L’édition du Travailleur Catalan par René Granmont. « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde. » (Albert Camus)

Comme contre la loi Duplomb, les vagues de protestations et de pétitions pour maintenir le 1er Mai férié, chômé et payé ou contre le projet de loi Yadan ont contraint le gouvernement et les forces coalisées de droite et d’extrême droite à reculer. Preuve qu’il est possible d’agir efficacement quelques soient les formes de ces actions. Car, dès lors qu’elles sont massives, elles peuvent contribuer à marquer des points en empêchant l’inacceptable. Ainsi en est-il des multiples rassemblements du 1er Mai prochain.

Assistons-nous pas à cette même volonté de refuser l’intolérable quand des centaines d’auteurs publiés par Grasset entrent en résistance, contre l’accaparement de cette maison d’édition par les équipes de l’ogre Bolloré. Ce dernier, grâce à ses multiples tentacules dans les sphères industrielles, politiques, médiatiques et financières, achète journaux, médias, éditions,… il accumule ainsi du capital… pour uniformiser l’information et la culture. Avec quelques autres, Bolloré a décidé d’amplifier une véritable guerre culturelle contre les apports démocratiques des siècles des Lumières ou du CNR. « Je me sers de mes médias pour mener un combat civilisationnel » a-t-il un jour déclaré en petit comité.

Dans le débat en cours pour défendre la liberté éditoriale, la propriété de la création par les créateurs, on parle de « radicalisme » ou de mise en cause de « l’indépendance éditoriale ». Mais il faut bien nommer les choses. Sous des formes multiples, il s’agit d’un projet au service d’une coalition des droites extrémisées sous-direction de l’extrême droite, d’un projet de fascisation de notre société devenu indispensable à la survie du système. Ce processus de fascisation n’épargnera personne. Il fera feu sur toute résistance comme on le voit aujourd’hui aux États-Unis. Il faut donc cesser de banaliser les forces d’extrême droite en inventant une « extrême gauche » prétendument dangereuse.

Que des écrivains aux opinions diverses se lèvent contre ce danger indique un élargissement des volontés de résistance. Quelles que soient nos positions et nos situations, nos votes passés, nous avons en partage une idée de la République qu’il faudrait remettre à l’endroit. Dans ces conditions « fou qui fait le délicat », un large front contre ces visées. Un large front contre l’extrême droite doit se lever. Dans ces conditions, les forces de gauche et progressiste doivent cesser de tergiverser et prendre des initiatives larges pour rassembler contre la montée insidieuse de la marée brune, pour empêcher l’occupation légale des ministères et de la présidence de la République par l’extrême droite.

Le nouveau maire d’Elne efface le soutien à la cause LGBT (L’Indep)

Le nouveau maire d’extrême droite d’Elne a décide de retirer les marqueurs de soutien à la communauté LGBT qui avaient été mis en place depuis 2021.

Dans les Pyrénées-Orientales, il y avait eu la nouvelle élue RN qui s’attaquait au drapeau européen. La maire de Canohès, Carla Muti, s’étant mise en scène sur les réseaux sociaux, au lendemain de son élection, en retirant le drapeau de l’Union européenne du fronton de sa mairie. Désormais, il y a aussi celui qui efface les symboles LGBT.

Le nouveau maire d’Elne d’extrême droite, Steve Fortel, a retiré le drapeau LGBT de Hôtel de ville, érigé jusque là en soutien à la communauté gay, lesbienne, bisexuelle, transgenre…. L’édile est allé encore plus loin en repeignant le passage piéton devant la municipalité qui était aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, autre symbole de la communauté LGBT.

Ces symboles avaient été installés sur la commune d’Elne en décembre 2021. Un choix pris alors par l’ancien maire communiste, Nicolas Garcia, après une série d’agressions de la communauté LGBT. « C’était, pour moi, le marqueur d’une ville qui se dresse contre toutes les discriminations », maintient aujourd’hui encore Nicolas Garcia. « C’était une manière de dire que notre ville respectait tout le monde, quelle que soit son orientation sexuelle, sa religion, son athéisme ou sa philosophie. Le fronton de la mairie, sous ma mandature, avait toujours été un lieu d’expression. Nous y avions également inscrit notre soutien aux agriculteurs avec le message « Pas de pays sans paysan », ce-lui-là, il ne l’a pas touché… »

Cette décision, prise au lendemain du conseil municipal d’installation, sera donc la première du maire d’extrême droite. Tout un symbole. Contacté, l’édile ne veut pas « faire de commentaire particulier ». Il précise simplement qu’il apportera « une réponse complète et officielle lors du prochain conseil municipal où l’opposition ne manquera pas d’aborder le sujet ». André Trives en est le chef de file. S’il confirme qu’il portera ce sujet en séance plénière, c’est parce qu’il « se désole d’un tel acte. Je suis attristé qu’Elne soit rattachée à cela, qu’on en parle pour cela ».

