Lettre ouverte : Requête au président de la République à l’occasion du cinquième anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN)

Monsieur le Président,

Les Nations unies, créées il y a 80 ans, ont affirmé le désarmement nucléaire comme une priorité absolue dans leur toute première résolution, A/Res/1(1). En 2013, frustrée par l’absence de progrès, l’Assemblée générale des Nations Unies a déclaré le 26 septembre Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires (A/Res/68/32). Cette Journée internationale vise à sensibiliser et à informer le public sur la menace que représentent les armes nucléaires pour l’humanité et sur la nécessité de leur élimination totale. Chaque année, le 26 septembre, l’ONU organise également une réunion de haut niveau des dirigeants mondiaux afin de discuter des « mesures urgentes et efficaces » à prendre pour parvenir au désarmement nucléaire mondial.

Le choix de cette date n’est pas arbitraire : l’une des nombreuses occasions où l’humanité a frôlé la guerre nucléaire s’est produite le 26 septembre 1983, au plus fort de la guerre froide. Une guerre nucléaire a été évitée de justesse lorsque le colonel Stanislav Petrov, officier de service dans une installation soviétique d’alerte nucléaire précoce, a enfreint le protocole en ne confirmant pas à ses supérieurs une attaque apparente de missiles balistiques en provenance des États-Unis (qui s’est révélée être une fausse alerte). Deux ans plus tard, les États-Unis et l’Union soviétique ont déclaré conjointement qu’« une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Cet engagement a été réaffirmé au cours des années suivantes, notamment dans une déclaration des États du P5 en 2022 et dans le Pacte pour l’avenir adopté à l’unanimité lors du Sommet des Nations unies pour l’avenir (septembre 2024).

Cependant, aujourd’hui, le risque d’une guerre nucléaire due à un accident, à une erreur de calcul, à une escalade de crise ou à une intention malveillante est plus élevé que jamais, l’Horloge de l’Apocalypse se rapprochant davantage de minuit qu’en 1983. L’utilisation d’armes nucléaires par l’un des neuf États possesseurs de l’arme nucléaire ou par leurs alliés nucléaires aurait des conséquences catastrophiques sur le plan humain, économique et environnemental. L’utilisation d’une petite fraction seulement des quelque 12 240 armes nucléaires stockées dans le monde pourrait mettre fin à la vie telle que nous la connaissons. En outre, les 100 milliards de dollars américains dépensés chaque année pour les armes nucléaires seraient plus utiles pour soutenir la paix, la protection de l’environnement et d’autres besoins urgents de l’humanité et de la planète, comme l’expriment les Objectifs de développement durable (ODD). Ces montants vont encore augmenter comme le montrent en France les programmes de modernisation en cours sur les armes nucléaires.

La plus haute juridiction mondiale, la Cour internationale de justice, a affirmé en 1996 que « la menace ou l’emploi d’armes nucléaires serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés, et spécialement aux principes et règles du droit humanitaire » et qu’il existe une obligation universelle pour les États parties au Traité de non-prolifération (TNP) de négocier de bonne foi afin de parvenir à un désarmement nucléaire complet. Les États qui s’appuient actuellement sur les armes nucléaires pour assurer leur sécurité ont l’obligation de remplacer ces politiques par des approches fondées sur le droit international et la sécurité commune, comme le prévoit la Charte des Nations unies.

Le Pacte de l’ONU pour l’avenir comprend des engagements visant à prévenir la guerre nucléaire et à parvenir à l’élimination totale des armes nucléaires.

Le moment est venu pour tous les États membres de l’ONU, au vu d’une situation internationale d’une gravité extrême et au vu des défis que va devoir affronter l’humanité entière, pour annoncer des propositions et plans concrets visant à atteindre ces objectifs.

Cette urgence est d’autant plus grande que la XIe Conférence d’examen (REVCON) du TNP se tiendra à New York du 27 avril au 22 mai 2026 et que cette même année en septembre sera l’occasion de la première Conférence d’examen de l’état d’avancement de la mise en œuvre du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur le 22 janvier 2021 et qui, à la date du 19 janvier 2026, a été signé par 99 États dont 74 l’ont ratifié (y compris six États européens).

