Dermatose nodulaire. Éleveurs et citoyens vent debout face « une politique mortifère » (L’Indep)

Plus de 500 personnes se sont rassemblées ce mardi en début de soirée devant la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Une mobilisation d’ampleur pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire et la politique d’abattage total des troupeaux.

Après un week-end déjà marqué par plusieurs actions dans le département, la colère des éleveurs ne faiblit pas. Ce mardi, en fin d’après-midi, plus de 500 personnes ont répondu à l’appel à se mobiliser devant la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Casseroles, sifflets et drapeaux ont animé le quai Sadi-Carnot, dénotant avec l’ambiance feutrée des illuminations et des chalets de Noël du centre-ville.

Une mobilisation s’inscrivant dans la continuité des actions menées le week-end dernier à Puyvalador, Porta et Villefranche-de-Conflent. Ce mardi soir, toujours au cœur de la contestation, la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse.

Jusqu’à présent, en Pays catalan, 20 opérations d’abattage ont déjà été menées, entrainant l’abattage de 497 bovins. Des chiffres jugés inacceptables par les manifestants qui dénoncent, une fois encore, une politique d’abattage systématique des troupeaux. « Y compris lorsque seuls quelques animaux présentent des symptômes. »

Devant la préfecture, une intersyndicale inhabituelle s’est formée, réunissant la Confédération paysanne, la Coordination rurale et même la CGT. Dans la foule, aux côtés des éleveurs, de nombreux citoyens étaient présents pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « politique mortifère ». « C’est une maladie qui ne se transmet pas à l’homme et dont le taux de mortalité ne dépasse pas 10 %. Ce que nous ne supportons pas, c’est de risquer de perdre tout un troupeau à cause de réglementations administratives », a rappelé un porte-parole de la Confédération paysanne. Quant aux revendications, elles restent inchangées. « Nous demandons l’arrêt des abattages totaux, l’abattage ciblé des seuls animaux malades, une surveillance renforcée des troupeaux, ainsi qu’un véritable traitement sanitaire, pas une des logiques commerciales et d’exportation », ont insisté les représentants syndicaux.

Après les prises de parole, le cortège a déambulé dans le centre-ville de Perpignan. Du Castillet à la place de la Loge, de la République, sous le regard surpris des passants venus profiter des festivités de Noël. Aucune délégation n’a été reçue en préfecture à l’issue de la mobilisation.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 17 décembre 2025)

Conflent-Cerdagne-Capcir. « Stop au massacre » : les éleveurs mobilisés sur les barrages filtrants (L’Indep)

Des barrages filtrants érigés depuis samedi sur la route nationale 20, ce dimanche sur le rond-point de Villefranche-de-Conflent (RD66) et à la sortie de Puyvalador (D118) : la colère des éleveurs monte dans les Pyrénées-Orientales comme un peu partout en France dans les départements touchés par la dermatose nodulaire contagieuse.

Ce dimanche matin, il faisait à peine 2° à Villetranche-de-Conflent quand les premiers tracteurs arrivaient. Les éleveurs avaient en effet appelé leurs collègues agriculteurs, mais également les citoyens, à se rassembler en masse sur cet endroit stratégique, sur
cette RD66 qui mène à la Cerdagne et au Capcir. « Stop au massacre », « Agriculture française en danger », « Pour un changement de nos politiques sanitaires », « Protégeons nos troupeaux », les messages sont toujours les mêmes depuis maintenant près de deux mois. Les manifestants dénoncent la gestion de la crise mise en place par le gouvernement pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse.

