76% de la population a renoncé aux soins ces cinq dernières années (L’Indep)

La Fédération hospitalière de France a mené une enquête, déclinée en région, sur l’accès aux soins. Elle estime que « la situation est alarmante ».

« Les difficultés d’accès aux soins s’installent durablement dans le quotidien des Français », alerte Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF).

C’est la principale conclusion d’une enquête menée par la FHF pour la troisième année consécutive, sur la base d’un sondage Ipsos/BVA, auprès de 2 500 personnes en France, 200 en Occitanie. La publication, le 17 mars, n’est pas choisie au hasard : c’est l’anniversaire du premier jour de confinement en 2020.

« Les résultats sont aussi clairs que préoccupants. Le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous médical continue à se dégrader », note la FHF. L’enquête montre des disparités territoriales : « La problématique est accentuée en Centre-Val-de-Loire ou Franche-Comté, et des régions plus épargnées comme Paca, Nouvelle-Aquitaine. Ça va un peu mieux en Occitanie mais c’est une région où il y a des grandes disparités », précise Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle société Ipsos.

Que dit l’enquête ? « S’il fallait ne retenir qu’un chiffre, ce sont ces 73 % de Français qui ont renoncé à un soin ces cinq dernières années. Le délai d’obtention d’un rendez-vous médical se dégrade, + 10 points en deux ans, soit 7 millions de personnes concernées en plus », résume Zaynab Riet, qui rappelle que dans ce contexte, « on se tourne vers les urgences hospitalières ». Les moins de 35 ans sont en première ligne : 85 % ont renoncé aux soins, contre 58 % chez les 60 ans et plus.

Et si « 85 % des Français se disent révoltés » par la situation, ils « font la distinction entre un système qui se fragilise et des acteurs qui continuent de tenir ».

Mieux en ophtalmologie

En Occitanie, 76 % de la population a renoncé à un acte de soins, au-dessus de la moyenne nationale.

En France, le temps moyen d’attente pour obtenir un rendez-vous santé, est, selon les personnes interrogées : de 12 jours pour un médecin généraliste, trois semaines et deux jours pour un pédiatre, deux mois chez le gynécologue et le psychiatre, deux mois et trois semaines chez l’ophtalmologiste, trois mois et deux jours pour un cardiologue, quatre mois et deux semaines pour un dermatologue.

Ces délais d’attente progressent. Par exemple, pour l’accès au généraliste, c’est + 2 jours par rapport à mars 2024, et + 8 jours par rapport à 2019. « C’est énorme », insiste Adélaïde Zulfikarpasic. Pour un ORL, c’est + 1 mois, un cardiologue, + 3 semaines.

Seule une spécialité est relativement épargnée : l’ophtalmologie. Il fallait 2 mois et 3 semaines pour obtenir un rendez-vous en mars 2024 contre 3 mois et une semaine en 2019.

En Occitanie, il faut 2 semaines pour voir un généraliste, 4 pour un pédiatre, 9 pour un psychiatre, 10 pour un gynécologue et un ORL, 12 pour l’ophtalmologiste, 14 pour le cardiologue, 22 pour le dermatologue.

Si les délais d’attente sont le principal motif de renoncement aux soins (59 % en France, 62 % en Occitanie), les raisons budgétaires (38 % en Occitanie) ou l’accessibilité (distance par rapport au domicile, 39 % en Occitanie) sont aussi évoquées.

« Perdus » aux urgences

Cette situation a un impact direct sur la fréquentation des urgences hospitalières, 29 % des personnes y arrivent « parce qu’elles ne savaient pas à qui s’adresser », note la FHF, « parce qu’il a été impossible d’obtenir un rendez-vous pour 27 % d’entre elles ». « Ce sont des gens un peu perdus », dit la FHF.

Les autres motifs de fréquentation des urgences pour une raison injustifiée, hors de l’urgence médicale, sont : pour réaliser des examens complémentaires (27 %), par habitude (14 %), parce qu’un généraliste ou un spécialiste leur a refusé un rendez-vous (18 %), pour ne pas avancer les frais (10 %). « Il y a un travail de pédagogie à faire. » En France, 53 % de la population (52 % en Occitanie) a déjà vécu un retard de soins à l’hôpital ces cinq dernières années. C’est 68 % chez les moins de 35 ans.

« Après la crise du Covid, nous nous étions dit : « Plus jamais ça » », rappelle pourtant Zaynab Riet. L’enquête est aussi en phase avec la situation politique, dans le contexte des municipales : « La question est profondément territoriale. Les élus locaux jouent un rôle central sur la question de l’accès aux soins sur leur territoire. » Et la présidentielle à venir sera une autre échéance essentielle : « La question de la santé est quasiment une question d’aménagement de territoire. Des mesures ont amélioré la situation, mais l’accès aux soins continue de se dégrader. »

Hôpitaux en difficulté

Pour Adélaide Zultikarpasic, « il faut faire prendre conscience des enjeux » aux futurs candidats. « La santé est la préoccupation numéro un des Français et la campagne de 2022 avait très peu abordé le sujet. »

Avec quelles solutions ? « Former plus de médecins en partant des besoins, travailler au maillage du territoire pour mieux mailler l’accès aux soins », conclut la FHF. Mais « les besoins augmentent plus vite que le nombre de professionnels formés ».

