du processus éducatif. Le matérialisme scientifique, celui de Marx et de Vygotski, place l’essence humaine dans « la totalité des rapports sociaux » (6° thèse sur Feuerbach) et non pas dans la bestialité.

À tout prendre, si dans la vie politique et dans les rapports de force de la scène internationale il y a des chefs de tribus, des mâles dominants qui insultent les femmes, tuent les enfants piétinent le droit et les résolutions de l’ONU, s’il y a des régressions à la barbarie, c’est du côté de Trump, de Netanyahu et d’un certain nombre d’autres qu’il faudrait aller les chercher.

Ne comptons pas sur les médias Bolloré ni sur Nathalie Saint-Cricq pour cela.

Jean-Michel Galano

Le billet d’Yvon Huet. Le bilan des municipales et le reste…

Après cette campagne électorale qui a vérifié la complexité de la situation de notre démocratie territoriale, en crise comme la nationale, l’heure est désormais aux réflexions utiles et non aux anathèmes. Je ne connais pas de « meute » en politique mais la nécessité de réinstaller la civilité dans les rapports entre partis de gauche. Quand je critique le PS ou la FI, c’est une critique politique, ce n’est pas la haine de l’autre. J’aimerais que certains de mes camarades prennent conscience de la gravité du sujet.

Reste le plus important qui avait motivé aux anciens de 1936 qui se sont battus pour la Sociale et pour la Paix. Ils ont courageusement arraché les bases de la Sociale dont nous bénéficions encore un peu mais ils n’ont pas eu la paix.

Sachons que si un jour nous arrivons, la gauche rassemblée avec toutes ses composantes à égalité de droits et de devoirs, nous aurons en face de nous des prédateurs qui préféreront comme hier, selon l’expression « plutôt Hitler que le Front Populaire », n’en doutons pas. Il faut savoir anticiper cette possibilité et ne pas tomber dans la naïveté d’un grand soir permanent. Nous avons une histoire ou ce sont quelques milliers de jours seulement qui ont permis la Sociale d’avancer au-delà des espérances, notamment pour la Sécurité Sociale et le principe du Service Public. C’est cela que nous devrons reconstruire ensemble. Ce n’est pas le pré carré d’un parti plus malin que les autres. C’est un bien commun, chers camarades du PS et de la FI.

Jouer du muscle à la télévision tout simplement pour avoir un Président de la République en oubliant la diversité du peuple de gauche aujourd’hui déboussolé, c’est, même s’il y avait une victoire passagère, l’assurance d’avoir l’extrême droite à la sortie de la séquence.

Les communistes, de leur côté, vont réfléchir à leur stratégie dans ce paysage dispersé et parfois désespérant comme à Perpignan. J’en suis et je souhaite qu’ils apportent raison et clarté dans un contexte de débat à gauche qu’il faut reconstituer. Je conseille aux fans des têtes de gondole de rejoindre les sectes religieuses. Au moins là, ils seront dans leur élément… Si les communistes décident de présenter, si la situation l’oblige, un candidat à l’élection présidentielle, ce sera mon camarade, mais surtout pas un dieu ou je ne sais quel sauveur, pâle photocopie d’une icône religieuse…

Yvon Huet

Le billet d’Yvon Huet. Quand les USA se prennent pour le nombril du monde…

Je persiste à penser que l’intervention de Poutine en Ukraine n’a fait que permettre à l’impérialisme US de reprendre de la vigueur, sachant que l’OTAN a été renforcée des pays de l’Europe du Nord, hier neutres. Résultat. Après 5 ans de guerre, la Russie apparaît comme prédatrice alors qu’elle aurait tant à gagner à offrir une image de paix en inversion de la boulimie impérialiste US. Quelle que soit l’excuse liée aux provocations de l’OTAN et à la malhonnêteté de Zelensky, le résultat est là, minable avec toute une jeunesse russe et ukrainienne tuée ou estropiée, cultivant la haine de l’autre pour des décennies.