Des barrages filtrants ont rapidement été mis en place dans les deux sens. Au plus fort, jusqu’à 150 personnes étaient présentes sur et autour du rond-point jouxtant la cité fortifiée. Parmi eux quelques élus dont Françoise Eliott, maire de Py, qui ne cachait pas son inquiétude : « Il est important de soutenir les éleveurs de la vallée et du département. Peut-être que le gouvernement devrait réfléchir à une autre solution que d’abattre des élevages de souche adaptés à nos territoires montagnards. »

Des élus, mais aussi des citoyens comme Olivier qui pense « qu’il y a beaucoup de violence et il me semble peu de concertation. On voit bien qu’après les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, la Haute-Garonne ou encore les Hautes Pyrénées sont touchés. Le gouvernement devrait se poser la question de l’efficacité de sa gestion sanitaire. Il y a en tout cas beaucoup a redire sur la méthode. »

Vincent, viticulteur et arboriculteur, est venu pour « soutenir tous ces petits éleveurs que l’on croise régulièrement dans nos montagnes Ils font un excellent travail. Il est important d’être présent afin de protéger cette paysannerie contre le Mercosur et l’agro-industrie. »

Rappelons qu’à ce jour 20 opérations de dépeuplements ont été menées dans le département. 497 bovins ont été abattus. Pour le Préfet, Pierre Régnault de la Mothe, « Le rythme de diffusion de la dermatose nodulaire contagieuse s’est ralenti dans les Pyrénées-Orientales depuis que notre cheptel a atteint l’immunité vaccinale. Je fais l’hypothèse que la stratégie que nous avons mise en place porte ses fruits. J’ai réuni les éleveurs cette semaine pour un échange direct et sans filtre. Je réunirai la semaine prochaine ceux d’entre eux qui ont été concernés par une mesure de dépeuplement : je veux qu’ils sachent que nous les accompagnerons dans la durée. »

Par ailleurs le représentant de l’État appelle à « Rester vigilant, car des cas peuvent encore apparaitre, par exemple dans l’éventualité où une vache aurait contracté le virus alors que le vaccin n’était pas encore à son plein effet et en raison de l’incubation très longue de la maladie sur certains individus, Les contraintes pesant sur les élevages vont être progressivement assouplies (la levée de la zone de surveillance intervient 45 jours après le dépeuplement du dernier foyer contaminé). » Pas certain que cela suffise à calmer la colère des éleveurs qui fait tache d’huile sur toute l’Occitanie et dans de nombreuses régions françaises. D’ailleurs, les éleveurs appellent déjà à une nouvelle mobilisation, ce mardi 16 décembre à 18 heures, devant la préfecture à Perpignan.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 15 décembre 2025)

Latour-de-Carol et Puyvalador aussi

Du côté de Latour-de-Carol, la route nationale 20 a été bloquée une bonne partie de la journée de dimanche. Une trentaine d’éleveurs, installée des le samedi, a bravé le froid et est en place toute la nuit. Dimanche après-midi un autre point de rassemblement était mis en place sur la route départementale 118 à la sortie de Puyvalador, en direction de l’Aude. Là encore agriculteurs et éleveurs du Capcir et du Donezan (Ariège) décidaient d’établir un barrage filtrant. Notons que si les appels à manifester venaient de la Confédération paysanne 66 ou de la Coordination rurale 66, des agriculteurs adhérents à d’autres syndicats (FDSEA, Jeunes Agriculteurs) avaient décidé de montrer leur solidarité en participant aux différents rassemblements.

Des examens gynécologiques offerts aux étudiantes de l’université (L’Indep)

Les élus du conseil départemental des départemental ont adopté le renouvellement de ce dispositif mis en place depuis un an mais encore peu connu, permettant aux étudiantes de l’université de Perpignan d’obtenir des soins gynécologiques.

Améliorer l’accès aux soins gynécologiques pour les étudiantes de l’université de Perpignan, c’est tout le sens de la délibération votée ce jeudi par les élus du conseil départemental des Pyrénées-Orientales. Les conseillers départementaux ont adopté le renouvellement d’une offre de soins qui permet aux étudiantes de la faculté de rencontrer un médecin et une sage-femme grâce à des permanences, directement depuis le campus du Moulin à Vent. Un examen gynécologique peut y être assuré ainsi qu’une proposition de contraception personnalisée. Mis en place depuis un an mais encore peu connu, ce dispositif a permis à cinquante patientes d’obtenir des soins gynécologiques en 2025. À noter que ce service de santé assure également des actions de dépistage et vaccination.

