Sondage IFOP : Le regard des Français sur la menace atomique et l’engagement de la France dans le Traité sur l’interdiction de l’arme nucléaire

Sondage IFOP / le Mouvement de la Paix / Planète Paix / L’Humanité / La Marseillaise

Éléments d’Analyse

Inquiets par l’utilisation volontaire ou accidentelle des armes atomiques, une grande majorité de Français se déclarent favorables à l’engagement de la France dans le processus de leur élimination.

Ce jeudi 22 février marque le 5ème anniversaire de l’entrée en vigueur du TIAN, le traité d’interdiction des armes nucléaires [1]. A cette occasion, le Mouvement de la Paix a commandé une étude d’opinion à l’institut IFOP, en partenariat avec les quotidiens L’Humanité et La Marseillaise ainsi que le mensuel Planète Paix.

Cette étude a été réalisée les 6 et 7 janvier auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatives de la population française, selon la méthode des quotas par questionnaire auto-administré. Elle fait suite à deux précédentes études menées en 2012 et 2018, avec des items similaires.

Les Français inquiets de l’utilisation de l’arme atomique

Force est de constater que la théorie de la dissuasion a du plomb dans l’aile puisque 79% des personnes interrogées se déclarent inquiètes de l’utilisation accidentelle ou volontaire d’une arme nucléaire, dont la moitié « Oui, tout à fait ». Cette inquiétude se trouve renforcée par la probabilité de son utilisation mesurée à 64%. Si ces angoisses sont moins marquées chez les plus jeunes, la répartition est homogène dans toutes les couches de la population.80 ans après les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, la réalité des bombes atomiques refait surface. C’est ce qui a motivé la Tournée des Hibakusha [2] – Prix Nobel de la Paix 2024 en PACA et Occitanie en novembre [3].

Un contexte anxiogène qui alimente des aspirations contradictoires

Ce sondage est réalisé après plusieurs séquences politiques qui tendent à inhiber le débat citoyen sur la sécurité et les moyens de défense. L’augmentation du budget militaire est ainsi régulièrement présentée comme une évidence, et sa sanctuarisation comme partagée par l’ensemble de l’échiquier politique.

Dans ce contexte, l’adhésion des Français à différentes propositions sur la stratégie de défense montre des contradictions fortes entre la perception des menaces et la réalité d’y faire face. L’absence de réel débat démocratique, comme l’omerta médiatique de ce sujet participent à enfermer cette contradiction.

Le multilatéralisme plébiscité

Les Français demeurent attachés au multilatéralisme et aux outils internationaux de règlements des différents et de régulation des armements. La proportion de soutien à la participation de la France aux opérations de maintien de la Paix avec l’ONU reste à un niveau élevé de 71%, le plus haut mesuré dans ces études [4]. Il était de 66% en 2012 et de 70% en 2018. C’est dans l’électorat d’Emmanuel Macron et des Républicains que l’on trouve le plus de soutien.

Ce soutien augmente avec l’âge et se trouve renforcé en Ile-de-France à 80%. Au plan politique, on voit que c’est dans la majorité présidentielle que celui-ci s’exprime avec le plus de force, alors que la France s’affiche dans un atlantisme de plus en plus assumé. C’est parmi les électeurs du Rassemblement national que le décrochage avec le soutien de l’ONU est le plus marqué, même s’il demeure majoritaire à 58%.

Pour l’engagement de la France dans le processus d’élimination des armes atomiques

De même l’engagement de la France dans le processus d’élimination contrôlé des armes tels que prévu par l’ONU – c’est-à-dire le Traité d’interdiction des armes nucléaires – recueille près de 2/3 tiers des Français avec 64% de réponses favorables. Là encore les électorats de droite et macronistes y sont les plus favorables, en contradiction avec les prises de position des forces politiques de ce côté de l’échiquier politique.

On peut noter une baisse sensible de ce soutien qui demeure cependant largement majoritaire dans toutes les couches de la population marquant une adéquation entre les aspirations populaires et les acteurs pacifistes, pourtant largement évacués et invisibilisés du débat public.

Soutien contradictoire à la modernisation des armements

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir le soutien à la modernisation des armements en hausse à 69% des opinions exprimées. Cette évolution apparaît cependant en totale contradiction avec un soutien à la réduction des dépenses militaires qui ne faiblit pas, et reste au même taux de 43% qu’il y a 6 ans. On peut y voir là un grand écart moral entre le refus de voir davantage de richesses dilapidées dans des œuvres de mort et la volonté de maintenir une capacité de protection qui passe encore par les armements.

On retrouve dans ces items un clivage gauche / droite plus traditionnel avec un soutien moins marqué à la modernisation des armements parmi les électeurs de gauche. A noter également sur cet item, un écart de réponse important entre les hommes (78%) et les femmes (60 %).

Le soutien au TIAN reste majoritaire

Plus de 7 ans après la signature du traité d’interdiction des armes nucléaires, et 5 ans après son entrée en vigueur, le soutien au traité d’interdiction des armes nucléaires reste majoritaire à 56% bien qu’inférieur à la volonté d’engagement de la France dans un processus d’élimination des armes. Alors que le soutien à ce traité se renforce sur le plan international [5], force est de constater que l’opinion publique française n’a sans doute pas suffisamment connaissance de son contenu et de sa portée. Cette étude ne rentre pas dans ces détails.

Cette mesure doit inciter le mouvement abolitionniste et notamment la campagne ICAN, initiée en France par le Mouvement de la Paix, à intensifier les actions d’éducation populaire autour de la connaissance et du contenu de ce traité.

Le poids de la bataille de l’opinion

Avec le matraquage politique et médiatique visant à disqualifier toute personne, tout expert, toute organisation, qui ose développer un concept de sécurité autre que strictement militaire, on aurait pu s’attendre à une chute libre du soutien à la réduction des dépenses militaires.

Il y a de toute manière là du grain à moudre pour les promoteurs de la culture de la Paix.

Ce sondage intervient après plusieurs années de guerre en Ukraine, après la recrudescence des actes de guerre en Palestine à la suite de l’attaque du 7 octobre 2023, et au moment où Donald Trump kidnappe le président Vénézuélien tout en menaçant d’intervenir en Iran et d’annexer le Groenland. Les solutions pacifiques, pacifistes et politiques s’inscrivant dans le droit international et le fonctionnement démocratique des institutions internationales n’apparaissent pas encore suffisamment comme pouvant répondre à des enjeux immédiats.

Malgré de réelles contradictions, les solutions pacifistes demeurent cependant largement soutenues par l’opinion publique. Il appartient au mouvement pacifiste, et notamment au Mouvement de la Paix, de développer son implantation et ses actions pour que la Culture de la Paix soit considérée comme le seul carburant durable des transformations du monde.

Le slogan « Si tu veux la Paix, … prépare la Paix » est plus que jamais d’actualité.

Contact : Pierre VILLARD 06 82 92 29 46

[1] Le Traité d’interdiction des armes nucléaires a été adopté à l’ONU le 7 juillet 2017. Il est entré en vigueur le 22 janvier 2021, 90 jours après la ratification du 50ème état.
[2] Nom attribué aux victimes des bombardements atomiques
[3] Du 20 au 30 novembre, 19 communes de 7 départements du sud de la France ont accueilli les associations japonaises Hidankyo (Prix Nobel de la Paix 2024) et Gensuikyo.
[4] Précédents sondages en 2012 et 2018
[5] Le TIAN est actuellement ratifié par 74 pays. 25 autres ont engagé des procédures de ratification. Au total 127 états ont exprimé leur soutien.

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