Pascal Sudre. « Il y a un avenir pour Brandt et ses salariés »

Pascal Sudre, secrétaire général de l’UD CGT du Loiret, appelle à préserver les 700 emplois menacés par la liquidation judiciaire de l’entreprise Brandt.

La Marseillaise : Pour le ministre de l’Industrie, la reprise de Brandt ne pourra pas se faire avec les 700 salariés. Que répondez-vous à cela ?

Pascal Sudre : Pour qu’un ministre fasse ce genre de déclaration, c’est que, quelque part, il y a un avenir pour Brandt et pour l’ensemble des salariés, si tenté que le gouvernement et le chef de l’État s’engagent réellement pour la réindustrialisation de la France. Cet avenir comprend les deux usines de production situées près d’Orléans à Saint-Jean-de-la-Ruelle et à Vendôme, dans le Loir-et-Cher. Pour nous, un licenciement est un licenciement de trop, quelle que soit l’industrie ou le site menacé. Quand l’annonce est tombée puis la confirmation par le tribunal de commerce de la fermeture et du plan de licenciement de 700 travailleuses et travailleurs, autant vous dire que notre réaction était à la hauteur du scandale, surtout à quelques jours des fêtes de fin d’année ! On a toujours en tête la situation concrète des salariés concernés, de leurs familles et de leurs enfants. Un emploi supprimé dans l’industrie, c’est trois emplois induits, notamment dans les services.

La Marseillaise : Un appel d’offres pour la reprise de Brandt doit être lancé courant janvier. Un projet a été déposé par l’industriel Stéphan Français, propriétaire de Thomson Computing prévoyant la reprise de 150 salariés seulement. Est-ce la seule ? Qu’en pensez-vous ?

Pascal Sudre : Oui et elle a été faite la veille de Noël, en mairie d’Orléans par le maire et les collectivités locales. Ce qu’on peut dire, en étant honnête, c’est que les collectivités, même s’il y a des enjeux politiques, se sont engagées rapidement. L’engagement à hauteur de 15 millions d’euros qui a été fait en quelques jours confirme qu’il y a la volonté locale de faire en sorte de maintenir une activité avec le plus de salariés possible. En revanche, on dit depuis le départ que le compte n’y est pas. Reprendre uniquement 150 salariés sur 700, c’est pas du tout acceptable pour nous. En tout cas, cette proposition industrielle montre qu’il y a un avenir pour Brandt dans toute la France. On va poursuivre la mobilisation dès début janvier.

La Marseillaise : Vous avez demandé à la préfète de région Centre-Val de Loire l’organisation d’une table ronde avec les différents acteurs concernés. Avez-vous reçu une réponse ?

Pascal Sudre : Il n’y a pas d’engagement sur une table ronde avec l’ensemble des acteurs locaux comme il n’y a pas de volonté, en tout cas pour l’instant politique, de rassembler tout le monde. Ce serait un message fort envoyé aux salariés concernés. On a par ailleurs demandé à la préfète de mettre sous cloche les différents sites de production, notamment Saint-Jean-de-la-Ruelle et Saint-Ouen. Car si le liquidateur prenait la décision d’envoyer les outils de production dans un autre pays on se retrouverait uniquement avec les murs, il n’y aurait plus rien à l’intérieur. Autant vous dire que du coup, on ne parlerait même plus de nouveau projet industriel, ce ne serait même plus viable. À ce stade, nous n’avons pas eu de réponse sur ce sujet.

La Marseillaise : Vous pointez la responsabilité du conglomérat algérien Cevital qui a repris Brandt en 2014 et aurait touché des aides publiques selon vous…

Pascal Sudre : J’ai fait des demandes pour savoir à quelle hauteur s’élevaient les aides publiques. Je n’ai pas encore eu de retour. Finalement, personne ne parle de ce groupe algérien, Cevital. C’est pourtant lui qui a pris la décision de mettre la clé sous la porte et puis de laisser les 700 salariés. Quand il y a un plan de licenciement et une fermeture d’entreprise, c’est quand même assez rare, qu’on ne parle pas du propriétaire ! Personne n’a demandé des comptes au groupe Cevital sur sa responsabilité concernant le maintien des salaires alors qu’il a construit une énorme usine de production à Sétif. Depuis 2014, il y a très certainement eu des aides publiques, ça, je n’en ai aucun doute. Nous demandons des comptes à ce groupe-là. Ce n’est pas pour nous une surprise de voir que le carnet de commandes est moins rempli. Après tout, c’est leur système qui veut ça. Depuis le départ, les salariés font des sacrifices tandis que les marges des actionnaires ont toujours été garanties. De l’autre côté, ils continuent à toucher des subsides de l’État ainsi que des collectivités locales. Ce n’est plus tenable ni acceptable.

