Au Mémorial du camps de Rivesaltes : « se souvenir a encore de l’avenir » (L’Indep)

Inauguré hier, le nouveau parcours visiteurs du Mémorial du camp de Rivesaltes ouvre une nouvelle étape dans l’histoire intranquille de ce lieu unique en région. La cérémonie, en présence de la ministre déléguée aux Anciens combattants, a donné le ton d’un « An Il » déterminé à résister aux falsificateurs de mémoires.

Éperon rocheux sur lequel se fracassent les velléités de réécriture de l’histoire, le Mémorial du camp de Rivesaltes est entré hier dans son deuxième âge. Pas celui d’une « maturité » qui serait trop sage pour sa mission, mais l’âge d’une assurance acquise dans le travail des historiens. Un travail qui se poursuit, et qui enrichit sans cesse une collection permanente désormais exposée de façon plus claire, plus accessible et toujours rigoureuse.

Clair, accessible, rigoureux

La raison d’être du Mémorial s’affirme donc encore. Les nouveaux outils pour transmettre les mémoires des différentes populations un jour internées ici, permettent à la directrice, Céline Sala-Pons, d’assurer que « se souvenir a encore de l’avenir ». Et à la présidente d’Occitanie, Carole Delga, de délivrer un discours très politique, une grosse charge contre l’extrême droite (invité, le maire RN de Perpignan était absent, celui de Rivesaltes ne s’est pas attardé). Jusqu’à rappeler que cette refonte du parcours mémoriel « a été rendue possible aussi grâce aux financements de l’Europe, c’est important que le drapeau européen continue à flotter ». Référence aux nouveaux maires RN de Carcassonne ou Canohès qui les ont retirés des frontons.

« Falsifier l’histoire c’est fracturer la société »

« Ici, des femmes et des hommes jugés indésirables ont connu l’enter », a-t-elle rappelé. « Ce mémorial incarne un message: il n’y a pas d’indésirables ni de damnés de la terre mais qu’une seule race, l’humanité. C’est pourquoi on doit continuer à travailler ensemble pour que ce lieu apporte la connaissance de la mémoire et des atrocités ». À revers des discours révisionnistes qui circulent à la vitesse du mensonge.

« On voit qu’à travers les atteintes aux récits historiques, c’est la vérité qui est falsifiée et c’est le propre des populistes de manipuler le peuple en mentant sur l’histoire et en réécrivant un récit historique. Falsifier l’histoire c’est fracturer la société », a averti Carole Delga. « Fraternité est le mot qui vous accueille ici, et ce camp est l’illustration de la banalité du mal, le mal arrive à pas feutrés. Les grands bouleversements et les atrocités arrivent à la suite de petits renoncements. Ici, on ne renonce jamais ».

« Témoigner et transmettre est l’acte le plus républicain qui soit »

La ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants, Alice Rufo, a souligné « l’humilité de ce lieu » et insisté : « Témoigner et transmettre est l’acte le plus républicain qui soit ». « Oui, il y a eu en France des camps, on a voulu effacer cette histoire, a-t-elle ajouté. Il ne le faut pas parce que la vérité est ce qui nous construit. L’exigence scientifique est essentielle à cela. Partout où on oublie la vérité, on sacrifie l’avenir. Tous ceux qui veulent réviser et falsifier l’histoire préparent des guerres, celle qui se déroule à l’est (en Ukraine) a été précédée par la volonté de réécrire l’histoire ».

Alors oui, comme l’ont constaté le public présent hier et les premiers visiteurs, au Mémorial du camp de Rivesaltes, « se souvenir a encore de l’avenir ».

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 30 mai 2026)

« Des tentatives de déstabilisation odieuses »

Après avoir rappelé les rôles déterminants de Christian Bourquin, Georges Frêche, le soutien de Robert Badinter et la découverte de fichiers juifs par le journaliste de L’Indépendant, Joël Mettay, la présidente du Département est aussi allée sur le terrain politique.

Visant le Rassemblement national, Hermeline Malherbe a « déploré que le Mémorial soit la cible de tentatives de déstabilisation odieuses de certains qui falsifient l’histoire. Mais ici nous nous plaçons au-dessus de ces polémiques ». L’élue faisait notamment référence aux propos de Laurent Jacobelli (député RN) puis de Frédéric Gourier (élu RN à Perpignan et conseiller régional) qui affirmaient faussement que la mémoire des harkis était « invisibilisée » au Mémorial. Ce qui avait au mieux interloqué, au pire choqué tous ceux qui connaissent le lieu, ainsi que les harkis eux-mêmes.

L’Indépendant, le 30 mai 2026

Nouveau parcours visiteurs au Mémorial du camp de Rivesaltes (L’Indep)

Lieu de mémoire essentiel à l’éclairage du passé autant que du présent, le Mémorial du camp de Rivesaltes bénéficie d’une refonte de son exposition permanente onze ans après son inauguration. Une réussite.

« Au Mémorial du camp de Rivesaltes, le passé ne dort pas. Il travaille le présent ». Ainsi parle celle qui y veille, sa directrice, Céline Sala Pons. Car la volonté de cette refonte est claire : le site doit être, doit rester, un lieu vivant connecté au présent et surtout pas un sanctuaire. « Nous n’avons pas voulu faire un musée plus moderne mais un lieu plus exigeant. Faire de la mémoire non un refuge mais un levier pour comprendre hier et penser demain », résume-t-elle encore.

