Au Mémorial du camps de Rivesaltes : « se souvenir a encore de l’avenir » (L’Indep)

Inauguré hier, le nouveau parcours visiteurs du Mémorial du camp de Rivesaltes ouvre une nouvelle étape dans l’histoire intranquille de ce lieu unique en région. La cérémonie, en présence de la ministre déléguée aux Anciens combattants, a donné le ton d’un « An Il » déterminé à résister aux falsificateurs de mémoires.

Éperon rocheux sur lequel se fracassent les velléités de réécriture de l’histoire, le Mémorial du camp de Rivesaltes est entré hier dans son deuxième âge. Pas celui d’une « maturité » qui serait trop sage pour sa mission, mais l’âge d’une assurance acquise dans le travail des historiens. Un travail qui se poursuit, et qui enrichit sans cesse une collection permanente désormais exposée de façon plus claire, plus accessible et toujours rigoureuse.

Clair, accessible, rigoureux

La raison d’être du Mémorial s’affirme donc encore. Les nouveaux outils pour transmettre les mémoires des différentes populations un jour internées ici, permettent à la directrice, Céline Sala-Pons, d’assurer que « se souvenir a encore de l’avenir ». Et à la présidente d’Occitanie, Carole Delga, de délivrer un discours très politique, une grosse charge contre l’extrême droite (invité, le maire RN de Perpignan était absent, celui de Rivesaltes ne s’est pas attardé). Jusqu’à rappeler que cette refonte du parcours mémoriel « a été rendue possible aussi grâce aux financements de l’Europe, c’est important que le drapeau européen continue à flotter ». Référence aux nouveaux maires RN de Carcassonne ou Canohès qui les ont retirés des frontons.

« Falsifier l’histoire c’est fracturer la société »

« Ici, des femmes et des hommes jugés indésirables ont connu l’enter », a-t-elle rappelé. « Ce mémorial incarne un message: il n’y a pas d’indésirables ni de damnés de la terre mais qu’une seule race, l’humanité. C’est pourquoi on doit continuer à travailler ensemble pour que ce lieu apporte la connaissance de la mémoire et des atrocités ». À revers des discours révisionnistes qui circulent à la vitesse du mensonge.

« On voit qu’à travers les atteintes aux récits historiques, c’est la vérité qui est falsifiée et c’est le propre des populistes de manipuler le peuple en mentant sur l’histoire et en réécrivant un récit historique. Falsifier l’histoire c’est fracturer la société », a averti Carole Delga. « Fraternité est le mot qui vous accueille ici, et ce camp est l’illustration de la banalité du mal, le mal arrive à pas feutrés. Les grands bouleversements et les atrocités arrivent à la suite de petits renoncements. Ici, on ne renonce jamais ».

« Témoigner et transmettre est l’acte le plus républicain qui soit »

La ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants, Alice Rufo, a souligné « l’humilité de ce lieu » et insisté : « Témoigner et transmettre est l’acte le plus républicain qui soit ». « Oui, il y a eu en France des camps, on a voulu effacer cette histoire, a-t-elle ajouté. Il ne le faut pas parce que la vérité est ce qui nous construit. L’exigence scientifique est essentielle à cela. Partout où on oublie la vérité, on sacrifie l’avenir. Tous ceux qui veulent réviser et falsifier l’histoire préparent des guerres, celle qui se déroule à l’est (en Ukraine) a été précédée par la volonté de réécrire l’histoire ».

Alors oui, comme l’ont constaté le public présent hier et les premiers visiteurs, au Mémorial du camp de Rivesaltes, « se souvenir a encore de l’avenir ».

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 30 mai 2026)

« Des tentatives de déstabilisation odieuses »

Après avoir rappelé les rôles déterminants de Christian Bourquin, Georges Frêche, le soutien de Robert Badinter et la découverte de fichiers juifs par le journaliste de L’Indépendant, Joël Mettay, la présidente du Département est aussi allée sur le terrain politique.

Visant le Rassemblement national, Hermeline Malherbe a « déploré que le Mémorial soit la cible de tentatives de déstabilisation odieuses de certains qui falsifient l’histoire. Mais ici nous nous plaçons au-dessus de ces polémiques ». L’élue faisait notamment référence aux propos de Laurent Jacobelli (député RN) puis de Frédéric Gourier (élu RN à Perpignan et conseiller régional) qui affirmaient faussement que la mémoire des harkis était « invisibilisée » au Mémorial. Ce qui avait au mieux interloqué, au pire choqué tous ceux qui connaissent le lieu, ainsi que les harkis eux-mêmes.