Interrogé mardi soir en conseil municipal par le conseiller d’opposition Roland Castanier, Steve Fortel s’est justifié brièvement. « Permettez-moi de douter de la sincérité de la pose de ce drapeau. je pense qu’il y a un esprit plutôt communicatif (sic) que sincère. Mais ça n’engage que moi. Ma responsabilité, en tant que maire, est de rassembler. Et les espaces publics de la commune doivent rester neutres. C’est pour cela que j’ai pris cette décision et je ne reviendrai pas dessus et je l’assume entièrement. »

Ce parti pris restera lourd de sens dans ce village catalan historique, symbole de la résistance incarnée par la maternité suisse d’Elne qui avait permis de sauver des femmes enceintes durant la retirada. C’était en 1939. 87 ans plus tard, la bascule de cette commune à l’extrême droite au mois de mars avait d’ailleurs suscité l’émoi en Catalogne sud, plusieurs commentateurs s’inquiétant du « profil » du nouvel édile, proche de l’ultra-droite et ancien membre du Parti nationaliste français.

Si le drapeau LGBT ne flotte plus au-dessus de la mairie d’Elne, celui de l’Union européenne est, pour l’heure, toujours en place.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 22 avril 2026)

L’édito du webzine. Le 1er-Mai : un symbole bafoué

Quand droite et extrême droite s’unissent contre le 1er-Mai dans une alliance de la honte pour s’attaquer à la Fête des travailleur•seuses.

Le 1er-Mai, jour férié et chômé conquis par de luttes sanglantes est historiquement un symbole de l’émancipation sociale. L’extrême droite et la droite préfèrent célébrer Jeanne d’Arc plutôt que de reconnaître cette conquête sociale, révélant leur hostilité envers les droits des salariés et les syndicats.

Vendredi 25 avril 2026, à l’Assemblée nationale, une alliance entre la majorité présidentielle (Ensemble), la droite et le Rassemblement national (RN) a permis d’éviter le débat sur un texte visant à faire travailler les salariés le 1er-Mai. Pour contourner l’opposition, les députés favorables au projet ont voté une motion de rejet de leur texte… renvoyant la discussion en commission mixte paritaire. Une manœuvre grossière pour passer en force dès la semaine suivante et imposer cette régression sociale dès 2026. Les 140 amendements déposés par la gauche n’ont même pas été discutés.

Le texte, porté par le macroniste Gabriel Attal, propose d’autoriser le travail le 1er-Mai dans certains commerces de proximité (boulangeries, pâtisseries, boucheries, fleuristes, cinémas, théâtres). Aujourd’hui, seuls les artisans peuvent ouvrir ce jour-là, avec l’aide de membres de leur famille non-salariés. La proposition étend cette possibilité aux salariés, sous couvert de « volontariat », une notion dénoncée comme illusoire par les syndicats.

Une mobilisation syndicale et politique

Face à cette attaque, la gauche (LFI, PS, PCF, Écologistes) a tenté de retarder le vote, allant jusqu’à entonner La Marseillaise et L’Internationale dans l’hémicycle. À l’extérieur, des dizaines de manifestants se sont rassemblés pour défendre le 1er-Mai(*). Le groupe communiste a annoncé le dépôt d’une motion de censure pour lundi.

Cette alliance de la honte entre droite et extrême droite préfigure une majorité réactionnaire possible en 2027, si la gauche ne parvient pas à s’unir et à convaincre. L’extrême droite et la droite macroniste montrent clairement leur camp : celui du patronat, de la régression sociale et de la négation des conquêtes des travailleurs.

C’est une manœuvre parlementaire anti-démocratique pour supprimer le caractère chômé du 1er-Mai, symbole des luttes sociales. Cette alliance entre macronistes, droite et RN révèle une volonté commune de régression, tandis que la gauche et les syndicats résistent. La bataille pour 2027 s’annonce décisive.