Car l’hôpital ne pourra pas rester un éternel recours : les séjours y ont progressé de + 5 % en 2025. Et + 6 % en décembre, + 7 % dans les CHU. En 2024, 9 millions de personnes ont été prises en charge à l’hôpital public, dont la situation financière est fragile, rappelle la FHF qui estime à 2,7 Md€ le déficit des établissements publics de santé en 2025.

Sophie Guiraud (L’Indépendant, le 18 mars 2026)

Municipales. Comment le retour de la gauche change la donne en Occitanie (L’Indep)

À cinq jours du premier tour des élections municipales (dimanche 15 mars), L’Indépendant réalise un tour d’horizon des forces politiques en présence dans les grandes villes d’Occitanie. Ou l’on observe une gauche revivifiée au détriment clair de la droite, une extrême-droite implantée mais sans perspectives de conquêtes majeures et une extrême gauche au seul pouvoir de nuisance.

« Un déshonneur et un reniement ». Voilà comment Carole Delga, la présidente PS d’Occitanie résume désormais d’éventuelles alliances entre socialistes et mélenchonistes à ces municipales (La Tribune dimanche du fer mars).

Carole Delga fut peut-être la première socialiste à rompre avec la France insoumise, et a se faire réélire à la tête de la Région sans son apport. Depuis, son intransigeance à l’égard du parti d’extrême gauche n’a cessé de croître et elle l’impose aux candidats qu’elle soutient. Lesquels peuvent difficilement se passer de son appui. Ainsi, par conviction ou calcul, les listes de gauche régionales sont-elles « LFI free », sans LFI. Et ça semble leur réussir si l’on en croit les sondages à Perpignan, Nîmes, Toulouse ou Carcassonne.

La gauche centre

Parmi les conséquences de cette barrière sanitaire avec l’aventure mélenchoniste : une centralisation de la gauche qui attire, ou fait revenir, un électorat modére (parmi lequel les déçus du macronisme). Une gauche sociale, écolo et citoyenne qui fait recette et qui serait incarnée par le maire de Montpellier, Michael Delafosse, un proche de Carole Delga.

À Perpignan, la candidate Agnès Langevine (Place publique) a même franchi un nouveau cap en intégrant à sa liste (et donc en « neutralisant ») des candidats PS (le psychodrame autour de la liste PS de Mathias Blanc, moins mobilisatrice, a été tranché par Olivier Faure en faveur de Langevine) mais surtout des candidats venus du centre droit. Lesquels ont ainsi préférée a la liste menée par le LR Bruno Nougayrède.

Les listes de gauche s’ouvrent donc à d’autres alliés, autrefois partenaires indéfectibles de la droite, aujourd’hui des déçus, comme leurs électeurs. La gauche opère là un double effet ciseaux qui découpe d’autant les chances des candidats de droite.

À Nîmes, la liste montée autour du candidat PC Vincent Bouget pourrait également faire école, et remporter la ville. Composée aussi de PS, Place publique, écologistes et société civile, « Nîmes en commun » est calibrée pour renverser la table, aidée en cela par non pas une, mais deux listes de droite.

La droite au pain noir

Droite qui semble manger son pain noir pendant cette campagne. Pire, à tergiverser face a l’extrême droite voire a ouvertement et cyniquement copiner avec elle, elle a perdu sa place de boussole, de pivot, sur l’échiquier politique. Un positionnement que s’octroie aujourd’hui la gauche régionale. Un changement de paradigme fort alors que la famille politique de feu-l’UMP et ses alliés avaient encore des « barons » en région il y a une quinzaine d’années.

Les Républicains, qui ne détenaient déjà plus que Nîmes comme grande ville, pourraient ainsi bien perdre la capitale gardoise dans quelques jours, après un quart de siècle à sa tête. Au profit de qui ? D’un communiste, Vincent Bouget, allié au PS, à Place publique, au PRG… est donné en tête (sondage Ipsos pour La Marseillaise paru le 6 mars) quand la droite se paie le luxe de deux listes, et donc d’une défaite annoncée a Nîmes.

Comme un nouveau et cruel symbole de déclassement après la perte de Perpignan en 2020 ou de Béziers en 2014, accaparées par l’extrême droite.

L’extrême droite au point mort ?

Le Rassemblement national, toutefois, est il en mesure de frapper encore un grand coup cette année comme il le fit en 2020 en s’emparant de Perpignan ? Sans doute pas.

Sa tête de gondole en région, Louis Aliot, a un bilan insaisissable à la tête de la ville. Condamné en première instance pour détournement de fonds européens, son avenir politique est par ailleurs tributaire des juges. L’arrivée sur sa liste d’anciennes gloires de l’UMP-LR, figures des précédentes municipalités de droite, pourrait aussi sérieusement refroidir des électeurs perpignanais. Et si le sondage lfop pour L’Indépendant le place en tête des intentions de vote, il ne dessine aucun plébiscite.

Contrairement à celui connu par son ami Robert Ménard, réélu en 2020 à Béziers au premier tour avec 69 %. Ménard, un exemple à l’extrême droite, difficile à dupliquer.