L’urgence est d’autant plus forte que le panorama nucléaire s’est assombri en 2025, des frappes américaines et israéliennes sur les sites nucléaires civils iraniens au tir d’essai du missile à propulsion nucléaire russe Bourevestnik en passant par les déclarations de Donald Trump sur l’éventuelle reprise d’essais nucléaires.

C’est pourquoi, en tant que Mouvement de la paix et Initiatives citoyennes pour le Désarmement Nucléaire, nous nous adressons solennellement à vous pour vous demander :

  1. De réaffirmer, comme vous l’avez fait au G20 en 2022 et 2023, que la menace ou l’utilisation d’armes nucléaires est « inadmissible » ;
  2. De promouvoir des mesures concrètes de la part de la France et d’obtenir des États dotés d’armes nucléaires et de leurs alliés pour réduire de toute urgence le risque nucléaire, notamment en désactivant une partie de leurs forces nucléaires et en adoptant des politiques visant à ne jamais déclencher une guerre nucléaire ;
  3. De s’engager à agir collectivement pour parvenir à l’élimination mondiale des armes nucléaires dans les délais les plus brefs et au plus tard à l’occasion du centenaire de l’ONU en 2045 comme demandé dans un Appel conjoint de milliers de personnalités et d’organisations de la société civile, et à prendre immédiatement des mesures, notamment par le biais de négociations multilatérales, pour mettre en œuvre cet engagement ;
  4. De geler, réduire les budgets consacrés aux armes nucléaires et mettre fin aux investissements publics et privés dans l’industrie des armes nucléaires, en particulier en stoppant tous les programmes de modernisation de ces armes qui sont illégales, dangereuses, coûteuses et moralement inadmissibles ;
  5. De réorienter ces fonds vers le renforcement des Nations unies, la promotion du maintien de la paix et la résolution des conflits dans le respect de la Charte des Nations unies et en mettant en œuvre la résolution 53/243 de l’Assemblée générale des Nations unies sur la culture de la paix, vers l’accélération des mesures de protection du climat et la satisfaction des besoins humains et économiques, conformément à l’article 26 de la Charte des Nations unies qui stipule que les États membres doivent « favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde. »

Face à l’aggravation de la situation internationale, alors qu’avaient lieu il y a 80 ans les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki et la création des Nations unies, le moment est venu de prendre une décision claire en affirmant que la France entend respecter et défendre le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont l’article VI oblige les États parties à négocier « de bonne foi » en faveur du désarmement nucléaire, et donner un gage de sa bonne foi en signant dès maintenant le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Cet acte est nécessaire pour que la France garde un peu de crédibilité sur le plan international en respectant nos engagements, comme l’affirmait le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères le 27 juillet 2025 en réponse au Sénateur Guy Bennaroche : « La France est engagée avec détermination en faveur de la poursuite du désarmement nucléaire. »

Vous trouverez ci-jointe la liste de 600 organisations de différents pays qui formulent les mêmes exigences et soulignent combien nous approchons de l’heure de l’Apocalypse prévue par l’Association internationale de scientifiques Bulletin of the Atomic Scientists.

En France, les principales organisations militant pour la paix (Initiatives pour le désarmement nucléaire, Pax Christi, Pugwash, Action des citoyens pour le désarmement nucléaire, Enseignants pour la paix, Ican, Association des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), Mouvement de la Paix…) formulent les mêmes exigences.

Recevez, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments respectueux.


Roland NIVET  Porte-parole national du Mouvement de la paix
et Bernard NORLAIN  Général d’armée (2S) – Président de l’association Initiatives pour le Désarmement Nucléaire
Le 19 janvier 2026

L’ édito du webzine. Souveraineté populaire : l’imposture de Marine Le Pen

Pour sa défense devant la justice, Marine Le Pen en appelle à la souveraineté populaire, cette posture fait courir un grave danger pour notre démocratie.

