« Ici, on enterre les géants »: un journal de résistance (L’Indep)

Les éditions Trabucayres viennent de publier « Non à la THT, ici on enterre les géants », un ouvrage rédigé par Lluís Dagues qui retrace le combat des habitants des Pyrénées-Orientales contre la mise en place d’une ligne très haute tension aérienne de 400 000 volts entre Baixas et Bescano, en Catalogne du Sud. Commencée en 2001, la lutte a finalement abouti à l’enfouissement de la ligne.

THT, pour très haute tension. Le sigle a défrayé la chronique pendant une quinzaine d’années dans les Pyrénées-Orientales. Tout a commencé en 2001, avec la naissance du projet de ligne à très haute tension (400 000 volts) visant à connecter les réseaux électriques français et espagnols. La mise en place de l’infrastructure selon le plan initial aurait nécessité l’implantation de pylônes de 60 mètres de haut sur une distance de 30 km, entre Baixas et Bescanó, à côté de Gérone.

« Rédiger ce livre n’a pas été une mince affaire »

Cependant, un mouvement de résistance inédit n’a pas tardé à éclore en pays catalan. Fédéré autour du collectif Non à la THT, celui-ci misera notamment sur la participation aux débats publics, l’organisation de manifestations et la communication. Une stratégie qui permettra d’obtenir l’enfouissement de la ligne, finalement inaugurée en 2015, et son passage en courant continu.

C’est ce combat que relate l’ouvrage Non à la THT, sous-titré « Ici, on enterre les géants, journal de résistance en terres catalanes », rédigé par Lluis Dagues et publié aux éditions Trabucayres.

« Ce livre retrace l’histoire de cette bataille qui n’est pas anodine : elle a duré plus de 15 ans et fait travailler des centaines de personnes », rappelle l’actuel président du collectif Non à la THT, Laurent Belmas. « Nous arrivons au bout de notre histoire. On voulait laisser une trace pour les générations futures. Le collectif va bientôt être dissous. Ses statuts prévoyaient qu’il aborderait uniquement le sujet de la THT. »

« Rédiger ce livre n’a pas été une mince affaire », confie pour sa part Lluis Dagues. « Il y avait énormément de matière. Il a fallu tout regrouper pour que ce soit clair. » Le format de ce livre bilingue (français-catalan) est particulier.

Il s’agit d’une chronique, d’un journal de lutte, « qui se lit au jour le jour ».

« L’important, c’est de faire vivre cette mémoire pour qu’elle puisse alimenter le présent et le futur, qu’elle puisse éveiller les consciences de ceux qui n’ont pas vécu ce combat », poursuit Lluis Dagues. « On aurait pu vivre avec des pylônes de 60 mètres de haut au pied du Canigou ! Est-ce qu’on a gagné cette lutte ? La question reste en suspens. Pour moi, on l’a gagnée : c’était la première fois qu’une telle ligne était enterrée sur autant de kilomètres, une première mondiale ! »

Vice-président et membre fondateur du collectif, Gérard Amiel semble du même avis. « Cette histoire démontre que dans ce département, quand on le veut, quand il y a une volonté populaire, on peut faire des choses », conclut-il.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 19 avril 2026)

L’ouvrage « Non à la THT, ici on enterre les géants » est disponible « dans toutes les bonnes librairies du département ». Des présentations du livre se tiendront notamment le vendredi 24 avril à 18h30 au Casal de Perpignan (avenue du Lycée) et le samedi 25 avril, pour la Sant Jordi, avenue Torcatis.
Site internet (avec photos et différents compléments à l’ouvrage) : collectif-nonalatht.fr.

Six éoliennes en projet à Passa : le Conseil d’Etat donne son feu vert (L’Indep)

Notamment saisi par plusieurs associations, le Conseil d’État vient de juger irrecevable le nouveau recours déposé contre l’autorisation du projet éolien de Passa, mettant ainsi fin à la contestation juridique dans ce dossier. Mais les détracteurs du programme assurent qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot.

