Category Archives: Mémoire
Les Conquêtes sociales
Les Conquêtes sociales est un jeu pour découvrir l’histoire des luttes sociales. Le jeu aborde les questions des conquêtes sociales (droit du travail, mouvements d’émancipation, changements sociétaux) de 1789 à nos jours en France, avec la volonté de transmettre l’idée que les droits sont toujours le fruit de luttes.
Les règles sont simples : soyez la première personne à ne plus avoir de cartes pour remporter la partie ! À votre tour, tentez de placer chronologiquement une de vos cartes relativement à celles déjà posées. Mais attention, si vous vous trompez, vous en piochez une nouvelle !
Le jeu a été réalisé par Coco Cherry en partenariat avec la Fondation Gabriel Péri, l’Institut CGT d’histoire sociale, Mathilde Larrère, historienne, et la LDH (Ligue des droits de l’Homme). 18 euros
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Les Fronts populaires, une perspective mondiale, 1934-1938
Sous la direction de Jean Vigreux et Serge Wolikow, (Libertalia, juin 2026).
« L’objet de ce livre est d’écrire une histoire du moment 1934-1938 en décalant le regard, en l’internationalisant, mais aussi en évitant de le penser uniquement du point de vue européen : les Fronts populaires hors d’Europe ont existé ! » Car le Front populaire est aussi un phénomène mondial. Avec cet ouvrage rassemblant les contributions de 40 spécialistes de la période, il s’agit de présenter, analyser et expliquer ces années-là dans une histoire connectée, mondialisée, voire universelle ou internationale. Bref, une histoire des Fronts populaires dans une perspective mondiale.
Publié avec le soutien de la Fondation Gabriel Péri.
Mai 2026 – 800 pages – 14 euros
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Jaurès, une pensée libre assassinée il y a 112 ans (La Marseillaise)
Ce 31 juillet marque la date anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès. Peu d’hommes de pensée et d’action ont autant que Jaurès fait l’objet d’opérations de « récupération » de leur mémoire.
Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné par un nationaliste. Il est la première victime de la guerre. Son enterrement, le 4 août, coïncide avec le début du conflit.
La pensée de Jaurès était éminemment libre, toujours en mouvement, liée intimement à l’action politique, mais aussi à la recherche historique et philosophique.
Alors que les calomnies les plus infâmes de la réaction ont justifié par avance, sinon armé, le bras de son assassin, des hommes et femmes politiques de droite et d’extrême droite aujourd’hui, héritiers de cette réaction et falsificateurs de l’histoire osent se réclamer de Jaurès, sans la moindre vergogne.
Collaborateur de la Dépêche
Né le 3 septembre 1859, à Castres dans le Tarn, ce brillant élève du lycée de la ville est reçu premier à l’ENS de la rue d’Ulm, puis troisième à l’agrégation de philosophie. Il enseigne d’abord au lycée d’Albi, ensuite à la Faculté de Toulouse. Élu député en 1885, il fait partie des républicains qui soutiennent la politique des gouvernants de l’époque, notamment celle de Jules Ferry.
Docteur ès lettres en 1892, il continue son activité politique évoluant dans la mouvance radicale-socialiste. Il est aussi un collaborateur régulier de La Dépêche de Toulouse future Dépêche du Midi.
Aussi conseiller municipal de Toulouse, puis rapidement maire adjoint à l’instruction publique. Il écrit dans La Dépêche le 4 juin 1892 dans le contexte de l’affaire Dreyfus, « c’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race, l’humanité ». Ses mots résonnent dans la France de 2026.
Les grèves des mineurs de Carmaux de 1892 à 1895 vont le voir s’engager résolument de leur côté. Il comprend alors que le prolétariat comme classe a en mains la clé du devenir de l’humanité ; il est la force sociale fondamentale capable de briser le système de la propriété privée des moyens de production, le système capitaliste. La classe ouvrière est la seule classe qui n’a aucun intérêt distinct de celui de la société globale, en conséquence, elle est la classe porteuse de l’avenir.
