211 milliards. Le livre de Fabien Gay

C’est le montant des aides publiques versées aux entreprises en France, en 2023, sans transparence ni contrepartie ni évaluation. Cela correspond à deux fois et demie le budget de l’Éducation nationale, et onze fois celui de la Santé – 211 milliards attribués sans obligation d’aucune sorte, ni sociale ni environnementale. Ce chiffre a été établi par une commission d’enquête sénatoriale sur la base de six mois de recherche, d’analyse et d’audition de près de la moitié des patrons du CAC 40, peu habitués à rendre des comptes aux citoyens ou à leurs représentants élus. C’est inédit.

Le rapporteur de la commission, Fabien Gay, raconte les coulisses de ce travail de fourmi qui a permis d’établir un état des lieux précis, jusqu’alors inexistant, des aides publiques aux entreprises. Le jeune sénateur livre ici son expérience de l’exercice du débat démocratique et de la lutte politique au service de celles et ceux qui sont les créateurs de richesses : c’est maintenant que le combat commence.

–> Le commander

La Terre (n° 25)

Le bilan des épisodes caniculaires, de la sécheresse, des incendies et des événements climatiques de l’été 2026 est sans commune mesure. Les chiffres assommants donnent la mesure de la gravité d’une situation pourtant prévisible, car annoncée scientifiquement.

Au sommaire du dossier spécial crise climatique

L’été où l’agriculture bascule, par Patrick Le Hyaric

Cet été 2026 achève de confirmer ce que La Terre dénonce depuis des décennies : le système agro-industriel, arrimé à la mondialisation libérale et à la finance, est un navire en perdition. En aggravant encore la crise existentielle que les paysans-travailleurs affrontent, il menace désormais la souveraineté et la sécurité alimentaires de notre pays.

Philippe Grandcollas : « Nous approchons des limites physiologique du vivant » Pour le directeur adjoint scientifique de CNRS Écologie & Environnement, le changement climatique ne menace plus seulement les équilibres météorologiques. Il met progressivement à l’épreuve les capacités d’adaptation du vivant lui-même. Philippe Grandcolas appelle à sortir des fausses oppositions entre climat, biodiversité, agriculture et santé publique, et plaide pour une transformation profonde de nos politiques comme de nos représentations culturelles.

Agriculture et eau : Ce que « s’adapter » veut vraiment dire, par Léa Lugassy, Directrice scientifique & technique chez « Pour une Agriculture Du Vivant ».

L’autre feu qui couve, la chronique d’Olivier Morin, agriculteur dans la Brenne.

Nous ne sommes pas malades d’éco anxiété, nous sommes dotés de bon sens, par Bénédicte Bonzi, Anthropologue, Directrice du centre de recherche sur les systèmes alimentaires et agricoles et Birgit Müller, Anthropologue, Directrice de recherche au CNRS émérite.

Vive l’été, à bas le capitalocène, par Fabrice Savel. le bilan des épisodes caniculaires, de la sécheresse, des incendies et des événements climatiques de l’été 2026 est sans commune mesure. Les chiffres assommants donnent la mesure de la gravité d’une situation pourtant prévisible, car annoncée scientifiquement.

Infographies

  • À l’horizon 2100, les vagues de chaleur pourront durer jusqu’à 2 mois en continu.
  • Le risque météo de feux de forêt favorisés par le changement climatique.

Et aussi :

  • Les inégalités sociales commencent dans les assiettes. Enquête.
  • De Gaza à Lesbos, le potager de la solidarité. Reportage.

La Terre ne mentira jamais. La chronique de Pierre-Louis Basse, Écrivain, Journaliste.

Le billet de Jean-Michel Galano. Le sain, le malsain et le reste

À propos du livre de Georges Vigarello « Histoire des pratiques de santé » (Seuil 1993)

Diplômé en éducation physique, agrégé de philosophie, Georges Vigarello s’est depuis plusieurs décennies orienté vers l’histoire des représentations, des catégories mentales et des institutions qui commandent et organisent les pratiques sociales ayant pour objet le corps. Son premier ouvrage, « Le Corps redressé », était consacré à l’étude des stratégies de restauration et de rééducation des corps meurtris ou fragilisés. Des pratiques qui ne s’inscrivent pas dans un progrès linéaire, mais mettent en jeu, dans cet espace singulier à la charnière de la médecine et de l’éducation, des conceptions de la normalité, des modères thérapeutiques et exigences éthiques susceptibles de variations considérables selon les contextes historiques, technologiques et sociaux. L’usage de soi par soi, pour reprendre une expression de Yves Schwartz(1), est en matière notamment de réadaptation une donnée essentielle qui s’affirme de plus en plus fortement dans la période contemporaine et modifie en profondeur les exigences thérapeutiques.