Entamé en 2020, le bras de fer juridique aura duré près de six ans. En ce mois de mars 2026, le Conseil d’État vient de clore le dossier en jugeant irrecevable le nouveau recours déposé contre l’autorisation du projet éolien de Passa. Recours qui était notamment porté par l’association Collectif « Le Vent Tourne » et la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement (Frene).

Pour mémoire, la cour administrative d’appel avait tout d’abord rendu un jugement favorable au projet en 2022, mais le Conseil d’État, saisi une première fois, lui avait demandé de revoir sa copie. La cour administrative avait alors rendu un second jugement, toujours favorable au projet, en juillet 2025. C’est le recours concernant cette dernière décision que le Conseil d’État vient de juger irrecevable en raison de nouvelles dispositions législatives, mettant ainsi fin à la contestation juridique du projet.

Du côté de la société Éléments, à l’initiative de ce programme qui prévoit l’implantation de six éoliennes de 130 à 150 mètres de haut au sud de Passa, dans le secteur de la chapelle Saint-Luc, la satisfaction est, sans surprise, de mise. « Nous nous réjouissons de cette décision qui permet enfin de passer à l’action concrète. Elle confirme la solidité juridique et technique de notre projet », se félicite le directeur général d’Éléments, Loïc Chazalet.

Le nouveau maire veut organiser un référendum

Toutefois, du côté des onze communes voisines de Passa qui apparaissaient également dans les recours, on ne s’avoue pas encore vaincu. « Nous sommes allés au bout de ce qu’on pouvait faire juridiquement et administrativement », concède la maire de Tordères, Maya Lesné. « Mais nous n’abandonnons pas. Nous pensons qu’il y a d’autres façons de bloquer ce projet et continuons à œuvrer pour qu’il ne voie pas le jour. »

Par ailleurs, un changement de taille est intervenu récemment : vaincu lors des récentes élections municipales, l’ancien maire de Passa, Patrick Bellegarde, favorable à l’implantation des six éoliennes, vient de transmettre son écharpe d’édile à Laurent Girbau. Or, ce dernier s’était engagé lors de la campagne à organiser un référendum sur le projet éolien. Et le nouveau maire assure qu’il tiendra parole. « C’est la moindre des choses concernant un tel projet », estime-t-il.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 1er avril 2026)

Nicolas Garcia. « Plus d’un an et demi de pluviométrie concentré sur quelques mois » (L’Indep)

Après plusieurs années de sécheresse historique, les pluies abondantes de l’hiver ont profondément change la situation dans les Pyrénées-Orientales. Même si certaines zones restent fragiles, les nappes phréatiques du département sont globalement repassées au-dessus des seuils d’alerte.
Président du syndicat mixte pour la protection et la gestion des nappes de la plaine du Roussillon, Nicolas Garcia décrypte cette amélioration.

Après plusieurs années de sécheresse dans les P.-O., peut-on dire que les nappes phréatiques vont mieux ?

La situation s’est nettement améliorée grâce aux pluies importantes tombées depuis le mois de décembre. Si l’on cumule les précipitations sur cette période, on atteint parfois plus de 500 à 600 millimètres d’eau selon les secteurs. En gros, cela représente plus d’une année et demie de pluviométrie normale concentrée sur quelques mois. Cette eau a permis de réalimenter les rivières, les canaux d’irrigation et surtout les nappes superficielles, qui jouent un rôle essentiel dans l’équilibre hydrologique du territoire.

Est-ce suffisant pour reconstituer les réserves d’eau souterraines ou reste-t-on dans une situation fragile ?

La situation reste fragile même si les voyants sont aujourd’hui plutôt au vert.
Une grande partie des stocks d’eau souterraine s’est reconstituée. Mais tout dépendra de l’évolution du climat dans les prochaines années. Si nous devions connaitre à nouveau plusieurs années de sécheresse comme entre 2021 et 2024, les réserves pourraient à nouveau chuter rapidement. Il faut donc considérer la situation actuelle comme une amélioration, mais pas comme une garantie pour l’avenir.

Peut-on parler de fin de la sécheresse dans les Pyrénées-Orientales ?