Dominique Gerbault

(*) Continuer à signer et faire signer la pétition « Non au passage en force sur le 1er mai ! »

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. RN. Des symboles et des actes

Pour ce qui est des symboles, les exemples récents et théâtralisés du maire de Carcassonne et de la maire de Canohès nous éclairent sur leurs intentions idéologiques. Réaffirmer un nationalisme de pacotille supposé, qu’ils appellent « patriotisme », et accuser, au fond, l’Europe de tous nos maux sociaux et économiques. La crise du capitalisme n’y est pour rien. C’est l’Europe ! Le maire audois y ajoute, toujours dans le domaine symbolique, un arrêté « Trumpiste » d’interdiction de la mendicité, avec caméras et photographes et une grosse signature. L’intelligence et l’humanité n’ont pas été convoquées à la cérémonie. Du vent et des symboles, en quelques sorte.

Cela pourrait nous faire sourire lorsque l’on sait qu’il a été lui-même un grand bénéficiaire des primes de le PAC, plus de 200 000€ /an, et que son parti a piqué allègrement dans la caisse de l’Europe plus de quatre milliards d’euros.

Il y a aussi des actes. Passons vite sur l’ensemble des votes émis à l’Assemblée nationale, tous défavorables au peuple, aux salariés, aux femmes, aux services publics, au « vivre-ensemble ». Aucun de ces votes ne s’attaque aux inégalités et aux milliardaires. Dormez tranquille, messieurs les capitalistes. Évoquons, à propos de l’immigration, le « Nouveau règlement retour », adopté le 26 mars de cette année, au Parlement européen, par une majorité de droite et par l’ensemble de l’extrême droite et qui fera force de loi dès juin 2026. Il fallait les voir se congratuler après cette « énorme
victoire ! »
. Et l’humanité recule encore. Les « Hubs de retour » sont créés, invitant les pays de la communauté européenne à tisser des partenariats d’expulsion avec d’autres pays et pour créer des centres de rétention, sans aucune précision concernant la durée et les conditions de détention. Y compris pour les demandeurs d’asile. La loi s’imposera à tous les pays. Le pouvoir de nuisance du RN est bien là. Le mauvais temps s’installe. À chacun d’agir.

Municipales : le local du parti communiste de Cabestany tagué en pleine campagne (L’Indep)

« Des insultes, des obscénités, puis des croix gommées et maintenant une référence au jeune qui est mort à Lyon. Cela fait trois fois en l’espace de trois semaines que notre local de Cabestany est tagué, dégrade, souillé », résume Michel Coronas, porte-parole du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales. Les militants de la commune, dont la maire sortante Édith Pugnet porte aussi l’étiquette, ont retrouvé ce mercredi matin la façade du bâtiment à nouveau badigeonnée à la peinture noire, mettant en cause LFI dans le décès de Quentin Deranque, ce militant identitaire victime d’un lynchage le 12 février dernier à Lyon.

À chaque nouvelle opération de vandalisme, une plainte a été déposée par le PCF et une enquête de gendarmerie est en cours pour tenter d’identifier le ou les auteurs de « ces actes graves et inadmissibles », dénonce le PCF de Cabestany dans un communiqué. « Les responsables n’ont pas jugé utile de signer et d’assumer leurs actes. Pourtant, le contenu des insultes ne souffre pas d’ambiguïté : elles sont l’œuvre d’individus de la droite extrême qui ne supportent pas une dynamique de campagne électorale sereine, digne et constructive », ajoute-t-il. « De plus, ces actes s’inscrivent dans un contexte national trop souvent marqué par des violences accrues insupportables et dans un climat délétère d’amalgames douteux que tentent d’imposer certains a l’échelle locale, où la violence deviendrait une méthode politique. »

« Des empreintes ont-elles été laissées sur place ? Un élément donnera-t-il un début de piste aux enquêteurs ? S’agit-il de quelqu’un qui veut simplement attirer l’attention ? On attend de voir », ajoute Michel Coronas. « En tout cas, ce n’est pas un fait isolé, on a déjà connu ça lors des Européennes à Estagel et cela ne correspond pas du tout au climat de la campagne des municipales à Cabestany. »

Laure Moysset (L’Indépendant, le 5 mars 2026)

L’édito du webzine. Trump, l’autoritarisme et ses relais en Europe

Donald Trump vient de contourner une décision de la Cour suprême invalidant une partie de ses hausses de taxes douanières en augmentant les droits de douane de 10 % à 15 %. C’est un coup de force, une dérive autoritariste et un mépris pour l’État de droit.