Marine Le Pen, cheffe du Rassemblement national, a été condamnée le 31 mars 2025 à 4 ans de prison (dont 2 ferme), 100 000 € d’amende et 5 ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Le préjudice est estimé à 4,1 millions d’euros.

Pour échapper à sa condamnation, la cheffe du RN oppose la justice à la « souveraineté populaire », accusant les magistrats de priver le peuple de son choix politique. Cette rhétorique, reprise par d’autres figures comme Nicolas Sarkozy ou Jean-Luc Mélenchon, vise à délégitimer la justice en la présentant comme un obstacle à la volonté du peuple.

Un danger pour la démocratie

La Constitution française consacre la séparation des pouvoirs et affirme que la justice est rendue au nom du peuple. Les juges ne sont pas des ennemis de la démocratie, mais des garants de l’État de droit. En remettant en cause l’indépendance de la justice, Marine Le Pen dénature la notion de souveraineté populaire. Sans justice indépendante, celle-ci devient un outil de domination, non d’émancipation. Cette posture, partagée par une partie de la droite et de l’extrême droite, sape les fondements de la démocratie et prépare le terrain pour des régimes autoritaires, où la loi du plus fort remplacerait l’égalité devant la loi.

Cette rhétorique, inspirée de figures comme Donald Trump, vise à affaiblir l’État de droit et à soumettre le peuple à une caste privilégiée. Elle menace les droits sociaux et politiques, réduisant les citoyens à des producteurs-consommateurs dociles.

Opposer justice et souveraineté populaire, c’est démonter les garde-fous démocratiques pour instaurer un pouvoir arbitraire, sous couvert de défendre le peuple.

Dominique Gerbault

Travaux du Conseil national du PCF (10 janvier 2026)

Le Conseil national du 10 janvier avait à son ordre du jour la situation au Venezuela ; les enjeux du 40e Congrès du PCF et la mise en place des commissions du texte et de transparence des débats ; les élections municipales à deux mois du scrutin ; un point d’étape du groupe de travail sur notre projet communiste et la réactualisation du socialisme à la lumière des défis du XXIe siècle ; un débat sur nos propositions pour l’économie sociale et solidaire (ESS).

L’agression militaire du Venezuela par les USA a conduit la direction du PCF à adopter une résolution exprimant sa position, appelant à l’organisation d’initiatives locales et nationales, du parti et des collectivités.

Sur l’ordre du jour du Congrès, Fabien Roussel a exprimé dans son rapport la nécessité de riposter à la montée de l’extrême droite et au danger de sa prise de pouvoir. Il faut pour cela travailler à rendre plus lisible par le peuple tout entier un projet ambitieux pour conquérir le pouvoir, reconstruire la France et la République et contribuer à construire un nouvel ordre mondial. Le débat du Conseil national a permis de revenir sur de grands enjeux à débattre lors de ce Congrès.

Le point sur les élections municipales a notamment permis de finaliser la désignation de nos chef·fes de file pour les villes de plus de 20.000 habitant·es et de faire le point sur les accords avec les autres forces politiques de gauche.

Enfin le débat a pu s’ouvrir sur les enjeux de la réactualisation du socialisme et le cahier thématique sur l’ESS a été adopté.

–> Le rapport de Fabien Roussel

–> La résolution sur le Venezuela

–> Le relevé des interventions

–> Rapport de Pierre Lacaze sur les municipales 2026

Le 39e Congrès, puis la conférence nationale de 2025, ont mandaté une réflexion stratégique visant à redéfinir le chemin vers une société communiste au XXIe siècle.
Un groupe de travail, composé d’Hervé Poly, Stéphane Bonnery, Denis Durand, Clara Gimenez, Marie-Jeanne Gobert, Leïla Moussavian-Huppe, Christian Picquet, Léna Raud, Guillaume Roubaud-Quashie et Shirley Wirden, s’est réuni à plusieurs reprises.
—> Le rapport d’Hervé Poly au CN et les contributions des membres

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 16 janvier 2026)