Les élus ont adopté le renouvellement de ce service pour une durée d’un an qui pourrait encore être reconduit.

Durant cette même session, les conseillers départementaux ont voté une motion visant à soutenir les éleveurs des Pyrénées-Orientales dont les bêtes ont été touchées par la dermatose nodulaire. Plus de 400 vaches, veaux et taureaux ont été abattus sur les terres catalanes, malgré un déploiement de la couverture vaccinale. Les élus du Département se sont engagés à accompagner ces éleveurs et « activer tous les leviers pour apporter son soutien financier en complément des dispositifs de l’État et de la Région ». Mais, pour l’heure, la collectivité n’a pas déterminé le montant de l’enveloppe de ces aides.

Les conseillers départementaux ont aussi appuyé les requêtes formulées par la Chambre d’Agriculture. À savoir, la prise en charge par la solidarité nationale de la vaccination de tous les bovins avant l’estive 2026. Mais aussi le financement des pertes d’exploitation et le remplacement des cheptels tués, privilégier l’abattement sélectif et mener une étude approfondie sur les vecteurs de l’épidémie et déployer un dispositif de surveillance.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 28 novembre 2025)

Agriculture. « Une concurrence déloyale avec des importations illégales (L’Indep)

La Confédération paysanne a surpris hier matin la plateforme logistique Azura de Saint-Charles à Perpignan avec une opération coup de poing. Elle s’est introduite dans ses locaux pour récupérer des barquettes de tomates et prouver qu’elles sont « mal étiquetées ». Les paysans dénoncent une « concurrence déloyale et illégale de leurs importations ». Ils ont ensuite pris la route vers une grande surface pour vider les rayons de ces tomates.

C’est sur la jonction de deux histoires que la Confédération paysanne a décidé de mener des actions hier matin dans les Pyrénées-Orientales. « Nous sommes là pour la défense de l’autodétermination du peuple sahraoui et le combat des producteurs français qui vivent une concurrence déloyale face à des importations prétendument marocaines, comme là chez Azura, alors que clairement les tomates qui arrivent ici sont produites au Sahara occidental », introduisait Fanny Metrat, porte-parole de la Confédération paysanne nationale.

C’est donc dans la zone Saint-Charles à Perpignan, à la plateforme logistique Azura, entreprise franco-marocaine, qu’a démarre le mouvement. Une soixantaine de paysans ont réussi à s’introduire dans les locaux afin de récupérer une barquette de tomates pour vérifier ses étiquettes. « On est allé chercher à l’intérieur pour avoir la preuve, on a trouvé une barquette étiquetée « Maroc », alors que depuis des années nous nous battons juridiquement, et nous avons gagné l’année dernière le procès, pour dire que l’étiquetage de ces produits-là n’était pas conforme. En fait, il devrait y avoir écrit « Sahara occidental ». Ces entreprises passent outre toutes les règles commerciales mondiales », poursuit la porte-parole.

Chassés en dehors des locaux après des échanges tendus avec les salariés, ils ont ensuite pris place devant les entrées pour bloquer l’accès aux camions et donc au déchargement de marchandises.

Aujourd’hui la Confédération porte plainte contre Azura, puisqu’en fait elle ne respecte pas l’accord de libre-échange qui a été signé entre l’Union européenne et le Maroc, puisque les produits importés par Azura sont des produits issus du Sahara occidental qui est un territoire non autonome. On attend depuis des années avec le peuple sahraoui qu’il y ait un référendum(*), mais du coup on bafoue le droit international, on bafoue les revendications portées par l’ONU, et on importe des produits qui ne sont clairement pas marocains », expriment les porte-parole.

Un combat mené pour la solidarité de tous les peuples mais aussi pour tenter d’éradiquer cette « concurrence déloyale ». Pour exemple, les représentants du syndicat rapportent que des tomates qui arrivent à moins de 4 € le kilo sont affichées sur le territoire français 8 à 10 € minimum le kilo, donc « une concurrence déloyale sur des importations illégales ».