La Marseillaise : Comment envisagez-vous la reprise de l’entreprise ?

Pascal Sudre : Il y a un avenir pour l’industrie en France et pour l’électroménager. Quant à un nouveau projet industriel, plusieurs économistes ont confirmé qu’il fallait une diversification. La concurrence est telle dans ce système capitaliste qu’il est nécessaire de produire du matériel différent pour ne pas être soumis à une seule concurrence au niveau international et faire face à la demande. Finalement, on voit bien que la situation de Brandt, au-delà du made in France et de la marque emblématique qui venait de fêter ses 100 ans, gêne les politiques. Car c’est une fois de plus un fleuron de l’industrie française qu’on laisse partir. Au-delà du drame que ça génère, tout le monde pense qu’il y a un avenir pour Brandt, il y a un attachement fort de la population. Comme ce fut le cas pour Duralex, pour qui on s’est battus. Quand on créé les conditions d’une mobilisation large de l’ensemble de la population, on voit qu’elle répond présente pour défendre à la fois la marque mais surtout les emplois derrière. Les gens ont compris que quand une industrie fermait, c’était aussi une attaque contre le service public. C’est notre slogan à la CGT. Quand on dit qu’il n’y aura pas d’industrie sans service public et pas de service public sans industrie, c’est une réalité.
On va continuer à se battre. Toute la CGT est mobilisée localement, l’union départementale, la fédération de la métallurgie, la confédération. On travaille ensemble et ça commence à porter ses fruits. Notre rôle de syndicalistes va être de peser à la fois sur toutes les collectivités et au plus haut sommet de l’État pour qu’un projet industriel voit le jour avec la reprise de l’ensemble des salariés et de l’ensemble des sites. Car pour Brandt, l’enjeu est extrêmement politique, comme il l’a été pour Duralex et l’est pour ArcelorMittal. L’enjeu est d’autant plus fort à trois mois des élections municipales. Une nouvelle industrie qui ferme, notamment dans le Loiret, ce sont des fermetures de sites en cascade. C’est 700 multiplié par trois en nombre de pertes d’emploi.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 3 janvier 2026)

Pour les 700 salariés de Brandt, la fin d’année vire au cauchemar. Le tribunal des activités économiques de Nanterre a prononcé, le 11 décembre, la liquidation judiciaire de l’entreprise. Un projet de reprise du site d’Orléans de Brandt a été déposé par l’industriel Stephan Français, propriétaire de Thomson Computing, qui prévoit de maintenir seuls 150 des salariés. L’homme d’affaires a évoqué un budget de 25 millions d’euros pour cette reprise. La mairie d’Orléans (Loiret) a précisé que 9 millions d’euros seraient apportés par des entités publiques et qu’un tour de table avec les banques était en discussion. Un appel d’offres pour la reprise de l’usine doit être lancé courant janvier.

Les P.-O. largement en dessous de la moyenne nationale des salaires (L’Indep)

Selon une récente étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), les Pyrénées-Orientales affichent l’un des salaires moyens les plus bas de France dans le secteur privé, avec 2 200 euros net mensuels contre 2 733 au niveau national.

Pas de miracle. Selon la récente étude de l’Insee, qui se base sur des chiffres datant de 2024, non contentes d’être le deuxième département le plus pauvre de l’Hexagone derrière la Seine-Saint-Denis, les Pyrénées-Orientales présentent également l’un des salaires mensuels moyens les plus faibles de France dans le secteur privé.

En pays catalan, la rémunération mensuelle nette moyenne des salariés du privé (en équivalent temps plein) s’élève ainsi à seulement 2.200 euros, contre 2 733 euros au niveau national. Les Pyrénées Orientales font partie des dix départements de France où cet indicateur est le plus bas.

Cependant, le territoire n’est pas le moins bien loti de la région Occitanie. Selon l’Insee, le salaire mensuel net moyen dans le privé y est en effet supérieur à ceux de l’Aude (2 168 euros) et de la Lozère (2 155 euros). Il reste en revanche bien inférieur à celui de la Haute-Garonne, qui culmine à 2 787 euros par mois.