Libre penseur et fort de sa vaste culture il connaît l’histoire et le rôle joué par l’Église au travers des siècles. C’est dans ce contexte qu’il a lutté contre l’obscurantisme, défendu l’émancipation et œuvré pour l’élaboration et le vote de la loi de séparation entre les Églises et l’État.
Fondateur de l’Humanité
En 1904, Jean Jaurès est l’un des fondateurs du quotidien L’Humanité. Et le rôle de ce quotidien est capital dans cette période. Le journal est de toutes les luttes. Il dénonce la catastrophe de Courrières et soutient les revendications ouvrières, tente d’arracher la France au « guêpier marocain » et surtout se dresse contre le péril de la guerre. Le 31 juillet, dans son ultime éditorial, Jaurès écrit : « C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître du sol, refouler les paniques, dominer les événements et surveiller la marche des hommes et des choses pour écarter de la race humaine l’horreur de la guerre ».
Jaurès, symbole du pacifisme
Jean Jaurès aura lutté contre la guerre les dix dernières années de sa vie. « Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » disait-il. Il s’oppose notamment à la loi des Trois ans qui veut augmenter la durée du service militaire de 2 à 3 ans pour préparer l’armée française à une guerre avec l’Allemagne. Mais elle sera adoptée malgré son discours devant 150 000 personnes le 25 mai au Pré Saint-Gervais donnant lieu à la célèbre photo de Maurice-Louis Branger. Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné. La mort de la figure emblématique du pacifisme a été suivi du ralliement de la gauche française à « l’union sacrée ».
Alain Mila (La Marseillaise, le 31 juillet 2026)
Numéro spécial du Travailleur Catalan. Il y a 90 ans, le Front populaire
Sommaire
Éditorial
- 90 ans du Front populaire, 90 ans du Travailleur Catalan
P-3/4 Le prélude
- 6 février 1934 : le jour où tout a basculé
- L’affaire Stavisky : le déclencheur
- Les ligues fascistes
- La journée du 6 février
- Vers l’union des gauches
P-5 La France en 1936
- Un pays aux fortes inégalités sociales
- Une société traditionnelle et patriarcale
- La France, puissance coloniale
P-6 Les Pyrénées-Orientales en 1936
- Le poids de la terre
- Une population vieillie et catalane
- Un département agricole
- 1936-1986
P-7/8 Les forces du Front populaire
- La SFIO
- Le Parti communiste français (PCF)
- Le Parti radical-socialiste
- Les élections législatives de mai 1936
P-9/10 Dans les Pyrénées-Orientales
- Un parti socialiste dominant
- La progression des communistes
- Les élections de 1936 dans le département
- Un nouveau rapport de forces
P-11/12 Les grandes grèves de 1936
- Les occupations d’usines
- L’union syndicale
- Des grèves d’un genre nouveau
P-13/14 Le Front populaire dans les P.-O.
- Le Comité départemental du Front populaire
- La grande manifestation du 14 juin
- L’Indépendant contre le Front populaire
- Les grandes grèves de 1936
- Lucette Pla-Justafré, femme engagée et résistante communiste
P-15/16 Les Accords de Matignon
- L’augmentation des salaires
- Les oubliés de 1936 : le monde agricole
- La reconnaissance du droit syndical
- Les conventions collectives
- L’instauration des congés payés
- La semaine de 40 heures
P-17/18 La question coloniale
- Une vision divisée sur l’Empire colonial
- La commission d’enquête coloniale
- Projet Blum-Violette
P-19/20 Les femmes du Front populaire
- Les grandes oubliées
- Les femmes en grève
- Les graines d’une nouvelle génération
- Une première dans l’histoire de la République
P-21/24 La guerre d’Espagne
- Les origines du conflit
- Une guerre espagnole aux dimensions internationales
- La France, entre solidarité politique et prudence diplomatique
- De la guerre civile à la dictature franquiste
P-25/26/27 La fin du Front populaire
- Les premières lézardes
- La Cagoule, une organisation secrète d’extrême droite
- La chute des gouvernements
- La question du réarmement
- 1938, fin du Front populaire et de la démocratie
L’édito du webzine. La Révolution noyée sous l’armement
Ce 14 juillet 2026, notre fête nationale a été pris en otage par le grondement des chars, le vrombissement des avions de chasse et l’étalage des drones et des armes. Les Champs-Élysées, transformés en vitrine militaro-industrielle, ont réduit au silence la promesse de 1789, cette exigence d’abolir les privilèges, de conquérir l’égalité et la fraternité.
