Vallée de l’Agly. Les recours contre la double lignes à haute tension rejetés (L’Indep)

En juin 2023, une association écologiste et plusieurs vignerons avaient attaqué les arrêtés préfectoraux validant le chantier de double ligne haute tension (2 X 90 000 volts), qui était en train de débuter entre Baixas et Saint-Paul-de-Fenouillet. Ce mardi, la cour d’appel administrative a rejeté leurs recours.

La décision intervient alors que cela fait environ un an que le chantier de double ligne haute tension est terminé. En juin 2023, lorsque les plaignants (des écologistes et des vignerons notamment inquiets de l’impact paysager) ont entamé leurs procédures, ils avaient en premier lieu demandé la suspension du chantier. Mais le tribunal administratif avait rejeté leur demande au mois de juillet suivant. Les travaux avaient donc pu se poursuivre. Ils se sont achevés début 2025.

Cependant, les procédures engagées en parallèle sur le fond de l’affaire se poursuivaient devant la justice. C’est dans ce cadre que la cour administrative d’appel de Toulouse vient de rendre, ce mardi 20 janvier 2026, une décision qui « confirme l’utilité publique du renforcement de la ligne électrique aéro-souterraine sur les communes de Baixas, Calce, Estagel, Tautavel, Maury et Saint-Paul-de-Fenouillet.

Dans le communiqué annonçant sa décision, la juridiction insiste notamment sur le fait que la nouvelle infrastructure « a pour objet de renforcer la ligne existante (…) en raison de l’excédent annuel d’une cinquantaine de mégawatts de la production électrique […) par rapport à la consommation de la zone, du fait d’un fort développement des énergies renouvelables ».

La cour souligne aussi que « ces travaux doivent permettre l’acheminement de la production excédentaire vers les zones de consommation de Carcassonne et de Perpignan ».

Les magistrats ont également estimé que le projet ne portait pas atteinte « aux objectifs et enjeux définis par la charte du parc naturel régional Corbières-Fenouilledes » et que « son impact sur l’activité viticole et sur les paysages est limité ».

En ce qui concerne les effets sur la faune et la flore, la cour juge « que des mesures d’évitement et de réduction suffisantes sont prévues ». S’ils le souhaitent, les plaignants peuvent encore se pourvoir devant le Conseil d’État.

Cependant, plusieurs d’entre eux indiquent d’ores et déjà qu’ils ne le feront pas. « Vu ce qui est pris en compte, on peut être sûrs que le Conseil d’État rejetterait notre requête. L’énergie reste l’une des priorités de ce pays », analyse pas exemple Joseph Genebrier, de la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement (Frene).

« De toute façon, aujourd’hui la ligne est terminée et même si on allait au Conseil d’État elle ne serait pas démontée », rajoute Charles Domier, du Clos des vins d’amour. « Mais on continue de penser qu’il est absurde d’avoir mis une ligne en majeure partie aérienne alors qu’on aurait pu l’enterrer intégralement. Tout le monde peu aujourd’hui constater l’impact visuel. Si un tel projet s’était fait sur le littoral, il aurait été enfoui. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 23 janvier 2026)

Agriculture. Deux militantes de la Confédération paysanne des P.-O. interpellées lors d’une action à Paris (L’Indep)

Placées en garde à vue ce mercredi soir à Paris, les deux paysannes catalanes ont finalement été relâchées ce jeudi 15 janvier en milieu de journée. « Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre elles », précise l’une des porte-parole départementales de la Confédération paysanne, Mirabelle Lelièvre, selon qui cette issue est somme toute logique, puisque l’action à laquelle elles ont pris part se serait déroulée « sans violence, ni dégradation de biens ».

Concrètement, les deux agricultrices des Pyrénées-Orientales, montées à Paris pour assister à une commission nationale de la Confédération paysanne, ont participé ce mercredi après-midi, avec 150 autres militants du syndicat, à une action menée dans une annexe du ministère de l’Agriculture. L’opération a consisté à pénétrer dans le bâtiment et à déployer des banderoles. Entre autres pour réclamer la fin des abattages de troupeaux de bovins touchés par la dermatose nodulaire ou pour plaider contre l’accord entre l’Europe et le Mercosur. En tout, 52 manifestants ont été interpellés et placés en garde à vue à l’issue de cette action. « Ils ont passé la nuit dans différents postes de police parisiens, alors que ce ne sont ni des voleurs, ni des voyous, mais juste des gens qui revendiquent pour le bien commun », s’énerve Mirabelle Lelièvre.

