Yves Léonard. « Au Portugal, la digue n’a pas cédé » (La Marseillaise)

Yves Léonard est historien, professeur à Sciences Po Paris, spécialiste du Portugal.

La Marseillaise : Les Portugais ont fait le choix de la stabilité ?

Yves Léonard : À la fois de la stabilité, de l’inscription du respect aux institutions nées en 1976, de la Constitution, des règles habituelles du jeu démocratique qui est en vigueur depuis 50 ans et la Révolution des Œillets. Antonio José Seguro n’a pas seulement été choisi par défaut. Il est parti d’assez loin au début de la campagne, n’étant même pas donné en position d’être au second tour. Et puis au fil des semaines, des mois, il a suivi une ligne pondérée, celle d’un homme qui aime le débat raisonné. Dans la période un peu tendue, animée, incertaine qu’on connaît ici et là, ça a joué. Il a capté cet électorat qui ne voulait pas entendre d’un discours clivant qui a été celui de son opposant du second tour.

La Marseillaise : Assiste-t-on à une banalisation des idées d’extrême droite dont le candidat a atteint, pour la première fois, le second tour ?

Yves Léonard : On assiste à une forme de normalisation depuis 3-4 ans et pas simplement au Portugal, c’est transnational. C’est la consécration de cette montée en puissance de l’extrême droite. André Ventura a atteint ses objectifs : être au second tour et faire un score qui se rapproche de celui de l’Alliance démocratique (centre droit) – au gouvernement actuellement – lors des législatives de l’an dernier [32,1%, Ndlr.]. Il se pose en candidat à la réorientation de la droite sous sa direction. C’est véritablement ce qu’il souhaitait. Il a formellement gagné 10 points par rapport au premier tour mais surtout une crédibilité supplémentaire pour apparaître comme un recours et donc de concurrencer les formations de droite. Celle-ci est très fragmentée au Portugal, on l’a vu au premier tour avec trois candidats qui se sont retrouvés hors du jeu par division.

La Marseillaise : Le Premier ministre de droite n’a d’ailleurs pas donné de consigne de vote entre les deux tours…

Yves Léonard : Vous avez un homme qui dirige le principal parti au pouvoir, est Premier ministre et n’a pas donné de consigne de vote très claire. Cela traduit plusieurs choses. D’abord, une interrogation forte qui parcourt la droite de gouvernement, de plus en plus fragilisée. Ce gouvernement minoritaire a pu faire adopter le budget avec l’abstention des socialistes. Et sur les votes auxquels il tenait comme la loi sur l’immigration ou la réforme du droit du travail, il ne les a obtenus que grâce au soutien du parti d’extrême droite. Cette configuration explique sa position. Dimanche soir, il a déclaré que l’élection ne changeait rien et dit compter sur le président pour garantir la stabilité des institutions. Mais cela ne sera évidemment pas évident à négocier pour lui, il a une marge de manœuvre très étroite. Avec, d’une part, une extrême droite qui va être extrêmement entreprenante, va vouloir prendre le pas sur les autres formations et s’imposer à droite. Et de l’autre, un chef de l’État qui, il l’a dit, sera le président de tous les Portugais, tout en restant exigeant. Le Premier ministre est le plus fragilisé dans cette affaire.

La Marseillaise : Le cordon sanitaire contre l’extrême droite a tenu ?

Yves Léonard : Il y a quand même eu une mobilisation au second tour. La digue n’a pas cédé. L’idée de vote républicain est assez opérante. Néanmoins, on a le sentiment qu’à chaque fois, un cran supplémentaire est franchi. Cette fois, c’est le candidat d’extrême droite qui a atteint le second tour tout en gagnant des points. Et ce, grâce à un électorat prioritairement de droite, en clamant « le socialisme c’est fini ».

La Marseillaise : En France, moins de 4 % des inscrits ont voté et à 64 % pour Ventura. Comment l’expliquer ?