Un 14 juillet a célèbré l’économie de guerre, la course aux armements, la politique de la force. Un président proclame la primauté des budgets de défense sur les droits sociaux, comme si la santé, l’éducation, la sécurité sociale ou l’urgence écologique n’étaient que des accessoires négligeables.
La République puise sa raison d’être dans les idéaux de 1789, prolongés en 1848 et lors de la Commune de Paris. C’est un ensemble d’institutions, de droits et de devoirs qui forment la démocratie. Aujourd’hui, elle est malmenée, menacée. Les inégalités explosent, les privilèges des plus riches deviennent indécents, et l’extrême droite se présente désormais comme une alternative crédible au pouvoir, prête à aggraver les injustices du système.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 a été un cri pour la liberté, pour l’égalité, pour la fraternité, pour la souveraineté du peuple, pour le droit à la révolte contre l’oppression. Après l’abolition des privilèges et l’avènement de la souveraineté nationale, la Révolution a ouvert la voie à des conquêtes majeures : la citoyenneté pour tous, l’accès de tous aux fonctions publiques, le divorce, les droits des enfants naturels, le suffrage universel, l’abolition de l’esclavage et à une éducation gratuite et obligatoire pour tous.
Poursuivre le 14 juillet 1789
Mais la Révolution n’a pas tout résolu. L’esclavage a mis un demi-siècle à être aboli. La liberté de conscience a souvent été bafouée. Les femmes, les ouvriers, les colonisés ont dû attendre des décennies, voire des siècles, pour que leurs droits soient reconnus.
Faire du 14 juillet un simple défilé militaire, c’est oublier que la pauvreté, le racisme, la xénophobie et l’ignorance sont les pires ennemis de la démocratie. Rien n’est jamais acquis. Chaque avancée progressiste est le fruit d’un processus long, difficile, toujours menacé. Aujourd’hui, alors que des monstres nouveaux se profilent à l’horizon -crises climatiques, prolifération des armes, montée des autoritarismes-, des mouvements émancipateurs émergent partout : les femmes luttent pour leur égalité pleine et entière, les jeunes se mobilisent pour le climat, des paysans et des chercheurs défendent la biodiversité, des ouvriers réclament le pouvoir sur leur travail, des prolétaires du clic ou de la logistique cherchent à s’unir au-delà des frontières, des militants de la paix exigent que l’argent des bombes soit redirigé vers la vie.
La République de demain doit être une civilisation nouvelle. Dans un pays aussi riche que la France, l’urgence est de rassembler. Deux cent trente-sept ans après 1789, la même question se pose à nous : alors que le capitalisme est à bout de souffle et menace l’avenir de l’humanité, n’est-il pas temps d’ouvrir la voie du post-capitalisme ? D’inventer un processus communiste adapté à notre époque ?
La soif d’émancipation ne peut être étouffée sous les bruits des défilés militaires, qui ne disent rien de l’esprit de 1789. La Révolution française reste une source d’inspiration inépuisable. À nous de la faire vivre.