La porte-parole dénonce également une différence de traitement entre la Confédération paysanne et la FNSEA, syndicat agricole majoritaire : « Quand la FNSEA manifeste avec 350 tracteurs devant le Parlement, il ne leur arrive rien, alors que quand la Confédération paysanne fait une action pacifique, il y a 52 militants placés en garde à
vue. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 16 janvier 2026)

Barrages filtrants et contrôles avortés… La mobilisation agricole contrariée (L’Indep)

Attendue massive, la mobilisation agricole lancée dans la nuit de mercredi à jeudi au péage sud de Perpignan a finalement pris une tournure plus contrastée… Entre contrôles de camions avortés, désaccords syndicaux et démonstration de force policière.

On l’attendait conséquente, unie et partie pour durer, dans la lignée des blocages de l’hiver dernier à la grande barrière de péage du Boulou. Mais la mobilisation engagée dans la nuit de mercredi à hier au péage sud de l’A9 à Perpignan a finalement pris une autre tournure. Plus modeste et plus tendue aussi.

Ils étaient une centaine au plus fort de la nuit. Une soixantaine à l’aube. Autour d’un barnum, d’un brasero, de quelques pneus et d’un barbecue, les militants de la Coordination rurale (CR) et de la Confédération paysanne ont installé leur campement aux abords de l’autoroute. Pas de tracteurs cette fois, interdits par arrêté préfectoral. Pas de blocage massif non plus. Juste une présence, surveillée de très près. Presque à effectifs égaux avec les forces de l’ordre.

Désaccords entre syndicats

Arrivés dès 3 heures du matin, les agriculteurs de la CR 66, rejoints par leurs homologues de l’Hérault et de l’Aude, ont tenté de mettre en œuvre leur plan : le contrôle des camions étrangers. « On a trouvé de la marchandise en infraction. Notamment de la viande transportée sans garanties sanitaires conformes. On a fait le boulot des douanes », souffle Philippe Maydat, président de la CR 66. Mais l’initiative tourne court. Face aux ralentissements sur l’autoroute, la préfecture décide de fermer purement et simplement la sortie du péage sud. Fin des barrages filtrants, fin des contrôles. Le rassemblement devient statique. Et la tension monte brièvement lorsqu’une poignée d’agriculteurs essaie de pénétrer à pied sur l’A9 en milieu de matinée.

Les revendications, elles, n’ont pas bougé.

Concurrence déloyale, accords de libre-échange comme celui avec les pays du Mercosur, gestion de la dermatose nodulaire contagieuse… le cahier des doléances est chargé. Arnaud Poitrine, viticulteur et maraicher, ne mâche pas ses mots : « On vit avec le RSA. On travaille sept jours sur sept pour à peine 1.000 euros par mois. La moitié des exploitations ne passera pas l’année. On est en train de crever. Tout le monde est à bout. On est constamment en concurrence déloyale avec des produits qui arrivent de l’étranger. On empile des normes en France qui vont au-delà des normes européennes. Des normes auxquelles les autres pays ne sont pas soumis. Ça devient plus possible. Et on est vraiment là pour crier notre détresse ».

Malgré cette cause commune, l’unité espérée n’est pas vraiment au rendez-vous. La CR 66 et la Confédération paysanne des Pyrénées Orientales ne sont pas vraiment alignées sur la stratégie de la CR 34. Même le Syndicat des vignerons, pourtant annoncé, ne rejoint finalement pas le mouvement.

Un peu plus tard dans la matinée, quelques manifestants de la CR 34 tentent de rejoindre le marché Saint-Charles pour poursuivre les contrôles de marchandises. En vain. L’impressionnant comité d’accueil -quatorze camions de CRS- refroidit rapidement les ardeurs et contraint les agriculteurs à rebrousser chemin.