Les actions se sont poursuivies en fin de matinée dans la grande surface Carrefour ou le syndicat a pu « constater d’énormes stocks de barquettes de tomates mal étiquetées ». « On les a récupérées et chargées dans des chariots. C’est bien la preuve que le consommateur est trompé », explique Jean Thevenot, délégué de la Confédération paysanne à la Via Campesina, mouvement paysan international. Cet agriculteur du Pays Basque dénonce notamment les questions des conditions de production socio-environnementales au Sahara occidental, « avec des salaires au minimum dix fois plus bas, typiquement sur la tomate cerise, qui est le produit principalement importé par Azura ».

Le combat est clair et ne semble pas s’arrêter là pour la Confédération paysanne. « On va continuer à s’attaquer aux accords, continuer les actions s’il le faut, même si on doit aller en justice », poursuit Jean Thevenot. « Ce qu’on dénonce aujourd’hui, c’est la concurrence à son paroxysme, vraiment la pièce la plus sombre peut-être du libre-échange qui met en compétition nos productions, avec celles issues de territoires occupés, qui sont produits par des salariés payés à très bas coût. C’est un cri d’alarme, parce qu’on n’arrive pas à vivre de notre métier ».

Laura Morales (L’Indépendant, le 27 novembre 2025)

(*) Comme le relate la Confédération paysanne, « Le Maroc est censé organiser un référendum d’autodétermination pour que le peuple sahraoui décide s’ils veulent rejoindre le Maroc ou s’ils veulent devenir un État indépendant. Ce référendum n’a jamais eu lieu. Donc aujourd’hui, le Maroc considère que le Sahara occidental est marocain, mais le droit international ne le considère pas. Du coup, quand le Maroc signe un accord de libre-échange avec l’Europe, avec l’Union Européenne, c’est un accord consacré au Maroc ».

À lire dans Le Travailleur Catalan spécial des clés pour comprendre l’économie des P.-O. (n° 4092 – vendredi 21 novembre 2025)

L’édito de René Granmont. Débattre à partir du véritable réel
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Les vignerons catalans au rendez-vous (L’Indep)

Ce samedi 15 novembre 2025, des viticulteurs venus de l’ensemble de l’ex-région Languedoc-Roussillon, voire d’au-delà, ont manifesté à Béziers pour défendre la filière, actuellement menacée. Ils étaient entre 4 000 (selon la préfecture de l’Hérault) et « plus de 7 000 » (selon les organisateurs). Les agriculteurs des Pyrénées-Orientales étaient notamment au rendez-vous.

« Il faut qu’on se fasse entendre. On est à un tournant de la viticulture. Si on ne nous écoute pas, c’est la fin. » Vigneronne à Trouillas, Laurianne faisait partie des agriculteurs catalans venus grossir les rangs des manifestants ce samedi à Béziers. Il faut dire qu’en pays catalan, la filière fait actuellement face à des baisses de rendement particulièrement inquiétantes.

« Cette année, la récolte s’annonce encore plus petite que celle de l’an dernier, qui était déjà historiquement basse, alerte la vigneronne. Les déclarations de vendange ne sont pas terminées, mais on devrait être à environ 320 000 hectolitres dans le département. Les rendements sont de plus en plus bas. On est à 20 hectolitres par hectare. Cela provient des aléas climatiques et notamment de la sécheresse. Même s’il a plu au printemps, ça n’a pas suffi pour faire remonter les nappes d’eau souterraines. Et puis les vignes ont tellement souffert qu’elles ne s’en remettent pas. »

Pour Laurianne, qui travaille sur le terroir particulièrement sec des Aspres, l’accès à l’irrigation est l’une des principales revendications. Thierry, qui cultive la vigne dans le même secteur, à Fourques, confirme : « Cela fait 15 ans qu’on attend le projet de retenue collinaire dans les Aspres, qui nous permettrait de maintenir les vignes en vie. Nous avons des souches qui meurent… »

Autre problématique : les prix auxquels les viticulteurs se retrouvent contraints de vendre leur production. « Nous sommes confrontés à une mévente historique, particulièrement sur les vins rouges, et ce malgré tous les signes de qualité (bio, etc.) qu’on peut avoir », déplore ainsi Thieny.