Ainsi, si le Rassemblement national conserve Perpignan le 22 mars prochain, que peut il espérer d’autres ?

Carcassonne est apparu comme un grand espoir de conquête pour le parti de Marie Le Pen et Jordan Bardella qui y ont investi le député local. Mais si l’on se fie au sondage Ifop pour L’indépendant, avec 26 % (contre les 42 % obtenus aux législatives) Christophe Barthès serait embourbé dans une périlleuse triangulaire. Et sa personnalité, disons bouillonnante, finirait d’éloigner la victoire.

Nîmes a aussi été jugée suffisamment « mûre » par Le Pen et Bardella pour y envoyer une figure régionale du FN/RN, Julien Sanchez. Celui qui avait marqué les esprits en s’emparant de Beaucaire en 2014, devenu vice-président du parti puis eurodéputé, recueille 26 % d’intentions de vote au sondage Ipsos pour La Marseillaise. Derrère le candidat de la gauche sans LFI, Vincent Bouget, à 29 % Un faible écart qui, s’il se confirme, pourrait être comblé par la forte dynamique de cette liste Bouget. Sanchez pourrait néanmoins compter, en cas de second tour, sur des voix issues des deux listes de droite… Et le RN pourrait asphyxier encore davantage la droite régionale.

LFI, machine à faire perdre la gauche

La France insoumise a-t-elle un autre rôle, une autre mission, que de faire perdre la gauche ? Veut elle remporter une « grosse » ville d’Occitanie ? Le peut-elle ?

Créditées de confortables intentions de vote grâce à des scores redressés par les sondeurs, comme autrefois pour le FN (échaudés par des résultats plus hauts que leurs prévisions) les listes mélenchonistes ont ainsi grimpé jusqu’à la 3e position à Perpignan (avec 17 %) et Toulouse (23 %).

Dans l’hypothèse que leurs électeurs soient suffisamment nombreux dimanche pour amplifier ces scores, et qu’ils n’aient pas rebroussé chemin depuis l’affaire Quentin Deranque, ce militant identitaire battu à mort par des jeunes proches du parti mélenchoniste, le second tour serait une impasse. LFI sait qu’elle ne pourra pas compter sur un ralliement des listes « LFI free ». Privée de réservoir de voix suffisant, l’enjeu dans ces deux villes ne serait donc pas de gagner mais de s’afficher « champion de la lutte anti-RN » à Perpignan et « champion de la lutte anti-Moudenc » à Toulouse ? Non, la victoire serait ailleurs pour les mélenchonistes : avoir fait perdre la gauche.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 10 mars 2026)

Région Occitanie : un budget de 3,54 milliards d’euros pour « protéger les habitants » (L’indep)

Le budget de la Région Occitanie a été adopte ce jeudi 12 février 2026 par le conseil régional. « Face aux injustices de la Loi de finances 2026, l’Occitanie fait le choix de la stabilité pour protéger ses habitants », a assuré la présidente Carole Delga.

Dans le cadre d’une assemblée plénière organisée au Parc des expositions de Montpellier et marquée par les dégâts de la tempête Nils, au cœur de toutes les conversations, la Région Occitanie s’est dotée d’un budget pour l’exercice 2026.

Le rapporteur Stéphane Bérard, avait des son préambule indiqué que « nos services ont dû composer avec un climat national incertain avec une situation des finances publiques dégradée, et en étant soumis à de nombreuses contraintes : le Projet de loi de finances pour 2026 impacte durement la Région Occitanie. »

« Effort disproportionné »

Et de présenter ce qu’il qualifie de « budget volontariste et responsable », sur la base « d’une stratégie financière constante dans un contexte tendu, et en dépit des décisions unilatérales de l’État ». Qui, selon lui, demande aux Régions, à l’Occitanie en particulier, « un effort disproportionné ».

Une référence à la baisse de 144 millions d’euros de dotations de l’État, déjà déplorée et stigmatisée par Carole Delga, lors de son discours d’ouverture. Lors duquel elle avait estimé qu’avec ce budget, « nous renforçons la résilience de notre territoire (…), pour anticiper les crises et mieux y faire face. Nous restons aux côtés des communes, des agriculteurs et des viticulteurs, des acteurs économiques, des associations et de toutes celles et ceux qui font vivre l’Occitanie au quotidien ».

« Les territoires sont la solution pas le problème »

Du côté des oppositions, Christophe Riveng, président du groupe Nous Occitanie (droite et centre-droit) assurait : « Sur ce budget, nous nous abstiendrons. il faut que l’on soit solidaire et protéger les collectivités locales que l’État met à genoux. Alors que les territoires sont la solution, et pas le problème. Je ne valide pas toutes les décisions de la majorité. Notamment les politiques d’interventions pour des compétences qui ne relèvent pas de la Région. Mais la tendance affichée nous convient suffisamment pour ne pas s’opposer à ce budget. Voter contre serait un acte politicien pas politique ».

Aurélien Pradié sévère

Aurélien Pradié, qui préside l’autre groupe de la droite et du centre, Occitanie courageuse (qui, lui, a voté contre ce budget), réorientait les débats sur le contexte national qui a justement présidé à l’élaboration de ce budget de l’État 2026: « Jusqu’ici, vous étiez en droit de contester les orientations budgétaires du gouvernement. Mais là, vous avez co-écrit ce budget 2026 de l’État », lançait-il à l’adresse de la socialiste Carole Delga.