En fin d’après-midi, ils étaient encore une quarantaine d’agriculteurs à « tenir » le péage sud de Perpignan. « On va rester là une bonne partie de la nuit. On espère qu’on sera rejoint par du monde ce soir. »

Et la suite ? Aujourd’hui, les Jeunes agriculteurs et la FDSEA 66 appellent à une action avec un convoi de tracteurs, tractopelles, citernes et bennes de végétaux, entre le péage sud et le péage nord de Perpignan, entre 9h30 et 10h30.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 9 janvier 2026)

FDSEA et JA à leur tour

Un autre tempo et une autre méthode. Aujourd’hui, la FOSEA 66 et les Jeunes agriculteurs lanceront leur propre mobilisation, à l’écart de l’action organisée hier par la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Le rendez-vous est fixé à 9h30 au péage sud de Perpignan pour les exploitants venant du sud du département, avant un regroupement général à 10h30 au péage nord de l’A9, point de départ de l’action. Et il ne s’agira ni d’un blocage, ni d’une opération escargot sur l’autoroute ou la nationale. « Les projets identifiés dans le plan de résilience eau n’avancent pas assez vite pour offrir des perspectives à moyen terme à l’agriculture. Sans eau, il n’y aura pas d’agriculture demain », alerte Bruno Vila, le président de la FDSEA 66. Ainsi, les manifestants prévoient de simuler la création de bassins de stockage d’eau sur des terrains proches du péage nord, puis, en début d’après-midi, à proximité de la Direction départementale des territoires et de la mer, près du pont Joffre, à Perpignan. La mobilisation devrait durer une bonne partie de la journée, avec un rendez-vous fixé à 15 heures à la préfecture.

D. C. (L’Indépendant, le 9 janvier 2026)

Barrages filtrants, contrôles des camions: la colère agricole de retour (L’Indep)

Des agriculteurs de l’Hérault, des Pyrénées-Orientales et de l’Aude devaient se mobiliser au rond-point de l’A9 de Perpignan Sud, dans la nuit. La Confédération paysanne et les syndicats des vignerons rejoindront le mouvement vers 7h du matin. Sur place, ils entendent opérer un barrage filtrant et procéder à des contrôles de camions. Pour éviter tout éventuel blocage de la circulation et notamment de l’autoroute, la préfecture a pris des mesures.

De plus belle. En 2026, les mobilisations reprennent et risquent de s’intensifier dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude. Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, une action était prévue en Pays catalan au rond-point du péage sud de Perpignan à l’initiative de la Coordination rurale de l’Hérault. Le syndicat convie ses confrères de l’Aude et du Pays catalan à les rejoindre pour une tentative de barrage filtrant et de contrôle de camion, dès 3h du matin. Le rendez-vous est fixé une heure plus tôt à Narbonne.

Cette mobilisation vise notamment à dénoncer l’accord de libre-échange UE-Mercosur, « la concurrence déloyale » ou encore la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Ça me parait compliqué de bloquer le péage du Boulou au vu des restrictions de circulations des tracteurs. Puis, je pense qu’on aura droit à un beau comité d’accueil sur place. Pour toutes ces raisons, l’action se déroulera à Perpignan Sud, au niveau du rond-point et non pas au Boulou comme prévu initialement », prévient Philippe Maydat, le président de la CR66.

La préfecture prend des mesures

De son côté, la préfecture des Pyrénées-Orientales a annoncé vouloir « éviter tout obstacle à la circulation et au fonctionnement de l’autoroute ». Des moyens seront engagés en ce sens. « Afin de prévenir les troubles à l’ordre public à l’occasion des mobilisations prévues les 7 et 8 janvier 2026, Pierre Régnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales, a pris des mesures permettant de concilier l’exercice du droit de manifester avec les impératifs d’ordre public », peut-on lire dans une publication sur X de la préfecture. Ainsi, la circulation des véhicules agricoles est interdite, « hors motif légitime relevant de l’activité professionnelle », sur les routes départementales suivantes jusqu’à jeudi soir : RD900, RD618, RD900a, RD115, RD612, RD612a, RD66, RD117, RD916.