L’Indépendant, le 30 mai 2026

Nouveau parcours visiteurs au Mémorial du camp de Rivesaltes (L’Indep)

Lieu de mémoire essentiel à l’éclairage du passé autant que du présent, le Mémorial du camp de Rivesaltes bénéficie d’une refonte de son exposition permanente onze ans après son inauguration. Une réussite.

« Au Mémorial du camp de Rivesaltes, le passé ne dort pas. Il travaille le présent ». Ainsi parle celle qui y veille, sa directrice, Céline Sala Pons. Car la volonté de cette refonte est claire : le site doit être, doit rester, un lieu vivant connecté au présent et surtout pas un sanctuaire. « Nous n’avons pas voulu faire un musée plus moderne mais un lieu plus exigeant. Faire de la mémoire non un refuge mais un levier pour comprendre hier et penser demain », résume-t-elle encore.

Un archipel de l’internement

Dans cette optique, la monumentale table centrale est conservée. Émergeant de la presque pénombre qui enveloppe le cœur du Mémorial, elle permet de relier les différentes populations qui se sont croisées dans le camp. Plus de 60 000 hommes, femmes et enfants. Celles et ceux « qui ont tant souffert à Rivesaltes », souligne le site. Cette table pivot présente l’essentiel : les différentes périodes du camp et les différentes « intensités » d’internement, de déportation ou de relégation. Mais, et c’est la nouveauté, elle est désormais accompagnée de six ilots. L’ensemble forme un archipel de l’internement en France, entre 1939 et 2007. Une présentation inédite via cette « frise » qui court des exilés venus d’Espagne de l’ilot 1 à l’après-camp de l’ilot 6. Le choix du mot « ilot » renvoie intentionnellement aux baraquements qui poussaient sur ce camp militaire à mesure que l’histoire de France enfantait ses naufragés.

L’ilot 1 raconte la Retirada, l’ilot 2 le début de la Seconde Guerre mondiale et Vichy, l’ilot 3 braque (enfin) davantage les projecteurs sur les « Justes » du camp de Rivesaltes, l’Ilot 4 sur leurs pendants collaborateurs qui ont raflé et déporté, l’ilot 5 sur les harkis, la population la plus nombreuse jamais internée au camp, l’ilot 6 sur l’existence presque miraculeuse de ce Mémorial, longtemps laissé dans un oubli bien confortable.

Les « Justes » en lumière

« Depuis dix ans, le savoir historique sur le lieu et le vécu des différentes populations qui y ont été internées ou rassemblées a progressé », constate le président du Conseil scientifique, Laurent Joly. Les derniers travaux des historiens se trouvent ainsi valorisés dans le nouveau parcours muséal. Précisément « l’organisation des ilots, leur répartition entre l’armée (partie militaire du site) et le ministère de l’Intérieur (camp d’internement) seront montrées de manière plus claire mais aussi plus palpable qu’auparavant », annonce-t-il. « Le rôle du camp dans le dispositif génocidaire de l’été-automne 1942 en zone libre est lui aussi mieux connu depuis les travaux d’Alexandre Doulut(*), ajoute Laurent Joly. On sait désormais pourquoi tant de familles juives passées par Rivesaltes ont pu échapper à la mort, tandis que 2 300 individus ont été déportés à Auschwitz-Birkenau ». Le rôle des « Justes » mis en lumière. La refonte du Mémorial, très réussie, rend ainsi davantage justice à ceux qui y ont été enfermés et ceux qui leur ont porté secours.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

(*) « La Déportation des Juifs de France, changement d’échelle » (CNRS Éditions).

Carole Delga. « S’ériger en gardien de l’Histoire »

Présidente du conseil d’administration de l’EPCC Mémorial du camp de Rivesaltes, Carole Delga est aussi, via la Région Occitanie, l’un des principaux soutiens de ce lieu de mémoire unique dans la région.

La Région investit plus d’un million d’euros(*) dans la refonte du parcours visiteurs du mémorial, qu’est-ce qui exigeait cet effort financier ?

Le Mémorial un lieu de la mémoire vivante de notre monde contemporain et son historiographie ne cesse de progresser. Nous nous devons de continuer à transmettre l’histoire des plus de 60 000 personnes qui y ont été internées. Je souhaite en cela rendre hommage à Jacques Chamoux, Joël Mettay et Claude Vauchez et à tous les militants de la mémoire qui ont œuvré pour qu’elle ne tombe jamais dans l’oubli. C’est la raison d’être de ce nouveau parcours d’exposition actualisé, modernisé et réalisé sous maitrise d’ouvrage de la Région, avec le soutien du Département et de l’Europe. Avec toujours la même ambition, celle que portait Christian Bourquin: faire du Mémorial un lieu de réparation, de réflexion et de transmission.

