L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. La jeunesse em… le Rassemblement national !

Jusqu’à maintenant, le traitement réservé par le gouvernement à des jeunes qui demandent simplement de vivre et étudier dignement a été la répression brutale. Car lorsque des heurts se produisent entre policiers et manifestants, c’est l’État qui définit le niveau de la violence ! Et le gouvernement Lecornu a délibérément choisi d’étouffer dans l’œuf la mobilisation des lycéens et des étudiants en créant les conditions d’un étalage de la violence… bien aidé en cela par des médias bien plus friands de feux de poubelles que de débats sur la validité des revendications de la jeunesse.

Pourtant, la grande majorité des lycéennes et lycéens qui étaient dans la rue mardi, accompagnés par des enseignants, des parents, des militants syndicaux, ont démontré leur sens des responsabilités. Il suffisait, pour s’en convaincre de lire les multiples pancartes qui étaient brandies et réclamaient, parfois avec humour, des professeurs supplémentaires, des moyens humains, des classes moins surchargées, des établissements moins vétustes,…

Loin d’être aveuglés par une légitime colère, ils ont clamé haut et fort que « la jeunesse em…. le Rassemblement national ! » Car ils ont bien compris qu’il n’y avait rien de bon à attendre de ce côté-là.

Rien de bon pour la liberté d’expression et de création comme le prouve la décision du maire d’Elne ou les éructations de celui de Carcassonne. Rien de bon au niveau économique et social comme le prouve le contre-budget présenté par Marine Le Pen. Non seulement, rien ne changerait si, par malheur, elle entrait à l’Elysée, mais ce serait pire. Elle propose une austérité record de 140 milliards d’euros pour 2032. Et, comme elle se refuse totalement de toucher aux privilèges des ultra-riches et des entreprises du CAC 40, il faudra imposer une cure drastique à tous les autres. Par exemple en baissant, en 2031, de plus de 36 milliards le budget de la Sécurité
sociale, à coups de déremboursements, de cure d’amaigrissement de l’hôpital public. Ou encore en frappant fort le logement social et ses locataires… C’est-à-dire, pour parler clair en aggravant encore plus, si c’est possible, la politique d’Emmanuel Macron.

Non, la jeunesse n’a vraiment rien de bon à attendre d’un parti qui plonge ses racines dans la vieille droite pétainiste –est-il nécessaire de rappeler que ce sont d’anciens Waffen-SS qui ont porté le Front national sur les fonts baptismaux ?– Donc antisémite aussi comme viennent de le révéler les messages de son président, qui garde néanmoins toute la confiance de la cheffe du RN.

À l’heure où ces lignes sont écrites, nul ne sait quelle sera la suite de la lutte des étudiants et des lycéens. Mais il reste une certitude : l’irruption de cette jeunesse dans la vie politique du pays peut laisser espérer un futur moins sombre que ce que les augures laissaient entrevoir…

Le billet d’Yvon Huet. Cher René Vautier, bienvenue au Panthéon des retours de mémoire

Il aura fallu que le maire RN d’Elne, néofasciste notoire, efface le nom de ce grand cinéaste, résistant communiste et anticolonialiste de premier ordre, qui nous a laissé une œuvre à la fois artistique et remarquable, pour qu’un coup de tonnerre de réprobation monte de tout le pays. Dans la foulée, à Douarnenez, le ciné-club a pris le nom de René Vautier.

J’ai ses films à la maison et notamment un reportage qu’il fit lors de la révolution algérienne avant l’arrivée des militaires au pouvoir. René Vautier mériterait comme tant d’autres le Panthéon, parce qu’il a associé le courage et la force de conviction en les enveloppant d’une créativité et d’une sensibilité. Elle ne doit pas se perdre dans la fosse commune de la censure historique chère aux fascistes, certes, mais aussi à tous ces conservateurs de la droite et au-delà qui n’aiment l’histoire de France qu’en image d’Épinal.