L’étude de l’Insee illustre également les inégalités salariales qui persistent entre hommes et femmes. Dans le secteur privé des Pyrénées-Orientales, celles-ci gagnent en moyenne 185 euros de moins par mois que leurs homologues masculins (un écart d’environ 8 %), avec un salaire moyen de 2 099 euros, contre 2 284 pour ces derniers.

Plus globalement, l’Insee indique qu’en 2024, à l’échelle nationale : « Les femmes gagnent en moyenne 13 % de moins que les hommes en équivalent temps plein. » L’institut précise que cet écart se réduit « de 0,3 point par rapport à l’année précédente » et « de 5,1 points par rapport à 2014. » Il reste cependant encore du chemin pour parvenir à l’égalité salariale.

La publication dissèque aussi les différences de rémunérations entre cadres, employés, ouvriers et professions intermédiaires (infirmières libérales ou assistantes sociales, par exemple). On y apprend ainsi qu’un employé gagne en moyenne 1 859 euros par mois en pays catalan. Contre 1 912 euros pour un ouvrier, 2 414 pour les professions intermédiaires et 3 651 pour les cadres.

Autre élément intéressant : dans une autre étude publiée en octobre dernier, l’Insee note qu’après avoir baissé de 1 % en 2023, le revenu moyen des salariés du secteur privé français en euros constants (corrigé en prenant en compte l’évolution des prix) était remonté de 0,8 % en 2024. Principalement grâce au ralentissement de l’inflation.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 2 janvier 2026)

Collectif national Stop CETA – Mercosur (Lettre d’infos n°8)

Transformons le report de la ratification en un abandon définitif
Une (petite) victoire qui nous impose de renforcer la mobilisation !

Lire et partager notre la réaction complète du collectif, avec citation des organisations membres du collectif.

Les mobilisations agricoles et citoyennes ont payé : c’est la première fois dans l’histoire européenne que les promoteurs des accords de libre-échange, dans l’incapacité de réunir une majorité qualifiée, doivent repousser la ratification d’un de ces accords, ici le le plus nocif et le plus contesté de l’histoire de l’UE.

C’est une bonne nouvelle pour les filières économiques les plus fragiles des deux côtés de l’Atlantique, pour le climat, la lutte contre la déforestation et les droits humains. Cet accord obsolète doit désormais être enterré : nous méritons mieux que d’importer des carcasses de viande réfrigérées et d’exporter des voitures thermiques et des pesticides.

Le collectif national Stop Mercosur appelle toutes et tous à s’engager dans ce combat à nos côtés : nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Trump, ni d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteurs et des salariés, pas plus que la planète.

Bien sûr, ce report n’est pas un abandon.

Un webinaire d’infos sera organisé à la rentrée : inscrivez-vous et indiquez date et horaire souhaités.

Partagez le dernier visuel – tract que vous trouverez en bas du communiqué.

Suite à des questions, voici les principales organisations membres du collectif national Stop Mercosur : ActionAid France, Aitec, Amis de la Terre France, Attac France, Confédération Paysanne, CGT, Greenpeace France, Fédération Artisans du Monde, Fondation Copernic, FoodWatch, FNE, FSU, Les Amis du Monde Diplo, Solidaires, etc… Voir le détail.

La signature de l’accord UE-Mercosur est reportée au mois de janvier (L’Indep)

Alors que Bruxelles a vécu une journée de tensions, avec près de 10.000 agriculteurs dans les rues, dont 4 000 Français selon la FNSEA, les politiques temporisent.

Des tensions, il y en a eu durant cette chaude journée de jeudi, autour du siège de l’Union européenne, à Bruxelles. Des agriculteurs de plusieurs pays y ont convergé pour protester contre l’accord de libre-échange, négocié depuis l’an 2000 et qui doit lier l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Un peu moins de 10.000 exploitants s’y étaient retrouvés, dont 4.000 Français, selon la FNSEA, accompagnés de tracteurs. Des heurts ont éclaté avec la police, déployée en nombre autour du siège de l’UE. Le calme est revenu dans la soirée. Un calme qu’aimeraient prolonger les dirigeants européens, au premier rang desquels Emmanuel Macron.

L’Italie est venue au secours de la France

Dans la matinée, le président français confirmait son opposition, en déclarant que « le compte n’y est pas », au sujet de l’accord de libre-échange. Confirmant ainsi que la France n’était pas prête à signer en l’état l’accord commercial. « Je veux dire à nos agriculteurs qui manifestent la clarté de la position de la France depuis le début : sur le Mercosur, nous considérons que le compte n’y est pas et que cet accord ne peut pas être signé », a-t-il déclaré, réaffirmant la position de la France et réclamant un report de la signature de l’accord contesté.