Dominique Gerbault
L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. 14 juillet pour la liberté et la paix
Si, cette année, il fallait s’inscrire à l’avance et montrer patte blanche pour assister au traditionnel défilé du 14 juillet, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a 237 ans, le peuple de Paris n’avait pas demandé l’autorisation des puissants pour prendre la Bastille et inaugurer ainsi un bouleversement historique qui changera la face du monde.
De même n’est-il pas vain d’évoquer la gigantesque manifestation populaire organisée à l’occasion du 14 juillet 1936 par les forces du Front populaire. Des centaines de milliers de participants défilaient joyeusement pour « le pain, la paix, la liberté » et pour soutenir l’union réalisée qui avait permis de gagner de considérables avancées sociales.
À l’appel du Parti communiste, de la CGT et de mouvements de gauche, avec une interruption sous Vichy et l’occupation nazie, pour célébrer « les valeurs de la République », cette tradition des défilés populaires le 14 juillet se poursuivra jusqu’en 1953. Le 14 juillet 1953, la police française tirera intentionnellement et sans sommation sur le défilé, causant sept morts, dont six militants nationalistes algériens(*). C’est ce massacre qui servira de prétexte pour interdire ultérieurement les défilés populaires commémorant la prise de la Bastille…
Mais cette année, pour son ultime défilé militaire en tant que chef des armées, Emmanuel Macron a vu grand. Ce fut l’occasion de procéder à une démonstration de force d’une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir : 6 800 soldats à pied, des blindés, des véhicules de combat, des avions de chasse, des drones, des camions lance-missiles, des hélicoptères… Ne manquaient sur les Champs-Élysées que le porte-avions Charles-de-Gaulle et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.
À l’occasion, le président s’est surpassé dans la contradiction en appelant à défendre « la paix », « au prix du sang s’il le faut ». Il a ainsi marqué sa volonté d’opter pour l’intimidation de l’adversaire, désigné ou non. Et, partant, d’abandonner toute solution diplomatique… On peut actuellement mesurer, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, combien ce choix exclusif de la force ne règle en rien les problèmes.
Ainsi les dix années de présidence Macron s’achèvent sous le signe d’une inquiétante course à la guerre et à l’armement. Des centaines de milliards dépensés pour détruire et tuer, qui seraient si utiles pour l’école, l’hôpital, le logement ou la lutte contre les incendies et le réchauffement climatique. En un mot pour la vie et la paix.
L’histoire jugera ceux qui ont choisi la force et en ont fait étalage ce 14 juillet. Mais il est frappant de constater, plus d’un siècle après, à quel point les mots cités par Jean Jaurès restent d’actualité : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».
(*) Lire Les Balles du 14 Juillet 1953 de Daniel Kupferstein (Éditions du Croquant)
40eme Congrès du PCF. Intervention de Nicolas Marchand, président de l’amicale des vétérans et de la mémoire militante
Mes cher.es camarades, le salut que je vous adresse, au nom de l’Amicale des vétérans, se veut empreint de lucidité, de conviction et de confiance.
Lucidité sur les dangers et les obstacles que l’humanité, notre peuple, notre parti ont à affronter, mais aussi sur les contradictions. Car voir les contradictions, c’est voir nos points d’appui pour agir et pour une perspective.
Bien des éléments de la situation attisent des peurs, qui poussent à baisser la tête et se résigner, ou rendent l’obscurantisme des extrême-droites attractif ; mais ils ouvrent aussi des portes à des prises de conscience des méfaits du capital et de son système, des intérêts communs d’une vaste classe et des peuples à s’unir pour le combattre, résister et agir pour le dépasser.
La lucidité, c’est de saisir le besoin des idées communistes, l’enjeu de la bataille des idées pour nourrir les luttes et construire une nouvelle conscience de classe. Avoir attaché à cette question, aux questions de classe une importance essentielle est une avancée importante. Notre parti a besoin de tels repères.