J’aimerais que la mémoire de René Vautier ne soit récupérée par personne au nom de je ne sais quelle cause autre que celle pour laquelle il s’est battu. Il doit aussi être reconnu comme artiste, au-delà de son engagement, donc considéré comme les autres, communistes ou non, quelle que soit l’orientation politique de ceux qui voudraient avoir accès à ses films et ses écrits scénaristes.

Je suis fier d’appartenir à cette école de la vie, avec René Vautier et tant d’autres connus ou anonymes, qu’est le communisme de terrain, pas celui de la représentation politique qui forge des chemins de travers bourrés de peaux de bananes mais celui, tout simplement, de l’exercice de son art et de son métier. Le communisme de terrain sauvera certainement une grande idée qui a besoin d’élus certes, à conditions qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent et à quoi ils doivent servir… Aujourd’hui je pourrais me dire « Je suis René Vautier », comme « je suis Madeleine Riffaud », sachant que je n’arrive qu’au pied de leur taille. Ils sont ma raison d’aller au bout du chemin de mes convictions.

Yvon Huet

L’éditorial du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet. Le RN entre au Sénat par la grande porte… Cherchez l’erreur !

Les élections sénatoriales du 27 septembre ont renouvelé 178 sièges au Palais du Luxembourg.

Pour le groupe Communiste Républicain Citoyen Écologiste – Kanaky (CRCE-K), le scrutin permet de conserver les quatre sièges remis en jeu. Marie-Claude Varaillas, Céline Brulin, Gérard Lahellec et Jérémy Bacchi sont réélus. Le groupe maintient ainsi ses dix-huit élus, et c’est heureux…

Mais derrière cette stabilité se dessine une réalité politique qui interroge : l’irruption du Rassemblement national au Sénat.

Pour la première fois de son histoire, le RN y constitue son propre groupe. De quoi lui donner les moyens d’avancer ses pions au Sénat, en multipliant les passerelles avec la droite et en tentant de rebattre les cartes du paysage politique à son avantage. Vive préoccupation au sein du groupe CRCE-K. « Tout le monde sous-estime ce que représente l’arrivée de l’extrême droite au Sénat », s’inquiète Cécile Cukierman présidente du groupe. « Nous les combattrons, pied à pied, sur le fond, comme nous le faisons dans l’ensemble des collectivités où nous sommes élus. »

Cet événement ne saurait être considéré comme un simple épisode électoral. À sept mois de l’élection présidentielle, il traduit de manière inquiétante une progression de l’implantation territoriale du RN. Dans plusieurs départements, notamment les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault et le Vaucluse, ses résultats en témoignent.

Cette intrusion du RN au Sénat questionne notre société et salit notre Histoire. Le parti d’extrême droite ne se contente pas de progresser dans les urnes : il s’installe durablement dans les institutions de la République. À quel moment la légitimité devient-elle immorale ?

Une autre question se pose désormais avec acuité : jusqu’où ira la porosité entre l’extrême droite et une partie de la droite sénatoriale ? Chaque rapprochement, chaque convergence, chaque compromis sera scruté avec la plus grande vigilance. Pas de complaisance. Pas de d’arrangement. La bataille parlementaire qui s’annonce devra être celle du refus de la banalisation. Le refus de nous laisser anesthésier par cette imposture…

Les écrits exhumé par Médiapart percute la stratégie du RN (L’Indep)

Le site d’investigation a publie, lundi, des messages antisémites attribués à Jordan Bardella, qui dément.

Plongé dans une nouvelle tempête médiatique, après les déboires judiciaires de Marine Le Pen, le Rassemblent national (RN) essaie de faire bloc pour contester les écrits antisémites attribués à son président, Jordan Bardella. Mardi matin, au lendemain des révélations de Mediapart, la candidate à l’Élysée et son futur Premier ministre en cas de victoire, ont tenté de renvoyer l’image d’un duo uni et combatif face à l’onde de choc provoquée par cette affaire qui soulève de nombreuses questions.