Trump : « Il n’est de défaite que celle que nous acceptons ! »
Question d’actualité au Gouvernement
En novembre dernier, le Président Macron annonçait l’entrée au Panthéon de Marc Bloch, le 16 juin 2026, jour anniversaire de son exécution par les nazis.
Le président Trump, pour organiser un combat de boxe sous un chapiteau dressé dans les jardins de la Maison-Blanche, le jour de son propre (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Ouzoulias

Renforcer les prérogatives du Premier ministre
Proposition de loi constitutionnelle
Chacun en conviendra, notre pays traverse une crise multiforme violente, tant sur le plan économique, que social ou institutionnel.
L’histoire souligne que la mauvaise prise en compte, voire la négation des aspirations populaires face à un mal vivre croissant, débouche dans une forme (…)
—> Lire l’intervention

Pour les 25 ans de la loi SRU : un anniversaire attaqué !
Proposition de loi Loi « CHOC » pour le logement (Conforter l’habitat, l’offre de logements et la construction).
La possibilité pour toute personne de disposer d’un logement décent est, je cite, « un objectif de valeur constitutionnelle découlant des dixième et onzième alinéas du Préambule de la Constitution de 1946 ».
C’est ce qu’on peut lire dans l’exposé des motifs de cette proposition de loi, dont (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Alep : la nécessité pour la France d’agir en faveur de la protection des civils, des Kurdes et de la reprise des négociations
Communiqué de presse Syrie
Depuis le 6 janvier, des groupes djihadistes intégrés au sein de l’armée syrienne attaquent les quartiers kurdes de la ville d’Alep afin de les en chasser. Ces violences ont fait au moins 21 morts et ont conduit au déplacement forcé de milliers de civils. Ceux qui n’ont pas pu fuir subissent un (…)
—> Lire l’intervention

Les autres interventions

Lois : Saisies et confiscations : l’urgence de renforcer l’action sans affaiblir la justice
Justice et police – Améliorer les moyens d’action de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) – par Pierre Barros – 14 janv. 2026

Lois : « La sécurité juridique des entreprises et des justiciables risque d’être fragilisée »
Justice et police – Confidentialité des consultations des juristes d’entreprise – par Gérard Lahellec – 14 janv. 2026

L’édito du webzine. Le Mercosur, symbole d’une Europe à la croisée des chemins

L’Europe vient de tourner une page de son histoire agricole en validant l’accord UE-Mercosur. Les États membres ont scellé un pacte qui sonne comme un abandon pour des milliers d’agriculteurs français et européens.

« Colère totale des paysans » : l’expression, reprise en chœur par les syndicats, résume l’incompréhension et la révolte face à un texte qui sacrifie la souveraineté alimentaire sur l’autel du libre-échange. Les images parlent d’elles-mêmes : tracteurs bloquant les routes, œufs lancés contre les sièges des institutions.

La mobilisation, massive et déterminée, révèle un monde agricole au bord de l’asphyxie. Entre la hausse des coûts de production, les épizooties à répétition et une concurrence déloyale -où le soja OGM et les normes environnementales bâclées du Mercosur font office d’armes de guerre économique-, les paysans français ne demandent qu’une chose : survivre.

Un vote sous tension, une Europe divisée

Pour la première fois, un accord commercial européen est adopté sans unanimité. Cinq pays, dont la France, ont dit non. Un symbole fort, mais insuffisant. Car si l’Irlande, la Pologne ou l’Autriche ont résisté, la majorité qualifiée(*) a passé en force, révélant une fracture profonde : celle d’une Union européenne tiraillée entre ses idéaux et ses intérêts, entre la défense de ses producteurs et l’appel des sirènes du marché global.

Le Parlement européen, qui doit se prononcer le 21 janvier, détient désormais une responsabilité historique. Les 150 parlementaires de 20 nationalités prêts à saisir la justice européenne le rappellent : cet accord n’est pas une fatalité. Il est encore temps d’inverser la vapeur, de défendre un modèle agricole qui concilie performance et respect de l’environnement, plutôt que de céder à la loi du moins-disant social et écologique.