Intersyndicale

En parallèle, une intersyndicale réunissant la Confédération rurale 66 et la Confédération paysanne, le Syndicat des vignerons, les Jeunes Agriculteurs et la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) s’est réunie récemment. L’objectif : programmer une action commune pour défendre les intérêts des agriculteurs. Nais il semblerait que la convergence des luttes en ait rebuté quelques-uns: la FDSEA et les JA.

Ce jeudi matin, vers 7h, toujours au péage de Perpignan Sud, la Conf’ et le syndicat des vignerons, « en tant qu’invité » précise son président David Drilles, se joindront aux manifestants de la CR 66, 11 et 34 déjà sur place. « L’idée serait de procéder à des contrôles de marchandises dans les camions pour montrer aux citoyens ce qu’ils consomment », annonce Mirabelle Lelièvre.

David Drilles déplore que la FDSEA et les JA fassent cavalier seul : « Finalement, ils vont faire leur propre action de leur côté alors qu’on aurait pu tous faire front commun pour défendre les agriculteurs, les viticulteurs. »

La FDSEA et les Jeunes agriculteurs 66 qui ont décidé d’une action ce vendredi sous la forme d’un convoi depuis le péage sud de Perpignan jusqu’au péage nord de 9h30 à 10h30, avec « tracteurs, tractopelles, bennes remplies de végétaux, citernes ».

Driss Chaït (L’Indépendant, le 8 janvier 2026)

En Cerdagne, la colère des éleveurs veut s’installer dans la durée (L’Indep)

La mobilisation des agriculteurs du Haut canton ne montre aucun signe d’essoufflement. Ce vendredi, de nombreux éleveurs, épaulés par des élus locaux, occupent et bloquent le rond-point stratégique de la route internationale reliant Puigcerdà à Llívia. Le mouvement a pris une ampleur transfrontalière avec l’arrivée des éleveurs de Catalogne Sud, Revolta pagesa !

Objectif affiché : maintenir la pression sur l’État. Jusqu’à dimanche au moins, le rond-point de la RD 68, la Route reliant Puigcerdà à l’enclave de Llívia, est totalement inaccessible en Cerdagne. Impossible également de rejoindre la RN 20 par ce rond-point, le tronçon est occupé par un barnum et des piles de palettes destinées à alimenter un barbecue. Autant de signes qui témoignent d’une mobilisation pensée pour durer. « Nous avons choisi ce rond-point parce qu’il est visible. Nous ne bloquerons pas les grands axes : en cette période, tout le monde a besoin de travailler mais on verra pour la route de l’Andorre », explique Bruno Majoral, éleveur à Nahuja. À l’origine de la colère, la gestion de la crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Dès octobre, nous avons demandé une vaccination généralisée sur un périmètre large. L’État ne nous a pas écoutés, pour des soucis d’économie. Maintenant, on voit le résultat », déplore-t-il. Les revendications restent inchangées: la fin de l’abattage systématique de l’ensemble d’un troupeau dès l’apparition d’un cas, la mise en place d’une vaccination nationale, et l’organisation de rappels vaccinaux au printemps afin d’éviter « de revivre ce cauchemar ».

Malgré l’annonce gouvernementale, mardi, d’une accélération de la campagne vaccinale, la profession reste sceptique. Christian Taillant, président du Comité Départemental Agricole (CDA), insiste: « La Coordination rurale nous soutient pour amplifier la mobilisation. Nous voulons dénoncer une stratégie européenne et française fondée sur l’abattage total, alors même que le territoire est vacciné. Nous demandons de l’abattage ciblé. » Selon lui, l’urgence est claire : « Il nous faut des réponses rapides pour sécuriser les troupeaux avant la montée en estive l’an prochain. Pour éradiquer la DNC, une vaccination nationale est indispensable. Cela nécessite 16 millions de doses, et non les 500 000 annoncées ». Les éleveurs souhaitent également un changement d’approche scientifique. « Sur les troupeaux voisins, nous demandons des tests et vérifier si on peut cibler l’abattage sur ces bêtes malades, mettre en quarantaine, sous cloche. À ce jour, aucune étude n’a été menée dans ce sens » regrette le président du CDA.