1 Que sait-on de ces écrits ?

Dans son article en ligne, Mediapart dit avoir examiné des dizaines de messages privés qui auraient été écrits à l’été 2013, par Jordan Bardella quand il était un militant actif du Front national (ancêtre du RN), âgé de 17 ou 18 ans. Des textes aux accents antisémites et conspirationnistes, dont le média d’investigation ne révèle pas les destinataires. « Toutes les banques appartiennent à des juifs. Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait notamment écrit Jordan Bardella, prenant aussi pour cible des personnalités comme Pierre Moscocivi, tout en affichant son soutien au sulfureux Dieudonné.

Des « faux grossiers », assure le président du RN, là où le site d’investigation affirme avoir authentifié ces messages privés.

Jordan Bardella, à qui on prête de longue date des connexions avec l’extrême droite radicale, cultivait également à l’époque une fascination pour Alain Soral, selon Mediapart. Or « ce n’est pas un idéologue comme un autre », souligne Valérie Igounet, historienne et politologue spécialiste de l’extrême droite en France. « C’est un négationniste, antisémite notoire qui a été condamné à de multiples re prises pour incitation à la haine raciale. » En 2024, Complément d’enquête affirmait déjà que Jordan Bardella aurait alimenté, entre 2015 et 2017, le compte Twitter@RepNatDuGaito, glorifiant un certain Alain Soral.

2 Le RN a-t-il rompu avec son passé ?

Ces révélations sont embarrassantes pour le RN, qui a officiellement rompu avec le passé sulfureux du FN (cofondé par des figures de la collaboration et d’anciens Wallen-SS) et de son ancien président, Jean-Marie Le Pen, exclu par sa fille en 2015 après de multiples dérapages.

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, en 2011, sa stratégie de dédiabolisation « a porté ses fruits auprès de la société civile », souligne Valérie Igounet, « on la vu lors de la marche contre l’antisémitisme après le 7-Octobre, le RN a été accepté dans le cortège, mais elle n’a pas fonctionné en interne, lors des campagnes électorales (municipales, législatives…), des médias s intéressent aux profils sulfureux de certains candidats, négationnistes ou antisémites. La génération de Marine Le Pen n’est pas du tout celle de Jean-Marie Le Pen, mais il y a toujours des brebis galeuses. »

Un terme souvent utilisé par Jordan Bardella et qui lui revient aujourd’hui comme un boomerang. Mais le mal est peut-être plus profond au sein du parti. « Je travaille à Conspiracy Watch, l’observatoire du complotisme », explique Valérie Igounet, « à la question « est-ce qu’il existe un complot juif sioniste mondial », ce sont les électeurs et militants du RN qui sont les plus perméables. »

3 Que sera l’impact le ces révélations ?

La classe politique s’est immédiatement emparée de l’affaire, condamnant largement ces propos. « Ces écrits, s’ils sont avérés, sont d’une immense gravité, Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l’oublier, la nature profonde de l’extrême droite », a réagi la ministre chargée de la lutte contre les Discriminations, Aurore Bergé. Le chef d’un parti qui se présente comme un bouclier pour la communauté juive, face à Jean-Luc Mélenchon (LFI), régulièrement accusé de flirter avec les codes de l’antisémitisme. « L’homme qui se présente aujourd’hui comme le plus grand défenseur des juifs et juives de France est en réalité un antisémite obsessionnel », affirme la cheffe de file des Écologistes, Marine Tondelier, qui réclame la démission de Jordan Bardella. « Si ces faits sont avérés -il les conteste- à quelques mois de la présidentielle, c’est un peu compliqué pour lui, il sera dans une situation délicate », rappelle Valérie Igounet.

Jordan Bardella, arc-bouté sur sa rhétorique antisystème, assure, lui qu’on veut l’« assassiner politiquement » et porte plainte pour diffamation, pointant une « manipulation ». Marine Le Pen lui a redit, mardi sa « confiance absolue », choisissant de prendre pour cible Mediapart, qu’elle menace de représailles, en puisant dans la dialectique guerrière. Des propos d’une « violence sidérante », dénonce le site d’information.