Par la suite, la réflexion de Vigarello s’est orientée sur d’autres catégories, fonctionnant souvent par paires d’opposés : le propre et le sale, le gras et le maigre, mais aussi la virilité. Son « Histoire des pratiques de santé », d’abord publiée sous le titre « Le Sain et le malsain », marque un temps nouveau dans sa réflexion, et constitue un précieux ensemble de repères historiques On se contentera ici d’en marquer les étapes parmi les plus importantes.

Il faut d’abord se mettre d’accord sur ce qu’il y a lieu d’entendre par « pratiques de santé » : comme l’auteur le souligne dans sa préface, ces pratiques débordent largement les thérapeutiques strictement médicales, souvent même les contredisent et parfois, comme dans la célèbre « querelle de l’inoculation », les anticipent. Si l’idéal de santé est une constate, il est pendant des siècles confondu avec une certaine conception de la nature, on exclusive toutefois d’un appel éventuel à une surnature : « natura sola meicatrix »(2), avec son corollaire pour le médecin « primo non nocere »(3), tels seront pendant longtemps les préceptes de base. D’où une méfiance forte des malades à l’égard de toute approche outillée et artificieuse de la maladie. D’où aussi les pratiques préventives, toutes négatives : isolement, lazarets, quarantaines.

Cependant, et c’est en cela qu’il faut parler de surnature, le prestige de l’élixir, du « philtre », de la composition salvatrice mystérieuse, perdurera très longtemps, et en fait jusqu’à nos jours, sous des formes à peine renouvelées. Ce n’est pas le moindre mérite du livre de Vigarello que de montrer la permanence jusqu’à aujourd’hui d’un certain nombre de mythes, par exemple celui du « vin réparateur ». L’engouement pour le quinquina, pour le café, pour la noix de cola, pour le vin de malaga, pour le tabac, pour l’opium, ainsi que pour les « pratiques d’évacuation » pour les « cures d’air » ou les différentes façons de combattre les « vapeurs », sont autant de moments singuliers, dans lesquels il ne suffit pas de voir des modes éphémères, mais aussi la réalité d’une recherche de nouvelles normes de santé, axées sur le renforcement du corps, désormais conçu non plus comme « l’abominable vêtement de l’âme », mais comme un puissant réservoir d’énergie et de créativité, digne de bonheur et sujet de droits. L‘hygiène et son versant théorique, l’hygiénisme, différencié de la médecine proprement dite, prend son essor à ce moment-là, et inscrit le corps dans un milieu social de plus en plus mobile et urbanisé. La rupture du métabolisme entre l’être humain et la nature est consommée, et c’est là une chose dont les élites intellectuelles et les décideurs politiques sont de plus en plus conscients.

Il n’est pas étonnant dans ce contexte de voir décliner la pratique ancestrale de la saignée et plus généralement la théorie des humeurs Le corps est désormais vu comme une dynamique à favoriser et non plus comme un équilibre statique à préserver ou à restaurer. Et cela d’autant plus que les progrès de l’hygiène, notamment alimentaire, entraînent un spectaculaire allongement de l’espérance de vie.

Non moins spectaculaire, la baisse de la tolérance à la malpropreté, à la souffrance, à la violence d’une façon générale, et bientôt à ce qu’on appellera la barbarie. Ce que Rousseau, avant Nietzsche, stigmatise sous le vocable d’« effémination », il est bien exact que la toute jeune opinion publique le revendique fortement la santé devient dès lors une affaire d’État, avec des lois en matière sanitaire, des constructions de réseaux d’égouts, des programmes scolaires, des chaires d’hygiène à l’université, l’émergence de la question de la santé mentale, etc.