Sur le plan économique, les conséquences sont déjà lourdes. Si les animaux destinés à la boucherie peuvent être abattus à l’abattoir transfrontalier ou autre, dans le département, l’exportation d’animaux vivants demeure interdite, entrainant « un manque à gagner considérable ». Les agriculteurs réclament un soutien financier des pouvoirs publics et réaffirment leur opposition au Mercosur.

La fermeture du rond-point est annoncée jusqu’à dimanche. « Nous doutons que la ministre Annie Genevard souhaite débloquer rapidement la situation» concluent-ils, déterminés à maintenir la pression.

Frédérique Berlic (L’Indépendant, le 20 décembre 2025)

« C’est un soutien total à nos agriculteurs »

Les élus de l’ensemble de la montagne catalane ont répondu à l’appel des agriculteurs. Pour Georges Armengol, président de l’intercommunalité Pyrénées-Cerdagne, « les élus sont venus en soutien à l’action menée aujourd’hui. L’agriculture et le pastoralisme sont pour nous des éléments importants à la fois sur le plan environnemental, humain et économique. Si on abat l’ensemble des troupeaux, c’est l’ensemble de la biodiversité et de l’économie qui est atteinte. » Pierre Bataille, président de l’intercommunalité Pyrénées catalanes va dans le même sens et ajoute : « C’est un soutien total à nos agriculteurs de montagne. la revendication des agriculteurs, on l’a comprend. la montagne, ce n’est pas que le tourisme. on a besoin d’eux pour l’entretien du pastoralisme. »

Dermatose modulaire. Au Boulou : « Les massacre et l’abattage total, c’est inadmissible » (L’Indep)

La colère des agriculteurs ne faiblit pas. Ce jeudi, quelques dizaines d’éleveurs ont tenté de bloquer l’accès à l’autoroute A9, au Boulou. D’abord gardés à distance par un barrage de gendarmerie, ils sont finalement parvenus a s’installer sur le rond-point qui mène au péage jusqu’en milieu de soirée.

« Ils nous ont sabotés. » La mobilisation n’aura pas eu l’effet escompté. Ce jeudi 18 décembre, les éleveurs des Pyrénées-Orientales entendaient se positionner à la grande barrière de péage du Boulou pour mettre en place un barrage filtrant. En vain. Les forces de l’ordre leur ont coupé l’herbe sous le pied, les contraignant à se replier à quelques centaines de mètres de là, sur le rond-point du lac de Saint-Jean-Pla-de-Corts dès 7h du matin. Ici, ils étaient d’abord une vingtaine d’agriculteurs à venir clamer leur colère quant à la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse par le gouvernement. Quelques tracteurs et banderoles aux messages sans équivoque ont été installés là, à la vue de tous les véhicules ralentis par la mobilisation. « Enfant, on en rêve, adulte, on en crève. Ne brisez pas nos rêves de prendre la relève » ; « Un pays qui ne respecte pas ses paysans arrache ses racines » ; « Non au Mercosur, stop à l’abattage total, Annie Genevard, il faut revoir ta copie »

Car si la mobilisation a du changer de lieu face à la présence massive des forces de l’ordre, le message, lui, n’a pas bougé d’un iota depuis des semaines, des mois. « C’est inadmissible ce qu’il se passe. Les massacres, les répressions, l’abattage total de cheptels, quand il y a un cas un seul et unique cas. Ils sont en train de tuer nos vaches et nos agriculteurs », martèle Philippe Maydat, représentant de la Coordination rurale 66. « Ce qu’on veut, c’est un abattage ciblé, un rappel de vaccin pour les jeunes bovins au printemps et une vaccination au niveau national. Et aussi, surtout, une étude de la maladie. Si on abat tous les bovins avant même d’avoir compris ce qui se passe, on n’aura jamais aucune information complémentaire sur la maladie. »

Passage en force et garde à vue

Sur les coups de 9h, d’autres agriculteurs ont rejoint le mouvement. Ils étaient désormais une petite cinquantaine à continuer les opérations de tractages et de filtration au même endroit. Pour symboliser « la mort de l’agriculture », des militants de la Confédération paysanne se sont allongés sur la route au milieu des automobilistes.