Ce lieu est évidemment politique, quel est son rôle en 2026, dix ans après son ouverture ?

Les attaques récentes portées par le RN contre le Mémorial et ses équipes doivent nous alerter. Elles sont le signe d’un glissement politique qui s’opère dans de nombreuses démocraties, où nous voyons à grande échelle se multiplier les tentatives de réécriture et de falsification de l’histoire. Je viens de sortir un livre sur Léon Blum et le procès de Riom qui résonne avec le moment que nous vivons, marqué par la réélection de Donald Trump, l’influence d’Elon Musk, le règne des algorithmes ou encore les ingérences étrangères. Lorsque le récit historique devient l’instrument de projets politiques, alors le danger n’est jamais loin et nous devons nous y opposer et rétablir la vérité des faits. C’est le rôle de ce Mémorial et de son conseil scientifique dirigé par Laurent Joly : Sériger en gardien de l’Histoire.

Le public des scolaires est très présent à Rivesaltes (20 000 par an), comment inciteriez-vous le grand public, dont la population locale, à rencontrer son histoire ?

Chaque année, les équipes pédagogiques du Mémorial travaillent avec les jeunes d’Occitanie pour opposer aux approximations les faits, les témoignages et les archives. Chaque année, la Région permet a de nombreux lycéens de se rendre à Auschwitz et Rivesaltes pour travailler sur le devoir de mémoire. Avec cette nouvelle exposition permanente, nous disons à tous les habitants d’Occitanie que cette histoire, celle de notre territoire, c’est leur histoire. La connaître, la comprendre, se l’approprier, c’est se porter garants de la démocratie de demain.

Recueilli par F. Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

(*) Le coût total de 2,6 millions d’euros est supporté par les fonds européens FEDER (1,13 ME), la Région Occitanie (1,05 M€) et le conseil départemental des P.-O. (408000 €).

Alice Rufo. « Préserver ce lieu est une priorité »

Alice Rufo est ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants.

Vous serez ce vendredi à l’inauguration de la nouvelle muséographie du Mémorial du camp de Rivesaltes, ce sera votre premier passage ici. Qu’attendez-vous de ce nouveau parcours ?

Dès ma prise de fonction, j’ai exprimé le souhait de venir au Mémorial du camp de Rivesaltes. Celui-ci entre en pleine résonance avec la politique mémorielle du ministère des Armées et des Anciens combattants que je porte et que je souhaite perpétuer à travers les Assises du Monde combattant lancées en avril dernier. À l’heure où disparaissent les derniers témoins, il est essentiel de pouvoir conserver des traces de leurs témoignages et de savoir les restituer et les transmettre aux jeunes générations.

La singularité de ce mémorial est qu’il témoigne de l’enfermement de Républicains espagnols, juifs, harkis, tsiganes, soldats allemands, prisonniers FLN… un cas unique en France…

Cas unique et qu’il est important de conserver, encourager et soutenir. Le mémorial réussit à préserver et transmettre ces différentes mémoires, liées à la fonction du camp militaire de Rivesaltes comme camp de rétention entre 1941 et 1966 sans les opposer les unes entre elles, avec une approche scientifique qu’il faut maintenir. La nécessité de préserver ce lieu est apparue comme une priorité et a été portée notamment par Robert Badinter, parrain du Mémorial.

À Rivesaltes, des ossements d’enfants harkis morts au camp ont été exhumés et déplacés sans avertir les familles qui cherchent à identifier les leurs. Quelles informations a le ministère ?

Ce dossier, particulièrement sensible et douloureux pour les familles, est suivi de près par le ministère des Armées et des Anciens combattants. Nous souhaitons faire toute la lumière sur ces faits. Des réponses ont notamment pu être apportées aux familles. Je sais qu’il reste encore des zones d’ombre, des choix à faire par les familles concernées et avec la Ville de Rivesaltes. Nous continuons de travailler en lien étroit avec l’ensemble des acteurs locaux, bien sûr la préfecture et l’Office national des combattants. Je suis ce dossier et nous sommes régulièrement informés des avancées.