Toutefois, les nouvelles façons de concevoir le corps ne sont jamais, contrairement aux idéaux positivistes, indépendantes des idéologies dominantes et doivent aussi composer avec les idéologies persistantes. C’est ainsi que dans une société où la bourgeoisie en expansion condamne toute dépense inutile et tout gaspillage, les professions de santé verront dans la « dépense » sexuelle improductive une pathologie, prolongeant jusqu’à l’orée du XX° siècle les idées délirantes de Tissot (pourtant l’un des plus grands médecins des Lumières), avec des conséquences humaines dramatiques.

Ce livre est bourré d’informations et donne des repères historiques précis. Il permet de comprendre que l’évolution des pratiques de santé n’est en aucune façon un processus linéaire, mais qu’elle est travaillée en profondeur par des débats qui ne sont pas seulement des débats d’idées. On peut regretter de ce point de vue que l’auteur n’ait pas assez traité du choc être une certaine rationalité médicale instituée et l’empirisme confus mais parfois fécond des pratiques populaires, rarement écrites et jamais théorisées. Peut-être aurait-il pu mieux souligner, à propos de la querelle de l’inoculation, à quel point la résistance obstinée de nombreux médecins était liée à l‘horreur éprouvée par la rationalité traditionnelle devant un processus dialectique (injecter le mal pour vaincre la mal). Une rationalité classique qui ne voulait voir dans ce qui n’était pas produit par elle que sottise et superstition. Une histoire il est vrai sombre et peu documentée.

Comme toutes les activités humaines, les pratiques de santé sont partie prenante de la réalité sociale : elles en procèdent et agissent sur elle en retour. Le livre de Vigarello nous permet de penser une évolution historique. Il ne manque pas de souligner dans le dernier chapitre l’apparition de nouveaux défis et, conjointement, de nouvelles terreurs appelant des décisions inédites. Au geste salvateur toujours auréolé de mysticisme, une certaine exigence qu’il faut bien qualifier de démocratique tend à substituer la décision politique et l’acte d’Etat. Une évolution lente et semble-t-il impeccable, même si la baisse des budgets, la persistance des inégalités et une certaine individualisation des conduites sont de nature à susciter des préoccupations.

Jean-Michel Gamano

(1) Philosophe et ergologue français, auteur notamment de « Expérience et connaissance du travail », Éditions sociales 1988
(2) La nature est le seul médecin »,adage traditionnel repriiis entre autres par Ambroise Paré
(3) « D’abord, ne pas nuire », idem

André Chassaigne. « Croyants et communistes ont à cœur la fraternité et l’égalité » (La Marseillaise)

André Chassaigne, maire de Saint-Amant-Roche-Savine (530 habitants dans le Livradois) pendant 27 ans, député du Puy-de-Dôme pendant 23 ans, a raccroché en 2025. Il publie, en cette rentrée politique, « Cheminement en terre chrétienne ». L’ouvrage(*) se conclut par une somme de réflexions sur les rôles respectifs du religieux et du politique.

La Marseillaise : On assimile souvent la doctrine marxiste au message évangélique. La première a été pervertie comme l’on sait, tandis que le second a permis la domination de la classe bourgeoise. Comment expliquez-vous cette dérive ?

André Chassaigne : Cela s’explique par le fait que dans l’ancien régime, l’Église catholique était étroitement liée au pouvoir politique. Au fil des siècles, l’absolutisme était devenu inséparable du catholicisme. L’absolutisme royal n’a tenu que parce qu’il avait le soutien de l’Église catholique. C’est la Révolution de 1789 qui a renversé le pouvoir d’une Église qui a tenté ensuite de revenir en première ligne. Mais le principe de la laïcité était posé. Ce grand acquis est un pur produit de la Révolution.

La Marseillaise : Laquelle laïcité a connu heurs et malheurs au cours du XIXe siècle jusqu’à la loi de 1905…

André Chassaigne : Mais depuis le Siècle des Lumières, les tentatives de la hiérarchie de l’Église catholique de revenir politiquement au premier plan ont échoué. Paradoxalement et à terme, la laïcité, telle qu’elle a émergé avec la Révolution, a été un bienfait pour l’Église elle-même. Elle aboutira en 1905 à une loi de la séparation des Églises et de l’État qui assure à chacun la liberté de conscience.