Ce n’est pas inné, la conscience de classe. Cela demande des expériences de lutte et un travail politique. C’est toute l’actualité et l’enjeu du besoin d’un parti communiste, positionné sur des bases de classe, concepteur et porteur des idées révolutionnaires d’aujourd’hui.
Lucidité aussi sur nous-mêmes, sur nos forces et nos faiblesses, sur le chemin accompli, depuis le tournant du 38eme congrès, et tout ce qui reste à faire, avec la conscience qu’il nous faut absolument construire –je ne dis pas reconstruire, je trouve que les mots en « re » ont le défaut de renvoyer vers le passé, alors qu’il s’agit de faire du neuf dans une situation très nouvelle- construire, donc, un parti beaucoup plus fort.
Je crois comprendre que c’est un point majeur de la feuille de route décidée par ce Congrès. Et de fait, si ce n’est pas un préalable dont il faudrait attendre la réalisation, c’est une clé décisive pour l’avenir.
J’ai dit aussi conviction. Pas croyance, conviction, fondée sur la raison, la connaissance, la volonté de comprendre derrière les apparences, avec les idées marxistes vivantes, pour agir et transformer le monde, la société.
Conviction que le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire et que la suite de l’histoire, celle du dépassement de ce système inhumain, en crise, celle du socialisme et du communisme, s’écrit au présent, sans frontières, en France, en Europe et dans le monde, dans nos luttes sociales et politiques.
Conviction, fondatrice de notre parti, qui en fait l’utilité et en définit l’originalité, que c’est un combat révolutionnaire. N’ayons pas peur du mot ! Faisons-le vivre avec un contenu attractif, de façon rassembleuse, pour avancer vers des jours heureux, vers une société et un monde heureux.
Cela a à voir avec la bataille dans laquelle nous allons nous engager pour la présidentielle et les idées qu’elle doit nous permettre de porter.
Une bataille difficile, car l’élection présidentielle est depuis l’origine, l’élection la plus difficile pour le parti communiste.
Mais la situation impose de ne pas nous absenter une fois encore, on en a assez cher payé les conséquences, et surtout, il y a besoin de nos idées pour travailler à faire bouger les choses. De les porter avec tout leur réalisme et toute leur radicalité. D’y faire vivre l’originalité de l’apport communiste, indispensable à une perspective de gauche nouvelle, unitaire et transformatrice. Car face à l’extrême-droite, à qui nous allons tout faire pour barrer la route, pour une mobilisation majoritaire et de gauche, il y a besoin bien sur d’une bataille culturelle, mais surtout d’une perspective solide, qui ne mène pas à nouveau à des déceptions qui ont couté cher et frayé la voie à la montée de l’extrême-droite.
J’insiste sur les idées, la bataille pour nos idées. L’action c’est nécessaire, mais pour qu’elle agisse sur les consciences, elle doit être porteuse d’idées. Nos affiches, nos tracts, nos messages sur les réseaux sociaux, nos paroles doivent avoir l’ambition d’imprimer nos idées.
Elle est toujours valable l’idée de Marx selon laquelle une idée dont les masses s’emparent peut devenir une force matérielle. Pensons-y, toujours.
C’est dire le défi de la formation. J’ai envie de vous dire, de dire aux jeunes camarades de ce congrès du parti, à celles et ceux dont l’adhésion est récente, mais ça vaut pour nous toutes et tous : oui il y a à apprendre, oui il y a besoin de se former, bien au-delà des formations scolaires et universitaires, oui il faut être exigeant là-dessus vis-à – vis de soi même et du parti. Apprenez, lisez, apprenons, lisons, et puisque dans le parti il y a aussi, notamment avec les vétérantes et les vétérans, de l’expérience et des connaissances accumulées, profitez-en, utilisez-les, exploitez-les, prenons, avec le parti, avec la JC, des initiatives qui fassent vivre la transmission et l’échange.