L’affaire peut-elle gêner la campagne présidentielle de Marine Le Pen, qui a le vent en poupe dans les sondages ? Les prochaines enquêtes d’opinion le diront. Valérie Igounet ne croit pas, en tout cas, à un impact important sur le noyau dur des soutiens du RN.

Reste à savoir si cette controverse aura un effet sur l’électorat plus large et modéré que Marine Le Pen espère agréger au second tour de l’élection présidentielle. Et si Mediapart a prévu, comme souvent, une autre salve de révélations.

M. C. (L’Indépendant, le 30 septembre 2026)

Soutien de la presse aux journalistes de L’Indépendant (L’Indep)

Les deux journalistes de L’Indépendant pris à partie par le maire Rassemblement National de Carcassonne, Christophe Barthes, lors du conseil municipal du 24 septembre dernier, reçoivent le soutien d’un large collectif de journalistes et de rédacteurs.

Dans un communiqué publié ce mardi 29 septembre, la Société des journalistes de Mediapart, ainsi qu’un large collectif de SDJ de plusieurs dizaines d’autres médias locaux et nationaux dénoncent les propos tenus par le maire à l’encontre de deux de nos collègues de ‘Indépendant. Ils estiment que ces déclarations constituent des tentatives d’intimidation visant à dissuader les journalistes de faire leur travail.

Lors du conseil municipal, Christophe Barthès avait notamment accusé nommément nos collègues de vouloir « nuire au maire », les qualifiant de « journaleux ». Il a également visé les titres du groupe La Dépêche, les qualifiant de « torchons » et de « presse nauséabonde ».

Il a également affirmé que si des agents municipaux « devaient subir à l’avenir des actes graves », il en tiendrait les journalistes cités, entre autres, pour responsables. Pour rappel, L’Indépendant n’a jamais cité de noms complets ou publié de photos des policiers mis en cause.

Face aux déclarations du maire, les sociétés de journalistes signataires disent leur solidarité envers les journalistes de L’Indépendant et leur « vive inquiétude » face à ce qu’elles considèrent comme des attaques répétées contre la presse, rappelant également un précédent récent. Le 9 septembre dernier, lors d’une conférence de presse de la mairie donnée à la suite de la révélation de la vidéo contenant les propos racistes d’un policier municipal, un journaliste de La Dépêche du Midi s’est vu refuser l’accès par un adjoint au maire.

Pour ces organisations, les journalistes du groupe La Dépêche du Midi doivent pouvoir exercer leur métier « sereinement ». Elles demandent que cessent les attaques et les intimidations visant la presse. Des demandes auxquelles ne peut que souscrire la rédaction de L’Indépendant.

Océane Laparade (L’Indépendant, le 30 septembre 2026)

Le maire d’Elne débaptise le cinéma et crée la polémique (L’Indep)

Le cinéma d’Elne, baptisé René Vautier en hommage au cinéaste, réalisateur, scénariste, engagé et récompensé, va changer de nom. C’est la décision du nouveau maire d’extrême droite, Steve Fortel, qui a suscite une vive polémique. Devant son conseil municipal, l’édile s’est défendu ce 22 septembre 2026 de « ne pas vouloir politiser la culture ».

Après avoir retiré dès le lendemain de son élection, les couleurs du drapeau arc-en-ciel (symbole de la communauté LGBT +) du passage piéton qui menait au cinéma de sa commune. le maire d’extrême droite d’Elne, Steve Fortel, s’attaque désormais au lieu de culture en lui-même. La ville, ancien bastion communiste passé à l’extrême droite lors des dernières municipales de 2026, va voir son cinéma changer de nom.

Cette structure culturelle baptisée, depuis 20 ans, « René Vautier », deviendra « La bobine illibérienne ». René Vautier (1928-2015) était un réalisateur, documentariste et scénariste français, figure majeure du cinéma politique et engagé de l’Hexagone. Entré en Résistance à 16 ans, décoré de la croix de Guerre, il revendiqua ses positions anticolonialistes. Il fut également un soutien du FLN, le front de libération nationale, mouvement politique et militaire pour l’indépendance de l’Algérie. René Vautier réalisa le court-métrage, Afrique 50 (1950), considéré aujourd’hui encore comme le premier film anticolonialiste français, interdit de projection pendant plus de 40 ans. Son œuvre, Avoir vingt ans dans les Aurès (1972), qui revenait sur le quotidien des jeunes appelés pendant la guerre d’Algérie, avait été récompensé au Festival de Cannes. René Vautier était donc un homme éminemment engagé.