Mais revenons aux USA Cette grande puissance a toujours eu tendance à annexer, voire tétaniser les pays dans lesquels elle est intervenue. Il ne faut jamais oublier ce que cachent les médias et beaucoup d’historiens de pacotille qui naviguent dans le « rêve » américain. Lorsque les troupes US ont débarqué en France, la première chose qu’a fait l’état major américain a été de chercher une solution, pourquoi pas avec Pétain, pour mettre la France sous le contrôle de l’administration américaine.

La réaction du Général de Gaulle, avec l’appui des communistes français qui constituaient la partie la plus importante des forces résistantes, a permis d’empêcher ce scénario, mais elle n’a pas empêché que les USA se servent de la dictature de Franco pour établir leurs bases en toute quiétude et pour dresser les antennes de la « Voice of América » mise en ligne en Catalogne dans le cadre de la guerre froide avec l’URSS… On ne peut comprendre la fuite en avant actuelle sans se référer, comme le fait même le journal le Monde, à la stratégie de ce nouveau monde où les cowboys, fiers d’avoir génocide les Indiens, ont toujours considéré que la planète Terre leur appartenait…

Reste que tous les États-uniens ne sont pas des cowboys. Les forces progressistes existent. Soutenons-les.

Yvon Huet

Ci-contre les embrassades d’Eisenhower avec Franco en 1959

Le billet de Jean-Michel Galano. Une réflexion personnelle sur ce que j’ai entendu ce samedi 3 janvier place de la République à l’occasion du rassemblement de solidarité avec le Venezuela

D’abord, il faut saluer la promptitude de la riposte et la détermination des participants. La présence de la chargée d’affaires du Venezuela était une excellente chose. Beaucoup d’intervenants ont pris la peine de faire un peu de pédagogie, rappelant des points d’histoire et de géopolitique, permettant à celles et ceux qui étaient rassemblés de dépasser l’émotion et la sidération, et de se mettre ainsi en capacité d’agir.

Je regrette de ne pas avoir entendu un porte-parole de mon parti, le PCF. Une intervenante dont je n’ai pas entendu qui elle représentait a tenu à la fin un discours soutenu riche d’éléments et parfaitement équilibré avec lequel j’étais totalement en accord.

Il n’y a pas lieu de s’étonner, il faut au contraire se féliciter, qu’une certaine diversité se fasse entendre, les uns s’inquiétant surtout du droit international, les autres de la stratégie d’un impérialisme qui, pour être « en déclin », comme l’a souligné une intervenante, n’en est que plus dangereux, les autres soulignant la complicité du gouvernement français.

J’ai par contre trouvée préoccupante l’intervention de Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas de qualité spéciale pour prendre la parole, sinon son statut de candidat autoproclamé à la présidentielle. Derrière lui, quatre députés LFI ceints de leur écharpe se tenant à égale distance les uns des autres lui faisaient escorte selon un plan manifestement préparé à l’avance. Cela sentait la récupération à plein nez.

Rien de très surprenant à vrai dire jusque-là, mais c’est l’intervention de Mélenchon qui m’a semblé étrange. Non pas tant sur le fond : il a fustigé le militarisme, dénoncé l’hypocrisie du pouvoir macroniste, rappelé qu’au-delà de l’Amérique latine tous les peuples sont en danger : tout cela est bel et bon.

Mais enfin, ce qu’on attend d’un responsable politique, ce sont des perspectives. Or Mélenchon s’en est tenu à un constat, d’ailleurs très restrictif : « Jusqu’à quand allons-nous tolérer… » et à des admonestations : « J’adjure les citoyens… ». Comme si la solidarité ne s’exerçait pas déjà, comme si, partout dans le monde et aux États-Unis même, il n’y avait pas déjà des rassemblements, des actes forts, de la lucidité et du courage.

Mélenchon -j’étais à quelques mètres de lui- était une fois encore dans la posture tribunitienne un peu démodée qui lui est chère. Mais il ne semblait plus trop y croire, et prendre plutôt une posture de Cassandre, cultivant son image plutôt que soucieux de rassembler.

Je me reconnais bien davantage dans les revendications que dans les postures.

Jean-Michel Galano