Les associations d’industriels et de commerçants estiment les pertes à 110 milliards d’euros et réclament des compensations. Les ménages populaires subissent une hausse des prix à la consommation, tandis que la baisse d’impôts promise n’a profité qu’aux plus riches.

En accusant la Chine d’influencer la Cour suprême, Trump se vautre dans l’absurdité puisque la majorité des juges sont conservateurs donc proches de son camp. L’objectif est simple : il veut détourner l’attention en désignant un ennemi extérieur.

Trump mise sur la puissance économique des États-Unis pour imposer ses diktats aux « partenaires » et maintenir l’hégémonie américaine. Cela génère une incertitude mondiale, fragilisant les équilibres géopolitiques et économiques. Cette stratégie promeut des modèles autoritaires et libertariens.

En France aussi

L’ambassadeur américain, en France Charles Kushner, a violé les usages diplomatiques en commentant publiquement la mort du néofasciste Quentin Deranque à Lyon, accusant la gauche de menacer la sécurité publique. Il a été jusqu’à ignorer une convocation du Quai d’Orsay, affichant un mépris pour les autorités françaises.

Ni la droite (LR) ni l’extrême droite (RN) n’ont réagi à cette ingérence. Certains, comme Laurent Wauquiez (LR), ont instrumentalisé la mort de Deranque en affichant son portrait sur l’hôtel de région, tandis que d’autres reprennent des slogans pétainistes (« Travail, Famille, Patrie »).

Ces actes révèlent une normalisation des références d’extrême droite et une tentative de rapprochement électoral avec le RN.

Il s’agit d’une danse macabre autour du drame de Lyon, où la mort d’un jeune néofasciste est récupérée politiquement pour servir des intérêts partisans. Cette instrumentalisation marque un tournant : la droite et l’extrême droite s’alignent sur des rhétoriques autoritaires et antidémocratiques, tandis que les garde-fous républicains s’affaiblissent.

On assiste à une convergence dangereuse entre le trumpisme, l’autoritarisme et les forces politiques européennes qui, par leur silence ou leur complicité, sapent les fondements démocratiques. La mort de Quentin Deranque devient le prétexte d’une offensive idéologique, où la droite et l’extrême droite réhabilitent des références fascistes et normalisent l’ingérence étrangère.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Ecouter Noé

On sait que Noé déploya des efforts considérables pour convaincre ses congénères incrédules de l’imminence du déluge. Chaque jour le patriarche s’appliqua à « ouvrir les yeux des aveugles et crier dans les oreilles des sourds ». Après il fut trop tard.

Depuis des décennies des voix s’élèvent en France et dans le monde entier pour prévenir de l’imminence de la vague d’extrême-droite tant aux USA, qu’en Europe ou même en France. Les contextes socio-économiques induisent de la part du Capital des orientations dangereuses pour les valeurs humanistes et d’émancipation humaine.

La mort de Quentin, un étudiant de 23 ans passé à tabac à Lyon, est inexcusable. L’indispensable combat contre les idées de haine propagées par les forces fascistes n’autorise en rien la mise à mort d’un jeune homme. L’affrontement politique avec l’extrême droite implique une rupture sans ambiguïté avec sa rhétorique de guerre civile, sa logique d’escalade, ses penchants virilistes, ses méthodes criminelles. La mort de Quentin donne lieu, sans surprise, à une cynique exploitation politique. De Marine Le Pen à Gérald Darmanin, on instruit déjà le procès de « l’ultra-gauche assassine ».

Leur but : parachever la banalisation de l’extrême droite en désignant à la vindicte toutes celles, tous ceux qui lui résistent. Seul un mouvement ample, populaire, organisé peut aujourd’hui faire refluer les courants identitaires, ultra-nationalistes et xénophobes prêts à mettre le feu au pays pour s’emparer du pouvoir.

Les élections municipales sont l’occasion de contrer démocratiquement la poussée du RN et dans ce département, il y a de quoi faire. Il est à regretter qu’à Perpignan certaines forces de gauche ne mesurent pas « l’imminence du déluge ». Les stratégies nationales ont pris le dessus sur les constructions locales de rassemblement. C’est une faute lourde de conséquences pour les habitants de Perpignan. La délégation de pouvoir à des instances parisiennes est suicidaire, c’est en bas que se construisent les rassemblements progressistes. Les élections municipales sont un cadre adéquat pour une démocratie vivante qui tient sur des valeurs et des convictions humanistes pour rassembler avec tout le monde, se battre pour le logement social, la santé et la citoyenneté, autant de formes de résistance à la folie pré-fasciste ambiante.