Viticulteur à Rivesaltes, Brice tire également la sonnette d’alarme. « Avec les aléas climatiques qui se succèdent, sur les trois dernières années, on ne produit chaque année que la moitié d’une récolte normale. On est même plutôt en dessous. Et dans le même temps, les charges augmentent, alors que le prix du vin reste, dans le meilleur des cas, stable. Il faut réfléchir au partage de la valeur. Le prix des bouteilles augmente en grande surface ou dans les restaurants, mais le prix payé au viticulteur reste le même. »

« Mévente historique » et « concurrence déloyale »

Le secrétaire général des Jeunes agriculteurs des Pyrénées-Orientales, Benoît Bousquet, installé à Estagel, pointe du doigt une « concurrence déloyale ». « C’est comme pour le maraîchage. On est sous le régime de l’Europe, mais chaque pays n’a pas les mêmes contraintes, pas les mêmes taux horaires. Certains ont aussi plus d’accès à l’eau et donc plus de rendement, ce qui leur permet de baisser les prix. »

C’est afin d’alerter sur cette situation que les viticulteurs catalans et leurs homologues de l’ex-région Languedoc-Roussillon ont défilé ce samedi à Béziers. Pour exprimer leur colère. Mais aussi pour réclamer un certain nombre de mesures à même de sortir la filière de l’ornière.

« Nous avons besoin d’accompagnement pour traverser la grande crise que nous connaissons actuellement », plaide le président de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles des Pyrénées-Orientales, Bruno Vila. « Nous réclamons notamment des primes à l’arrachage, des aides à la trésorerie et un allégement de certaines réglementations trop strictes : on commence à avoir des impasses sur le traitement de certaines maladies. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 16 novembre 2025)

Souanyas-Marians. Le préfet à l’écoute des éleveurs

Réunion de crise autour de la Dermatose entre des éleveurs et les représentants de l’État

Après les interventions de la municipalité, sur proposition du préfet Pierre Régnault de la Mothe, s’est tenue une réunion lundi en mairie(*) sur le préoccupant sujet de la Dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNCB). Dans une ambiance où se mêlaient inquiétude, angoisse, indignation, incompréhension, colère, les représentants de l’État et les éleveurs ont longuement échangé, de façon constructive. Ne pouvant refaire le passé, les discussions se sont orientées vers les mesures à prendre « pour arrêter la propagation, éviter l’abattage des bêtes vaccinées en cours d’immunisation, éliminer les animaux contaminés, pour sortir de ce contexte anxiogène, prévoir les protocoles à mettre en place pour garantir les santés animale, économique des exploitations, et mentale des éleveurs ».

Il a été dit que « tout éleveur devrait pouvoir bénéficier d’une liberté de décision pour la protection sanitaire de son troupeau ». Des décisions graves ont été prises dans un contexte de questionnements et d’ignorance de la maladie.

Devant ces incertitudes, le préfet s’est engagé à faire venir un spécialiste de santé animale en la personne d’Eric Cardinale.

« La position frontalière des P.-O. avec l’Espagne, le changement climatique imposent une vigilance accrue et la mise en place de mesures de prévention renforcées pour ne pas exposer les exploitations et les estives à d’autres drames, en créant un département sentinelle », a aussi expliqué le maire Guy Bobé.

Les conséquences abordées

Ces éleveurs passionnés ont évoqué la volonté de « garder un cheptel souche, adapté à ce très particulier milieu montagnard, socle fondateur d’adaptation des bêtes de remplacement introduites, dans une zone vaccinée, avec toutes les précautions à prendre pour la présence latente du virus, hautement résistant ». Le préfet a informé que « les observations, lors de l’épizootie en Savoie, ont permis de constater qu’une quarantaine de 36 jours sur la parcelle infestée était nécessaire ».

