À Carrefour Claira, la CGT s’élève contre le vote prévu le 13 mars prochain sur le travail dominical. Pour l’organisation syndicale ce vote n’est qu’un moyen de forcer l’ouverture le dimanche et de préparer la cession du magasin. La direction, elle, parle de referendum.
« C’est une mascarade », fulmine Arnaud, élu CGT du CSE de Carrefour Claira. La semaine dernière, la direction de l’hypermarché a informé les représentants du personnel qu’un scrutin consultatif, présenté comme un référendum, aura lieu le 13 mars au sujet de la question, récurrente, de l’ouverture dominicale du magasin. Rejetée en 2024 par 66 % des salariés, cette proposition est remise sur la table, car « elle est le prélude à une cession » estiment les syndicalistes. Depuis l’arrivée de Manuel Bompard à sa tête en 2017, le groupe mène en effet une politique de cession du fonds de commerce de ses magasins sous forme de location gérance, par laquelle il confie à un tiers l’exploitation, contre une redevance fixe ou variable, sans céder la propriété.
Pour les représentants CGT, le travail dominical, une fois acquis, facilite ce type de transaction en valorisant le point de vente aux yeux d’un futur gérant. « Sur 109 hypers intégrés, seuls 26 ne sont pas ouverts tous les dimanches », dont celui de Claira. « Il n’y a qu’a regarder ce qu’il s’est passe a Château-Roussillon », où l’hypermarché, ouvert tous les dimanches, a bien été basculé en location-gérance en 2025.
Les syndicalistes dénoncent aussi le caractère pernicieux de cette nouvelle consultation, destinée « à faire pression sur le CSE », dont l’accord est obligatoire pour instaurer le travail dominical. « Trois des quatre réponses proposées par la direction sont des « oui » déguises au travail le de manche », explique Myriam Segura, secrétaire générale de la CGT à Carrefour Claira. Il s’agit des bulletins de vote « volontaire permanent », « volontaire occasionnel » et « non-volontaire mais pas opposé à la mesure ». « Le seul bulletin acceptable est le « non » », lancent les militants, qui dénoncent un « volontariat obligatoire pour survive ».
Qui plus est, « depuis 1906, le dimanche est un jour de repos, un jour pour la famille. Ce n’est pas vital de faire ses couses le dimanche », conclut Myriam Segura.
Nicolas Monnet (L’Indépendant, le 3 mars 2026)
Contactée, la direction ou magasin n’avait pas répondu hier.
Perte moyenne de 2 489 €/an
Plus de 344 unités (95 hypermarchés, 249 supermarchés) ont été transférées depuis 2017. En 2025, 39 magasins supplémentaires sont passés en location-gérance (15 hypers, 24 supermarchés), évitant, selon l’enseigne, les fermetures grâce à « un management local agile ». Cependant, les organisations syndicales dénoncent une restructuration déguisée : les salariés transférés perdent les avantages de la maison mère (intéressement, congés supplémentaires) après 15 mois, en basculant sous convention de branche, avec une perte moyenne de 2 489 €/an.