Yves Léonard : L’essentiel à noter est que le premier parti des Portugais de l’étranger, c’est l’abstention. Quant aux 60 % qui votent Chega, c’est un syndrome qu’on observe aux États-Unis, avec une partie du vote latino ou des Mexicains qui s’est portée sur Trump. C’est un peu la même tonalité en France, encore plus prononcée en Suisse. Cette notion de frontière, une fois qu’on l’a franchie et qu’on s’est installé, on ne veut pas que d’autres la franchissent, comme vous l’avez fait, 20 ou 30 ans en arrière.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 10 février 2026)

Le socialiste Antonio José Seguro a été élu ce dimanche président du Portugal avec 66,8% des voix, ralliant gauche radicale et droite modérée, il a promis de défendre la « stabilité politique ». Face à lui, le candidat d’extrême droite André Ventura, 43 ans, savoure sa défaite, se targuant d’avoir offert à son parti Chega « le meilleur résultat de son histoire », comme il l’a dit lui-même, en obtenant 32,2% des suffrages avec 1,7 million de voix. Ce score représente une nouvelle progression par rapport aux législatives de l’an dernier, à l’issue desquelles Chega est devenu le premier parti d’opposition en recueillant 22,8% des suffrages et 1,4 million de voix, réussissant à propager son discours raciste.

Serdinya-Joncet. Le maire sortant Jean-Marie Maydat candidat pour un 6° mandat (L’Indep)

À 78 ans Jean-Marie Maydat, maire sortant, retraité, annonce sa candidature pour un 6° mandat à la tête de la liste « Ensemble pour Serdinya-Joncet ».

Aguéri par ces cinq mandats successifs et tourné vers l’avenir, il souhaite poursuivre le travail engagé depuis 1996 au service de la commune et de ses habitants « avec cœur, passion, énergie et détermination. Tous ces travaux ont rendu notre village très agréable et où il fait bon vivre. Sans grever les finances communales », commente-t-il.

La liste est composée de Jean-Marie Maydat, Guillaume Husson, Monique Crouilles, Aline Radondi Fourquet, Robert Bousquet, Christophe Louchez, Huguette Le Jean, Serge Manaut, Nathalie Brassac, Nicolas Crouilles et Ginette Mosas Martinez.

G. P. (L’Indépendant, le 10 février 2026)

Enfance catalane : « Les éducateurs de rue sont à bout de souffle » (L’Indep)

La CGT pointe du doigt des problématiques d’organisation et de management qui compromettraient la mission des douze éducateurs qu’embauche l’association L’Enfance catalane pour intervenir auprès des jeunes des quartiers de Perpignan.

« Démissions, turn-over, management toxique, organisation de travail non adaptée aux missions… » Selon la déléguée syndicale CGT de L’Enfance catalane, Leila Dutailly, les douze éducateurs de rue du service prévention de l’association, qui interviennent auprès des 11-25 ans dans plusieurs quartiers perpignanais (Saint-Mathieu, Saint-Jacques, Champs-de-Mars, Vernet) sont tout simplement « a bout de souffle ».

Plusieurs salariés concernés confirment. « Depuis janvier 2024, une quinzaine d’éducateurs sont passés dans le service puis repartis », confie l’un deux. Par ailleurs, après une enquête interne qui a abouti à un licenciement, la direction a décidé en septembre dernier de revoir l’organisation du service en mettant en place un nouveau règlement.

« Pas adapté à ce qu’on fait sur le terrain »

« Ce nouveau règlement n’est pas adapté à ce qu’on fait sur le terrain », déplore la délégation d’éducateurs qui tire la sonnette d’alarme avec le soutien de la CGT. « Ils nous demandent par exemple de faire un emploi du temps sur 15 jours, alors que notre métier est par nature rempli d’imprévus. Le nouveau règlement précise aussi qu’une posture professionnelle exclut toute familiarité excessive. Si on checke avec un jeune, on peut nous le reprocher, alors qu’on est dans leur quartier et qu’on doit s’adapter à leurs codes. »

La délégation dénonce aussi une logique comptable incompatible avec le métier : « L’an dernier, on a accompagné 190 jeunes alors que notre appel à projet parle de 320 minimum. On nous dit que 190 jeunes, ce n’est pas assez, alors qu’en matière de prévention, on vise la qualité plutôt que la quantité. On nous demande aussi de faire beaucoup d’administratif. Au détriment du travail de terrain. On s’intéresse tellement aux chiffres qu’on en oublie les bases. »

Forte de ce constat, la CGT réclame « que l’employeur respecte ses obligations en matière de prévention des risques psychosociaux ». Et demande en parallèle au conseil départemental, qui finance l’association, de réagir.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 10 février 2026)

Le maire sortant d’Elne Nicolas Garcia laisse la tête de liste à André Trives (L’Indep)

Ce samedi, le maire sortant d’Elne, Nicolas Garcia, a annoncé qu’il ne figurerait qu’en troisième position sur la liste Elna Endavant constituée en vue de l’élection municipale des 15 et 22 mars prochains. C’est l’actuel élu en charge de l’agriculture, André Trives, qui sera tête de liste.