Vous faites un déplacement mémoriel dans le département, aussi à Port-Vendres et à Thuir avec des collégiens qui travaillent sur la déportation des juifs de Rivesaltes. Comment l’État soutient-il la transmission de ces mémoires ?

Le monument à la mémoire des militaires français portés disparus en Algérie de Port-Vendres est érigé, grâce à l’accueil de la ville et à la générosité de plus de 2 500 donateurs individuels, de 150 associations et au concours du ministère des Armées. Il est le produit d’un double combat politique et archivistique de l’association Soldis et de son président le général Foumier qui se consacre à la reconnaissance et la découverte des soldats français encore disparus de la guerre d’Algérie. Ce travail de mémoire et de transmission est d’autant plus important ces temps-ci que les mémoires sont instrumentalisées par certaines forces politiques. Comme l’a rappelé le Président de la République lors de sa visite à Alger en 2022, c’est une force que de pouvoir regarder l’histoire en face.

Vous étiez vous-même en Algérie au début du mois…

Oui, c’était l’un des sujets abordés avec les plus hautes autorités, et c’est pour cela que j’avais souhaité convier l’historien Benjamin Stora dans ma délégation. Ce travail nous devons le conduire avec lucidité. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai également souhaité que Françoise Dumas, présidente de la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d’Algérie, et Hocine Bouares, vétéran harkis, m’accompagnent. La transmission passe par notre jeunesse. A travers des projets pédagogiques comme ceux conduits avec le mémorial de Rivesaltes les élèves se confrontent au défi que constitue la recherche de la vérité dans les archives. Cela contribue aussi à développer chez eux les ressources d’une citoyenneté renforcée. C’est précisément cette force que transmettent les enseignants du collège de Thuir à leurs élèves.

Recueilli par F. Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

Un 8 mai 45 sous tension à Perpignan

Ce vendredi 8 mai 2026, notre Collectif « Pour une histoire franco algérienne non falsifiée » a organisé la commémoration de l’Autre 8 mai 45 en Algérie sous forme d’un dépôt de gerbe et de prises de parole en hommage aux victimes algériennes de la répression coloniale.

Ce rassemblement pacifique, déclaré et autorisé, ne présentait aucun trouble à l’ordre public.

Or, il a fait l’objet d’une irruption de la police nationale motivée par la présence d’un drapeau palestinien, avec menace de verbalisation en application d’un arrêté que les fonctionnaires de police ont été dans l’incapacité de produire.

Chercher à dicter, par la force, aux organisateurs d’une initiative associative, qui est autorisé (ou pas) à assister à une commémoration et à s’identifier par le biais d’un étendard, interroge le respect de la liberté d’expression dont le droit de manifestation est partie intégrante.

Nous tenons donc à porter à votre connaissance cet incident qui s’inscrit dans une certaine continuité de tentatives d’intimidation, à la veille de la tenue à Perpignan du « Printemps de la liberté d’expression » … de l’extrême droite (29-31 mai 2026).

Nous adressons par ailleurs un courrier de protestation au préfet (voir ci-dessous).

Collectif « Pour une histoire franco-algérienne non falsifiée » : Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et leurs Ami.e.s (ANPNPA) ; ASTI ; Fédération franco-algérienne ; LDH66 ; Mouvement de la Paix ; MRAP66 ; NPA66 ; PCF66 ; Pour la mémoire, contre l’oubli ; Survie

Vernet-les-Bains. 8-Mai : résistance, espoir et solidarité (L’Indep)

Première sortie en public officielle pour Pierre Serra, le maire, et son équipe municipale. Le public était nombreux pour écouter un discours de circonstances. Il avait même officiellement une délégation britannique sur cette place de l’Entente cordiale au monument aux Morts si particulier. Marseillaise et Chant des partisans, minute de silence, dépôt de gerbe, mais aussi sur discours qui peut être qualifié de résistance, très républicain aux profondes réflexions sur les temps passés, ceux que nous vivons et sur le futur que nous préparons. « L’engagement la transmission et l’espoir » sont les outils de notre immense responsabilité à l’image des actes « de nos héros et résistants anonymes ou connus » qui peu à peu disparaissent. Car « l’histoire bégaye » et la tentation est grande de « laisser les algorithmes et les puissances décider à notre place ». C’est par notre « sens critique que nous ne devons pas nous laisser gouverner par la peur » car ajoute-t-il, « il nous faut continuer, ensemble, à transmettre aux jeunes générations les valeurs qui font de nous une nation unie et solidaire, une nation dont nous sommes fiers ».