Après ces échanges d’importance pour l’élevage local, les conséquences économico-financières pour les exploitations impactées ont été abordées, pour être suivies et soutenues dans toutes les démarches administratives qui vont en découler.

Le préfet a quitté la commune avec nombre de réponses à apporter et la promesse d’une rencontre prochaine.

Pour ces éleveurs, s’exprimer, se défendre, se battre pour que vive l’élevage, c’est déjà exister et se projeter vers de meilleurs lendemains dans ces exigeantes montagnes.

A. C. (L’Indépendant, le 14 novembre 2025)

(*) En présence du sous préfet Didier Carponcin, de Myriam Cormary directrice de la chambre d’agriculture, de Tony Baurès président de la Société d’élevoge, des éleveurs de Souanyas-Marians et du Groupement pastoral de Carença, de Guy Bobé maire et des membres du conseil municipal.

Le Parc Corbières-Fenouilledes alerte sur un modèle d’élevage en danger (L’Indep)

Le Parc naturel régional Corbières-Fenouillèdes (PNRCF) a publie un communique hier pour « réaffirmer son soutien aux éleveurs des Pyrénées-Orientales directement touches et dont les bêtes ont été abattues ainsi qu’aux éleveurs dont l’activité est impactée dans leur quotidien ». La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) « fait des ravages depuis plusieurs semaines dans les vallées du Tech et de la Têt », provoquant de nombreux abattages et plongeant les éleveurs dans une détresse profonde. Le PNRCF dénonce notamment la mesure d’abattage total des troupeaux infectés et réclame une vaccination généralisée ainsi que des solutions adaptées pour préserver l’élevage extensif, un modèle essentiel au territoire.

Ce modèle d’élevage, majoritairement extensif sur ce territoire, est valorisé pour ses multiples services : « il façonne les paysages, soutient la vie locale et la biodiversité typique de la région, contribue à l’attrait touristique et participe à la prévention des incendies ». Le PNRCF insiste sur l’importance de préserver les races locales, souvent menacées par leur faible effectif et l’effort de sélection génétique accompli depuis des décennies.

Le Parc appelle à une réflexion collective et à une adaptation des dispositifs étatiques face à cette crise sanitaire. Il préconise notamment « une organisation nouvelle du secteur de l’élevage pour que les animaux nés sur le territoire y soient engraissés jusqu’à leur abattage local, ce qui permettrait aussi de renforcer l’abattoir de Quillan ». Le développement des circuits courts est également encouragé afin de favoriser la consommation de la production locale, en accord avec les enjeux actuels de soutien à l’agriculture et au pastoralisme dans la région méditerranéenne.

Le PNRCF réaffirme enfin son engagement aux côtés des éleveurs, notamment dans le contexte de lutte contre les incendies qui donne une nouvelle importance au pastoralisme comme activité écologique et territoriale.

L’Indépendant, le 13 novembre 2025

P.-O. : dermatose nodulaire, restera-t-il des vaches en Conflent ? (L’Indep)

Un nouvel abattage de troupeau s’est déroulé ce mercredi 12 novembre sur la commune de Nyer (hameau d’En). Un énième épisode dans cette crise sanitaire où les tensions s’exacerbent.

La colère et la frustration sont plus que jamais palpables en Conflent. « À ce jour, près de 400 vaches ont été tuées dans les Pyrénées-Orientales pour une vingtaine de symptomatiques. Et la stratégie sanitaire n’évolue pas alors que plus de 90 % du cheptel est vacciné dans le département », dénonce entre autres la Confédération paysanne.

Hier, dix-huit bovins devaient être abattus par les services de l’État. Dix-huit pour deux bêtes qui présentent des symptômes. Une intervention qui ne s’est pas vraiment déroulée comme prévu. La piste menant au hameau d’En, à Nyer, était en effet obstruée dès le petit matin par des véhicules qui empêchaient le passage les services vétérinaires et de la DDPP (Direction départementale de la protection des populations). L’éleveur concerné, qui n’était pas sur place, a ensuite dénoncé un début de l’opération d’abattage sans sa présence et sans celle de l’expert qui doit évaluer le montant total de l’indemnisation (calculée en fonction du préjudice lié à chaque animal abattu).

