Pascal Sudre, secrétaire général de l’UD CGT du Loiret, appelle à préserver les 700 emplois menacés par la liquidation judiciaire de l’entreprise Brandt.
La Marseillaise : Pour le ministre de l’Industrie, la reprise de Brandt ne pourra pas se faire avec les 700 salariés. Que répondez-vous à cela ?
Pascal Sudre : Pour qu’un ministre fasse ce genre de déclaration, c’est que, quelque part, il y a un avenir pour Brandt et pour l’ensemble des salariés, si tenté que le gouvernement et le chef de l’État s’engagent réellement pour la réindustrialisation de la France. Cet avenir comprend les deux usines de production situées près d’Orléans à Saint-Jean-de-la-Ruelle et à Vendôme, dans le Loir-et-Cher. Pour nous, un licenciement est un licenciement de trop, quelle que soit l’industrie ou le site menacé. Quand l’annonce est tombée puis la confirmation par le tribunal de commerce de la fermeture et du plan de licenciement de 700 travailleuses et travailleurs, autant vous dire que notre réaction était à la hauteur du scandale, surtout à quelques jours des fêtes de fin d’année ! On a toujours en tête la situation concrète des salariés concernés, de leurs familles et de leurs enfants. Un emploi supprimé dans l’industrie, c’est trois emplois induits, notamment dans les services.
La Marseillaise : Un appel d’offres pour la reprise de Brandt doit être lancé courant janvier. Un projet a été déposé par l’industriel Stéphan Français, propriétaire de Thomson Computing prévoyant la reprise de 150 salariés seulement. Est-ce la seule ? Qu’en pensez-vous ?
Pascal Sudre : Oui et elle a été faite la veille de Noël, en mairie d’Orléans par le maire et les collectivités locales. Ce qu’on peut dire, en étant honnête, c’est que les collectivités, même s’il y a des enjeux politiques, se sont engagées rapidement. L’engagement à hauteur de 15 millions d’euros qui a été fait en quelques jours confirme qu’il y a la volonté locale de faire en sorte de maintenir une activité avec le plus de salariés possible. En revanche, on dit depuis le départ que le compte n’y est pas. Reprendre uniquement 150 salariés sur 700, c’est pas du tout acceptable pour nous. En tout cas, cette proposition industrielle montre qu’il y a un avenir pour Brandt dans toute la France. On va poursuivre la mobilisation dès début janvier.
La Marseillaise : Vous avez demandé à la préfète de région Centre-Val de Loire l’organisation d’une table ronde avec les différents acteurs concernés. Avez-vous reçu une réponse ?
Pascal Sudre : Il n’y a pas d’engagement sur une table ronde avec l’ensemble des acteurs locaux comme il n’y a pas de volonté, en tout cas pour l’instant politique, de rassembler tout le monde. Ce serait un message fort envoyé aux salariés concernés. On a par ailleurs demandé à la préfète de mettre sous cloche les différents sites de production, notamment Saint-Jean-de-la-Ruelle et Saint-Ouen. Car si le liquidateur prenait la décision d’envoyer les outils de production dans un autre pays on se retrouverait uniquement avec les murs, il n’y aurait plus rien à l’intérieur. Autant vous dire que du coup, on ne parlerait même plus de nouveau projet industriel, ce ne serait même plus viable. À ce stade, nous n’avons pas eu de réponse sur ce sujet.
La Marseillaise : Vous pointez la responsabilité du conglomérat algérien Cevital qui a repris Brandt en 2014 et aurait touché des aides publiques selon vous…
Pascal Sudre : J’ai fait des demandes pour savoir à quelle hauteur s’élevaient les aides publiques. Je n’ai pas encore eu de retour. Finalement, personne ne parle de ce groupe algérien, Cevital. C’est pourtant lui qui a pris la décision de mettre la clé sous la porte et puis de laisser les 700 salariés. Quand il y a un plan de licenciement et une fermeture d’entreprise, c’est quand même assez rare, qu’on ne parle pas du propriétaire ! Personne n’a demandé des comptes au groupe Cevital sur sa responsabilité concernant le maintien des salaires alors qu’il a construit une énorme usine de production à Sétif. Depuis 2014, il y a très certainement eu des aides publiques, ça, je n’en ai aucun doute. Nous demandons des comptes à ce groupe-là. Ce n’est pas pour nous une surprise de voir que le carnet de commandes est moins rempli. Après tout, c’est leur système qui veut ça. Depuis le départ, les salariés font des sacrifices tandis que les marges des actionnaires ont toujours été garanties. De l’autre côté, ils continuent à toucher des subsides de l’État ainsi que des collectivités locales. Ce n’est plus tenable ni acceptable.
La Marseillaise : Comment envisagez-vous la reprise de l’entreprise ?
Pascal Sudre : Il y a un avenir pour l’industrie en France et pour l’électroménager. Quant à un nouveau projet industriel, plusieurs économistes ont confirmé qu’il fallait une diversification. La concurrence est telle dans ce système capitaliste qu’il est nécessaire de produire du matériel différent pour ne pas être soumis à une seule concurrence au niveau international et faire face à la demande. Finalement, on voit bien que la situation de Brandt, au-delà du made in France et de la marque emblématique qui venait de fêter ses 100 ans, gêne les politiques. Car c’est une fois de plus un fleuron de l’industrie française qu’on laisse partir. Au-delà du drame que ça génère, tout le monde pense qu’il y a un avenir pour Brandt, il y a un attachement fort de la population. Comme ce fut le cas pour Duralex, pour qui on s’est battus. Quand on créé les conditions d’une mobilisation large de l’ensemble de la population, on voit qu’elle répond présente pour défendre à la fois la marque mais surtout les emplois derrière. Les gens ont compris que quand une industrie fermait, c’était aussi une attaque contre le service public. C’est notre slogan à la CGT. Quand on dit qu’il n’y aura pas d’industrie sans service public et pas de service public sans industrie, c’est une réalité.
On va continuer à se battre. Toute la CGT est mobilisée localement, l’union départementale, la fédération de la métallurgie, la confédération. On travaille ensemble et ça commence à porter ses fruits. Notre rôle de syndicalistes va être de peser à la fois sur toutes les collectivités et au plus haut sommet de l’État pour qu’un projet industriel voit le jour avec la reprise de l’ensemble des salariés et de l’ensemble des sites. Car pour Brandt, l’enjeu est extrêmement politique, comme il l’a été pour Duralex et l’est pour ArcelorMittal. L’enjeu est d’autant plus fort à trois mois des élections municipales. Une nouvelle industrie qui ferme, notamment dans le Loiret, ce sont des fermetures de sites en cascade. C’est 700 multiplié par trois en nombre de pertes d’emploi.
Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 3 janvier 2026)
Pour les 700 salariés de Brandt, la fin d’année vire au cauchemar. Le tribunal des activités économiques de Nanterre a prononcé, le 11 décembre, la liquidation judiciaire de l’entreprise. Un projet de reprise du site d’Orléans de Brandt a été déposé par l’industriel Stephan Français, propriétaire de Thomson Computing, qui prévoit de maintenir seuls 150 des salariés. L’homme d’affaires a évoqué un budget de 25 millions d’euros pour cette reprise. La mairie d’Orléans (Loiret) a précisé que 9 millions d’euros seraient apportés par des entités publiques et qu’un tour de table avec les banques était en discussion. Un appel d’offres pour la reprise de l’usine doit être lancé courant janvier.

