Depuis 2020, avec Louis Aliot (RN), Perpignan n’est plus « la Catalane ». Les panneaux d’entrée de ville ont été remplacés par « Perpignan la rayonnante », et les subventions aux associations catalanistes ont été purement et simplement supprimées.
Tout a commencé avec la marque « Perpignan la Catalane », déposée dans les années 1990 par Jaume Roure, figure historique du catalanisme local. La mairie a refusé de renouveler son enregistrement, et engagé une procédure judiciaire pour « dépôt frauduleux », accusant Jaume Roure de nuire à l’image de la ville. Résultat : plus de 6 000 euros de frais d’avocats pour ce dernier. « L’idée est de nous taper au portefeuille », dénonce-t-il. Mais au-delà de l’aspect financier, c’est bien l’identité même de Perpignan qui est en jeu.
Les associations qui promeuvent la langue et la culture catalane ont payé le prix fort. L’association La Bressola, qui milite pour la « récupération de la langue et la culture catalane », a perdu 60 000 euros de subventions. D’autres, comme Òmnium Cultural Catalunya Nord, refusent désormais de demander des aides à la mairie, par principe. « On ne veut pas blanchir la politique d’effacement du RN », explique Guillem Dalmau, son président. Les cours de catalan, suivis par 700 élèves, sont devenus déficitaires, et l’avenir de ces structures est menacé.
Des deux côtés de la frontière
Les liens avec Barcelone se sont raréfiés, les célébrations en catalan sont interdites, et les projets éducatifs immersifs, comme celui de La Bressola, ont été bloqués par des manœuvres administratives. « Ce qui gêne le RN, c’est que le catalanisme est transfrontalier », analyse Brice Lafontaine, ancien conseiller municipal. Pour le RN, il s’agit de tracer une limite géographique claire : ici, on est roussillonnais, donc français. Point final.
La stratégie de Louis Aliot est claire : normaliser Perpignan en gommant son identité catalane, ou du moins en la réduisant à un folklore inoffensif. Les Dragons catalans ou les feux de la Saint-Jean peuvent être mis en avant, mais les cours de catalan, les écoles immersives ou les liens avec la Catalogne espagnole sont des cibles.
Cette politique interroge : jusqu’où ira l’effacement de l’identité régionale au profit d’un nationalisme étriqué ? À Perpignan, la résistance s’organise, mais le combat est inégal. Les associations catalanistes, privées de moyens, tentent de survivre. Les citoyens, attachés à leur langue et leur culture, refusent de voir leur histoire réécrite. Il est donc important de déchoir le RN de son piedestal perpignanais pour sauver la catalanité.
Dominique Gerbault
