Le Parti communiste a une nouvelle fois remporté les élections municipales à Graz, en Autriche, dimanche 28 juin, après sa victoire surprise il y a cinq ans. Le résultat d’un travail de proximité conduit par la maire Elke Kahr.
Une fois encore, la surprise était au rendez-vous. Si la réélection d’Elke Kahr, première maire communiste de Graz, deuxième ville d’Autriche avec plus de 300 000 habitant·es, était annoncée, le score réalisé par son parti, le KPÖ, l’était beaucoup moins. Les communistes ont recueilli près de 36 % des suffrages lors des élections municipales dimanche 28 juin. Une progression de sept points par rapport au précédent scrutin, il y a cinq ans, dont ils étaient déjà sortis en tête, provoquant la stupeur parmi les commentateurs politiques.
Cette large victoire vient conforter la stratégie du parti et de sa cheffe, Elke Kahr, qui mise sur la proximité et cultive son image d’élue accessible. Elle a ainsi renoncé à utiliser la voiture de fonction de la mairie et lorsque la ville a été endeuillée, il y a un an, par une fusillade meurtrière dans un lycée, elle a foncé sur place au volant de sa vieille Citroën, rapporte le quotidien Der Standard.
Selon le journal, il y a deux mois, lors d’un incendie, elle s’est une nouvelle fois rendue sur place et a conduit elle-même un habitant qui venait de perdre son appartement dans un logement de substitution. L’élue reçoit régulièrement les habitant·es pour évoquer leurs problèmes : logement, difficultés financières, emploi.
Mediapart avait assisté il y a cinq ans à l’un de ces rendez-vous où Elke Kahr avait aidé une vieille dame à trouver un nouveau logement ou une jeune fille à financer l’opération de son chien. Car, à Graz, le KPÖ ne se contente pas de prodiguer des conseils, il peut parfois fournir une aide financière aux habitant·es, en partie prélevée sur le salaire de ses élu·es.
Elke Kahr reverse ainsi plus des deux tiers de son salaire de maire et conserve 2 300 euros par mois. Les autres élu·es du KPÖ font de même et, chaque année, le parti organise une conférence de presse pour présenter le montant total de ces dons : plus de 300 000 euros en 2025, qui ont bénéficié à plus de 2 500 foyers.
De quoi faire grincer des dents certain·es opposant·es qui dénoncent une démarche populiste, voire un achat de voix. Cette pratique existe toutefois depuis 1988 et fait désormais partie intégrante de l’ADN du KPÖ à Graz. Depuis 2005, Elke Kahr aurait ainsi reversée 1,3 million d’euros.
Cette image d’élue de proximité, consciente des difficultés de ses administré·es, explique en partie les succès électoraux des communistes : « La dimension personnelle est importante. Elke Kahr peut toucher un public allant au-delà de la base électorale habituelle du KPÖ », analyse Matthias Kaltenegger, politiste à l’université de Vienne, dans un entretien à Mediapart.
La faiblesse du parti au niveau national – 2,4 % des suffrages lors des dernières élections législatives en 2024 – peut par ailleurs jouer en sa faveur à l’échelon local, en mobilisant les votes contestataires, selon le chercheur : « Le Parti communiste n’est plus représenté au Parlement depuis les années 1950. Il critique le système politique dans son programme, il peut donc aussi attirer des personnes qui voient les institutions politiques d’un mauvais œil. »
Autre pilier de l’identité politique du parti : le logement. En 1992, Ernest Kaltenegger, architecte des premières victoires du KPÖ, met en place le Mieternotruf, « le numéro d’appel d’urgence pour les locataires », qui existe toujours. En le composant, les habitant·es de Graz peuvent recevoir des conseils du KPÖ dans le cas d’une mésentente avec un propriétaire, pour des problèmes de retour de caution ou encore pour faire vérifier leur contrat de location pour voir si les divers coûts annexes ne sont pas trop élevés.
Depuis, le parti n’a cessé de s’investir dans ce domaine. Pendant ses cinq années à la tête de la ville, 420 nouveaux logements communaux, des logements sociaux détenus par la ville, ont été livrés. La municipalité a acquis des terrains pour construire d’autres habitations et pour développer les transports en commun. L’exécutif municipal a par ailleurs décidé de faire passer de cinq à un an le délai de résidence dans la ville pour pouvoir bénéficier d’un logement communal.
Cette politique sociale a valu à Elke Kahr d’être désignée en 2024 « meilleure maire au monde » par la City Mayors Foundation, une fondation londonienne qui a souligné « son dévouement et son altruisme au service de sa ville et de ses citoyens ».
Des mesures qui doivent toutefois être financées. Or la municipalité est aujourd’hui endettée à hauteur de 2 milliards d’euros. Interrogée par la télévision publique ORF à ce sujet, Elke Kahr a rappelé que son équipe avait hérité d’une dette de 1,6 milliard, tout en assumant ses dépenses dans le logement et les infrastructures publiques. Elle a toutefois admis devoir procéder à des « réajustements structurels », en précisant : « Mais sans que cela porte préjudice à la population. »
Autre point de tension : la politique de développement des transports publics, perçue par une partie de la population comme hostile aux automobilistes. 1 500 places de stationnement ont notamment été supprimées. De quoi limiter l’attractivité du centre-ville et l’activité des commerces, selon les critiques. « Il faut se demander qui tient ce genre de propos et pourquoi. En réalité, grâce au développement des transports en commun, des espaces verts, le centre-ville devient plus attractif », a répondu la maire dans son entretien à l’ORF.
Autre enseignement notable de ce scrutin : le faible score du FPÖ, parti d’extrême droite autrichien, arrivé en quatrième position avec 12 % des suffrages. Il gouverne pourtant la région et représente la première force politique du pays.
Un résultat qui s’explique par le traditionnel clivage électoral entre grandes villes et zones rurales, mais aussi par une affaire de corruption qui continue de plomber le FPÖ à Graz, estime Matthias Kaltenegger.
Grâce à ce résultat, le KPÖ, qui gouvernait jusqu’à présent avec deux autres partis, les sociaux-démocrates du SPÖ et les Verts (Die Grünen), pourrait se limiter à un partenaire de coalition, a priori les écologistes. Elke Kahr a toutefois promis de mener des négociations avec tous les partis avant de prendre sa décision. Une chose est sûre, la première maire communiste de l’histoire de Graz le restera.
Vianey Lorin (Médiapart, le 29 juin 2026)