Et de juger celui de la Région comme « un budget d’affichage qui tourne le dos aux priorités et besoins des Occitans. ils attendent des réponses concrètes sur les mobilités, l’emploi, la formation, les lycées. Au lieu de cela, la Région disperse les crédits dans des politiques périphériques guidées par l’affichage plutôt que par l’efficacité. »

Un montant similaire à celui du budget 2025

Quant à Yoann Gillet, à la tête du groupe Rassemblement national, il vilipendait « un budget d’austérité contrainte en raison de la mauvaise gestion de ces dernières années. » Et de proposer 64 millions d’euros d’économies, en « mettant fin à un appareil administratif coûteux et peu lisible, aux dépenses de rayonnement international hors compétences régionales, au saupoudrage de subventions idéologiques et clientélismes, aux projets écologiques surdimensionnés ».

Le budget primitif 2026 de la Région Occitanie a finalement été adopté. D’un montant de 3,54 milliards d’euros, similaire à celui de l’exercice 2025.

Vincent Coste (L’Indépendant, le 13 février 2026)

Retards et suppressions de trains : la Région reverse les pénalités SNCF aux usagers (L’Indep)

La SNCF paie des pénalités à la Région Occitanie pour les retards ou les suppressions de trains sur le territoire régional. Depuis 2019, la présidente Delga a choisi de les reverser aux abonnés annuels des trains du quotidien sous forme de mois offerts.

En charge des transports sur son territoire, la Région a signé une convention avec la
SNCF pour le transport ferroviaire. Le document stipule des exigences en matière de ponctualité qui, si elles ne sont pas respectées, déclenchent le versement de pénalités. C’est ce qui se passe encore pour l’année 2025 où l’objectif fixé de 90,7 % de ponctualité des trains en Occitanie n’a pas été respecté, atteignant 86,5 %. Les suppressions pures et simples de trains ont quant à elles représenté 7,8 % du trafic. Là aussi en deçà des limites convenues.

1 mois d’abonnement offert, deux mois pour les usagers de 5 lignes dont Toulouse-Narbonne et Latour de Carol

La Région va ainsi verser dès ce mois de février 2026, une « prime de fidélité » aux abonnés liO annuels sous la forme d’une remise équivalente à un mois offert. Mais ce n’est pas tout puisque la collectivité a décidé, « compte tenu de difficultés particulièrement importantes » survenues sur cinq lignes régionales, de faire bénéficier à ces abonnés annuels de non pas un mais deux mois gratuits.

Il s’agit des lignes Toulouse-Narbonne, Toulouse-Latour de Carol, Toulouse-Rodez, Toulouse-Pau et Toulouse-Auch.

Une « situation inacceptable »

Au sujet de ces retards et suppressions, Carole Delga parle de « situation inacceptable ». « Quand la SNCF ne respecte pas ses engagements, la Région Occitanie agit donc avec fermeté : nous appliquons les pénalités les plus fortes de France et faisons le choix de les reverser aux abonnés liO, premiers concernés par ces dysfonctionnements », précise-t-elle. « C’est une question de justice et de respect pour celles et ceux qui font le choix du train au quotidien ».

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 31 janvier 2026)

La France compte de plus en plus de demandeurs d’emploi (L’Indep)

Le nombre de personnes inscrites a France Travail sans aucune activité reste orienté à la hausse et les perspectives sont pessimistes.

Le marché de l’emploi continue de se dégrader en France. Le nombre de chômeurs de catégorie A a augmenté de 6,8 % en 2025, après une nouvelle hausse sensible au quatrième trimestre (+ 2,6 %), selon les dernières statistiques du département des études du ministère du Travail (Dares), dévoilées jeudi.

Les fichiers de France Travail recensent désormais 3,3 millions de personnes sans aucune activité, sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris, sauf Mayotte). En ajoutant les personnes en activité réduite, la catégorie B (moins de 78 heures par mois), et C (plus de 78 heures par mois), la France compte près de 5,7 millions de demandeurs d’emploi (+4,8 %).

Des chiffres élevés, mais qui sont faussés. D’abord parce qu’ils ont été gonflés par l’inscription, depuis début 2025, de tous les allocataires du RSA et des jeunes en parcours d’insertion à France Travail sous l’effet de la loi pour le plein-emploi. Les procédures d’actualisations ont, elles aussi, évolué. Enfin parce qu’un nouveau régime de sanctions financières est entré en vigueur au 1er juin en réduisant le nombre de radiations en cas de manquements. Prononcées désormais en dernier recours, elles sont passées de 45.000 à 2.300, entre le premier et le dernier trimestre.

Selon la Dares, en tenant compte de ces différents changements, l’évolution du nombre d’inscrits ne serait « plus » que de +1,7 % en catégorie A (40.000 inscrits) et +1,6 % en catégories A, B, C (+72.000 inscrits).