Alors qu’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne souhaite aller au Brésil signer le dit accord samedi, elle a vu ses plans contrecarrés par la position de l’Italie. Sa Première ministre Giorgia Meloni s’est exprimée dans la journée pour demander officiellement un report de la signature. Venant ainsi à la rescousse de la France, et offrant à Emmanuel Macron un renfort de poids dans sa stratégie de temporiser sur la signature de l’accord. D’ailleurs, dans l’après-midi, Giorgia Meloni a adressé officiellement une demande de report de cette signature au président brésilien Lula, qui préside le Mercosur. Ce dernier a précisé un peu plus tard qu’il se ferait le messager, lors du sommet du Mercosur, samedi, d’une demande de la Première ministre italienne de repousser la signature de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. Le bloc sud-américain doit se réunir dans la ville brésilienne de Foz do Iguaçu, avec néanmoins l’espoir de signer le traité. Lula, qui a eu un échange téléphonique avec la Première ministre italienne, a déclaré que Giorgia Meloni « m’a demandé que si nous pouvions avoir de la patience une semaine, dix jours, un mois, l’Italie soutiendra l’accord ». Il a précisé qu’il revient aux pays du Mercosur de « décider quoi faire ».

La confirmation du report de la signature est intervenue en dé but de soirée. Lors du sommet des 27, réunis à Bruxelles, Ursula von der Leyen a annoncé le report de la signature du traité de libre-échange avec le Mercosur au mois de janvier. Elle actait ainsi l’échec d’obtenir au préalable l’aval de la majorité qualifiée nécessaire des États membres, face à l’opposition associée de la France et de l’Italie. Reste maintenant à connaitre la position des quatre pays qui constituent le Mercosur. Nul doute qu’ils ne manqueront pas d’exprimer leur déception, eux qui négocient cet accord depuis plus de deux décennies.

Les professionnels des vins et spiritueux favorables

Et les déçus ne sont pas seulement dans le camp sud-américain. On en trouve aussi du côté des acteurs économiques européens. Les professionnels des vins et spiritueux français ont affiché jeudi, en pleine crise, leur soutien à l’accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur.

Leur fédération juge, dans un communiqué, « indispensable d’ouvrir de nouveaux marchés », actant dans le Mercosur « une opportunité stratégique majeure » pour un secteur en crise. En effet, le traité prévoit la suppression des droits de douane sur les vins et spiritueux, actuellement compris entre 20 et 27 % Un allègement jugé crucial pour stimuler les exportations vers ces pays.

L’Indépendant, le 19 décembre 2025

L’édito du webzine. Des ports performants pour la France !

La compétitivité des ports du sud de la France ne vaut certainement pas de passer par-dessus bord les droits des travailleurs, de niveler par le bas leurs salaires et de déséquilibrer l’économie des territoires.

La fédération CGT des Ports et Docks appelait à un large rassemblement jeudi 11 décembre à Port-la-Nouvelle pour protester contre l’ouverture aux pratiques low-cost qui mettent en périls les emplois avec la mise en place d’une ligne confiée à un opérateur grec. Tirer les coûts vers le bas, c’est accepter l’inacceptable : le non-respect du pavillon français.

De plus, le développement des activités portuaires ne peut se réaliser en jouant la concurrence entre les ports français. Certains opérateurs jouent sans vergogne cette carte pour attirer des clients au détriment des autres places portuaires. Mettre en concurrence Marseille, Sète et Port-la-Nouvelle relève d’un calcul à très court terme, où seul l’accumulation de l’argent domine au détriment de l’équilibre économique de toute la façade méditerranéenne.

Ne pas baisser pavillon

Ce sont des personnels de tous les ports de France, très inquiets face à un redoublement de l’offensive libérale, qui se sont mobilisés à Port-la-Nouvelle, craignant que le port audois devienne « une zone de non-droit pratiquant une concurrence déloyale ». La gestion des ports s’organise sans contrôle sur le trafic et on laisse s’implanter des entreprises qui ne respectent pas les statuts des travailleurs. Les Régions et l’État doivent être interpelés sur leur stratégie de développement du trafic maritime et industrialo-portuaire.