Et comme l’amicale des vétérans, qui est très active et utile dans un certain nombre de fédérations, n’est pas structurée partout, je propose, pour terminer, aux dirigeantes et dirigeants des fédérations concernées d’en faire un objectif sur la réalisation duquel avec les camarades de la direction de l’amicale nous sommes disponibles pour vous aider.
Merci de votre attention.
Bonne fin de Congrès.
Vive notre parti.
L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. L’exemple de Marc Bloch
Mardi 23 juin, Marc Bloch, historien, résistant est entré au Panthéon ainsi que sa femme Simone Vidal. Si beaucoup de Français connaissent Jean Moulin beaucoup moins, sans doute, connaissent Marc Bloch, prenons donc cette panthéonisation pour une occasion de réparation. Le parcours de cet intellectuel brillant et critique est pourtant admirable. Vétéran de 14-18, historien médiéviste, enseignant, Marc Bloch était juif et résistant. En 1940 il est révoqué de la fonction publique parce que juif, ses livres sont pillés, il perd tout. Ce père de six enfants, antifasciste, s’engage dans la Résistance, il sera torturé et fusillé en juin 1944. Aujourd’hui, tous les historiens soulignent son apport exceptionnel à la science historique, à la connaissance de notre époque.
Il faut aussi souligner la force de son engagement, son humanisme, les valeurs qu’il portai. À l’opposé des idées nauséabondes qui aujourd’hui envahissent l’espace public. À l’opposé du projet d’une extrême droite dopée, se voyant déjà au pouvoir. La famille de Marc Bloch a clairement demandé que l’extrême droite « sous toutes ses formes » soit exclue de la cérémonie. Il est essentiel qu’Emmanuel Macron, qui a décidé de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, fasse respecter cette exigence. Macron, loin d’être clair par rapport à l’extrême droite, d’un côté il propose la panthéonisation de Manouchian, de Bloch, de l’autre il ne cesse de donner des gages au RN pour se maintenir au pouvoir.
La panthéonisation de Marc Bloch ne doit pas être seulement un moment de mémoire, et encore moins de récupération politicienne, mais surtout l’affirmation des valeurs qui fondent la République, valeurs que Marc Bloch a défendues jusqu’au bout.
Max Mathiasin. « Le Code noir a structuré l’exploitation d’êtres humains » (La Marseillaise)
Au lendemain des commémorations des vingt-cinq ans de la loi Taubira, les députés examinent ce jeudi l’abrogation du Code noir, proposé dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Liot. Cet ensemble d’édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles organisant l’esclavage, n’a jamais été formellement abrogé. Le texte déjà adopté en commission des Lois, a reçu un soutien transpartisan de LR à LFI. Il contient deux articles, dont l’un demande au gouvernement un rapport « relatif à la législation coloniale et à ses effets de long-terme au sein des territoires concernés ».
Max Mathiasin, député Modem de la 2e circonscription de Guadeloupe, porte l’abrogation du Code noir, examiné ce jeudi lors de la niche parlementaire du groupe Liot.
La Marseillaise : Qu’est-ce que le Code noir et comment les territoires concernés continuent à en subir les effets ?
Max Mathiasin : Le Code noir a structuré non seulement la propriété, le mode d’exploitation d’êtres humains dans le cadre de l’économie coloniale mais a aussi régenté la conduite à tenir à propos des esclaves. Il y a un article qui stipule clairement que l’esclave sera considéré comme un bien meuble donc qu’il n’avait pas de personnalité juridique. Dès lors, il était considéré comme un espace, un lieu, une personne de non-droit. Ça veut dire qu’il pouvait être échangé, torturé, battu. Un maître qui décidait par exemple d’aller à une table de jeu ou de faire un pari pouvait très bien offrir un esclave comme gain. Le Code noir fixe aussi l’origine des sanctions qui pouvaient aller jusqu’à la peine de mort en cas de tentative de fuite des esclaves. Il a été appliqué à l’esclavage des Noirs qui ont été mis en esclavage précisément parce qu’ils étaient Noirs, puisque c’était interdit sur le sol de l’Hexagone depuis le XIVe siècle. On a créé la Compagnie des îles d’Amérique, avec des actionnaires, pour pouvoir se faire des richesses colossales qui ont servi à l’accumulation du capital en France hexagonale. On voit très bien que les conséquences se font toujours ressentir. Le système de la propriété qui existe encore chez nous, avec les monopoles qui appartiennent à quelques familles descendantes d’esclavagistes à la fois dans l’importation et la distribution, l’intégration verticale, le niveau excessif des prix… Les séquelles sociétales et psychologiques perdurent car même si l’esclavage a été reconnu comme crime contre l’humanité en 2001 par la loi Taubira, ça ne répare pas les consciences ni les comportements qui sont à l’œuvre.