Relocaliser ou disparaître

Face à la grogne des agriculteurs, le gouvernement français promet des « annonces en leur faveur ». Mais les demi-mesures ne suffiront plus. Ce que réclament les paysans, c’est une politique ambitieuse : un moratoire sur les contrôles abusifs, la fin des abattages massifs de troupeaux, et surtout, une remise à plat des règles du jeu commercial. Car le vrai scandale du Mercosur, c’est son hypocrisie : on y exporte nos normes, mais on y importe des produits issus de pratiques que nous interdisons chez nous.

La question dépasse désormais le cadre agricole. Elle interroge le projet européen dans son ensemble : veut-on une Europe forte, maître de son destin alimentaire et industriel, ou une Europe diluée, otage des appétits des géants du Sud ? Les agriculteurs, en première ligne, ont choisi leur camp. À nous de les suivre.

Dominique Gerbault

(*) 21 États sur 27 ont approuvé cet accord, représentant 68,55% de la population européenne. La majorité qualifiée est à 65%.

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 9 janvier 2026)

« La France va-t-elle condamner l’intervention au Vénézuela ? »
Question d’actualité au Premier ministre
Samedi, Donald Trump a organisé l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, ainsi que leur transfert aux États-Unis. Il se justifie par la lutte contre le narcotrafic.
Mais, dans sa déclaration, il dévoile son véritable but : l’occupation. Je cite : « Nous allons diriger le (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Nationalisation d’ArcelorMittal
Le groupe CRCE-K remet la proposition de loi à l’ordre du jour du Sénat
J’informe, ce jour, le Président du Sénat, de l’inscription de la proposition de loi visant à la nationalisation d’ArcelorMittal dans le cadre de notre espace réservé le 25 février 2026. Celle-ci a été adoptée par l’Assemblée nationale le 27 novembre dernier.
Dès le 30 octobre dernier, mon (…)
—> Lire l’intervention de Fabien Gay

« Plus on éloigne la justice des mineurs de sa logique éducative, plus le risque de récidive augmente »
Débat sans vote sur la délinquance des mineurs
Nous sommes tous préoccupés, à juste titre, par les violences qui touchent nos territoires. Mais notre réflexion doit demeurer lucide et respectueuse des réalités humaines comme des principes juridiques.
La délinquance des mineurs ne connaît pas l’explosion dont certains s’émeuvent. En 2024, (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Intégrons les AESH dans la fonction publique
Proposition de loi visant à intégrer les accompagnants des élèves en situation de handicap
En vingt ans, le nombre d’élèves en situation de handicap en milieu scolaire ordinaire a triplé. Les AESH sont près de 132 000 et sont devenus les piliers de l’école inclusive.
Mais la réalité est alarmante : lors de chaque rentrée, entre 10 000 et 15 000 enfants n’ont pas d’aide humaine. Les (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Alerte sur la situation de l’usine ARC International d’Arques
Courrier au Président de la République
Monsieur le Président de la République, Je me permets de vous alerter sur la situation extrêmement préoccupante de l’usine ARC International d’Arques, dans le Pas-de-Calais. La fermeture probable d’un four y est désormais évoquée, avec à la clé la menace de la suppression d’emplois.
Cette (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Apourceau-Poly

Ne pas laisser les musées livrés à eux-mêmes
Débat sur la sécurité des musées
Les nombreuses auditions de la commission de la culture ont montré de nombreuses défaillances, notamment au sein du Louvre. La large autonomie consentie à ces grands établissements exige un surcroît de contrôle par leur tutelle. Il aurait fallu des audits externes réguliers au Louvre, sous (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Ouzoulias

Soutien au peuple vénézuélien et à sa résistance face à la brutalité des États-Unis de Trump
Communiqué de presse
Les membres du groupe CRCE-K condamnent fermement l’agression criminelle du gouvernement des États-Unis contre la République bolivarienne du Venezuela et son peuple. Nous exprimons également notre solidarité totale avec la légitime résistance populaire du peuple vénézuélien face à cette (…)
—> Lire l’intervention le communiqué de presse