Un archipel de l’internement

Dans cette optique, la monumentale table centrale est conservée. Émergeant de la presque pénombre qui enveloppe le cœur du Mémorial, elle permet de relier les différentes populations qui se sont croisées dans le camp. Plus de 60 000 hommes, femmes et enfants. Celles et ceux « qui ont tant souffert à Rivesaltes », souligne le site. Cette table pivot présente l’essentiel : les différentes périodes du camp et les différentes « intensités » d’internement, de déportation ou de relégation. Mais, et c’est la nouveauté, elle est désormais accompagnée de six ilots. L’ensemble forme un archipel de l’internement en France, entre 1939 et 2007. Une présentation inédite via cette « frise » qui court des exilés venus d’Espagne de l’ilot 1 à l’après-camp de l’ilot 6. Le choix du mot « ilot » renvoie intentionnellement aux baraquements qui poussaient sur ce camp militaire à mesure que l’histoire de France enfantait ses naufragés.

L’ilot 1 raconte la Retirada, l’ilot 2 le début de la Seconde Guerre mondiale et Vichy, l’ilot 3 braque (enfin) davantage les projecteurs sur les « Justes » du camp de Rivesaltes, l’Ilot 4 sur leurs pendants collaborateurs qui ont raflé et déporté, l’ilot 5 sur les harkis, la population la plus nombreuse jamais internée au camp, l’ilot 6 sur l’existence presque miraculeuse de ce Mémorial, longtemps laissé dans un oubli bien confortable.

Les « Justes » en lumière

« Depuis dix ans, le savoir historique sur le lieu et le vécu des différentes populations qui y ont été internées ou rassemblées a progressé », constate le président du Conseil scientifique, Laurent Joly. Les derniers travaux des historiens se trouvent ainsi valorisés dans le nouveau parcours muséal. Précisément « l’organisation des ilots, leur répartition entre l’armée (partie militaire du site) et le ministère de l’Intérieur (camp d’internement) seront montrées de manière plus claire mais aussi plus palpable qu’auparavant », annonce-t-il. « Le rôle du camp dans le dispositif génocidaire de l’été-automne 1942 en zone libre est lui aussi mieux connu depuis les travaux d’Alexandre Doulut(*), ajoute Laurent Joly. On sait désormais pourquoi tant de familles juives passées par Rivesaltes ont pu échapper à la mort, tandis que 2 300 individus ont été déportés à Auschwitz-Birkenau ». Le rôle des « Justes » mis en lumière. La refonte du Mémorial, très réussie, rend ainsi davantage justice à ceux qui y ont été enfermés et ceux qui leur ont porté secours.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

(*) « La Déportation des Juifs de France, changement d’échelle » (CNRS Éditions).

Carole Delga. « S’ériger en gardien de l’Histoire »

Présidente du conseil d’administration de l’EPCC Mémorial du camp de Rivesaltes, Carole Delga est aussi, via la Région Occitanie, l’un des principaux soutiens de ce lieu de mémoire unique dans la région.

La Région investit plus d’un million d’euros(*) dans la refonte du parcours visiteurs du mémorial, qu’est-ce qui exigeait cet effort financier ?

Le Mémorial un lieu de la mémoire vivante de notre monde contemporain et son historiographie ne cesse de progresser. Nous nous devons de continuer à transmettre l’histoire des plus de 60 000 personnes qui y ont été internées. Je souhaite en cela rendre hommage à Jacques Chamoux, Joël Mettay et Claude Vauchez et à tous les militants de la mémoire qui ont œuvré pour qu’elle ne tombe jamais dans l’oubli. C’est la raison d’être de ce nouveau parcours d’exposition actualisé, modernisé et réalisé sous maitrise d’ouvrage de la Région, avec le soutien du Département et de l’Europe. Avec toujours la même ambition, celle que portait Christian Bourquin: faire du Mémorial un lieu de réparation, de réflexion et de transmission.

Ce lieu est évidemment politique, quel est son rôle en 2026, dix ans après son ouverture ?

Les attaques récentes portées par le RN contre le Mémorial et ses équipes doivent nous alerter. Elles sont le signe d’un glissement politique qui s’opère dans de nombreuses démocraties, où nous voyons à grande échelle se multiplier les tentatives de réécriture et de falsification de l’histoire. Je viens de sortir un livre sur Léon Blum et le procès de Riom qui résonne avec le moment que nous vivons, marqué par la réélection de Donald Trump, l’influence d’Elon Musk, le règne des algorithmes ou encore les ingérences étrangères. Lorsque le récit historique devient l’instrument de projets politiques, alors le danger n’est jamais loin et nous devons nous y opposer et rétablir la vérité des faits. C’est le rôle de ce Mémorial et de son conseil scientifique dirigé par Laurent Joly : Sériger en gardien de l’Histoire.

Le public des scolaires est très présent à Rivesaltes (20 000 par an), comment inciteriez-vous le grand public, dont la population locale, à rencontrer son histoire ?

Chaque année, les équipes pédagogiques du Mémorial travaillent avec les jeunes d’Occitanie pour opposer aux approximations les faits, les témoignages et les archives. Chaque année, la Région permet a de nombreux lycéens de se rendre à Auschwitz et Rivesaltes pour travailler sur le devoir de mémoire. Avec cette nouvelle exposition permanente, nous disons à tous les habitants d’Occitanie que cette histoire, celle de notre territoire, c’est leur histoire. La connaître, la comprendre, se l’approprier, c’est se porter garants de la démocratie de demain.