Cet exposé sur la foi des échos du public entendus lors de l’apéritif républicain qui a suivi, s’il était à la fois réconciliateur et très critique, n’a laissé personne indifférent. Il a été apprécie par sa clarté et a suscité bien des réflexions. Comme une subite prise de conscience des enjeux et de l’époque Et si c’était bien le but de cette journée du souvenir ?

Daniel Capdet (L’Indépendant, le 13 mai 2026)

Discours de Pierre Serra, maire de Vernet-les-Bains, lors de la cérémonie du 8 mai

Mesdames et messieurs les représentants des associations d’anciens combattants et du souvenir,
Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et messieurs les agents du SDIS, de la gendarmerie et de la PR,
Mesdames et messiers les agents des services municipaux,
Mesdames et messieurs les enseignants, les représentants de nos associations locales,
Mesdames et messieurs les élus du conseil municipal,
Mesdames, messieurs,
Chers amis, Chers enfants,

Nous commémorons aujourd’hui le 81ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, qui marque la fin de la seconde guerre mondiale. C’est une date gravée dans notre mémoire collective. C’est la victoire de celles et ceux qui depuis des années ont combattu pied à pied le nazisme mais aussi le fascisme en Italie, le franquisme en Espagne, et les régimes de collaboration et de soumission comme celui de Vichy.

Ce jour est un jour de souvenir. Mais il est aussi celui de l’engagement, de la transmission, et de l’espoir que nous portons ensemble pour les générations futures.

Transmettre aux jeunes générations est, pour nous, un devoir. Un devoir qui prend corps tout au long de l’année dans notre commune. À ce titre, je tiens à saluer les enseignants et les associations engagées qui s’efforcent à faire vivre la mémoire de l’histoire de notre Pays et de ceux qui la font, comme ceux qui s’engagèrent, tout près d’ici dans le maquis Henri Barbusse, pour défendre notre liberté.

Il y a 81 ans, l’Europe sortait de l’enfer. 60 millions de morts, des familles déchirées, des villes réduites en cendres. Derrière ces chiffres, il y a des noms, des visages, des destins. Des soldats tombés au combat, des civils massacrés, des déportés disparus dans la nuit des camps.

Face à la barbarie, des femmes et des hommes ont choisi de refuser la résignation et se sont soulevés. Ils étaient instituteurs, ouvriers, paysans, intellectuels. Parmi eux, Marc Bloch historien juif qui doit faire son entrée au Panthéon le mois prochain, mais aussi Lucie Aubrac femme engagée, ou Julien Panchot résistant communiste exécuté par les allemands nazis au site dit de la1 Pinouse à Valmanya, et tant d’autres, connus ou anonymes. Tous ont formé la Résistance, unis par un même idéal : celui d’une France libre, solidaire et fidèle à ses principes.

Le Conseil National de la Résistance, sous l’impulsion de Jean Moulin, a incarné cette espérance.

Leur programme, Les Jours heureux, était bien plus qu’un manifeste. C’était la promesse d’une société où la dignité humaine primerait sur les égoïsmes et les haines. Une société où la Sécurité sociale, l’école pour tous et le droit au travail ne seraient pas des privilèges, mais des droits.

Aujourd’hui, alors que les derniers témoins de cette époque nous quittent, notre responsabilité est immense. La mémoire est une flamme fragile que nous devons entretenir. Oui ! nous devons l’entretenir, puisque cette flamme est menacée : menacée par ceux qui, délibérément ou par ignorance, propagent la haine, la division et les fausses nouvelles.

Car souvenons nous : la guerre de 1939-1945 n’a pas surgi par hasard.

Elle a été rendue possible par l’effritement des démocraties, la montée des replis nationalistes, mais aussi par des complicités plus discrètes. Dans les années 30, alors que la République vacillait sous la pression des groupes factieux, certains cercles de la finance et de l’industrie ont regardé avec indulgence l’essor des régimes autoritaires en Europe. À leurs yeux, les conquêtes sociales portées par les mouvements populaires représentaient une menace plus importante et immédiate que ces régimes eux-mêmes. En se rendant complices de ceux qui se réclamaient de l’ordre, ils ont permis la mise en place d’un modèle de société excluant et injuste, en pensant servir prioritairement leur propre intérêt, et qui a conduit à une des catastrophes humaines majeure du XXème siècle.

De ces accointances et de ces calculs cyniques, nous devons nous souvenir ; car ce sont les signes d’une histoire qui bégaye.