Peu avant 11 h, profitant que les forces de l’ordre aient ouvert la voie à un convoi exceptionnel, les éleveurs ont forcé le barrage et ont réussi à s’installer sur le rond-point à l’entrée de l’autoroute. Dans l’action, une scène de bousculade avec les gendarmes aura mené l’un des manifestants à être placé en garde-à-vue.

À la mi-journée, les voitures ne pouvaient plus entrer sur 1’A9 au Boulou et un barrage filtrant laissait passer les voitures qui sortent. Vinci autoroute annonçait la fermeture de l’échangeur du Boulou. La sortie et l’entrée étaient conseillées à Perpignan-Sud ou à La Jonquera.

En fin d’après-midi, la situation n’avait pas vraiment bougé. Le rond-point du péage du Boulou était toujours occupé par des dizaines d’éleveurs. Si la circulation était de nouveau possible sur les départementales 115 et 900, la barrière de péage était quant à elle toujours fermée dans les deux sens. Les manifestants doivent rester sur place une bonne partie de la soirée.

À 18h, une vingtaine d’éleveurs touchés de près par les abattages des bovins était reçue en préfecture par Pierre Régnault de la Mothe, pour une réunion autour des dédommagements liés à la DNC.

Ce vendredi 19 décembre, à l’aube, la Coordination rurale a annoncé un blocage « sans pitié » de l’accès à l’Andorre sans en préciser davantage.

Driss Chait (L’Indépendant, le 19 décembre 2025)

Dermatose nodulaire. Éleveurs et citoyens vent debout face « une politique mortifère » (L’Indep)

Plus de 500 personnes se sont rassemblées ce mardi en début de soirée devant la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Une mobilisation d’ampleur pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire et la politique d’abattage total des troupeaux.

Après un week-end déjà marqué par plusieurs actions dans le département, la colère des éleveurs ne faiblit pas. Ce mardi, en fin d’après-midi, plus de 500 personnes ont répondu à l’appel à se mobiliser devant la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Casseroles, sifflets et drapeaux ont animé le quai Sadi-Carnot, dénotant avec l’ambiance feutrée des illuminations et des chalets de Noël du centre-ville.

Une mobilisation s’inscrivant dans la continuité des actions menées le week-end dernier à Puyvalador, Porta et Villefranche-de-Conflent. Ce mardi soir, toujours au cœur de la contestation, la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse.

Jusqu’à présent, en Pays catalan, 20 opérations d’abattage ont déjà été menées, entrainant l’abattage de 497 bovins. Des chiffres jugés inacceptables par les manifestants qui dénoncent, une fois encore, une politique d’abattage systématique des troupeaux. « Y compris lorsque seuls quelques animaux présentent des symptômes. »

Devant la préfecture, une intersyndicale inhabituelle s’est formée, réunissant la Confédération paysanne, la Coordination rurale et même la CGT. Dans la foule, aux côtés des éleveurs, de nombreux citoyens étaient présents pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « politique mortifère ». « C’est une maladie qui ne se transmet pas à l’homme et dont le taux de mortalité ne dépasse pas 10 %. Ce que nous ne supportons pas, c’est de risquer de perdre tout un troupeau à cause de réglementations administratives », a rappelé un porte-parole de la Confédération paysanne. Quant aux revendications, elles restent inchangées. « Nous demandons l’arrêt des abattages totaux, l’abattage ciblé des seuls animaux malades, une surveillance renforcée des troupeaux, ainsi qu’un véritable traitement sanitaire, pas une des logiques commerciales et d’exportation », ont insisté les représentants syndicaux.

Après les prises de parole, le cortège a déambulé dans le centre-ville de Perpignan. Du Castillet à la place de la Loge, de la République, sous le regard surpris des passants venus profiter des festivités de Noël. Aucune délégation n’a été reçue en préfecture à l’issue de la mobilisation.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 17 décembre 2025)

Conflent-Cerdagne-Capcir. « Stop au massacre » : les éleveurs mobilisés sur les barrages filtrants (L’Indep)

Des barrages filtrants érigés depuis samedi sur la route nationale 20, ce dimanche sur le rond-point de Villefranche-de-Conflent (RD66) et à la sortie de Puyvalador (D118) : la colère des éleveurs monte dans les Pyrénées-Orientales comme un peu partout en France dans les départements touchés par la dermatose nodulaire contagieuse.