La Marseillaise : Comment « réparer » ?
Max Mathiasin : À partir du moment où on reconnaît qu’il y a eu crime contre l’humanité et que le Code noir est abrogé, doit venir la question de la réparation des crimes. Je ne sais pas quelles formes elles prendront. Il faut trouver la forme qui permette d’en discuter sereinement et arriver à un consensus.
La Marseillaise : Le président dit « la première des réparations consiste à restaurer la vérité dans notre histoire » et parle de travaux de l’Enseignement supérieur à venir. Est-ce suffisant ?
Max Mathiasin : Si c’est ce qui est envisagé par le président, ça ne peut pas constituer un dédommagement en soi. Nous partons de très loin. Quand nous rentrions à l’école nous apprenions dans nos premières leçons d’histoire que nos ancêtres étaient les Gaulois. Ils habitaient dans des huttes basses et le druide procédait à la cueillette du gui. Nous étions complètement décalés à la mesure où nous n’avions pas d’ancêtre Gaulois, pas de gui chez nous, ni de druide. Cela a fait suffisamment de mal aux consciences. Il faut absolument que nous soyons honnêtes avec nous-mêmes et laisser une place dans les manuels scolaires à cette phase importante dans l’Histoire de la société française et de son territoire. Des mouvements pour les réparations existent déjà en Guadeloupe mais ils n’ont pas jusqu’à ce jour trouvé de réponse, ni été reçus. Il faut apaiser justement par la reconnaissance de ce crime, par l’abrogation du Code noir et peut-être aller vers une troisième étape qui contribuera à l’apaisement des consciences.
La Marseillaise : Une statue de Jean-Baptiste Colbert, l’artisan du Code noir, est érigée devant l’Assemblée nationale, son nom figure sur des rues, des stations de métro. Faut-il l’effacer de l’espace public ?
Max Mathiasin : C’est un grand débat. Alors, effectivement, on parle de Colbert qui a joué un rôle très important avec son fils qui aurait rédigé ce Code noir mais c’est une responsabilité d’État. Il a été mis en place par Louis XIV, c’est lui qui est le signataire du Code noir. Les régimes changent, l’État français demeure. Lorsqu’en 1794, les révolutionnaires abolissent pour la première fois l’esclavage, ils ne pensent pas au Code noir. Pour eux, tout est abrogé. Mais quand Napoléon décide de remettre en vigueur l’esclavage en 1802, il le fait explicitement selon les mêmes dispositions antérieures, ça veut dire qu’il considère que le Code noir n’est pas abrogé et ça va durer jusqu’en 1848 avec le décret Schœlcher [sur l’abolition définitive de l’esclavage, Ndlr.]. Cet acte ne tient pas compte de l’existence du Code noir dans la mesure où, pour eux, au moment où ce décret est édité, l’esclave n’existe pas en tant qu’être. Je vais pas demander à la France entière de déboulonner ces statues mais au moins bien expliciter, dire qui étaient véritablement ces personnages. Nous devons parler à toute la Nation, à toutes les populations de ce territoire pour faire une histoire commune.
Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 mai 2026)