« Les estimations hors modifications administratives, qui reflètent plus fidèlement la situation conjoncturelle du marché du travail, indiquent un ralentissement modéré du marche du travail sans rupture brutale d’ampleur. À ce stade, le taux d’emploi continue de se maintenir à un niveau historiquement élevé », souligne le ministère du Travail.

Assurance-chômage : la réforme enterrée

Un optimiste tempéré par Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision a l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il y a une « forte dégradation » de l’emploi au quatrième trimestre « et elle n’est pas liée à la loi plein-emploi, elle est vraiment liée à une dégradation du marché du travail », analyse l’économiste cité par Le Parisien. « Globalement, il y avait une baisse du nombre de demandeurs d’emploi continue de 2015 jusqu’à 2022, puis de 2022 à mi-2024, cela s’est stabilisé et depuis le troisième trimestre 2024, il y a un retournement », pointe-t-il.

Avec un phénomène inquiétant : les chômeurs de longue durée qui peinent à rebondir sont de plus en plus nombreux, tout comme les jeunes qui restent aux portes de l’emploi. Dans un marché crispé sous l’effet, notamment, des incertitudes économiques, politiques et géopolitiques. Le nombre de défaillances d’entre-prises n’a d’ailleurs jamais été aussi élevé. La situation est encore plus préoccupante en Occitanie (voir l’infographie) et ne semble pas près de s’améliorer, à en croire, la dernière note de conjoncture de l’Insee, anticipant, en décembre, un taux de chômage en France de 7,8 %, fin juin 2026. Selon la Banque de France, il pourrait ensuite se stabiliser, à 7,6 % en 2027 et 7,4 % en 2028. Face à ces perspectives moroses la réponse de l’État ne passera pas, en tout cas, par la réforme de l’assurance-chômage annoncé par François Bayrou, l’été dernier. Celle-ci prévoyait de durcir encore les conditions d’indemnisation des chômeurs, pour les inciter à retrouver au plus vite du travail, en générant ainsi 4 MdE d’économie par an à terme. Le nouveau locataire de Matignon se dit prêt à l’enterrer, pour répondre aux attentes des partenaires sociaux, mais leur demande, en retour, de trouver au moins 400 M€ d’économie, en ciblant notamment les ruptures conventionnelles et les contrats courts.

L’Indépendant, le 30 janvier 2026

Jean-Pierre Lacan. « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire » (La Marseillaise)

À l’aube des dix ans d’opérations de SOS Méditerranée, Jean-Pierre Lacan, bénévole de l’association en Occitanie, appelle à une année 2026 plus solidaire et à la fin des entraves imposées aux ONG, tout en rappelant le rôle crucial de la mobilisation citoyenne.

La Marseillaise : Quels seraient vos souhaits pour cette année 2026, vos attentes ?

Jean-Pierre Lacan : Que cette année soit moins meurtrière, évidemment, en Méditerranée et notamment en Méditerranée centrale, qu’elle ne l’a été en 2025. Aussi, que les actions de sauvetage de la société civile au travers des ONG ne soient plus entravées comme elles le sont aujourd’hui. C’est essentiellement ça que je souhaite pour cette année 2026, qui est, faut-il le rappeler, l’année des 10 ans opérationnels de SOS Méditerranée.

La Marseillaise : Justement, quel regard porter sur le chemin parcouru en 10 ans ?

Jean-Pierre Lacan : C’est un chemin qui n’a pas été pavé de roses. Quand on est né en 2016, 2015 juridiquement, il y a beaucoup de morts en Méditerranée, on parle de 46 000 depuis 2000. On se dit alors qu’il va y avoir une prise de conscience des États. Nous sommes deux ans après le terrible naufrage de Lampedusa en octobre 2013. Quelques semaines après, est lancée l’opération Mare Nostrum par le gouvernement italien mais les États européens ne le soutiennent pas. L’UE explique que ça va créer un appel d’air qui attire l’immigration, que ça coûte très cher et qu’il faut arrêter. Et les choses s’arrêtent. Nous avons donc pris le relais car les naufrages continuent. C’est là que l’Europe va mettre en place cette politique d’externalisation de la frontière. On va confier aux Libyens le soin de verrouiller la frontière maritime de l’Europe et on arrive aujourd’hui à une situation absolument catastrophique, avec ces morts qui s’ajoutent aux morts en Méditerranée, on en dénombre 33 231 depuis 2014. C’est l’axe migratoire le plus mortel du monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Dix ans après, on n’est pas très optimiste et on souhaite que ça s’arrête, que les choses évoluent dans le bon sens, qu’enfin la Méditerranée soit reconnue comme un espace humanitaire.

La Marseillaise : D’autant que la situation empire avec cette attaque des garde-côtes libyens qui criminalisent encore plus les actions des ONG…

Jean-Pierre Lacan : Oui, le 24 août 2025, notre navire -battant le pavillon norvégien- était sur une opération de sauvetage et s’est fait tirer dessus par des garde-côtes libyens, une centaine d’impacts ont été relevés sur le navire sans que ça provoque la moindre émotion. L’attitude libyenne est probablement expliquée par le fait que les Libyens appliquent de manière zélée les termes de l’accord d’externalisation de la frontière avec l’UE. C’est-à-dire que l’objectif est chiffré, on empêche les gens de passer, de franchir la Méditerranée par tous les moyens, y compris en allant jusqu’à tirer. Il faut impérativement, pour les Libyens, rendre étanche la frontière. Ils n’y sont pas parvenus, ils n’y parviendront jamais. C’est ça le drame dans cette affaire.