À l’heure où les discours de haine, les replis identitaires et les positionnements simplistes prospèrent sur les réseaux sociaux comme sur certaines chaînes d’information en continu, il est essentiel de rappeler que l’ouverture aux autres et au monde n’est pas un renoncement à ce que nous sommes. Elle constitue au contraire une force, une richesse et l’une des conditions du vivre-ensemble.

Alors soyons vigilants et critiques. Ne laissons ni les algorithmes ni les puissances d’influence décider à notre place de notre destin. Ne laissons pas la peur dicter nos choix.

En ce 8 mai 2026, rendons hommage à celles et ceux qui ont défendu les valeurs affichées au frontons de nos mairies : liberté égalité et fraternité :

  • Aux soldats de le France et des nations alliées, venus de loin pour libérer les territoires occupés.
  • Aux résistants dont beaucoup ont payé de leur vie leur amour de la liberté.
  • Aux déportés, dont le martyre demeure un avertissement.
  • Aux civils, victimes innocentes d’une folie collective.

Leur sacrifice nous oblige à être dignes de leur héritage.

Clamons haut et fort notre ambition de paix pour tous les peuples. Et rappelons-nous que la paix n’est jamais un cadeau du ciel. Elle est un héritage à défendre, une promesse à tenir et un combat à mener contre l’ignorance et l’obscurantisme sous toutes leurs formes.

Œuvrons ensemble pour que notre commune, notre pays, notre continent demeurent des phares de paix, de tolérance et de fraternité.

Ne détournons jamais les yeux devant l’injustice ou la désinformation. Ne laissons jamais la haine l’emporter sur la raison.

Continuons, ensemble, à transmettre aux jeunes générations les valeurs qui font de nous une nation unie et solidaire, une nation dont nous sommes fiers.

Le 8 mai 1945 marquait la fin d’une guerre. Mais ce n’était pas la fin de l’Histoire.

L’Histoire, aujourd’hui encore, c’est nous qui l’écrivons par nos actes et par nos engagements.

Je vous remercie.

Ille-sur-Têt. Qui a volé la plaque rendant hommage à ces sœurs déportées ? (L’Indep)

La disparition de la plaque de rue des sœurs Juliette et Marcelle Molins, à l’angle de la rue Maurice Iché (route de Saint-Michel), le jour de la cérémonie nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, qui a eu lieu ce dimanche 26 avril au cimetière las Castillounes, en présence des élus, a semé un émoi au sein de la population illoise. Jérôme Panilla, président de l’association des Pavés catalans de la mémoire a tenu réagir. « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation. C’est en ce jour hautement symbolique qu’une main haineuse a choisi de dérober la plaque de rue au nom des sœurs Molins, résistantes, déportées à Ravensbrück ».

Rappelons que Juliette et Marcelle Molins, résistantes, ont été arrêtées par les Allemands le 25 avril 1944 dans la Maison de la presse qu’elles tenaient sur l’avenue Pasteur, a Ille, avant d’être déportées vers le terrible camps de Ravensbrück où, dans des conditions de détention très dures, partageant notamment le sort de Geneviève De Gaulle Anthonioz, elles ont survécu à ce voyage en enfer.

Des années plus tard, Juliette Lafont-Molins témoignera souvent de son expérience auprès des élèves du collège et rédigera d’excellents articles dans les Cahiers des amis du vieil Ille.

O. A. (L’Indépendant, le 28 avril 2026)

Hommage à Francine Sabaté morte en déportation en 1945 (L’Indep)

Discours marquants. Recueillement. Dépôt de gerbes. Au-delà du traditionnel cérémonial une vive émotion régnait ce vendredi au sein de la préfecture des Pyrénées-Orientales où, il y a plus de 80 ans, une certaine Francine Sabaté, jolie comme un cœur avec ses boucles châtains et son regard clair, était l’une des employées. « Elle a servi l’État avec dévouement et un sens aigu de sa tâche », rappelait dans son discours d’hommage à la jeune résistante l’actuel préfet Pierre Regnault de la Mothe.

Elle n’avait pas 25 ans quand la jeune fille, déportée avec sa maman, Joséphine, et sa sœur cadette, Odette, au camp de Ravensbrück est morte « de faim, de chagrin, sa mère l’avait précédée d’un mois au sein du tristement célèbre « convoi des sacrifiés », et de désespoir ». Odette fut la seule rescapée de la famille. Mais jusqu’au bout ces trois femmes, liées autant par un amour familial que par un engagement sans concession contre la barbarie à visage humain, se sont battues pour leurs idées et leurs convictions.