C’était un secret de Polichinelle. Depuis quelques mois déjà, il se murmurait dans les rues d’Elne, voire au-delà, que le maire sortant Nicolas Garcia pourrait bien ne pas se représenter en tête de liste et céder la place à son conseiller municipal en charge de l’agriculture, André Trives. Jusqu’ici, les deux hommes se mettaient en avant en binôme pour défendre les couleurs de la liste de gauche Elna Endavant – En avant Elne, qui est en concurrence avec trois candidatures « sans étiquette » dans la cité illibérienne. À savoir : celles de Marie-Ange Izquierdo (Elne autrement), Christelle Jimenez (Elne pour tous) et Steve Fortel (Elne à cœur).

Ce samedi 7 février, Nicolas Garcia a clarifié la situation via un communiqué publié sur les réseaux sociaux. « Après 39 ans de mandat, dont 19 comme maire, c’est avec un pincement au cœur que je fais le choix de passer la main », annonce-t-il. Sans omettre de préciser dans la foulée qu’il « reste engagé en étant candidat en troisième position sur la liste Ela Endavant ». Le maire sortant, par ailleurs premier vice-président du conseil départemental, confirme également que c’est l’agriculteur André Thives qui conduira la liste en question « Il a été désigné par l’équipe sortante et notre collectif actuel », précise-t-il.

Le principal intéressé a corroboré cette annonce ce dimanche, toujours sur les réseaux sociaux. En soulignant entre autres que lors des six années du mandat qui s’achève, Nicolas Garcia lui avait « donné carte blanche » sur des projets qui lui tenaient à cœur. « Aujourd’hui, c’est avec une émotion sincère et avec honneur que je prends la tête de liste de l’équipe Elna Endavant, en avant Elne », affirme-t-il.

Les deux candidats indiquent également que si leur liste remporte le scrutin, Nicolas Garcia restera « aux côtés » d’André Trives pendant « au moins deux ans ». Le temps de « transmettre l’expérience acquise ».

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 9 février 2026)

Le 20 janvier dernier, L’Indépendant a organisé un débat avec les quatre candidats qui s’affichaient comme tête de liste à ce stade de la campagne: Nicolas Garcia pour la liste Elna Endavant, Marie-Ange Izquierdo (Elne autrement), Christelle Jimenez (Elne pour tous) et Steve Fortel Elne à cœur).

L’édito du webzine. Reconstruire un avenir pour la jeunesse

La jeunesse française étouffe. Elle.est prise en étau entre un discours militaire qui la sacrifie et un discours patronal qui la précarise. Pourtant, elle aspire à un avenir juste, écologique et émancipateur.

Dans une tribune publiée dans L’Humanité, Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, dénonce deux messages récents adressés à la jeunesse française, aussi brutaux que révélateurs. D’un côté, le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, affirme que la France doit « accepter de perdre ses enfants » dans un éventuel conflit. De l’autre, le MEDEF propose un « CDI révocable » payé au SMIC, un contrat taillé pour une main-d’œuvre docile et jetable. Entre mourir sur un champ de bataille et survivre dans la précarité, voici l’horizon dessiné pour les jeunes générations.

Les chiffres de l’INSEE et d’autres études dressent un tableau sombre : près de 20 % des jeunes sont au chômage, 110.000 quittent chaque année le système éducatif faute de moyens, et 1,4 million de 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Parler de sacrifice ou d’emplois au rabais relève d’une déconnexion coupable avec les réalités vécues par la jeunesse.