L’occitanie ferait office de cheval de Troie de la « low-costisation » des ports en utilisant le dumping social. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), proposant de « jouer la complémentarité et faire pack », n’a pas eu l’heur de rassurer les portuaires. Ils exigent aujourd’hui : « La question de la gouvernance opaque de ce port doit être éclaircie, alors que des projets de loi sur l’avenir des ports sont en cours de discussion. »

La mobilisation des travailleurs portuaires est d’intérêt général. Ils attendent aussi de l’État et des collectivités des engagements forts au service des ports.

Dominique Gerbault

Patrimoine: des inégalités criantes dans la population française (L’Indep)

Les nouvelles données dévoilées par l’Insee dessinent un pays coupé en deux, un grand écart spectaculaire qui devrait s’accentuer.

Les chiffres posent question et pourraient relancer le débat sur la taxation des plus aisés et des plus âgés, au moment où le Parlement est invité à réaliser de douloureux arbitrages budgétaires pour l’année 2026.

Les inégalités en matière de patrimoine sont criantes en France et elles s’accentuent. Elles sont même « nettement plus fortes que les inégalités de niveaux de vie (les revenus du ménage, NDER) », pointe l’Insee, dans un nouveau rapport rendu public mardi.

Premier constat : le patrimoine brut des ménages s élevait en moyenne à 374.900 € début 2024, observe l’Insee qui dessine une France coupée en deux. Pour la moitié des ménages, il dépasse les 205.000€, l’autre moitié étant située sous ce seuil. Autre leçon, les Français sont plus riches de 9 % qu’il y a dix ans (et les plus aisés de 23 %).

46 % des ménages ont cependant des emprunts à rembourser. Et, stout, ces moyennes masquent un grand écart spectaculaire. Les 10% des ménages les mieux dotés (plus de 857.700 € brut) cumulent, à eux seuls, près de la moitié de la masse totale de patrimoine brut en France. Tout à la fois de biens immobiliers et professionnels (entreprises, terres, bâtiments professionnels, etc.).

Les retraités, les héritiers et les autres

Alors que pour les 10 % des ménages qui possèdent le moins de patrimoine (soit moins de 6.200 €), celui-ci se résume sou-vent à la voiture utilisée au quotidien, l’équipement du logement| et des comptes sur livrets patiemment garnis pour faire face aux coups durs.

Ce patrimoine augmente logiquement avec l’âge. Il est en moyenne de 104.400 € pour les moins de 30 ans, de 464.800 € pour les quinquagénaires. Il atteint son maximum vers 60 ans, puis se stabilise, avant de diminuer à partir de 75 ans. Certains puisent dans leur épargne pour financer de la dépendance, d’autres « font des donations », explique Aurélie Goin, cheffe de la division logement et patrimoine a l’Insee.

Mais les plus de 60 ans détiennent très clairement la majeure partie de la richesse patrimoniale en France et celle-ci est moins taxée que les revenus, fruit du travail des salariés. Ce qui pourrait reposer la question de la répartition de l’effort entre retraités et actifs.

« Mais il y a aussi des disparités assez fortes au sein même des tranches d’âge », souligne Aunélie Goin. Notamment car la France des propriétaires a bénéficié de la hausse des prix de l’immobilier.

Dernier constat : ces inégalités se creusent et ce n’est qu’un début. Avec la disparition des baby-boomers, un transfert massif de richesses va être opéré en France. La fondation Jean-Jaurès l’a déjà chiffré : près de 9.000 milliards d’euros devraient ainsi être transmis, via des successions, d’ici 2040.

Dessinant la perspective d’une France à deux vitesses, ou la richesse dépendra davantage de L’héritage que du travail.

L’Indépendant, le 11 décembre 2025

Serge Coutouris. « Un enjeu national sur le modèle des ports » (La Marseillaise)

Serge Coutouris est secrétaire général adjoint de la fédération CGT des Ports et Docks. Il analyse les conséquences du développement d’un modèle « low-cost » sur les ports français.

La Marseillaise : Quel est le sens de votre mobilisation ?