Recueilli par F. Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

(*) Le coût total de 2,6 millions d’euros est supporté par les fonds européens FEDER (1,13 ME), la Région Occitanie (1,05 M€) et le conseil départemental des P.-O. (408000 €).

Alice Rufo. « Préserver ce lieu est une priorité »

Alice Rufo est ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants.

Vous serez ce vendredi à l’inauguration de la nouvelle muséographie du Mémorial du camp de Rivesaltes, ce sera votre premier passage ici. Qu’attendez-vous de ce nouveau parcours ?

Dès ma prise de fonction, j’ai exprimé le souhait de venir au Mémorial du camp de Rivesaltes. Celui-ci entre en pleine résonance avec la politique mémorielle du ministère des Armées et des Anciens combattants que je porte et que je souhaite perpétuer à travers les Assises du Monde combattant lancées en avril dernier. À l’heure où disparaissent les derniers témoins, il est essentiel de pouvoir conserver des traces de leurs témoignages et de savoir les restituer et les transmettre aux jeunes générations.

La singularité de ce mémorial est qu’il témoigne de l’enfermement de Républicains espagnols, juifs, harkis, tsiganes, soldats allemands, prisonniers FLN… un cas unique en France…

Cas unique et qu’il est important de conserver, encourager et soutenir. Le mémorial réussit à préserver et transmettre ces différentes mémoires, liées à la fonction du camp militaire de Rivesaltes comme camp de rétention entre 1941 et 1966 sans les opposer les unes entre elles, avec une approche scientifique qu’il faut maintenir. La nécessité de préserver ce lieu est apparue comme une priorité et a été portée notamment par Robert Badinter, parrain du Mémorial.

À Rivesaltes, des ossements d’enfants harkis morts au camp ont été exhumés et déplacés sans avertir les familles qui cherchent à identifier les leurs. Quelles informations a le ministère ?

Ce dossier, particulièrement sensible et douloureux pour les familles, est suivi de près par le ministère des Armées et des Anciens combattants. Nous souhaitons faire toute la lumière sur ces faits. Des réponses ont notamment pu être apportées aux familles. Je sais qu’il reste encore des zones d’ombre, des choix à faire par les familles concernées et avec la Ville de Rivesaltes. Nous continuons de travailler en lien étroit avec l’ensemble des acteurs locaux, bien sûr la préfecture et l’Office national des combattants. Je suis ce dossier et nous sommes régulièrement informés des avancées.

Vous faites un déplacement mémoriel dans le département, aussi à Port-Vendres et à Thuir avec des collégiens qui travaillent sur la déportation des juifs de Rivesaltes. Comment l’État soutient-il la transmission de ces mémoires ?

Le monument à la mémoire des militaires français portés disparus en Algérie de Port-Vendres est érigé, grâce à l’accueil de la ville et à la générosité de plus de 2 500 donateurs individuels, de 150 associations et au concours du ministère des Armées. Il est le produit d’un double combat politique et archivistique de l’association Soldis et de son président le général Foumier qui se consacre à la reconnaissance et la découverte des soldats français encore disparus de la guerre d’Algérie. Ce travail de mémoire et de transmission est d’autant plus important ces temps-ci que les mémoires sont instrumentalisées par certaines forces politiques. Comme l’a rappelé le Président de la République lors de sa visite à Alger en 2022, c’est une force que de pouvoir regarder l’histoire en face.

Vous étiez vous-même en Algérie au début du mois…

Oui, c’était l’un des sujets abordés avec les plus hautes autorités, et c’est pour cela que j’avais souhaité convier l’historien Benjamin Stora dans ma délégation. Ce travail nous devons le conduire avec lucidité. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai également souhaité que Françoise Dumas, présidente de la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d’Algérie, et Hocine Bouares, vétéran harkis, m’accompagnent. La transmission passe par notre jeunesse. A travers des projets pédagogiques comme ceux conduits avec le mémorial de Rivesaltes les élèves se confrontent au défi que constitue la recherche de la vérité dans les archives. Cela contribue aussi à développer chez eux les ressources d’une citoyenneté renforcée. C’est précisément cette force que transmettent les enseignants du collège de Thuir à leurs élèves.

Recueilli par F. Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

1920-1945 : l’art en exil entre au Mémorial du camp de Rivesaltes (L’Indep)

Baptisée « Les Jours clairs sont rares », la grande expo annuelle du Mémorial de Rivesaltes a été inaugurée hier. Jusqu’au 3 février 2027, elle propose un voyage immobile dans la France et les Pyrénées-Orientales des années 20 à la fin de la guerre, a travers le regard d’une vingtaine d’artistes juifs exilés. Première visite.

« Quand l’art devient un outil de mémoire ». La formule de la directrice du Mémorial du camp de Rivesaltes, l’historienne Céline Sala-Pons, résume la nature et l’objectif de la grande exposition ouverte hier. Mais au-delà, elle rappelle aussi la volonté de la structure de multiplier les canaux de diffusion des mémoires qu’elle conserve depuis maintenant dix ans.