La Marseillaise : Pourtant il est impossible d’empêcher ces exilés de venir…

Jean-Pierre Lacan : Bien évidemment, malgré les efforts que déploient les garde-côtes libyens, les gens continuent à franchir la Méditerranée. Les arrivées en Europe ont un peu baissé par rapport à 2024, en Italie très précisément. Mais de peu. Cette année, à peu près 66 000 personnes sont arrivées en Italie par les voies maritimes. En 2024, on était à 66 600… La différence n’est pas significative, tout ça est très conjoncturel, ça dépend des périodes, des moments. On connaissait les départs depuis la Tunisie et la Libye vers l’Italie. Mais il faut ajouter une autre route qui a émergé ces derniers temps. C’est une route au départ de l’Est libyen, de la région de Tobrouk vers la Crète. En 2025, on était à un peu plus de 18 000 arrivées en Crète.

La Marseillaise : Pour pallier l’absence de réaction des pouvoirs publics, il y a tout le travail des bénévoles. Quelque chose à encourager ?

Jean-Pierre Lacan : Oui, la mobilisation citoyenne, c’est quelque chose de majeur à SOS Méditerranée. Aujourd’hui, on est à plus de 900 bénévoles partout en France, dans une trentaine d’antennes. L’antenne Hérault-Gard est l’une des plus importantes et des plus actives, étant présente dans de nombreux événements pour porter l’image et le plaidoyer de SOS Méditerranée. On fait également beaucoup d’interventions auprès des écoles, des lycées, des collèges pour porter cette parole, qui est le fruit de notre expertise en matière de témoignages à bord des navires. Cette réalité est bien souvent ignorée de bon nombre de gens. Et donc ça, c’est notre boulot de bénévoles. Alors, oui, c’est terriblement important. On fête cette année nos 10 ans d’opérations en mer, on n’aurait jamais pu continuer à vivre, à franchir cette décennie s’il n’y avait pas eu derrière une forte mobilisation citoyenne. L’essentiel de notre budget est apporté par la mobilisation citoyenne.

Propos recueillis par Louis Dupin (La Marseillaise, le 27 janvier 2026)

Camps de la Retirada. Les dessins de Bartoli à La Jonquera (L’Indep)

Artiste prolifique, républicain espagnol engage, le Catalan Josep Bartoli, a témoigné de la guerre, de l’exil et des camps d’internement français dans une série de dessins aujourd’hui exposés en Catalogne, à La Jonquera.

Après avoir été exposées au Mémorial de Rivesaltes de 2021 à 2022, les œuvres de Josep Bartoli traversent cette année la frontière pour témoigner de l’exil à La Jonquera, au MUME, le Musée mémorial de l’exil de la petite commune catalane. Cette nouvelle exposition, baptisée « Dessiner, c’est combattre », s’annonce itinérante.

« Des armes fragiles mais redoutables »

Josep Bartoli (1910-1995) a dû quitter son pays en février 1939 devant l’avancée des troupes franquistes. Comme un demi-million de ses compatriotes, il fut interné dans les camps de la Retirada, au Barcarés, dans les Pyrénées-Orientales, et à Bram, dans l’Aude.

De ses séjours forcés, il a témoigné avec son talent de dessinateur, en croquant le quotidien particulièrement difficile des premiers réfugiés espagnols en France. Des dessins qui prennent à témoin ceux qui les regardent, et qui traversent les générations grâce au travail de son neveu, le photo-reporter Georges Bartoli.

Infatigable promoteur du travail de son oncle, il soulignait ce 17 janvier 2026, lors du vernissage de l’expo à La Jonquera : « Ce n’est pas la première fois que Josep revient en Catalogne mais il revient de plus en plus souvent ». Témoin lui aussi, derrière son objectif, des blessures de son temps, Georges Bartoli a tenu à faire le rapprochement entre deux époques : « Chaque scène dessinée ici peut se retrouver aujourd’hui, à Gaza, en Ukraine, en Iran ou parmi le sort des réfugiés que l’on rejette ».

La trentaine de dessins, présentés dans une scénographie de qualité au cœur du MUME, sont en effet autant de cris contre l’injustice faite aux plus faibles d’une époque. Celles et ceux de la Retirada ont vécu la brutalité de l’internement, après celle de la dictature qui s’installait de l’autre côté des Pyrénées.

Ces dessins, « des armes fragiles mais redoutables », souligne la directrice du Mémorial de Rivesaltes, Céline Sala-Pons, représentée à La Jonquera par Greg Tuban, responsable scientifique du Mémorial.

En plus des dessins, de nombreux documents éclairent sur Josep Bartoli et sa folle vie, de Barcelone à New-York ou Mexico.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 janvier 2026)

Les Pyrénées-Orientales toujours champions du chômage en Occitanie, et en France (L’Indep)

Confirmation d’études Insee en études Insee : le département des Pyrénées-Orientales conserve le taux de chômage le plus haut de France métropolitaine, très au-dessus des douze autres départements d’Occitanie. L’Aude reste fragile.