C’est là tout ce que lui reproche le nouveau maire d’extrême droite, Steve Fortel. Lors du conseil municipal ce 22 septembre 2026, alors que les élus d’opposition dénonçaient ce changement de nom, le nouvel édile tonnait : « Je veux donner un nouvel élan à ce cinéma qui ne ressemblera plus à l’ancien. Et je ne souhaite pas politiser la culture ». Sauf que René Vautier est, d’après Wikipedia, « un réalisateur et scénariste français, communiste, anticolonialiste et cinéaste du FLN algérien ».

« Je ne veux pas de connotation politique. Avec la Bobine illibérienne, je reste neutre ». Derrière la quête de neutralité affichée, l’édile assurait aussi que « si demain, je dois retirer d’autres noms de rues ou d’endroits de gens qui ont soutenu le FLN, je le ferais ».

René Vautier, qui n’était pas un membre encarté du FLN, ne se résumait pas à cet engagement. C’est en tout cas ce qu’a plaide sa fille, signataire d’une lettre qui a été lue par le conseiller municipal d’opposition Roland Castanier, lors de celle séance plénière : « Tout au long de sa carrière, il a réalisé ou participé à plus de 180 films, dont nombre fut censurés, interdits ou empêchés de diffusion. En 1973, il entreprit une grève de la faim pour détendre la liberté de création et s’opposer à la censure. Il s’est aussi engagé en faveur de l’expression régionale et d’un cinéma ancré sur les territoires. Toute son existence témoigne d’une même conception du cinéma: un outil d’émancipation, de transmission, de mémoire et de résistance face aux injustices et au silence imposé ».

La descendante du cinéaste défendant que ce changement de nom ne serait pas un simple acte administratif. « Mais ce serait effacer de ce lieu de culture populaire, le nom d’un résistant, d’un cinéaste dont toute l’œuvre fut précisément consacrée à faire vivre la mémoire et la liberté de création ».

La majorité du maire d’extrême droite a tranché. Le cinéma est bel est bien débaptisé. L’engagement s’efface, au profit de la neutralité.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 24 septembre 2026)

L’édito du TC par René Granmont. La Fête pour faire face à la menace

Le résultat, même attendu, fait mal et dépasse même ce qui était prévu. Avec 44 %, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, l’AfD, a remporté haut la main les élections au parlement du Land de Saxe-Anhalt. En premier lieu, le choc tient au fait que c’est la première fois depuis la chute du Reich en 1945 qu’un parti s’inspirant ouvertement de l’idéologie nazie va probablement s’emparer du pouvoir dans un Land. En première analyse, il est clair que cette victoire de l’AFD est le fruit d’une réunification qui, après la chute du mur en 1989, n’a absolument pas profité à la plupart des habitants de l’ancienne RDA. Ces résultats tiennent à la fois au sentiment des citoyens de l’Est d’être les laissés pour compte, se cumulant à l’insatisfaction de l’ensemble des Allemands à l’égard des politiques antisociales menées tant par le SPD que par la CDU. Surtout, l’Afd a utilisé les deux armes complémentaires employées par les extrêmes droites et les néofascistes dans tous les pays, de l’Allemagne à la Hongrie, de la France aux Etats-Unis : la dénonciation de l’immigration et la démagogie identitaire, ces instruments de destruction massive des solidarités, de la conscience de classe, de la tolérance et de l’accueil, y compris en programmant des formes de retour à un passé fantasmé. Primaire, simpliste, bourré de contre-vérités, … mais efficace.