Associé dans sa démarche au musée d’art moderne et à l’espace Machado de Collioure, soutenu par le musée de Céret, le Mémorial de Rivesaltes concentre là les témoignages précieux d’artistes juifs ayant fui l’Europe centrale. Des « artistes en exil, entre Europe en crise et refuge méditerranéen ». Aucun d’entre eux n’a été interné à Rivesaltes, tous ont vécu à une période ou une autre, à Céret, Collioure, Banyuls, Saint-Feliu d’Amont, Saint-Paul-de-Fenouillet, Canet-en-Roussillon. Ou Port-Vendres, comme Alice Hohermann, morte à Auschwitz et dont l’expo dévoile une délicate « Femme cubiste ».

Dans la violence de l’histoire

« L’art ne sauve pas », rappelle crûment la directrice du musée d’art moderne de Collioure, Claire Muchir. Il témoigne. Et pour aider le visiteur dans ses découvertes, la muséographie est riche d’une frise chronologique pour replacer l’artiste dans le contexte de ses créations, et d’une grande carte d’Europe où suivre les itinéraires de chaque artiste. Des périples qui, tous, convergent un jour vers le territoire catalan (jusqu’à Tossa de Mar).

Beaucoup ont peint Collioure. En 1936 pour Max Birrer. En 1921 pour Mela Muter qui y créera la section communiste. D’autres ont peint Céret. Pinchus Krémègne bien sûr, qui s’y est installé sur les conseils de Soutine. Mais aussi Arbit Blatas.

Artistes ressuscités

Autant d’artistes peu connus du grand public, voire de nombreux amateurs, ressuscités par des œuvres qui éclairent leur époque, et donc la nôtre. Car l’exil est une tragédie qui dévale les siècles, et avale les artistes aussi. Mais si « l’art ne sauve pas », les œuvres peuvent parler encore longtemps après la disparition de leurs auteurs. Pour peu qu’on les conserve. Otto Freundlich, réfugié dans les Pyrénées-Orientales dès 1940 avec son épouse Jeanne Kosnick-Kloss, a ainsi passé toute sa (courte) vie à lutter « contre la destruction de ses œuvres par les nazis et l’effacement de son art », apprend-on dans l’expo. Co-fondateur du constructivisme et de l’abstraction avec Kandinsky, il a été assassiné à Sobibor en 1943. Trois de ses œuvres dont un magnifique triptyque de mosaïques, sont visibles à Rivesaltes en attendant la grande expo consacrée au travail de ce « couple en exil », au musée d’art moderne de Collioure cet été 2026.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 20 mars 2026)

Les peintres exposés

Marc Chagall (1887-1985), Pinchus Krémègne, Otto Freundlich (assassiné à Lublin-Maidenek à l’age de 64 ans), Max Birrer (mort à Collioure en 1937), Arbit Blatas (1908-1999), Victor Brauner (1903-1966), Joseph Hecht (1891-1951), Alice Hohermann (assassinée à Sobibor à l’âge de 41 ans), Georges Kars (1882-1945), Emmanuel Katz (1894-1962), Michel Kikoïne (1892-1968), Jeanne Kosnick-Kloss (1892-1966), Mela Muter (1876-1967).

Nicolas Lebourg : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale » (La Marseillaise)

Chargé de recherches pour le programme du Mémorial du camp de Rivesaltes entre 2006 et 2008 et auteur en 2015, avec Abderahmen Moumen, de « Rivesaltes, le camp de la France, 1939 à nos jours », l’historien Nicolas Lebourg, également spécialiste de l’extrême droite, revient sur le rôle du Mémorial et démonte les critiques émises par les élus du Rassemblement national.

La Marseillaise : Comment et dans quel but a été créé ce mémorial ?

Nicolas Lebourg : C’est une pétition citoyenne en 1998 qui a poussé à sa création, ce ne sont pas les institutions au départ. Cette pétition a fait suite aux révélations de l’envoi à la déchetterie d’archives relatives à la déportation des juifs internés au camp de Rivesaltes vers Drancy, avec pour destination finale Auschwitz. Ce qui est très particulier dans le camp de Rivesaltes, c’est que l’histoire du lieu va être construite pour faire le mémorial. Jusque-là, elle n’existe pas, il n’y a qu’une histoire orale. La société civile demande donc qu’on arrête de mettre ce passé sous la table.

La Marseillaise : Quelles sont les populations qui sont passées par ce camp ?

Nicolas Lebourg : De manière synthétique, pour la période de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des juifs étrangers du sud de la France, des familles de Républicains espagnols mais aussi des « nomades », c’est le terme employé à l’époque. Ensuite, il va y avoir le menu fretin des collaborateurs. Le camp sert alors plutôt de protection face aux risques d’exécutions extrajudiciaires. Il y a aussi un dépôt de prisonniers de guerre allemands qui est conséquent. Ensuite, il va y avoir un centre de formation réservé aux Nord-Africains dans l’idée qu’ils vont être reconnaissants à la France de les avoir formés. En réalité, Rivesaltes devient un centre de propagande indépendantiste. Il y a aussi une prison spéciale FLN en 1962. Ensuite, il y a des soldats guinéens et des harkis, environ 22 000, qui restent pour les derniers jusqu’en 1978. Enfin, Rivesaltes sera un centre de rétention administrative qui ouvre dans les années 1980 et qui va fermer en 2007. Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale française. Le camp a été utilisé sous trois Républiques et sous Vichy. Les guerres d’Espagne, d’Indochine et d’Algérie laissent toutes leurs traces dans ce camp. Quand on regarde, le plus important ce n’est pas la violence de l’État mais le désintérêt et l’indifférence de la société pour ces populations.