Ce dimanche matin, il faisait à peine 2° à Villetranche-de-Conflent quand les premiers tracteurs arrivaient. Les éleveurs avaient en effet appelé leurs collègues agriculteurs, mais également les citoyens, à se rassembler en masse sur cet endroit stratégique, sur
cette RD66 qui mène à la Cerdagne et au Capcir. « Stop au massacre », « Agriculture française en danger », « Pour un changement de nos politiques sanitaires », « Protégeons nos troupeaux », les messages sont toujours les mêmes depuis maintenant près de deux mois. Les manifestants dénoncent la gestion de la crise mise en place par le gouvernement pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse.

Des barrages filtrants ont rapidement été mis en place dans les deux sens. Au plus fort, jusqu’à 150 personnes étaient présentes sur et autour du rond-point jouxtant la cité fortifiée. Parmi eux quelques élus dont Françoise Eliott, maire de Py, qui ne cachait pas son inquiétude : « Il est important de soutenir les éleveurs de la vallée et du département. Peut-être que le gouvernement devrait réfléchir à une autre solution que d’abattre des élevages de souche adaptés à nos territoires montagnards. »

Des élus, mais aussi des citoyens comme Olivier qui pense « qu’il y a beaucoup de violence et il me semble peu de concertation. On voit bien qu’après les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, la Haute-Garonne ou encore les Hautes Pyrénées sont touchés. Le gouvernement devrait se poser la question de l’efficacité de sa gestion sanitaire. Il y a en tout cas beaucoup a redire sur la méthode. »

Vincent, viticulteur et arboriculteur, est venu pour « soutenir tous ces petits éleveurs que l’on croise régulièrement dans nos montagnes Ils font un excellent travail. Il est important d’être présent afin de protéger cette paysannerie contre le Mercosur et l’agro-industrie. »

Rappelons qu’à ce jour 20 opérations de dépeuplements ont été menées dans le département. 497 bovins ont été abattus. Pour le Préfet, Pierre Régnault de la Mothe, « Le rythme de diffusion de la dermatose nodulaire contagieuse s’est ralenti dans les Pyrénées-Orientales depuis que notre cheptel a atteint l’immunité vaccinale. Je fais l’hypothèse que la stratégie que nous avons mise en place porte ses fruits. J’ai réuni les éleveurs cette semaine pour un échange direct et sans filtre. Je réunirai la semaine prochaine ceux d’entre eux qui ont été concernés par une mesure de dépeuplement : je veux qu’ils sachent que nous les accompagnerons dans la durée. »

Par ailleurs le représentant de l’État appelle à « Rester vigilant, car des cas peuvent encore apparaitre, par exemple dans l’éventualité où une vache aurait contracté le virus alors que le vaccin n’était pas encore à son plein effet et en raison de l’incubation très longue de la maladie sur certains individus, Les contraintes pesant sur les élevages vont être progressivement assouplies (la levée de la zone de surveillance intervient 45 jours après le dépeuplement du dernier foyer contaminé). » Pas certain que cela suffise à calmer la colère des éleveurs qui fait tache d’huile sur toute l’Occitanie et dans de nombreuses régions françaises. D’ailleurs, les éleveurs appellent déjà à une nouvelle mobilisation, ce mardi 16 décembre à 18 heures, devant la préfecture à Perpignan.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 15 décembre 2025)

Latour-de-Carol et Puyvalador aussi

Du côté de Latour-de-Carol, la route nationale 20 a été bloquée une bonne partie de la journée de dimanche. Une trentaine d’éleveurs, installée des le samedi, a bravé le froid et est en place toute la nuit. Dimanche après-midi un autre point de rassemblement était mis en place sur la route départementale 118 à la sortie de Puyvalador, en direction de l’Aude. Là encore agriculteurs et éleveurs du Capcir et du Donezan (Ariège) décidaient d’établir un barrage filtrant. Notons que si les appels à manifester venaient de la Confédération paysanne 66 ou de la Coordination rurale 66, des agriculteurs adhérents à d’autres syndicats (FDSEA, Jeunes Agriculteurs) avaient décidé de montrer leur solidarité en participant aux différents rassemblements.