Du rouge sur la note de conjoncture régionale présentée ce début d’année par l’Insee Occitanie. Alors que le taux de chômage de la région, en progression, est désormais établi à 9,2 % de sa population active, bien au-dessus de la moyenne nationale (hors Mayotte) à 7,7 %, les Pyrénées-Orientales y participent largement. Avec un taux de chômage de 12,2 %, le département reste lanterne rouge. À l’opposé, la Lozère, certes bien moins peuplée (80.000 habitants en 2024 contre 498.000 pour les P.-O.), affiche 4,8 % de chômeurs dans sa population active.

Corollaire, le nombre d’allocataires du RSA, le revenu minimum, passe dans les P.-O. de 25.600 à 26.300 en un an (+ 2,8 %), alors qu’il baisse très légèrement dans l’Aude, 15.500 à 15.400 (- 0,7 %).

D’autres indicateurs d’activités économiques sont communiqués par l’Insee Occitanie. Parmi eux, celui des emplois salariés. Stable au niveau régional à – 0,2 % sur un an, soit – 5.400 emplois (dont – 400 dans la construction qui peine à se relever des années Covid), l’indicateur varie de – 0,8 % dans les Pyrénées-Orientales, soit – 1.200 emplois, le 16,9%, et de – 0,4 % dans l’Aude (- 500 emplois). Quant à l’emploi intérimaire, précaire, il dégringole dans la région à – 4,5 % sur un an mais s’effondre dans les Pyrénées-Orientales, à – 16,9 % affiche – 7,4 % dans quart de la perte régionale, et l’Aude.

104.860 entreprises ont été créées en Occitanie en un an (+ 3,5 %) dont 8.680 dans les P.-O. (4,8 %), 5.630 dans l’Aude (+ 1,8%). Le manque d’emploi explique en bonne partie les créations d’entreprises : 18 440 microentreprises, 8.590 entreprises classiques en région. Parallèlement, l’Aude a perdu 390 entreprises, les Pyrénées-Orientales 630, l’Occitanie entière 6.130.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 13 janvier 2026)

Les P.-O. largement en dessous de la moyenne nationale des salaires (L’Indep)

Selon une récente étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), les Pyrénées-Orientales affichent l’un des salaires moyens les plus bas de France dans le secteur privé, avec 2 200 euros net mensuels contre 2 733 au niveau national.

Pas de miracle. Selon la récente étude de l’Insee, qui se base sur des chiffres datant de 2024, non contentes d’être le deuxième département le plus pauvre de l’Hexagone derrière la Seine-Saint-Denis, les Pyrénées-Orientales présentent également l’un des salaires mensuels moyens les plus faibles de France dans le secteur privé.

En pays catalan, la rémunération mensuelle nette moyenne des salariés du privé (en équivalent temps plein) s’élève ainsi à seulement 2.200 euros, contre 2 733 euros au niveau national. Les Pyrénées Orientales font partie des dix départements de France où cet indicateur est le plus bas.

Cependant, le territoire n’est pas le moins bien loti de la région Occitanie. Selon l’Insee, le salaire mensuel net moyen dans le privé y est en effet supérieur à ceux de l’Aude (2 168 euros) et de la Lozère (2 155 euros). Il reste en revanche bien inférieur à celui de la Haute-Garonne, qui culmine à 2 787 euros par mois.

L’étude de l’Insee illustre également les inégalités salariales qui persistent entre hommes et femmes. Dans le secteur privé des Pyrénées-Orientales, celles-ci gagnent en moyenne 185 euros de moins par mois que leurs homologues masculins (un écart d’environ 8 %), avec un salaire moyen de 2 099 euros, contre 2 284 pour ces derniers.

Plus globalement, l’Insee indique qu’en 2024, à l’échelle nationale : « Les femmes gagnent en moyenne 13 % de moins que les hommes en équivalent temps plein. » L’institut précise que cet écart se réduit « de 0,3 point par rapport à l’année précédente » et « de 5,1 points par rapport à 2014. » Il reste cependant encore du chemin pour parvenir à l’égalité salariale.

La publication dissèque aussi les différences de rémunérations entre cadres, employés, ouvriers et professions intermédiaires (infirmières libérales ou assistantes sociales, par exemple). On y apprend ainsi qu’un employé gagne en moyenne 1 859 euros par mois en pays catalan. Contre 1 912 euros pour un ouvrier, 2 414 pour les professions intermédiaires et 3 651 pour les cadres.

Autre élément intéressant : dans une autre étude publiée en octobre dernier, l’Insee note qu’après avoir baissé de 1 % en 2023, le revenu moyen des salariés du secteur privé français en euros constants (corrigé en prenant en compte l’évolution des prix) était remonté de 0,8 % en 2024. Principalement grâce au ralentissement de l’inflation.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 2 janvier 2026)

Pourquoi les agriculteurs d’Occitanie sont-ils parmi les plus pauvres de France (L’Indep)

Parmi les plus virulents dans le mouvement de grogne, les exploitants de la région sont aussi parmi les moins bien rémunérés de France, avec un revenu moyen, avant impôt, de 19 542 euros par an.