La Marseillaise : Le RN a critiqué la présence d’un film sur les droits LGBT en Ouganda. Pourquoi ce sujet a toute sa place au Mémorial ?

Nicolas Lebourg : Étant donné la répression des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale, il est d’une rationalité absolue que l’on parle de l’homophobie et des homosexuels dans un lieu comme celui-ci. Si ce lieu ne parle pas de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie, il trahit les gens qui y sont passés.

La Marseillaise : La montée du RN s’accompagne-t-elle d’une réécriture de l’Histoire ?

Nicolas Lebourg : Nous sommes sur un complet changement de régime mémoriel. La guerre d’Algérie est devenue la matrice des mémoires en France. Tous les débats, toutes les polémiques sur la société d’aujourd’hui portent sur la guerre d’Algérie. Georges Orwell disait que le pouvoir autoritaire réécrivait l’Histoire comme un palimpseste et que ça participe de l’acceptation des idées autoritaires. L’extrême droite revendique un double discours : un, que l’islam agresse en continu les civilisations, de Poitiers à nos jours, avec la guerre d’Algérie comme point fondamental. Et deux, que de tout temps, la gauche a été collaborationniste avec un retournement complet de l’image de la collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Mais aussi que la gauche serait collaborationniste dans l’invasion de la France. Ce n’est pas nouveau, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait une affiche avec « Le Pen, la résistante ». Mais à l’époque, ça ne marchait pas. Aujourd’hui, avec le déplacement du régime de mémoire et la banalisation du RN, ça marche bien. L’histoire vue par CNews qui explique que le fascisme est en fait un socialisme et que la gauche c’est la collaboration, imprègne la population.

La Marseillaise : Vous dîtes « ce n’est pas la mémoire qui divise, mais le ressentiment ». Qu’entendez-vous par là ?

Nicolas Lebourg : Je crois qu’une grande partie de nos soucis actuels en France sont liés à cette culture du ressentiment. Ce qu’on nous raconte toute la journée avec d’autres mots sur les oppositions entre mémoires, entre groupes sociaux, entre cultures ou ethnies, relève du ressentiment. L’aigreur nous mine collectivement. J’ai travaillé sur les personnes arrêtées pour des faits violents d’ultra droite depuis 2017 et je constate qu’elles viennent de territoires où l’on vit mieux que la moyenne. Ça ne confirme pas le discours de la violence qui naît de la misère, au contraire. Elles vivent dans des territoires plus inégalitaires où il y a ce ressentiment. Ces personnes travaillent et ont l’impression qu’il y a des « parasites » en bas, des immigrés qui prennent les allocations par exemple. Elles pensent que les autres sont mieux traités et qu’elles s’opposent à eux pour s’affirmer. C’est une aigreur collective qui peut faire exploser une société.

Entretien réalisé par Tristan Arnaud (La Marseillaise, le 20 octobre 2025)

10 ans du Mémorial de Rivesaltes : entre mémoire partagée et reconnaissance historique, une lutte contre l’oubli (L’Indep)

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes a été inauguré il y a dix ans. Né d’une mobilisation citoyenne et d’une forte volonté politique, il a accueilli 400 000 visiteurs et de nombreux scolaire. Lieu de réflexion sur l’histoire complexe des « indésirables » en France sur une très longue période, il dévoilera une nouvelle muséographie en janvier prochain autour d’une démarche basée sur la recherche et la volonté de traiter toutes les mémoires.

C’est un immense bloc de béton de 200 mètres de long sur 20 mètres de large, semi-enterré au beau milieu de l’îlot F du camp Joffre de Rivesaltes. Il y a 10 ans, le 15 octobre 2015, le Mémorial du Camp de Rivesaltes était inauguré. Ce jour-là, ministres, hommes politiques de tous bords, personnalités emblématiques, se pressaient autour du bâtiment d’une ambition folle construit par l’architecte Rudy Ricciotti. Entouré des ruines des baraques militaires où la France avait, pendant près de 40 ans, relégué ses « indésirables », l’œuvre figure une mémoire enfouie, émergeant doucement. Tous les invités étaient alors conscients de la force symbolique de cet espace sur les lieux mêmes de l’Histoire dont il doit rendre compte.

La lente sortie de l’oubli

La façon dont le projet a vu le jour n’est pas banale non plus. Dans le département des Pyrénées-Orientales personne n’ignorait l’existence de cet immense camp militaire implanté sur une plaine aride et battue par les vents. En revanche, le rôle qu’il avait joué dans l’histoire était longtemps resté ignoré ou tabou. En 1978, Serge Klarsfeld avait établi la liste des juifs déportés depuis Rivesaltes en 9 convois. Mais il faudra attendre 1993 et la publication de son livre sur ce qu’il appelle « le Drancy de la zone sud » ainsi que le témoignage de l’infirmière autrichienne Friedel Bohny-Reiter pour que la prise de conscience commence à s’opérer. Elle concerne alors des citoyens comme Claude Delmas, écrivain rivesaltais obsédé par la présence du camp. La presse, notamment L’Indépendant, informe la population mais inquiète beaucoup de responsables locaux peu pressés « de faire de la réclame » sur un passé aussi difficile.