La Marseillaise : Actuellement, la laïcité, telle qu’elle a été conçue en 1905, a été accaparée par l’extrême droite pour en faire un cheval de bataille contre les musulmans.

André Chassaigne : Ce sujet réel est abordé dans mon livre. Il faut lutter contre l’idée qu’une religion serait incompatible avec la laïcité. Cette conquête qu’est la laïcité doit permettre à chaque religion de se développer sans intervenir dans la sphère publique. Il y a une dérive de l’islam extrémiste qui voudrait qu’il n’y ait pas de séparation entre religion et pouvoir politique, en imposant que les principes religieux commandent aussi l’ordre politique. J’essaie de montrer qu’il y a une grande majorité de musulmans qui vivent et pratiquent dans un cadre laïc. La grande erreur consisterait à stigmatiser les musulmans en les amalgamant à l’islamisme radical. Cette attitude ne peut produire que des frustrations, pousser même certains à rejoindre ce courant religieux réactionnaire et profondément antidémocratique. Il est donc important de démontrer qu’il n’y a pas d’exclusion dans les principes de la laïcité, comme dans les luttes sociales, et inviter tout un chacun à faire société au-delà de ses croyances. Déjà, en 1936, quand le fascisme menaçait la France, cette démarche a inspiré Maurice Thorez, qui a lancé son appel aux catholiques [« La main tendue », Ndlr]. Ensuite, en 1976, Georges Marchais a élargi cet appel à l’ensemble des chrétiens. Désormais, compte tenu de l’évolution de la société, il faut étendre cette démarche. Je pense qu’il serait bon de lancer un appel à l’ensemble des croyants, et notamment les musulmans qui risquent d’être instrumentalisés par les extrémistes radicaux. Il serait dangereux de prendre prétexte de l’islamisme radical pour changer la loi de séparation des Églises et de l’État avec, in fine, l’objectif d’exclure une partie des citoyens.

La Marseillaise : Lorsque vous parlez d’un « appel aux croyants », n’est-ce pas une cause perdue dès lors que les sondages montrent qu’en France, 40 % de la population se dit d’origine catholique et que moins de 5 % sont pratiquants ?

André Chassaigne : Il est bon de réaffirmer des principes. Mais en adressant cet appel à tous les croyants, notamment aux chrétiens, musulmans, juifs, il doit rappeler que tous sont égaux et considérés comme tels par notre République laïque, qu’ils doivent eux-mêmes protéger.

La Marseillaise : Un milliardaire présenté comme « fervent catholique » tente actuellement de rallier par des médias populistes les classes populaires à un vote d’extrême droite. Comment le Parti communiste peut-il réagir ?

André Chassaigne : C’est encore l’un des objets du livre. Je fais « appel » à l’image de Jésus pour que l’on puisse se retrouver dans une société qui ne brime pas les individus au titre de leur religion, de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique, voire sociale. Que l’on puisse se retrouver, s’unir contre ce fléau commun, l’argent-roi, qui aboutit à asservir les êtres, piller les ressources naturelles et mépriser les peuples. Il est le terreau des fondamentalistes en tous genres. Je rappelle que l’essence même du christianisme est incompatible avec les adeptes de la haine et de cet argent-roi. Il n’échappe à personne que certains essaient d’instrumentaliser l’Église pour servir des causes réactionnaires de rejet de l’autre, visant à préserver la domination financière d’une « caste ».

La Marseillaise : N’est-il pas paradoxal que le même Jésus auquel vous vous référez soit commun en Amérique latine à la fois aux théologiens de la Libération, qu’on rapproche à la gauche, et aux évangéliques, soutiens acharnés de l’extrême droite ?

André Chassaigne : C’est une dérive. Je ne me suis pas particulièrement penché sur ce que pensent les différents courants évangéliques, c’est un paradoxe qui mérite d’être débattu avec les chrétiens eux-mêmes. Pour ma part, j’ai aussi voulu montrer qu’on peut se retrouver pour constituer une société protectrice, libératrice et respectueuse de tout le monde et de chacun. L’Église a évolué sur les questions sociétales et morales. J’ai voulu valoriser cette mutation en soulignant ce qui va, à mes yeux, dans le bon sens. C’est pour cela que je rappelle la théologie de la Libération et le rôle de certains papes. Les propos du pape François sont puissants et justes, il faut les valoriser davantage, d’autant qu’ils sont rejetés parfois par des intégristes, au sein même de l’Église.