« Le principal problème pour nous, c’est le revenu. » Au détour d’un discours sur un barrage, il y a quelques jours, David Sève, président de la FNSEA du Gard, a énoncé une évidence. Le mouvement de grogne des agriculteurs, qui s’est mis sur pause pendant les fêtes, est légitimé sur le papier par un désaccord avec la politique sanitaire de lutte contre la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et une opposition au traité d’accord commercial avec les pays du Mercosur. Ce ne sont en réalité que les gouttes faisant déborder un vase d’amertume.

La réalité, c’est que nombre d’agriculteurs n’arrivent plus à vivre décemment de leur métier. Une paupérisation encore plus marquée en Occitanie. « Les aides de la PAC ont été divisées par trois en vingt ans, on subit les cours de nos marchandises », déplorait un maraîcher gardois lors d’une manifestation. Les chiffres sont implacables: avec 19 452 euros de revenu courant avant impôt par salarié, les agriculteurs de la région ne gagnaient en 2023 que 45 % de la moyenne nationale dans ce secteur (43 133 euros). Plusieurs facteurs expliquent cette différence abyssale.

1 – De plus faibles surfaces cultivées

Contrairement à d’autres régions comme la Beauce – le grenier à blé de la France – ou les Hauts-de-France, les exploitations d’Occitanie cultivent des surfaces plus réduites : 49 hectares en moyenne contre 65 à l’échelon national. Ce qui n’empêche pas la région de disposer de 33 % de la superficie viticole nationale.

2 – Aléas climatiques plus impactant

Le pourtour méditerranéen est le secteur le plus impacté par l’ensemble des changements climatiques depuis cinq ans. « Pluies diluviennes, pics de chaleur, gelées… à 50 km de distance, les gens n’ont pas les mêmes problématiques et les rendements s’en trouvent impactés. On observe une accélération de l’incertitude », note Benjamin Devaux, directeur conseil économique et études de Cerfrance Midi Méditerranée, l’association de gestion comptable qui accompagne les exploitants dans le conseil économique, juridique, fiscal et social.

Conséquence, une baisse des rendements qui a induit une fragilité financière accrue face aux gros pics d’inflation qui ont suivi la période Covid et le début de la guerre en Ukraine.

« Les cours ne suivent pas l’inflation », reconnaît Benjamin Devaux, « alors que le prix de l’hectolitre de vin, par exemple, n’a pas bougé depuis vingt-cinq ou trente ans. Certaines matières premières ont pris 15 à 20 % d’une hausse difficile à répercuter dans un marché qui s’impose aux exploitants. De fait, leur marge s’est dégradée. »

Le bio, qui avait connu un essor en période de Covid, a lui aussi déchanté en raison de l’inflation, mais a semblé repartir en 2025.

3 – Disparités liées à l’accès à l’eau

Sur fond de sécheresse, l’eau est devenue une denrée rare et providentielle, source de profondes inégalités entre territoires.

« C’est une tendance de fond depuis deux ans », explique Benjamin Devaux. « Les exploitants qui ont accès a l’eau sécurisent bien mieux leurs revenus. Les vignerons qui n’y ont pas accès travaillent comme avant, mais font 15 hectos au lieu de 35 hectos par hectare. Les Pyrénées-Orientales et l’Aude sont particulièrement touchés, d’où un appauvrissement grandissant, comme sur le piémont héraultais. »

Dans ce contexte, Cerfrance incite nombre d’agriculteurs à se diversifier pour moins subir les conséquences du réchauffement.

« Dans les P-O, on a une grosse activité arboricole et maraichère », note Benjamin Devaux. « Dans le Gard, on a souvent un complément d’activité autour des asperges et de l’arboriculture, en plus de la vigne. Mais l’Aude et l’Hérault restent très viticoles, avec une mentalité très tournée vers la mono-culture. Des exploitants sinistrés cet été dans les Corbières réinvestissent ainsi presque intégralement dans les vignes, alors que certains étaient un peu en bout de course dans ce secteur. On a du mal à faire changer les mentalités. »

En cas de coup dur climatique, les assurances, principal levier de sécurisation de la monoculture, ne font plus leur office, en raison de la baisse des rendements: « Les indemnités sont calculées sur les rendements moyens des cinq dernières années en enlevant la moins bonne, mais ils ont tellement souffert que ces moyennes ne traduisent plus le potentiel des exploitations. »

4 – Pic des exploitations au seuil d’alerte

Selon les chiffres de Cerfrance et de la chambre régionale d’agriculture, les trésoreries sont en baisse.

En 2023, 40 % des viticulteurs atteignaient un seuil d’alerte financière, 12 % pour l’ensemble des exploitations (+ 3 % par rapport à 2022). « Le 6 janvier, j’ai quinze collaborateurs qui partent en formation accompagner les agriculteurs en difficulté », concède Benjamin Devaux. « Cela concerne presque une prestation sur deux chez nous. J’ai vu partir en pleurs un exploitant qui devait licencier une personne salariée depuis vingt ans. Un autre qui devait annoncer à sa fille qu’il ne pouvait plus la rémunérer. On est en train de déstructurer des filières. On détruit les chances d’installer une nouvelle generation. »

Richard Gougis (L’Indépendant, le 31 décembre 2025)