Crise mondiale du pouvoir d’achat, l’alerte du FMI (L’Indep)

Les hausses des prix de l’énergie et des produits alimentaires devraient devenir plus fréquentes.

Les flambées des prix des produits alimentaires et de l’énergie devraient devenir plus fréquentes et menacent la stabilité économique, alerte le Fonds monétaire international (FMI), dans un rapport publié mardi, appuyé sur l’examen de trois décennies de stratégies déployées par les gouvernements pour atténuer l’inflation.

Les fortes hausses des prix des produits de première nécessité, pourtant historiquement rares à l’échelle mondiale, sont devenues une source récurrente de tensions économiques et sociales depuis cinq ans, notamment en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et de la guerre au Moyen-Orient depuis fin février.

En l’espace de trois ans, entre 2021 et 2024, 23 millions de personnes supplémentaires sont passées ainsi sous le seul d’extrême pauvreté, précise le FMI qui pointe une « détérioration durable » du pouvoir d’achat des ménages au niveau mondial.

Les pays en développement sont confrontés, eux, a une crise grave, compte tenu de l’effet combiné de la hausse des prix du pétrole, des niveaux d’endettement élevés, de l’augmentation des coûts d’emprunt et de l’impact attendu du phénomène climatique El Niño, qui pourrait être d’une ampleur exceptionnelle cette année.

La double peine pour les consommateurs

« Cela survient à un moment où la croissance globale dans les pays à faible revenu est à son plus bas niveau historique, elle a considérablement ralenti », souligne Shantayanan Devarajan, professeur à l’Université de Georgetown aux États-Unis. Cet ancien économiste de la Banque mondiale exhorte les gouvernements à instaurer sans tarder des réformes visant à stimuler la croissance et à limiter les dommages causés par la guerre au Moyen-Orient. « Comme on dit, il faut réparer son toit quand le soleil brille », explique-t-il, « quand la crise éclate, il est presque trop tard pour déployer ces mesures et l’opposition sera très forte. » Or de nouveaux nuages s’amoncellent à l’horizon. La guerre en Iran devrait porter l’inflation mondiale à 4,7 % cette année, selon les calculs du FMI, contre 4,1 % en 2025. « Nous constatons que les prix des produits de première nécessité, par rapport à ceux des autres biens, continuent d’augmenter (…) et restent durablement élevés, indique le Fonds monétaire international. Les consommateurs subissent ainsi non seulement une flambée temporaire des prix de l’alimentation et de l’énergie, mais aussi une détérioration durable de l’accessibilité financière des produits de première nécessité par rapport aux autres biens. »

Les crises du coût de la vie vont donc se multiplier, en accentuant la pauvreté, prévient le FMI.

L’Indépendant, le 7 octobre 2026

La grande pauvreté gagne du terrain en France (L’Indep)

La grande pauvreté a bondi de 37 % entre 2018 et 2025 en France, touchant désormais 5,5 millions de personnes, montre une étude réalisée par cinq chercheurs en économie en Europe et aux États-Unis qui ont passé au crible les données des Restos du cœur. Selon cette enquête, publiée lundi, « l’inflation est responsable de 52 % de la hausse du « sans-abrisme » » dans le pays et la difficulté de trouver un logement adapté a grimpé de 62 % au sein de la population.

Les enfants de moins de 10 ans représentent près de 25 % de ce public dit « en précarité résidentielle », composé, pour beaucoup, de familles monoparentales, avec des mères seules. Avec des causes clairement identifiées. « Une hausse de 10 % du taux de chômage entraîne, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation d’environ 10 % du nombre de personnes sans-abri ou en situation de précarité résidentielle, et de 13 % pour la précarité alimentaire », soulignent les Restos du cœur.

Autre enseignement de cette étude, environ une personne sur dix pourrait avoir recours à l’aide alimentaire au cours des dix prochaines années. Pourtant, « des politiques publiques agissant sur la stabilité des prix, le marché du travail ou encore l’offre de logements sont en mesure d’aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté », observe l’association, qui espère provoquer une prise de conscience dans la classe politique à l’approche de l’élection présidentielle

L’Indépendant, le 6 octobre 2026

Pourquoi les agriculteurs d’Occitanie sont-ils parmi les plus pauvres de France (L’Indep)

Parmi les plus virulents dans le mouvement de grogne, les exploitants de la région sont aussi parmi les moins bien rémunérés de France, avec un revenu moyen, avant impôt, de 19 542 euros par an.

« Le principal problème pour nous, c’est le revenu. » Au détour d’un discours sur un barrage, il y a quelques jours, David Sève, président de la FNSEA du Gard, a énoncé une évidence. Le mouvement de grogne des agriculteurs, qui s’est mis sur pause pendant les fêtes, est légitimé sur le papier par un désaccord avec la politique sanitaire de lutte contre la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et une opposition au traité d’accord commercial avec les pays du Mercosur. Ce ne sont en réalité que les gouttes faisant déborder un vase d’amertume.