L’électrochoc de la découverte des fichiers

Mais les années 90 sont celles des mémoires en action. Après la stèle inaugurée par Serge Klarsfeld en 1994, les harkis font de même fin 1995 puis les Républicains espagnols en 1999. Entretemps, la découverte de fichiers du camp dans les poubelles de la Préfecture, révélée par L’Indépendant en 1997, déclenche un électrochoc. Des citoyens, Claude Delmas, Claude Vaucher, lancent une pétition pour sauver le site d’un projet de destruction. Les signataires s’appellent Simone Veil, Robert Badinter, Claude Simon ou Edgar Morin. « La pétition lancée après que les révélations de l’Indép a créé une demande, à laquelle a répondu le politique », estime l’historien Nicolas Lebourg lui-même auteur d’une thèse sur l’histoire du camp. Président du Conseil général des Pyrénées-Orientales à l’époque, Christian Bourquin est donc l’homme de la réponse politique, d’autant plus spectaculaire qu’il prend les rênes de la Région, ce qui lui donne plus de moyens d’agir à partir de 2010 jusqu’à l’inauguration de 2015. La première conséquence de la décision de construire le Mémorial passe presque inaperçu. Les jeunes fêtards et raveurs qui avaient pris l’habitude d’utiliser les ruines pour des fêtes non autorisées abandonnent d’eux-mêmes le site.

Reconnaissance collective

« En dix ans, nous avons vu émerger une reconnaissance collective », résume Céline Sala-Pons, directrice du Mémorial pour résumer le travail mené par cette structure auprès du grand public. 400 000 personnes ont visité le lieu, auxquels il faut ajouter des milliers de scolaires. Il attire de nombreux visiteurs de l’extérieur du département et propose, toute l’année, programmation culturelle et événements aux habitants. Le Mémorial est le lieu d’accueil de toutes les mémoires : 250 personnes le 25 septembre dernier pour la journée des Harkis pour une conférence. Une exposition remarquable des œuvres de Josep Bartoli, réfugié espagnol et peintre. Une soirée bouleversante lorsqu’Édouard Drommelschlager, 83 ans, laisse en dépôt l’original de la lettre écrite par sa mère Luisa, alors qu’elle était transférée de Rivesaltes vers les camps de la mort. « Aujourd’hui, le camp de Rivesaltes n’est plus un sujet enfoui mais bien une mémoire partagée et assumée », dit Céline Sala-Pons.

Une histoire qui s’élargit

La construction du Mémorial –et même, la décision de le faire- a donc largement précédé le processus de mémoire mais, également, le travail historique sur le lieu lui-même. Outre Nicolas Lebourg, Abderahmen Moumen travaille sur le rôle du camp dans l’internement des Harkis à la fin de la guerre d’Algérie. 22 000 d’entre eux sont passés par Rivesaltes, une ville qu’ils ont profondément marquée. Et, plus les historiens cherchent, plus ils trouvent. Les recherches d’Alexandre Dolut font émerger la politique d’enfermement des nomades, seuls français du camp pendant la deuxième guerre mondiale, envoyés là par Vichy. Au fil du temps, la liste des internés de ce camp construit par des réfugiés espagnols pour des tirailleurs sénégalais, s’allonge. Ouvriers malgaches pendant la guerre, combattants vietnamiens sortis des camps du Viet Minh pour être transférés dans les années 60, militaires guinéens et leurs familles, mais aussi prisonniers de guerre allemands, activistes du FLN. La nouvelle muséographie du Mémorial, actuellement en cours d’installation tiendra compte de ce fil rouge colonial et post-colonial de l’histoire du camp.

De cinq stèles au Mémorial

L’existence d’un tel outil de réflexion, incitant à regarder au-delà des simplifications et des récupérations tranche dans un contexte politique et intellectuel actuel. Lorsque la décision de bâtir ce lieu avait été prise, il s’agissait déjà d’un enjeu majeur. Cinq stèles avaient été érigées dans l’enceinte du camp : juifs, harkis, Républicains espagnols, tsiganes et même une dernière pour le centre de rétention administrative, installé pour les migrants en 1986 et déménagé près de l’aéroport en 2007. Depuis, d’autres mémoires n’ont cessé de s’agréger à mesure que la recherche progresse. « Nous avons choisi de ne pas hiérarchiser mais de montrer la complexité », explique Céline Sala-Pons à propos de l’immense diversité des réalités historiques qui se sont succédé sur cet espace. Un choix consistant à privilégier les faits avant les opinions, la démarche scientifique avant la propagande. Cela donne donc, forcément, un contenu politique. Il sera l’un des enjeux des batailles culturelles à venir.

Pierre Mathis (L’Indépendant, le 16 octobre 2025)

Mémorial de Rivesaltes. Réactions en chaîne après La « fake news » du député RN Laurent Jacobelli

« On ne parle plus des harkis ! » Cette phrase de Laurent Jacobelli, à propos du Mémorial du camp de Rivesaltes, a déclenché de nombreuses réactions. Parmi elles, un communiqué de presse commun des présidentes Carole Delga (Région) et Hermeline Malherbe (Département), un autre de la Ligue des Droits de l’Homme 66 ainsi qu’une longue tribune de l’historien perpignanais Nicolas Lebourg publiée dans Libération. Ce dernier y souligne l’écart considérable entre l’affirmation du député RN et la réalité. Tout visiteur de l’exposition permanente du Mémorial constate que la période liée aux harkis y occupe une place essentielle. Chaque année, le 25 septembre, s’y déroule la journée d’hommage aux harkis. En 2024, le Mémorial a organisé une exposition consacrée aux harkis à l’Assemblée nationale et aux Invalides. Par ailleurs, Abderahmen Moumen, responsable scientifique de la partie dédiée aux harkis dans la nouvelle exposition permanente prévue pour 2026, est un chercheur reconnu sur cette question et collabore de longue date avec le Mémorial. C’est également dans ce lieu que Jean-Marie Bockel, président de la commission chargée de la « reconnaissance » et de la « réparation » des harkis, avait présenté les mesures gouvernementales en mars 2022.

