En Cerdagne, la colère des éleveurs veut s’installer dans la durée (L’Indep)

La mobilisation des agriculteurs du Haut canton ne montre aucun signe d’essoufflement. Ce vendredi, de nombreux éleveurs, épaulés par des élus locaux, occupent et bloquent le rond-point stratégique de la route internationale reliant Puigcerdà à Llívia. Le mouvement a pris une ampleur transfrontalière avec l’arrivée des éleveurs de Catalogne Sud, Revolta pagesa !

Objectif affiché : maintenir la pression sur l’État. Jusqu’à dimanche au moins, le rond-point de la RD 68, la Route reliant Puigcerdà à l’enclave de Llívia, est totalement inaccessible en Cerdagne. Impossible également de rejoindre la RN 20 par ce rond-point, le tronçon est occupé par un barnum et des piles de palettes destinées à alimenter un barbecue. Autant de signes qui témoignent d’une mobilisation pensée pour durer. « Nous avons choisi ce rond-point parce qu’il est visible. Nous ne bloquerons pas les grands axes : en cette période, tout le monde a besoin de travailler mais on verra pour la route de l’Andorre », explique Bruno Majoral, éleveur à Nahuja. À l’origine de la colère, la gestion de la crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Dès octobre, nous avons demandé une vaccination généralisée sur un périmètre large. L’État ne nous a pas écoutés, pour des soucis d’économie. Maintenant, on voit le résultat », déplore-t-il. Les revendications restent inchangées: la fin de l’abattage systématique de l’ensemble d’un troupeau dès l’apparition d’un cas, la mise en place d’une vaccination nationale, et l’organisation de rappels vaccinaux au printemps afin d’éviter « de revivre ce cauchemar ».

Malgré l’annonce gouvernementale, mardi, d’une accélération de la campagne vaccinale, la profession reste sceptique. Christian Taillant, président du Comité Départemental Agricole (CDA), insiste: « La Coordination rurale nous soutient pour amplifier la mobilisation. Nous voulons dénoncer une stratégie européenne et française fondée sur l’abattage total, alors même que le territoire est vacciné. Nous demandons de l’abattage ciblé. » Selon lui, l’urgence est claire : « Il nous faut des réponses rapides pour sécuriser les troupeaux avant la montée en estive l’an prochain. Pour éradiquer la DNC, une vaccination nationale est indispensable. Cela nécessite 16 millions de doses, et non les 500 000 annoncées ». Les éleveurs souhaitent également un changement d’approche scientifique. « Sur les troupeaux voisins, nous demandons des tests et vérifier si on peut cibler l’abattage sur ces bêtes malades, mettre en quarantaine, sous cloche. À ce jour, aucune étude n’a été menée dans ce sens » regrette le président du CDA.

Sur le plan économique, les conséquences sont déjà lourdes. Si les animaux destinés à la boucherie peuvent être abattus à l’abattoir transfrontalier ou autre, dans le département, l’exportation d’animaux vivants demeure interdite, entrainant « un manque à gagner considérable ». Les agriculteurs réclament un soutien financier des pouvoirs publics et réaffirment leur opposition au Mercosur.

La fermeture du rond-point est annoncée jusqu’à dimanche. « Nous doutons que la ministre Annie Genevard souhaite débloquer rapidement la situation» concluent-ils, déterminés à maintenir la pression.

Frédérique Berlic (L’Indépendant, le 20 décembre 2025)

« C’est un soutien total à nos agriculteurs »

Les élus de l’ensemble de la montagne catalane ont répondu à l’appel des agriculteurs. Pour Georges Armengol, président de l’intercommunalité Pyrénées-Cerdagne, « les élus sont venus en soutien à l’action menée aujourd’hui. L’agriculture et le pastoralisme sont pour nous des éléments importants à la fois sur le plan environnemental, humain et économique. Si on abat l’ensemble des troupeaux, c’est l’ensemble de la biodiversité et de l’économie qui est atteinte. » Pierre Bataille, président de l’intercommunalité Pyrénées catalanes va dans le même sens et ajoute : « C’est un soutien total à nos agriculteurs de montagne. la revendication des agriculteurs, on l’a comprend. la montagne, ce n’est pas que le tourisme. on a besoin d’eux pour l’entretien du pastoralisme. »

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