La réalité, c’est que nombre d’agriculteurs n’arrivent plus à vivre décemment de leur métier. Une paupérisation encore plus marquée en Occitanie. « Les aides de la PAC ont été divisées par trois en vingt ans, on subit les cours de nos marchandises », déplorait un maraîcher gardois lors d’une manifestation. Les chiffres sont implacables: avec 19 452 euros de revenu courant avant impôt par salarié, les agriculteurs de la région ne gagnaient en 2023 que 45 % de la moyenne nationale dans ce secteur (43 133 euros). Plusieurs facteurs expliquent cette différence abyssale.

1 – De plus faibles surfaces cultivées

Contrairement à d’autres régions comme la Beauce – le grenier à blé de la France – ou les Hauts-de-France, les exploitations d’Occitanie cultivent des surfaces plus réduites : 49 hectares en moyenne contre 65 à l’échelon national. Ce qui n’empêche pas la région de disposer de 33 % de la superficie viticole nationale.

2 – Aléas climatiques plus impactant

Le pourtour méditerranéen est le secteur le plus impacté par l’ensemble des changements climatiques depuis cinq ans. « Pluies diluviennes, pics de chaleur, gelées… à 50 km de distance, les gens n’ont pas les mêmes problématiques et les rendements s’en trouvent impactés. On observe une accélération de l’incertitude », note Benjamin Devaux, directeur conseil économique et études de Cerfrance Midi Méditerranée, l’association de gestion comptable qui accompagne les exploitants dans le conseil économique, juridique, fiscal et social.

Conséquence, une baisse des rendements qui a induit une fragilité financière accrue face aux gros pics d’inflation qui ont suivi la période Covid et le début de la guerre en Ukraine.

« Les cours ne suivent pas l’inflation », reconnaît Benjamin Devaux, « alors que le prix de l’hectolitre de vin, par exemple, n’a pas bougé depuis vingt-cinq ou trente ans. Certaines matières premières ont pris 15 à 20 % d’une hausse difficile à répercuter dans un marché qui s’impose aux exploitants. De fait, leur marge s’est dégradée. »

Le bio, qui avait connu un essor en période de Covid, a lui aussi déchanté en raison de l’inflation, mais a semblé repartir en 2025.

3 – Disparités liées à l’accès à l’eau

Sur fond de sécheresse, l’eau est devenue une denrée rare et providentielle, source de profondes inégalités entre territoires.

« C’est une tendance de fond depuis deux ans », explique Benjamin Devaux. « Les exploitants qui ont accès a l’eau sécurisent bien mieux leurs revenus. Les vignerons qui n’y ont pas accès travaillent comme avant, mais font 15 hectos au lieu de 35 hectos par hectare. Les Pyrénées-Orientales et l’Aude sont particulièrement touchés, d’où un appauvrissement grandissant, comme sur le piémont héraultais. »

Dans ce contexte, Cerfrance incite nombre d’agriculteurs à se diversifier pour moins subir les conséquences du réchauffement.

« Dans les P-O, on a une grosse activité arboricole et maraichère », note Benjamin Devaux. « Dans le Gard, on a souvent un complément d’activité autour des asperges et de l’arboriculture, en plus de la vigne. Mais l’Aude et l’Hérault restent très viticoles, avec une mentalité très tournée vers la mono-culture. Des exploitants sinistrés cet été dans les Corbières réinvestissent ainsi presque intégralement dans les vignes, alors que certains étaient un peu en bout de course dans ce secteur. On a du mal à faire changer les mentalités. »

En cas de coup dur climatique, les assurances, principal levier de sécurisation de la monoculture, ne font plus leur office, en raison de la baisse des rendements: « Les indemnités sont calculées sur les rendements moyens des cinq dernières années en enlevant la moins bonne, mais ils ont tellement souffert que ces moyennes ne traduisent plus le potentiel des exploitations. »

4 – Pic des exploitations au seuil d’alerte

Selon les chiffres de Cerfrance et de la chambre régionale d’agriculture, les trésoreries sont en baisse.

En 2023, 40 % des viticulteurs atteignaient un seuil d’alerte financière, 12 % pour l’ensemble des exploitations (+ 3 % par rapport à 2022). « Le 6 janvier, j’ai quinze collaborateurs qui partent en formation accompagner les agriculteurs en difficulté », concède Benjamin Devaux. « Cela concerne presque une prestation sur deux chez nous. J’ai vu partir en pleurs un exploitant qui devait licencier une personne salariée depuis vingt ans. Un autre qui devait annoncer à sa fille qu’il ne pouvait plus la rémunérer. On est en train de déstructurer des filières. On détruit les chances d’installer une nouvelle generation. »

Richard Gougis (L’Indépendant, le 31 décembre 2025)