La Marseillaise : Cette mutation sociétale de l’Église catholique que vous évoquez est-elle bien réelle lorsque ses évêques enjoignent aux sénateurs de s’opposer à la loi sur la fin de vie ?

André Chassaigne : À titre personnel, je n’étais pas favorable à cette loi sur la fin de vie. Mais j’estime que les évêques n’auraient pas dû intervenir. Il n’est pas dans leur rôle de s’adresser aux parlementaires. C’est même contre-productif : cela signifiait une opposition au titre d’une vision chrétienne et morale, alors que l’on pouvait invoquer une approche sociétale du problème. Je vis dans un milieu rural où j’assiste à un phénomène terrible. Des personnes âgées vivant en Ehpad culpabilisent de continuer à vivre parce qu’elles sont en train de liquider le peu de biens qu’elles peuvent laisser à leurs enfants. C’est une vraie question posée à notre société et son système.

La Marseillaise : Puisque vous venez d’y faire allusion, un communisme rural est-il encore imaginable à l’heure où, après avoir conquis les territoires industriels en déshérence, l’extrême droite gagne des points dans la France profonde ?

André Chassaigne : C’est un terreau fertile parce qu’il y a une grande souffrance, due notamment à l’abandon des services publics, une perte de valeurs républicaines et démocratiques qui incite à voter pour le Rassemblement national. C’est une expression politique au premier degré. Au lieu de stigmatiser ceux qui utilisent ce vote pour exprimer leur mécontentement, il nous faut démontrer que le vote d’extrême droite n’est pas une solution et aggraverait même la situation. Le communisme rural s’est construit sur ce que l’on appelle « la famille large », par les contacts de proximité et de solidarité. Voilà pourquoi, nous organisons deux fois par an à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, une vente solidaire de fruits et légumes, qui attire un monde considérable et qui nous permet de discuter avec les gens. Le Parti communiste est vécu comme une grande famille et cette fraternité vécue fait tache d’huile.

La Marseillaise : Quel rôle communistes et catholiques de France peuvent-ils jouer actuellement ?

André Chassaigne : Les communistes et les catholiques – dont certains sont d’ailleurs membres du PCF – partagent deux valeurs essentielles : la fraternité, que je viens d’évoquer, et l’égalité. Or, ce principe d’égalité est aujourd’hui durement mis à mal, aussi bien par ceux qui défendent le système actuel que par les radicaux religieux de tous bords. Si nous voulons vivre dans une société apaisée, soucieuse du bien-être individuel comme du bien commun – aspiration profonde de la majorité de nos concitoyens –, il est temps de réagir et de rassembler nos forces. « Vous êtes tous frères », affirme Jésus dans l’Évangile selon Saint Matthieu. « Nous sommes tous égaux », confirment les communistes français. Ces deux convictions forment une cause commune. Face aux menaces qui se dessinent et à ceux qui prospèrent sur les divisions, l’urgence est de nous unir. Unir nos forces pour faire barrage aux faiseurs de haine et de division, et faire triompher une société fondée concrètement sur la Fraternité et l’Égalité.

Entretien réalisé par Alain Bradfer (La Marseillaise, le 2 septembre 2026)

(*) « Cheminement d’un communiste en terre chrétienne », aux Éditions Deborée, 184 pages, 22 euros.

Guillaume Roubaud-Quashie. « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée » (La Marseilllaise)

Guillaume Roubaud-Quashie, président de la Fondation Gabriel-Péri, appelle à défendre les structures « qui font vivre le débat public ». Il s’est rendu à Matignon la semaine dernière pour alerter le Premier ministre sur les difficultés financières de l’établissement d’utilité publique.

La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

La Marseillaise : Cet affaiblissement des fondations politiques représente-t-il un danger pour le débat démocratique ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

La Marseillaise : Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

La Marseillaise : Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

Guillaume Roubaud-Quashie : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro (La Marseillaise, le 3 août 2026)