« C’est une histoire de femmes catalanes, et françaises, dont nous devons toujours nous souvenir, et qui nous oblige à jamais » a conclu sobrement le préfet.

Valerie Pons – Photo Nicolas Parent (L’Indépendant, le 25 avril 2026)

1920-1945 : l’art en exil entre au Mémorial du camp de Rivesaltes (L’Indep)

Baptisée « Les Jours clairs sont rares », la grande expo annuelle du Mémorial de Rivesaltes a été inaugurée hier. Jusqu’au 3 février 2027, elle propose un voyage immobile dans la France et les Pyrénées-Orientales des années 20 à la fin de la guerre, a travers le regard d’une vingtaine d’artistes juifs exilés. Première visite.

« Quand l’art devient un outil de mémoire ». La formule de la directrice du Mémorial du camp de Rivesaltes, l’historienne Céline Sala-Pons, résume la nature et l’objectif de la grande exposition ouverte hier. Mais au-delà, elle rappelle aussi la volonté de la structure de multiplier les canaux de diffusion des mémoires qu’elle conserve depuis maintenant dix ans.

Associé dans sa démarche au musée d’art moderne et à l’espace Machado de Collioure, soutenu par le musée de Céret, le Mémorial de Rivesaltes concentre là les témoignages précieux d’artistes juifs ayant fui l’Europe centrale. Des « artistes en exil, entre Europe en crise et refuge méditerranéen ». Aucun d’entre eux n’a été interné à Rivesaltes, tous ont vécu à une période ou une autre, à Céret, Collioure, Banyuls, Saint-Feliu d’Amont, Saint-Paul-de-Fenouillet, Canet-en-Roussillon. Ou Port-Vendres, comme Alice Hohermann, morte à Auschwitz et dont l’expo dévoile une délicate « Femme cubiste ».

Dans la violence de l’histoire

« L’art ne sauve pas », rappelle crûment la directrice du musée d’art moderne de Collioure, Claire Muchir. Il témoigne. Et pour aider le visiteur dans ses découvertes, la muséographie est riche d’une frise chronologique pour replacer l’artiste dans le contexte de ses créations, et d’une grande carte d’Europe où suivre les itinéraires de chaque artiste. Des périples qui, tous, convergent un jour vers le territoire catalan (jusqu’à Tossa de Mar).

Beaucoup ont peint Collioure. En 1936 pour Max Birrer. En 1921 pour Mela Muter qui y créera la section communiste. D’autres ont peint Céret. Pinchus Krémègne bien sûr, qui s’y est installé sur les conseils de Soutine. Mais aussi Arbit Blatas.

Artistes ressuscités

Autant d’artistes peu connus du grand public, voire de nombreux amateurs, ressuscités par des œuvres qui éclairent leur époque, et donc la nôtre. Car l’exil est une tragédie qui dévale les siècles, et avale les artistes aussi. Mais si « l’art ne sauve pas », les œuvres peuvent parler encore longtemps après la disparition de leurs auteurs. Pour peu qu’on les conserve. Otto Freundlich, réfugié dans les Pyrénées-Orientales dès 1940 avec son épouse Jeanne Kosnick-Kloss, a ainsi passé toute sa (courte) vie à lutter « contre la destruction de ses œuvres par les nazis et l’effacement de son art », apprend-on dans l’expo. Co-fondateur du constructivisme et de l’abstraction avec Kandinsky, il a été assassiné à Sobibor en 1943. Trois de ses œuvres dont un magnifique triptyque de mosaïques, sont visibles à Rivesaltes en attendant la grande expo consacrée au travail de ce « couple en exil », au musée d’art moderne de Collioure cet été 2026.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 20 mars 2026)

Les peintres exposés

Marc Chagall (1887-1985), Pinchus Krémègne, Otto Freundlich (assassiné à Lublin-Maidenek à l’age de 64 ans), Max Birrer (mort à Collioure en 1937), Arbit Blatas (1908-1999), Victor Brauner (1903-1966), Joseph Hecht (1891-1951), Alice Hohermann (assassinée à Sobibor à l’âge de 41 ans), Georges Kars (1882-1945), Emmanuel Katz (1894-1962), Michel Kikoïne (1892-1968), Jeanne Kosnick-Kloss (1892-1966), Mela Muter (1876-1967).