« Contrairement à ce qu’affirme le député Jacobelli ce lieu participe à transmettre la mémoire des harkis et de leurs familles », affirment Carole Delga et Hermeline Malherbe, qui rappellent aussi la diversité des mémoires traitées par le Mémorial : « avant tout le témoin de l’histoire d’un camp, qui a vu passer, de 1941 aux années 1970, des républicains espagnols exilés, des juifs étrangers déportés, des Tsiganes rejetés. Autant de mémoires que nous devons honorer. » La LDH considère que ces propos « s’opposent à l’éducation citoyenne pour laquelle le Mémorial joue un rôle pédagogique fondamental »

Nicolas Lebourg le souligne également, à propos d’une phrase de la députée Michèle Martinez, qui vient de proposer la création d’une fondation de la mémoire harkie. Sur sa page Facebook, elle affirme que « le passé harkis est parfois invisibilisé par d’autres mémoires », « Elle ne les nomme pas », écrit Nicolas Lebourg, « Ouvert en 1941, le camp a interné des milliers de républicains espagnols ayant fui les exécutions franquistes, ainsi que des milliers de juifs étrangers, ensuite transférés vers Drancy puis Auschwitz Était-ce des mots si difficiles à utiliser: « juifs », « républicains »? », conclut-il.

Pierre Mathis (L’Indépendant, le 5 octobre 2025)

Une programmation foisonnante pour les 10 ans du Mémorial de Rivesaltes (L’Indep)

Conférence, cinéma, table ronde, concerts… Pour son dixième anniversaire, le Mémorial du camp de Rivesaltes a mis les petits plats dans les grands. Voici quelques-uns des 55 évènements programmés pour cette saison 2025-2026 qui démarre.

« Nous avons voulu une saison riche, intense et foisonnante, ou l’histoire rencontre la création, l’art dialogue avec la science. Et la mémoire se fait parole, musique, geste ou récit. Littérature, théâtre, cinéma, photographie, musique, colloques, rencontres, spectacles jeune publie : autant de formats, autant de façons de faire vibrer les mémoires du camp de Rivesaltes. »

Céline Sala-Pons, la directrice du Mémorial, s’en réjouit. Cette saison 2025-2026, à l’heure où le site franchit le cap symbolique de ses dix ans, pas moins de 55 évènements seront proposés au public. Et ce, malgré la fermeture temporaire due aux travaux de réaménage-ment. En voici 5 temps forts parmi 55 au total.

Jeudi 2 octobre: Accueillir les voix LGBT +

Cette année, le Mémorial s associe une fois encore à l’association LGBT + 66 et au festival « Et alors » pour une soirée dédiée à la lutte contre les discriminations. Ainsi, à 18h30, le film Out of Uganda sera projeté. Un ouvrage abordant la condition des homosexuels en Ouganda ou être gay ou lesbienne est passible de la peine de mort. S’ensuivra une table ronde pour « identifier et combattre les discriminations ». Un moment qui réunira notamment Mathias Ott, délégué interministériel a la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, Marie-Céline Straub, vice-procureur de Perpignan ou encore Anne-Laure Arino, directrice académique des services de l’Éducation nationale des Pyrénées-Orientales. À partir de 18h30.

Mercredi 3 décembre: Misère du IIIe Reich, hors les murs

Dans le cadre de leur partenariat, la Scène nationale Grand Narbonne et le Mémorial proposent, en territoire audois, une pièce écrite par Bertold Brecht lors de son exil en Scandinavie. Opposée au régime nazi, la dramaturge y raconte la montée du fascisme en Allemagne entre l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 et la déclaration de guerre en 1938, en montrant comment la peur d’autrui s est infiltrée dans toutes les couches de la société et a très rapidement gangrené les rapports humains. À partir de 20h.

Jeudi 26 mars: Souffles d’ancêtres, voix d’avenir nomades

Entre 1941 et 1942, près de 1 400 Tsiganes furent internés au camp de Rivesaltes. Au cours de cette soirée cinéma, le Mémorial emmènera le public à la rencontre de Pista Helmstetter, figure de la communauté sinté d’Alsace, qui a vécu la destruction des caravanes et les expulsions. « Comme un lien entre hier et aujourd’hui, les mots de Pisla se mêlent aux notes de Rallo, son petit-fils, pour évoquer l’univers du voyage et la singularité d’une population qui refuse d’être invisibilisée. » À partir de 18h30.

Mercredi 8 avril : Journée mondiale du peuple gitan en musique

À l’occasion de cette journée mondiale du peuple gitan, le Mémorial vous propose un concert pédagogique animé par Tato Garcia. Guitariste, chanteur, auteur, compositeur, interprète, Tato est maître dans l’art du fameux « ventilador ». Il est un fervent ambassadeur de la rumba catalane, musique née dans les années 60 dans les quartiers gitans de Barcelone. De 9h à 12h.