Les autres interventions

Les questions orales :

Faire des bureaux de poste de plein exercice un lieu central de redéploiement des services publics de proximité
Services publics – Question orale au Gouvernement – par Marianne Margaté – 8 janv. 2026

« Ne faut-il pas décentraliser les missions de conservation du patrimoine rural non classé ? »
Culture et médias – Débat sur l’accès à la culture dans les territoires ruraux – par Pierre Ouzoulias – 8 janv. 2026

Frédéric Dabi. « Les élections municipales à l’ombre de la présidentielle » (La Marseillaise)

Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, compare le scrutin de 2026 à celui de 2001 en termes de portée nationale. Il sera profondément inédit, à la fois fortement nationalisé et toujours structuré par des logiques locales.

La Marseillaise : Est-ce que ces élections municipales de 2026 vont, selon vous, présenter des caractéristiques, une tonalité spécifique, qui les rendraient assez différentes des précédentes ?

Frédéric Dabi : Oui, très clairement. D’abord parce que, sauf dissolution, ce sera le dernier scrutin avant la présidentielle de 2027. Comme en 2001, ces municipales pourront être lues comme une répétition générale, moins par leurs résultats que par la lecture politique qui en sera faite. En 2001, on avait mis en avant les victoires de la gauche à Paris, Lyon et Dijon, en occultant le nombre de villes perdues ailleurs. En 2026, il y aura une vraie bataille d’interprétation, et toutes les forces politiques peuvent se retrouver fragilisées : un PS perdant de grandes villes, une droite LR en recul, un RN qui ne perce pas, ou une France insoumise cantonnée à gêner les socialistes sans gagner de municipalités, y compris à Roubaix.
Ces élections seront donc plus politiques que les précédentes. Elles s’inscrivent aussi dans un contexte inédit, que j’appelle l’éclipse du politique à l’échelle nationale. Les Français ont le sentiment que le politique ne les écoute plus et ne parvient plus à améliorer leur situation, ce qui pourrait avoir des effets importants sur la participation. À mes yeux, ce seront des municipales très particulières.

La Marseillaise : Vous évoquez ce contexte. Est-ce que l’on sait déjà quelles sont les préoccupations des Français à la veille de ces élections ? Et est-ce qu’elles ont, elles aussi, évolué depuis 2020 ?

Frédéric Dabi : Les enquêtes récentes montrent une hiérarchie des préoccupations totalement inédite pour des municipales. La première, c’est la sécurité des personnes et des biens, un niveau que l’on n’avait plus vu depuis les régionales de 2015 ou la présidentielle de 2002. À cela s’ajoute le narcotrafic, désormais clairement identifié par les Français. Viennent ensuite l’accès aux soins et la santé, puis la dette. Ce sont des enjeux nationaux, presque régaliens, qui, faute de réponses au niveau national, redescendent vers le local et s’invitent dans les campagnes municipales. La question de l’accès aux soins ne connaît pas d’opposition simple entre métropoles et petites communes. Ces trois enjeux inédits peuvent fragiliser les maires sortants, notamment dans les petites communes, et montre que ce qui se joue au niveau national pèse directement sur le vote municipal. Les sortants peuvent néanmoins valoriser leur bilan, leur présence sur le terrain et leur capacité d’écoute, et mettre en avant d’autres sujets très appréciés localement, comme le logement, les mobilités ou le cadre de vie. Les campagnes mêleront ainsi une forte dimension nationale – sécurité, santé, dette – et des enjeux locaux, avec une homogénéisation des préoccupations sur tout le territoire.

La Marseillaise : Vous avez souligné la proximité de l’élection présidentielle, en faisant le parallèle avec 2001. Quelles conséquences cela peut-il avoir, notamment sur la stratégie du Rassemblement national et de la France insoumise ?

