« On se moque de nous » : dépassés par l’inflation, les retraités font entendre leur colère à Perpignan (L’Indep)

Ce mercredi, en fin de matinée, près d’une centaine de retraites en colère ont défilé dans les rues de Perpignan. Pour réclamer une augmentation des retraites complémentaires du privé à même de rattraper l’inflation, tout en protestant contre le projet de budget 2027.

Ils étaient autour de 80 retraités à défiler ce mercredi matin en centre-ville de Perpignan. Première étape : le siège local du Mouvement des entreprises de France (Medef). Les manifestants entendaient ainsi mettre la pression sur le patronat alors qu’a Paris les négociations autour de l’augmentation des retraites complémentaires du privé (Agirc-Arrco) battaient leur plein. « Nous dénonçons le gel du point d’indice pour 2026 et demandons un rattrapage au niveau de l’inflation », résumait en fin de matinée le secrétaire départemental de la CGT Retraités, Eugène Rios. « L’Agirc-Arrco a une réserve financière de 91 milliards d’euros. Il n’y a pas de raison de ne pas augmenter les retraites complémentaires du privé. » Surtout avec la hausse des prix de l’énergie, de la nourriture et du carburant qui touche les retraités au même titre que le reste de la population.

Après s’être rejoints devant le Medef, les manifestants se sont rendus devant la préfecture pour mettre l’accent sur la seconde revendication du jour : la dénonciation du projet de budget 2027. « Un budget de régression sociale », qui prévoit notamment de « désindexer de l’inflation les pensions de base à partir de 1 200 euros brut, alors que c’est encore en dessous du seuil de pauvreté ».

Ce mercredi, quelques lycéens et étudiants en lutte s’étaient également associés au cortège. « Nous sommes là pour soutenir nos papis et nos mamies. Pour tout ce qu’ils ont accompli, ils méritent de vivre dignement », a estimé au micro Luna, la secrétaire générale du mouvement étudiant Union progressiste.

Épilogue de la mobilisation : en fin de journée, les négociations menées au siège parisien de l’Agirc-Arrco ont débouché sur une augmentation des retraites complémentaires du privé à hauteur de 1,4 % au 1er novembre 2026. Insuffisant aux yeux d’Eugène Rios. « L’inflation est à plus de 2 %. Ils se moquent de nous ! », juge-t-il. Avant d’annoncer qu’une délégation de retraités catalans sera bien présente à Paris pour participer à la manifestation prévue le 19 novembre.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 15 octobre 2026)

« On ne peut pas continuer à laisser les retraités perdre du pouvoir d’achat » (L’Indep)

Ce mercredi, les retraités des Pyrénées-Orientales sont appelés à se mobiliser à Perpignan pour réclamer une revalorisation de leurs pensions complémentaires.

Les retraités comptent bien faire entendre leur voix. Ce mercredi 14 octobre, à l’occasion d’une journée de mobilisation nationale, les organisations syndicales des Pyrénées-Orientales appellent à se rassembler à Perpignan.

Le rendez-vous est fixé à 10h30 devant le Medef. Puis, à 11h30 devant la préfecture. Une date pas vraiment choisie au hasard puisque, ce jour-là, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco (le régime de retraite complémentaire des salariés du privé) doit se prononcer sur l’évolution des pensions complémentaires pour l’année à venir.

Pour Chantal Argence, de la FSU Retraités et de la Fédération générale des retraités (FGR), l’enjeu est clair. « Il faut préserver le pouvoir d’achat d’une population confrontée à la hausse des dépenses du quotidien. Les retraités ne peuvent pas être la variable d’ajustement. Les prix augmentent, mais les pensions ne suivent pas au même rythme », martèle-t-elle.

Même constat pour Eugène Rios, représentant de la CGT Retraités 66 qui pointe du doigt « les années sans augmentation significative des pensions complémentaires ». Après une revalorisation de 1,6 % en 2023 et deux années sans revalorisation, ç’en est trop. « On ne peut pas continuer à laisser les retraités perdre du pouvoir d’achat pendant que le coût de la vie grimpe. Nous demandons une revalorisation à la hauteur de ce qu’ils ont perdu », souligne-t-il.

Les syndicats avancent plusieurs revendications. À commencer par une hausse immédiate de 5 %, un rattrapage de 1 % au titre de 2025, une augmentation de 2,6 % pour préserver le pouvoir d’achat en 2026, ainsi que 2 % supplémentaires pour compenser une partie des pertes accumulées depuis 2020.

Les retraités des P.-O. à Paris

Pour Jean-Pierre Terradas, de l’association Loisirs solidarité retraite (LSR), « la retraite doit permettre de vivre dignement, mais aussi de conserver une vie sociale. Être retraité, ce n’est pas simplement payer ses factures et rester chez soi. On doit pouvoir sortir, partir quelques jours, voir ses proches et participer à la vie collective ».

Au-delà de ce mercredi 14 octobre, les retraités entendent poursuivre leur mobilisation dans les prochaines semaines. Les mercredi 18 et jeudi 19 novembre, les Catalans doivent ainsi rejoindre la manifestation nationale à Paris.

Driss Chait (L’Indépendant, le 13 octobre 2026)

L’édito du webzine. Les retraités, boucs émissaires du redressement français ?

Pour redresser la France, le Medef et le Premier ministre Sébastien Lecornu proposent que les retraités qui perçoivent plus de 2 000 € de pension renoncent à leur indexation sur l’inflation et, pour pour ne pas faire de jaloux, l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions devrait être supprimer.

Des mesures lourdes de conséquence. Des milliers de retraités modestes (1 600/1 700 €/mois) deviendraient imposables, risquant de perdre des droits sociaux. Ceux à 2 000 € verraient leur impôt exploser de 81 %. L’objectif est d’économiser 6 milliards d’euros sur leur dos. Pourtant, le gouvernement les présente comme des « aisés » vivant « aux crochets » des actifs, oubliant que le système de retraites est contributif et par répartition.

Cette saignée aggraverait la baisse de la consommation, donc de la TVA, et affaiblirait l’activité économique. Après une vie de travail, les retraités deviennent une variable d’ajustement budgétaire.

D’autre marges de manœuvre

Les réformes fiscales sous Macron ont coûté 54 milliards d’euros par an aux finances publiques. Le déficit atteint 151 milliards, dont 59,3 pour les intérêts de la dette. Sans compter les 211 milliards d’aides aux entreprises, souvent sans contrôle, ou les 80 à 100 milliards de fraudes fiscales annuelles. Airbnb, par exemple, a déclaré 50 millions d’euros d’activité en France… pour un chiffre réel estimé à 563 millions. Les Gafam, elles, privent l’État de 600 millions par an depuis 2017.

La France est championne d’Europe des dividendes : 61 milliards versés au deuxième trimestre 2026… sans taxation exceptionnelle. La richesse existe, mais elle profite surtout à une minorité.

Le bilan du Président des riches ? 2,2 millions de salariés au Smic (contre 1,65 million avant), une pénurie de logements sociaux (30 ans pour répondre à la demande), un million de pauvres supplémentaires, et des inégalités qui alimentent colère et repli. Même l’école régresse : le classement Pisa révèle un recul en maths et en lecture, source d’angoisse pour 80 % des parents.

En s’attaquant aux retraités, le macronisme ne résout rien. Il attise l’injustice et la colère, risquant d’ouvrir la voie à des dérives bien plus graves. Les retraités laisseront-ils faire ?

Dominique Gerbault