Je parlerais plutôt d’une pause que d’une véritable fin de la sécheresse. Personne ne peut prévoir la météo sur plusieurs années. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que cette période humide est bénéfique. Elle recharge les nappes, mais aussi les barrages et les cours d’eau. Avec les stocks de neige en montagne et les rivières qui coulent à nouveau, l’alimentation des nappes va se poursuivre encore dans les mois à venir.

La nappe des Aspres-Réart reste la plus fragile. Pourquoi ?

Parce qu’il s’agit essentiellement d’une nappe profonde. Contrairement à d’autres secteurs où l’on trouve des nappes superficielles, l’eau doit ici s’infiltrer beaucoup plus profondément dans le sol. Cela prend plus de temps et la recharge est donc plus lente. Mais même sur ce secteur, nous observons une remontée assez impressionnante des niveaux. La courbe de remplissage est très nette, ce qui laisse espérer une sortie prochaine de la situation de crise.

Tous les autres secteurs du département bénéficient-ils de cette amélioration ?

Oui, globalement. Dans les Pyrénées-Orientales, on distingue six unités de gestion : l’Agly-Salanque, Aspres-Réart, bordure côtière Nord, bordure côtière Sud, vallée de la Têt et vallée du Tech. Aujourd’hui, toutes ces nappes sont sorties des niveaux d’alerte renforcée. Les nappes de la plaine du Roussillon et celles liées aux vallées du Tech ou de l’Agly ont très bien réagi. Les rivières ont connu des niveaux que l’on n’avait pas observés depuis plusieurs années. Lorsque les cours d’eau coulent abondamment, ils alimentent aussi les nappes par infiltration, ce qui accélère leur recharge. La seule qui reste encore sous surveillance est celle des Aspres-Réart. Mais la tendance est également à l’amélioration.

Avec cette amélioration, plusieurs secteurs sont sortis des restrictions d’eau…

Dans la plupart des secteurs, les restrictions ont été levées. Les nappes ne connaissent pas le calendrier administratif. Elles réagissent simplement aux conditions hydrologiques. Aujourd’hui, la situation permet de relâcher les contraintes pour les particuliers, les agriculteurs et les collectivités. Seule la zone des Aspres reste encore partiellement concernée par des limitations,

Avec le changement climatique, faut-il s’attendre à davantage d’épisodes de pénurie d’eau ?

Malheureusement, c’est probable. Le réchauffement climatique pourrait accentuer les périodes de sécheresse entrecoupées d’épisodes de pluies très intenses. Cela signifie que l’eau restera une ressource précieuse et qu’il faudra continuer à la gérer avec beaucoup de prudence. Même si la situation est meilleure aujourd’hui, il est essentiel de conserver les bonnes habitudes d’économie d’eau. C’est une ressource rare.

Recueilli par Driss Chait (L’Indépendant, le 13 mars 2026)

Concrètement, comment fonctionne
la recharge des nappes phréatiques ?

L’eau de pluie s’infiltre progressivement dans le sol, traverse différentes couches géologiques et finit par atteindre les nappes souterraines. Mais ce processus peut être lent, surtout pour les nappes profondes. Par exemple, certaines nappes ne réagissent qu’avec plusieurs semaines de décalage par rapport aux épisodes pluvieux.

Vallée de l’Agly. Les recours contre la double lignes à haute tension rejetés (L’Indep)

En juin 2023, une association écologiste et plusieurs vignerons avaient attaqué les arrêtés préfectoraux validant le chantier de double ligne haute tension (2 X 90 000 volts), qui était en train de débuter entre Baixas et Saint-Paul-de-Fenouillet. Ce mardi, la cour d’appel administrative a rejeté leurs recours.

La décision intervient alors que cela fait environ un an que le chantier de double ligne haute tension est terminé. En juin 2023, lorsque les plaignants (des écologistes et des vignerons notamment inquiets de l’impact paysager) ont entamé leurs procédures, ils avaient en premier lieu demandé la suspension du chantier. Mais le tribunal administratif avait rejeté leur demande au mois de juillet suivant. Les travaux avaient donc pu se poursuivre. Ils se sont achevés début 2025.