Frédéric Dabi : Les deux forces dites radicales s’engagent fortement dans ces municipales, ce qui n’était pas le cas en 2020. Cela confirme que ce scrutin est perçu comme important, presque comme une répétition générale avant la présidentielle.
Mais le RN et LFI n’y vont pas avec les mêmes atouts. Pour LFI, c’est une véritable première : elle a très peu de sortants, à l’exception du maire de Faches-Thumesnil, ce qui limite ses gains potentiels, même s’il existe des possibilités à en Seine-Saint-Denis ou à Roubaix avec David Guiraud. Cela tient au fait que LFI reste une force très nationale, encore en décalage avec l’imaginaire municipal. Elle dispose néanmoins de points d’appui, notamment les scores élevés de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, et d’un possible rôle d’arbitre au second tour dans plusieurs grandes villes. Mais un mauvais scrutin municipal aurait des conséquences, y compris sur la dynamique présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Le RN, lui, est dans une autre logique : il dispose déjà de nombreux sortants et cherche à prolonger son implantation locale, dans la continuité de législatives réussies, y compris dans des départements où il était jusque-là faible.

La Marseillaise : Ce que certains appellent « l’ancien monde », soit le PS et LR se partageant l’essentiel des collectivités locales, pourrait-il être chamboulé en 2026 pour se rapprocher du rapport de force national ? Peut-on aller vers une forme de tripartition territoriale ?

Frédéric Dabi : L’hypothèse est séduisante, mais je n’y crois pas. Il existe une étanchéité jamais vue entre le national et le local, encore renforcée par la fin du cumul des mandats. Les forces dominantes au niveau national restent faibles à l’échelle locale. Dans les communes de plus de 10 000 habitants, entre 80% et 90% des villes sont toujours tenues par le PS, le PCF, les Écologistes, LR ou l’UDI. Je ne vois pas pourquoi cela changerait fondamentalement. Il peut y avoir des ajustements à la marge. LR est en difficulté et ne dominait plus guère que Nîmes parmi les grandes villes. Le PS peut perdre une grande ville. Mais il est très difficile d’imaginer que LFI, le RN ou Renaissance émergent au point de reproduire localement la tripartition nationale. Aux municipales, le dégagisme reste limité.

La Marseillaise : Est-ce que, justement, les maires sortants bénéficient toujours de cette prime au sortant ?

Frédéric Dabi : Oui, elle existe toujours, même si elle se fragilise. On observe une forme de défiance qui touche le local, notamment parce que des enjeux nationaux irriguent les campagnes municipales. Les maires font face à des exigences citoyennes inédites, et à des polémiques symboliques qui s’invitent dans la fin de mandat. Pour autant, dans les villes de plus de 10 000 habitants, les municipales restent un scrutin de stabilité. Même en 2014, année de forte alternance, environ 70% des maires sortants ont été reconduits. Mais c’est aussi un scrutin de récit : si des villes majeures comme Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nice ou Bordeaux changeaient d’étiquette, l’impact symbolique serait considérable.

La Marseillaise : En Occitanie, est-ce que le scrutin va obéir aux mêmes logiques que dans le reste du pays ? Peut-on déjà identifier des configurations ou des villes emblématiques ?

Frédéric Dabi : Oui, globalement. Les enjeux de sécurité, de trafic de drogue et de santé y sont très concrets, et je ne vois pas pourquoi la région ferait exception. Comme ailleurs, il y aura des villes symboles. À Montpellier, Michaël Delafosse apparaît bien placé. À Nîmes, une division possible de la droite pourrait profiter à d’autres forces notamment à l’association de gauche et des écologistes autour de Vincent Bouget. À Castelnau-le-Lez, un jeune élu proche de la majorité présidentielle pourrait l’emporter. Reste le cas de Toulouse : Jean-Luc Moudenc parviendra-t-il une nouvelle fois à s’en sortir, ou la force de la gauche aux élections nationales, combinée à une possible division à gauche, peut-elle rebattre les cartes ? Comme ailleurs, il y aura des configurations locales fortes, mais sur les grandes thématiques, l’Occitanie s’inscrit dans une logique d’homogénéité avec le reste du pays.

Propos recueillis par Diego Chauvet (La Marseillaise, le 2 janvier 2026)