Serge Coutouris : Rappelons le contexte : À Port-la-Nouvelle, il y a de nouveaux projets avec de nouveaux acteurs portuaires. Le tout, voulu et impulsé par la Région Occitanie. Depuis le début, le montage capitalistique et sa gouvernance nous interpellent. Surtout lorsqu’on voit qu’un manutentionnaire est devenu concessionnaire tout en étant actionnaire du port. Il y a peut-être là une forme de conflit d’intérêts. On voit aussi que la place de la Région au sein du port et de la société Semop [société d’économie mixte à opération unique qui assure la gestion du port via une concession de service public, Ndlr.] diminue. Une diminution au profit du privé, qui impose petit à petit sa manière de faire. Cela fait des années que nous nous inquiétons sur le sujet. Au sein du port, les travailleurs portuaires demandent une visibilité, et une lisibilité, sur leur avenir. Il était annoncé un « port vert », avec un enjeu de transition écologique, puisque tourné vers l’éolien en mer, les énergies marines renouvelables [EMR Ndlr] et l’hydrogène. Sauf qu’aujourd’hui, il y a des interrogations sur l’hydrogène et un retard pris sur l’éolien… Et donc le concessionnaire a d’autres vues et entend se diversifier.

La Marseillaise : En quoi cette diversification vous inquiète ?

Serge Coutouris : Il y a sur la table des creusements de quais en eaux profondes pour accueillir de gros navires vraquiers et l’occupation d’un espace pour faire du roulier… Actuellement, avec les informations que l’on a, cela impliquerait un transfert d’activités de ports à proximité, comme Sète ou Marseille, pour combler les volumes de Port-la-Nouvelle. Il y a donc une vraie menace sur les trafics existants. Et ce, pour l’ensemble des ports français, de Bayonne à Toulon. C’est pour cela que des dockers et travailleurs portuaires de tous les ports du pays sont présents, avec les organisations territoriales de la CGT comme l’Union départementale, Comité régional, Union locale… On est sur un enjeu national sur le modèle économique des ports. Même certaines directions de grands ports reconnaissent que ce qui est fait à Port-la-Nouvelle est problématique.

La Marseillaise : Vous évoquez un « port low-cost ». Comment cela se concrétise pour les travailleurs ?

Serge Coutouris : On est sur un port low-cost car le montage capitalistique et les conditions données au concessionnaire et manutentionnaire permettent d’avoir des prix défiants toute concurrence. Concrètement, on a des pressions dans tous les ports avec des menaces sur l’emploi et les conditions de travail. Il nous est dit : « Si vous ne baissez pas vos compositions d’équipes, on s’en va sur Port-la-Nouvelle ». Avec ce nouveau port qui attirerait des trafics, car beaucoup moins cher, on pourrait avoir un chantage à l’emploi. Il est moins cher parce que la précarité est de mise sur ce site : des intérimaires et des occasionnels travaillent sur les bateaux. Alors que dans notre profession, on a un cursus et une réglementation sur la formation professionnelle. Par ailleurs, on n’a pas d’éléments sur l’avenir des travailleurs portuaires, leur périmètre à venir ou des embauches éventuelles… Il pourrait y avoir de l’externalisation et donc encore plus de précarité. Avec, donc, des salaires bien inférieurs à la moyenne des autres ports, des conditions de travail qui ne respectent pas forcément la réglementation. Preuve en est : Depuis deux ans, on négocie avec la direction du port sur les salaires, l’organisation et l’emploi. Mais on s’enlise puisque le port n’a plus la main.

La Marseillaise : Quel message adressez-vous à la Région Occitanie et à l’État ?

Serge Coutouris : On dit à la Région de reprendre la main ! De reprendre son rôle dans un port qu’elle laisse à une privatisation totale… À Port-la-Nouvelle, la Région est minoritaire, mais a une minorité bloquante, donc elle peut, et doit, jouer son rôle. Il y a deux ans, dans un salon international qui rassemblait tous les acteurs du maritime, on retrouvait une pancarte : « Port-la-Nouvelle, premier port 100% privé en France ». On est aussi dans un contexte où une loi est en discussion sur les modèles économiques dans les ports décentralisés. Cette loi pourrait être un pas de plus vers une privatisation totale de ces ports. On demande des garde-fous au ministère des Transports.

La Marseillaise : C’est une remise en cause de la planification industrielle nécessaire sur les ports ?

Serge Coutouris : À la CGT, on ne parle pas de concurrence entre les ports, mais de complémentarité. Or, on voit qu’on se dirige vers une spécialisation des ports. Alors qu’on veut que les ports gardent leurs trafics ! Un exemple concret : Port-la-Nouvelle prévoit d’accueillir du trafic de véhicules alors que Sète et Marseille en ont… Ce schéma de port low-cost pourrait mettre en péril les trafics existants tout en mettant la pression sur l’emploi portuaire. On est dans la lignée de la déréglementation totale orientée par l’Union Européenne et les recommandations ultra libérales de la Commission européenne.

Entretien réalisé Amaury Baqué (La Marseillaise, le 11 décembre 2025)