Cependant, les procédures engagées en parallèle sur le fond de l’affaire se poursuivaient devant la justice. C’est dans ce cadre que la cour administrative d’appel de Toulouse vient de rendre, ce mardi 20 janvier 2026, une décision qui « confirme l’utilité publique du renforcement de la ligne électrique aéro-souterraine sur les communes de Baixas, Calce, Estagel, Tautavel, Maury et Saint-Paul-de-Fenouillet.

Dans le communiqué annonçant sa décision, la juridiction insiste notamment sur le fait que la nouvelle infrastructure « a pour objet de renforcer la ligne existante (…) en raison de l’excédent annuel d’une cinquantaine de mégawatts de la production électrique […) par rapport à la consommation de la zone, du fait d’un fort développement des énergies renouvelables ».

La cour souligne aussi que « ces travaux doivent permettre l’acheminement de la production excédentaire vers les zones de consommation de Carcassonne et de Perpignan ».

Les magistrats ont également estimé que le projet ne portait pas atteinte « aux objectifs et enjeux définis par la charte du parc naturel régional Corbières-Fenouilledes » et que « son impact sur l’activité viticole et sur les paysages est limité ».

En ce qui concerne les effets sur la faune et la flore, la cour juge « que des mesures d’évitement et de réduction suffisantes sont prévues ». S’ils le souhaitent, les plaignants peuvent encore se pourvoir devant le Conseil d’État.

Cependant, plusieurs d’entre eux indiquent d’ores et déjà qu’ils ne le feront pas. « Vu ce qui est pris en compte, on peut être sûrs que le Conseil d’État rejetterait notre requête. L’énergie reste l’une des priorités de ce pays », analyse pas exemple Joseph Genebrier, de la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement (Frene).

« De toute façon, aujourd’hui la ligne est terminée et même si on allait au Conseil d’État elle ne serait pas démontée », rajoute Charles Domier, du Clos des vins d’amour. « Mais on continue de penser qu’il est absurde d’avoir mis une ligne en majeure partie aérienne alors qu’on aurait pu l’enterrer intégralement. Tout le monde peu aujourd’hui constater l’impact visuel. Si un tel projet s’était fait sur le littoral, il aurait été enfoui. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 23 janvier 2026)

Pour la Confédération paysanne des Pyrénées-Orientales, « la loi Duplomb est mortifère pour l’agriculture locale » (L’Indep)

Adoptée début juillet, la loi Duplomb suscite une vive opposition dans les Pyrénées-Orientales. La Confédération paysanne 66 dénonce un texte « au service de l’agro-industrie », qui menace l’agriculture locale.

Comme près de deux millions de Français, la Confédération paysanne des Pyrénées-Orientales (Conf’66) s’oppose fermement à la loi Duplomb. Adoptée début juillet par le Parlement, cette proposition portée par le sénateur Laurent Duplomb entend « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ». Mais pour les militants du syndicat agricole, elle fait surtout reculer la France en matière d’écologie et de justice sociale.

Au cœur des critiques, la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, interdits depuis 2018 pour leur nocivité sur les insectes pollinisateurs. Pour la Conf’66, ce retour en arrière est « mortifère pour l’agriculture locale », selon les mots d’Éloi Grau, Mirabelle Lelièvre et François Douvilles, les trois porte-parole départementaux. « Cette loi est au service de l’agro-industrie, pas au service des agriculteurs ni des paysans », dénoncent-ils en bloc.

Les responsables de la Confédération paysanne des P.-O. se disent d’autant plus choqués que les quatre députées du département ont voté en faveur du texte. « Elles n’ont pas pris en compte la réalité agricole des P.-O., faite de petites exploitations familiales, de proximité, attachées à la biodiversité et aux territoires », poursuivent-ils.

Contrairement à ce qu’affirment les partisans de la loi, la Conf’66 estime que ce texte ne répond en rien aux préoccupations des agriculteurs du département. Notamment sur la concurrence déloyale, souvent citée comme justification. « Rien n’est prévu pour mieux protéger nos marchés. Et réintroduire des produits nocifs ne fera qu’aggraver la crise de confiance entre citoyens et monde agricole. »

Au vu du nombre massif de signatures recueillies par la pétition citoyenne, la Confédération paysanne 66 exige l’ouverture d’un débat public dès la rentrée parlementaire.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 24 juillet 2025)