Un idéologue de la période nazie, Carl Schmitt, avait érigé en principe de la politique le fait de désigner un ennemi et s’il n’existait pas, de le fabriquer. C’est bien ce qu’a fait l’AfD avec l’immigration. Comme le fait en France Marine Le Pen avec sa proposition d’interdire le port du voile dans l’espace public. Proposition incendiaire, inconstitutionnelle, mais le meilleur moyen de ne rien dire des politiques antisociales et de division des peuples qu’appelle aujourd’hui le capital.

Certes, le Land de Saxe-Anhalt est un petit territoire au regard du monde, mais les figures de l’extrême droite ne s’y sont pas trompées qui, de la Maison Blanche à l’Italie et à la péninsule ibérique, ont salué partout dans le monde le succès de leurs partenaires allemands en Saxe-Anhalt. Les nouveaux fascistes se congratulent. Nous sommes en état d’alerte majeure.

Ce weekend, des centaines de milliers de citoyennes et citoyens vont participer à la Fête de l’Humanité. La résistance face à la marée brune sera au centre des rencontres et débats dans tous les espaces de cette grande fête car aujourd’hui, comme il y a quatre-vingt-dix ans en 1936, l’urgence demeure : lier antifascisme de masse et lutte pour l’égalité. Battre l’extrême droite, c’est lui opposer un projet de société transformateur. Et nul doute que les participants à la Fête repartiront dans leur ville, leur quartier, leur village avec pléthore d’arguments sur l’écologie, le climat, le progrès social, l’industrie, les inégalités, le patriarcat et, bien sûr, le travail.

L’édito du webzine. Marine Le Pen, la candidate délinquante

La cheffe de file du Rassemblement national vient d’être condamnée par la cour d’appel de Paris à trois ans de prison dont deux avec sursis et un an ferme sous bracelet électronique. Elle a annoncé se pourvoir en cassation, et donc, mener campagne pour l’élection présidentielle de 2027.

« Mains propres et tête haute » : tel était l’un des slogans phares du Front national lors des législatives de 1993, celui du père fondateur du parti d’extrême droite français, Jean-Marie Le Pen. Trente-six ans plus tard, sa fille, Marine Le Pen, malgré sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, entend se présenter devant les français. La députée a été condamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis et un an ferme sous bracelet électronique. Sa peine d’inéligibilité de 45 mois dont 30 avec sursis, a déjà été exécutée.

Elle va se pourvoir en cassation pour « suspendre les effets » de cette décision et ainsi « faire campagne sans bracelet électronique ». C’était la condition qu’elle s’était elle-même fixée pour mener cette quatrième campagne pour l’Élysée.

Mais le parti, fondé par des Waffen SS et des néonazis, n’est pas à une contradiction près. Le 5 avril 2013, interviewée sur le plateau de Public Sénat, sa championne réclamait « l’inéligibilité à vie » pour les élus condamnés pour « détournement de fonds publics ».

La cour de cassation devrait statuer début 2027. Si la haute juridiction confirme l’arrêt de la cour d’appel, celui-ci s’appliquerait immédiatement. Quelques semaines seulement avant le premier tour.

Une délinquante en col blanc

Pour la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Le Pen est une « privilégiée » qui a « bénéficié d’une grande mansuétude » de la part de la justice, tempête Marine Tondelier. « Elle est une délinquante, voilà la seule conclusion qu’on peut tirer de cette décision de justice », tacle le chef des députés socialistes Boris Vallaud. « Après, c’est à elle de poser la question de savoir si quand on est une délinquante, on se présente aux électeurs ». « Une telle condamnation, quel que soit l’aménagement de la peine, ne peut permettre de se présenter devant les Français. Il n’y a rien d’autre à dire », tranche le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

La présidente de la cour d’appel de Paris répète que « les faits sont graves ». L’avocat du Parlement européen confirme : « ils ont volé l’argent du contribuable et ça a été confirmé pour la deuxième fois ». Le préjudice est estimé à quelque 2,9 millions d’euros.

Madame Le Pen a volé l’argent public. Elle n’a pas honte de se présenter pour le gérer. C’est cela la moralité de l’extrême droite.

Dominique Gerbault