Des lieutenants de louveterie en renfort

Enfin, 7 à 8 vaches n’ont pu être capturées par les services de l’État et la préfecture s est vue obligée de mandater deux lieutenants de louveterie pour les abattre. Pour rappel, « le dépeuplement total des foyers, c’est-à-dire l’abattage de tous les bovins présents dans un élevage infecté (animaux présentant des signes cliniques ou non, conformément à la réglementation européenne en vigueur), la vaccination massive des bovins en zone réglementée, et des mesures de biosécurité, dont la limitation aux mouvements », sont les bases de la stratégie mise en place par l’État. Des abattages systématiques de troupeaux fortement dénoncés par les éleveurs et par une partie de la population. Des citoyens étaient invités à manifester à Olette dès 7 h du matin afin d’alerter les automobilistes présents sur la RDD66. Une trentaine de personnes avait répondu présent équipée de pancartes et de tracts.

Impossible de toute façon pour eux de se rendre à Nyer par la RD57. La seule route carrossable menant au village était bloquée par les forces de l’ordre depuis la veille au soir. La population, tout comme la presse, était invitée à rester au loin. Deux maires de communes voisines qui soutiennent le mouvement se posaient tout de même la question, « Restera-t-il des vaches en Conflent à ce rythme ? ». Malgré les efforts des forces de l’ordre pour bloquer les accès, un petit rassemblement a quand même pu être fait dans le village de Nyer. Mais là encore la gendarmerie empêchait le passage vers le hameau d En (situé à environ 3 km).

Après l’estive du Canigó, l’estive de la Carança est la plus touchée par la dermatose nodulaire contagieuse. Reste maintenant à voir si la gestion de crise imaginée par l’État sera payante et empêchera la maladie d’arriver dans les départements voisins.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 13 novembre 2025)

Rappel: Cette maladie ne touche que les vaches. Elle ne se transmet pas aux humains.
La viande et le lait produit par les vaches malades sont consommables.

Vinça. Le collectif « Stop aux massacres » filtre et tracte sur la RD66 (L’Indep)

Hier matin, un nouvel abattage de vaches s’est déroulé chez un éleveur d’Espira-de-Conflent après la découverte d’un cas de dermatose nodulaire dans son troupeau. En parallèle, une trentaine de manifestants ont organisé un tractage sur la RD66 pour dénoncer la situation.

« Stop aux massacres des vaches », pouvait-on lire sur une grande bâche installée sur la RD66. Une trentaine de personnes avait répondu à l’appel lancé par « le comité citoyen pour prendre soin des vaches, des humains… Des autres. » Les manifestants ont ainsi tracté de 7 heures à 10 heures à l’embranchement de la RD66 et de la RD25 (en direction d’Espira-de-Conflent), ralentissant fortement cet axe routier stratégique. Parmi les participants, Elia et Anne-Lise « citoyennes révoltées » : « Nous sommes venues soutenir les éleveurs. Pour nous l’État prend des décisions radicales sans concertation avec les personnes concernées. Il pourrait y avoir plus de nuance dans les solutions proposées. »

Une nuance, ou en tout cas une évolution dans la politique sanitaire comme le demande
Jean-Louis Régné, le président du groupement pastoral Conflent-Fenouilledes, « Nous avons aujourd’hui atteint près de 100 % de couverture vaccinale, on pourrait lever le pied sur les abattages avant qu’il n’y ait plus de bêtes en Conflent. »

Sébastien, éleveur conflentois, s’étonnait pour sa part du peu de participants: « Il a certainement plus de 50 éleveurs en Conflent, où sont-ils ce matin ? J’ai vu des citoyens mais trop peu d’éleveurs. » Les représentants de la Confédération paysanne présents encourageaient d’ailleurs les non-éleveurs présents : « La force citoyenne nous fait du bien et doit nous permettre d’amplifier le mouvement. »

Philippe Comas (L’Indépendant, le 11 novembre 2025)