Fabien Roussel. « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible » (La Marseillaise)

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et candidat à l’élection présidentielle, s’exprime à l’issue de la réunion des partis politiques à Matignon avec Sébastien Lecornu, ce jeudi.

La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette réunion à Matignon ?

Fabien Roussel : On est forcément déçus avec Stéphane Peu et Cécile Cukierman. On y allait pour commencer à discuter avec le gouvernement des mesures contre la vie chère pour les salaires, sur les prix de l’essence, de l’énergie. En fait, le Premier ministre nous avait conviés à une réunion qu’il a dite « technique » pour parler du maintien de l’ordre avec le général qui nous a expliqué ce que c’était. On est très loin de tout ce qui se dit en France depuis des mois concernant la vie chère. Si les questions de sécurité et de maintien de l’ordre nous préoccupent, pour autant, il est urgent d’apporter des réponses au problème du pouvoir d’achat. C’est ce que nous avons rappelé.

La Marseillaise : Il n’a pas du tout été question de répondre aux revendications sociales ?

Fabien Roussel : Rien. On a d’ailleurs mis l’accent sur le fait de recevoir les lycéens et les étudiants parce que c’est inadmissible que le Premier ministre ne l’ait pas encore fait, c’est ce que nous avons dit. Ils ont des propositions qui n’ont pas d’impact budgétaire, telles que l’abrogation de Parcoursup ou le fait de revenir sur le contrôle continu, la réforme de Jean-Michel Blanquer. Cela peut être annoncé dès maintenant.

La Marseillaise : Le gouvernement devrait faire des annonces aux lycéens lundi.

Fabien Roussel : Peut-être, en tout cas, on n’a rien entendu aujourd’hui.

La Marseillaise : Qu’avez-vous pensé de la prise de parole du président Emmanuel Macron en amont de cette réunion ?

Fabien Roussel : C’est lunaire parce que justement, on a un État qui est impuissant, un président qui est en fin de règne et au lieu d’entendre la colère qui monte et s’exprime depuis des mois, il met en cause des principes constitutionnels tels que le droit à manifester. Ça, c’est grave.

La Marseillaise : Dans de nombreuses villes et départements, les interdictions à manifester tombent les unes après les autres. Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel : Quand des syndicats qui ont l’habitude de déposer, en bon ordre, la possibilité de manifester, il faut pouvoir défendre ce droit et ne pas accepter cette situation. Autant, il y a des endroits, quand il n’y a pas de demande des syndicats, de partis, d’organisations de jeunesse, je peux comprendre qu’il n’y ait pas d’autorisation à manifester. Mais quand ces demandes existent, et d’autant plus dans des villes où on a l’habitude de le faire, c’est inadmissible d’interdire à des organisations syndicales et politiques de manifester. Au contraire, l’État doit garantir ce droit et autant protéger les manifestants que les biens, les institutions et les commerces.

La Marseillaise : Les transports seront également à l’arrêt, notamment à Marseille. Tout le monde est pénalisé ?

Fabien Roussel : Encore une fois, c’est comme si c’était une double peine imposée aux Français et tout ça dans un discours sécuritaire qui mélange à la fois celui contre les immigrés, les terroristes d’ultragauche et la responsabilité de forces politiques de gauche. C’est une dérive dangereuse qui rappelle des discours que l’on a entendus dans les années 1930, où les partis communistes étaient interdits, où le bouc émissaire était le juif. Il faut faire attention à ces dérives.

La Marseillaise : Si l’on en croit les révélations de Mediapart sur une note du renseignement intérieur, vous êtes un membre de cette « ultragauche »…

Fabien Roussel : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et moi-même sommes cités dans une note du renseignement intérieur qui dit que nous sommes à l’origine de ces manifestations. Franchement, il n’y a pas besoin des renseignements intérieurs pour dire que les responsables des partis de gauche appellent à manifester pour le pouvoir d’achat.

La Marseillaise : Vous appelez à manifester samedi ?

Fabien Roussel : Tant qu’il n’y a pas de réponse concrète, nous appelons à se mobiliser où c’est possible. C’est-à-dire partout où les organisations syndicales, de jeunesse ou nous-même, appelons à manifester en ayant déposé une demande. Nous le faisons quand nous sommes en capacité d’organiser ces manifestations.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 23 octobre 2026)

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