Jeudi 21 mai: Le camp Joffre, un carrefour de l’ordre colonial

Entre novembre 1964 et mars 1966, des militaires guinéens et leurs familles transitent par le camp Joffre. Environ 800 personnes en tout, venue d’Afrique pour la plupart. À travers la conférence « Des militaires guinéens et leurs familles à Rivesaltes : naufragés de la décolonisation » animée par Céline Pauthier, il s’agira de comprendre la trajectoire complexe de ces militaires. Et de rendre visible leur présence à Rivesaltes qui reste encore méconnue. À partir de 18h30.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 22 septembre 2025)

—> Retrouvez la programmation complète de la saison culturelle et scientifique du Mémorial du camp de Rivesaltes

Le billet d’Yvon Huet. Mémorial de Rivesaltes… Un bijou de résistance culturelle

J’ai été hier, avec la délégation de la LDH66 au Mémorial de Rivesaltes pour la fête de ses 10 ans d’existence. Ce lieu concentre tous les témoignages vivants de l’indésirabilité, d’où qu’elle vienne, avec le soutien de la gauche qui, est, et doit rester, espérons-le, au pouvoir en Occitanie, ainsi que le conseil département des Pyrénées Orientales.

À noter que c’est un certain Daladier qui, en 1938, a promu une loi permettant d’enfermer dans des camps de rétention des gens sans jugement, pour se débarrasser des étrangers indésirables, d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur origine, ce que nous a rappelé l’historien Gregori Tuba, responsable du conseil scientifique du Mémorial.

À cette occasion, la LDH, par la voix de Dominique Noguères, a réitéré son attachement à l’activité efficace et enthousiasmante de ce lieu où sont passés des dizaines de milliers d’exclus, en route pour la mort pour certains, que ce soit sur place ou envoyés dans les camps nazis.

À cette occasion aussi, notre ami Georges Bartoli a été promu Chevalier des Arts et des Lettres, distinction qu’il a acceptée, non pas pour faire plaisir à la gouvernance mais en respect de sa mère, républicaine espagnole, qui lui conseilla d’accepter les honneurs de la République Française.

Une soirée magnifique…

Un conseil, pour ceux qui peuvent. Consultez le programme du Mémorial de Rivesaltes qui organise une foule d’événements culturels et artistiques et agrège autour de lui toutes les bonnes volontés, sous la houlette de sa directrice, Céline Sala-Pons qui a décoré notre reporter et journaliste chéri, Georges, neveu du grand Josep, dont les œuvres exposées ont fait briller le Mémorial récemment.

En partage, cinq photos, dont celle de l’excellente exposition de Nicole Bergé qui a transformé en pépites de mémoire les objets enfouis sur le lieu du camp de Rivesaltes…

—> Pour plus d’infos

Yvon Huet

Hommage aux nomades victimes du nazisme. Un appel à sortir de l’oubli (L’Indep)

Hier après-midi, une cérémonie s’est tenue au Mémorial du camp de Rivesaltes à l’occasion de la journée européenne de la mémoire du génocide des populations dites « nomades » pendant la Seconde Guerre mondiale : Roms, Manouches, Sinti, Gitans, Yéniches et Voyageurs.

« Il faut se rappeler. On ne peut pas les oublier. » Moment de recueillement et d’émotion ce samedi 2 août dans les Pyrénées-Orientales. À l’occasion de la Journée européenne de la mémoire du génocide des populations dites « nomades » pendant la Seconde Guerre Mondiale, une cérémonie s est tenue en deux temps à Rivesaltes. D’abord au pied des stèles commémoratives le long de la RD5, en direction d’Opoul-Périllos, puis au cœur même du Mémorial du camp.

Cette journée, bien que non encore reconnue officiellement par la République française, revêt une importance majeure pour les associations, les familles et les membres de la communauté dite « nomade ». Elle rappelle une réalité historique longtemps passée sous silence. Celle de l’internement par les Nazis de plus de 1 400 hommes, femmes, enfants et vieillards dans des conditions effroyables à Rivesaltes, entre janvier 1941 et novembre 1942.

Venus d’Alsace, de Moselle, de Catalogne ou encore d’Europe centrale, ici, les internés étaient Manouches, Yéniches, Sinti, Gitans ou Roms. Pour nombre d’entre eux, Rivesaltes ne fut qu’une étape, avant d’être envoyés vers d’autres camps ou déportés vers les camps de la mort.

« Cette journée doit devenir officielle »

Ce samedi après-midi, le dépôt d’objets personnels ayant appartenu à Raymond Burkler -interné au camp en 1941 et 1942- a marqué la cérémonie. Cédés par sa famille, ces objets présentés dans l’exposition temporaire Le camp des familles consacrée à l’internement des « nomades », font désormais partie des collections du Mémorial. Ainsi, le public pourra découvrir une photo portrait de Raymond Burkler, une porte photos fait main réalisé et gravé par ses soins. Mais également son portefeuille d’alors, en cuir.

« Nous souhaitons marquer une étape dans le processus de reconnaissance de cette mémoire et de réparation des persécutions subies », a souligné Céline Sala-Pons, directrice du mémorial. Dans un discours empreint de gravité, elle a lancé un appel : « Cette journée doit devenir officielle. Pour les familles. Pour les vivants. Pour l’Histoire. Ces femmes, ces hommes, ces enfants, font pleinement partie de l’histoire de France et d’Europe. » Le message était clair.

Et la perche bien tendue au gouvernement français.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 3 août 2025)