« Il y a 84 ans Pierre Sémard, cheminot CGT, était assassiné par les nazis » (L’Indep)

La date du 7 mars 1942 est inscrite dans le marbre. Hier, en gare de Perpignan, les syndicalistes CGT cheminots ont rendu hommage à Pierre Sémard, secrétaire général de la fédération fusillé par les nazis à l’âge de 55 ans. Rappelant que son nom et son exemple sont synonymes de « plus de 30 années de luttes, de combats et de sacrifices ».

Il est tombé en héros sous les balles ennemies. C’était le 7 mars 1942, à la prison d’Évreux. Pierre Sémard, 55 ans, était un syndicaliste français, secrétaire général de la Fédération des cheminots CGT et dirigeant du Parti communiste français, dont il fut secrétaire général de 1924 à 1929. Un homme de valeurs et de courage. Un héros de l’Histoire dont, 84 ans plus tard, la mémoire est à nouveau honorée par les cheminots de la France entière.

En gare de Perpignan, une cérémonie commémorative en son hommage s’est déroulée ce samedi 7 mars 2026 en matinée, face a la stèle en forme de roche érigée près du quai de la voie A.

Le porte-parole des cheminots, Mikaël Meusnier, a également évoqué la mémoire des « 8 938 cheminots qui y ont laissé la vie, des 15 977 qui ont été blessés pour faits de résistance et des 1 157 qui sont morts en déportation pour le simple fait d’avoir lutté pour la paix, l’indépendance et la liberté de notre pays ».

Il détaillait, « l’histoire nous montre qu’oublier les leçons tragiques du passé peut nous conduire à les revivre : les événements actuels prouvent qu’à tout moment le monde peut basculer dans l’horreur. Le racisme, la haine, le nationalisme et le refus de la différence peuvent conduire aux pires exactions ». Et revenant sur « le parcours exemplaire » de Pierre Sémard, il rappelait : « se souvenir de lui et l’honorer, c’est aussi, à notre niveau, faire acte de volontarisme pour défendre les mêmes valeurs humaines et le même ouvrage pour la paix ». Imaginant : « lui qui a été emprisonné pour avoir combattu la guerre au Maroc serait certainement atterré de constater à quel point les idées « coloniales » ont pu évoluer ».

Et de conclure sur une note sans ambiguïté : « rendre hommage à Pierre Semard doit se traduire par notre engagement sans faille contre les puissances financières et patronales et les forces politiques à leur solde. Poursuivre son œuvre aujourd’hui signifie aussi d’amplifier nos batailles sur l’emploi, les salaires et les retraites. »

Valérie Pons (L’Indépendant, le 8 mars 2026)

Saint-Laurent-de-Cerdans. Sur les pas de la Retirada (L’Indep)

Une quarantaine de Catalans du sud de la Marxa republicana de 1939 à la Garrotxa ont suivi les chemins empruntés par les 7 000 réfugiés ayant franchi la frontière en hiver 1939 pour fuir l’Espagne. Ils sont partis du refuge de Sant-Aniol-d’Aguja, en Catalogne sud. Ils ont été rejoints à la ferme en ruines de la Muga par Maryse Agont, la secrétaire de l’association culturelle catalane, qui les a accompagnés jusqu’à Saint-Laurent. Ils ont fait une pause à Pla Castanyer (hameau de Villeroge), où Michel Anrigo, ancien maire de Coustouges, leur a adressé quelques mots.

Une porte bleue

Ils ont ensuite gagné Saint-Laurent et la salle de l’Avenir, où Louis Caseilles, entouré de ses deux adjoints, de conseillers municipaux, dont Louise Vergés la présidente de l’Association culturelle catalane, et de villageois les attendaient. L’historien Raymond Sala a lu un poème bouleversant d’Alexandre Recasens. Ce dernier est arrivé d’Albanya, fin janvier 1939, a été hébergé et nourri par des Laurentins, moyennant quelques travaux. Ayant appris que son frère était détenu au camp de Saint-Cyprien, il a décidé de le rejoindre. Il a alors écrit ce poème en lanque catalane, dont les paroles apportent un témoignage poignant sur les conditions de détention : « Paradis concentrationnaire. Une simple porte ouverte, la porte bleue de la mer. Les vagues de la mer pleuraient ». Après cette réception émouvante, les marcheurs, les autorités civiles, militaires, et les villageois ont gagné le monument de la Retirada, où le premier magistrat a prononcé un discours, avant qu’un bouquet ne soit déposé, pour célébrer le 87 anniversaire de la Retirada. Les marcheurs sont alors repartis en bus. Les Laurentins perpétuent le souvenir de cet événement tragique et celui des victimes.

Hélène Rosé (L’Indépendant, le 17 février 2026)