Emmanuel Maurel. « Une volonté de détruire l’audiovisuel public » (La Marseillaise)

L’Assemblée nationale publie ce mardi matin le rapport du député ciottiste Charles Alloncle rédigé à l’issue des six mois d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public décriée. Le document de 400 pages a été adopté la semaine dernière de justesse, par 12 voix contre dix, et huit abstentions. Il contient les 80 recommandations de l’élu d’extrême droite qui relayent les obsessions de son clan d’une cure d’austérité de France Télévisions, la soumission des journalistes à une prétendue « neutralité ». Démanteler pour mieux privatiser, résume le député GRS Emmanuel Maurel.
Emmanuel Maurel, membre fondateur de la Gauche républicaine et socialiste (GRS) et député, estime que la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public est une « occasion manquée ». Entretien.

La Marseillaise : Le rapport sur l’audiovisuel public de Charles Alloncle est rendu public ce lundi. Vous étiez contre sa publication ?

Emmanuel Maurel : J’étais surtout opposé au rapport sur le fond. C’est un rapport assez médiocre, avec beaucoup d’approximations, d’insinuations et des préconisations que je conteste absolument. Le fait qu’il soit publié, il n’y a pas de problème à ce niveau-là, de toute façon les auditions menées étaient publiques. Je ne suis pas un censeur dans l’âme. C’est le fond que je conteste.

La Marseillaise : Sur les 80 préconisations du député ciottiste laquelle vous alerte particulièrement ?

Emmanuel Maurel : Mon désaccord principal, c’est la volonté du rapporteur d’économiser 1 milliard d’euros sur le budget de l’audiovisuel public notamment par une série de fusions ou de suppressions qui aboutissent à ce résultat. C’est clairement une volonté d’affaiblir, de démanteler, voire de détruire l’audiovisuel public. Je suis en désaccord total avec ça. C’est un rapport qui n’a pas beaucoup de hauteur de vue parce que l’audiovisuel public participe largement à la création audiovisuelle et cinématographique en France. C’est un secteur qui, en réalité, est bénéfique économiquement pour le pays.

La Marseillaise : Jordan Bardella a annoncé que s’il arrivait au pouvoir, il privatiserait l’audiovisuel public. Si ce n’est pas écrit dans le rapport, c’est l’objectif à terme de l’extrême droite ?

Emmanuel Maurel : Je crois surtout que Charles Alloncle a mis en place une entreprise de dénigrement de l’audiovisuel public, en inventant des histoires, en montant en épingle des faits qui sont complètement dérisoires pour préparer le terrain. Et ce, dans le but de mettre en place ce que veut Bardella et sûrement ses amis, y compris économiques. Il est évident que le groupe Bolloré a eu une influence dans cette affaire. L’idée à terme est de démanteler et de vendre l’audiovisuel public à la découpe, c’est ce qu’ont démontré ces six mois d’auditions. Des questions légitimes se posent sur l’audiovisuel public, ce qui est normal après tout. Ces vrais enjeux qui sont de savoir comment on adapte la télévision au tout numérique, comment on fait face à l’intelligence artificielle, comment l’audiovisuel public se défend face à l’hégémonie des Gafam, des plateformes américaines, ont été passés sous silence au profit de ragots.

La Marseillaise : Que contient la contribution que vous avez apportée à ce document ?

Emmanuel Maurel : Dans la première partie de ma contribution, j’expose les intentions de Charles Alloncle qui voulait démontrer que l’audiovisuel public n’était pas impartial, n’était pas neutre. En réalité, sa démonstration est très faible voire inexistante. Il y a des pages et des pages de ragots qui n’aboutissent à pas grand-chose. La deuxième partie est une démonstration assez rigoureuse sur pourquoi couper un milliard d’euros dans l’audiovisuel public, c’est une folie aussi bien en matière d’exception culturelle que de conséquences économiques et industrielles. Puis, la troisième partie contient un certain nombre de préconisations qui posent notamment la question importante du recours croissant à l’externalisation, c’est-à-dire faire appel à des sociétés privées pour réaliser des émissions de débat. Il y a aussi quelques mesures pour essayer de faire en sorte que France Télévisions, notamment, soit à la hauteur des enjeux du numérique.

La Marseillaise : L’association AC !! Anticorruption a déposé samedi plainte contre X pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence, visant Charles Alloncle et la direction de Lagardère News.

Emmanuel Maurel : Il est évident que M. Alloncle a un agenda politique qui coïncide avec celui du groupe Bolloré. Ça, tout le monde le sait, il suffisait de regarder les auditions pour s’en rendre compte. C’était, d’une certaine façon, transparent. On verra ce que donnera cette plainte.

La Marseillaise : Cette commission d’enquête parlementaire instaure un précédent ?

Emmanuel Maurel : C’était une tonalité très inquisitoriale et en même temps une stratégie de victimisation permanence. M. Alloncle, après avoir posé des questions très agressives, se plaint d’être malmené, critiqué. C’est pour ça que j’avais eu cette formule qui ne lui avait pas plu, en lui disant : « Vous commencez en Torquemada et vous finissez systématiquement en Calimero. » Je suis surtout déçu. Le rapport n’est vraiment pas bon. C’est vraiment une occasion manquée. On verra ce que ça donnera après sa publication mais ça en dit long sur les intentions de l’extrême droite.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 05/05/2026)

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