Le MEDEF, enfermé dans son objectif de gonfler toujours plus les dividendes, propose de baisser encore ce qu’il appelle « le coût du travail ». Les 221 milliards d’aides publiques entrainant la distribution de 107 milliards d’euros aux actionnaires ne lui suffissent pas. Pendant ce temps, l’appareil productif français s’affaiblit, et les familles peinent à offrir une éducation digne à leurs enfants.

Le mépris face au projet de société des jeunes

Quant à l’appel au « sacrifice » de Fabien Mandon, l’histoire montre que la jeunesse française a toujours répondu présente : à Valmy, pendant la 1ère guerre mondiale pour sauver la République, dans la Résistance pour repousser l’occupant nazi pendant la seconde guerre mondiale. Mais aujourd’hui, la jeunesse refuse l’absurde. Selon le Credoc et l’Institut national de la jeunesse, les jeunes restent attachés au travail mais exigent une rémunération juste avec un équilibre personnel et une utilité sociale et écologique.

Les jeunes se heurtent à un système fondé sur l’enrichissement individuel, la surconsommation et la compétition permanente. L’école ne remplit plus sa mission avec des diplômes tout puissants devenus des vecteurs de disqualification sociale entrainant la montée du lepenisme.

Face à ce constat, Fabien Roussel et d’autres appellent à faire de la jeunesse la grande cause nationale des deux prochaines décennies. La gauche a obligation de relever le défi de transformer ses aspirations en un projet de société concret, avant que le désespoir ne l’emporte. Pour cela sortir de « la loi du plus fort » et de viser « le meilleur du meilleur » : meilleures écoles, universités, formations, et voies éducatives innovantes, en phase avec les réalités sociales et culturelles.

Dominique Gerbault

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 30 janvier 2026)

Police municipale : quelle égalité républicaine devant la loi ?
Police municipale et gardes champêtres
Nous étions très enthousiastes à l’idée d’un projet de loi consacré aux policiers municipaux et gardes champêtres. À l’occasion de l’examen du projet de loi présenté sur le sujet par Jean-Pierre Chevènement, notre ancien collègue et ami Michel Duffour affirmait : « Il est devenu indispensable de (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

L’IA peut vite devenir un outil de domination
Question d’actualité au Gouvernement
Amazon, IBM, CapGemini, Microsoft, Intel, Hewlett-Packard : ces entreprises annoncent des licenciements massifs en lien avec l’intelligence artificielle.
Selon l’OCDE, l’IA pourrait remplacer 95 % des emplois administratifs ; de nombreux métiers sont menacés : management, ressources humaines, (…)
—> Lire l’intervention d’Alexandre Basquin

JO Alpes 2030 : « des Jeux populaires, sociaux et respectueux de l’environnement »
Conclusions de la CMP sur le projet de loi relatif à l’organisation des JOP de 2030
Nous examinons aujourd’hui ce texte dans un moment particulier pour la politique sportive de notre pays. Depuis plusieurs mois, le sport français est gouverné dans une transition permanente : intérim à la direction des Sports, pilotage incertain de l’Agence nationale du sport, et aucune décision (…)
—> Lire l’intervention d’Cécile Cukierman

LMB Aerospace : ne bradez pas nos industries stratégiques !
Question écrite
LMB Aerospace est un équipementier situé en Corrèze, spécialisé dans la fabrication de moteurs et de ventilateurs électriques à destination notamment des Rafales, des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, du char Leclerc ou du porte-avions Charles de Gaulle.
Elle fait donc partie d’un (…)
—> Lire l’intervention Fabien Gay

Les autres interventions

Lois :
Communes nouvelles : quand la loi rattrape enfin la réalité locale
Institutions, élus et collectivités – Faciliter la création et le fonctionnement des communes nouvelles – par Cécile Cukierman – 5 févr. 2026

Les questions écrites :
Un secteur privé uniquement déterminé par une logique de profits immédiats
Éducation et recherche – Dérives du système privé de formation de pilotes – par Marianne Margaté – 5 févr. 2026

Les courriers officiels :
Situation de l’AJECTA
Culture et médias – Pour un maintien vivant de l’histoire sociale et industrielle de nos territoires – par Marianne Margaté – 3 févr. 2026

Affaires économiques :
Don’t Drill. Don’t Drill. Don’t Drill.
Économie – Exploitation des hydrocarbures en outre-mer – par Fabien Gay – 30 janv. 2026