Des examens gynécologiques offerts aux étudiantes de l’université (L’Indep)

Les élus du conseil départemental des départemental ont adopté le renouvellement de ce dispositif mis en place depuis un an mais encore peu connu, permettant aux étudiantes de l’université de Perpignan d’obtenir des soins gynécologiques.

Améliorer l’accès aux soins gynécologiques pour les étudiantes de l’université de Perpignan, c’est tout le sens de la délibération votée ce jeudi par les élus du conseil départemental des Pyrénées-Orientales. Les conseillers départementaux ont adopté le renouvellement d’une offre de soins qui permet aux étudiantes de la faculté de rencontrer un médecin et une sage-femme grâce à des permanences, directement depuis le campus du Moulin à Vent. Un examen gynécologique peut y être assuré ainsi qu’une proposition de contraception personnalisée. Mis en place depuis un an mais encore peu connu, ce dispositif a permis à cinquante patientes d’obtenir des soins gynécologiques en 2025. À noter que ce service de santé assure également des actions de dépistage et vaccination.

Les élus ont adopté le renouvellement de ce service pour une durée d’un an qui pourrait encore être reconduit.

Durant cette même session, les conseillers départementaux ont voté une motion visant à soutenir les éleveurs des Pyrénées-Orientales dont les bêtes ont été touchées par la dermatose nodulaire. Plus de 400 vaches, veaux et taureaux ont été abattus sur les terres catalanes, malgré un déploiement de la couverture vaccinale. Les élus du Département se sont engagés à accompagner ces éleveurs et « activer tous les leviers pour apporter son soutien financier en complément des dispositifs de l’État et de la Région ». Mais, pour l’heure, la collectivité n’a pas déterminé le montant de l’enveloppe de ces aides.

Les conseillers départementaux ont aussi appuyé les requêtes formulées par la Chambre d’Agriculture. À savoir, la prise en charge par la solidarité nationale de la vaccination de tous les bovins avant l’estive 2026. Mais aussi le financement des pertes d’exploitation et le remplacement des cheptels tués, privilégier l’abattement sélectif et mener une étude approfondie sur les vecteurs de l’épidémie et déployer un dispositif de surveillance.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 28 novembre 2025)

Agriculture. « Une concurrence déloyale avec des importations illégales (L’Indep)

La Confédération paysanne a surpris hier matin la plateforme logistique Azura de Saint-Charles à Perpignan avec une opération coup de poing. Elle s’est introduite dans ses locaux pour récupérer des barquettes de tomates et prouver qu’elles sont « mal étiquetées ». Les paysans dénoncent une « concurrence déloyale et illégale de leurs importations ». Ils ont ensuite pris la route vers une grande surface pour vider les rayons de ces tomates.

C’est sur la jonction de deux histoires que la Confédération paysanne a décidé de mener des actions hier matin dans les Pyrénées-Orientales. « Nous sommes là pour la défense de l’autodétermination du peuple sahraoui et le combat des producteurs français qui vivent une concurrence déloyale face à des importations prétendument marocaines, comme là chez Azura, alors que clairement les tomates qui arrivent ici sont produites au Sahara occidental », introduisait Fanny Metrat, porte-parole de la Confédération paysanne nationale.

C’est donc dans la zone Saint-Charles à Perpignan, à la plateforme logistique Azura, entreprise franco-marocaine, qu’a démarre le mouvement. Une soixantaine de paysans ont réussi à s’introduire dans les locaux afin de récupérer une barquette de tomates pour vérifier ses étiquettes. « On est allé chercher à l’intérieur pour avoir la preuve, on a trouvé une barquette étiquetée « Maroc », alors que depuis des années nous nous battons juridiquement, et nous avons gagné l’année dernière le procès, pour dire que l’étiquetage de ces produits-là n’était pas conforme. En fait, il devrait y avoir écrit « Sahara occidental ». Ces entreprises passent outre toutes les règles commerciales mondiales », poursuit la porte-parole.

Chassés en dehors des locaux après des échanges tendus avec les salariés, ils ont ensuite pris place devant les entrées pour bloquer l’accès aux camions et donc au déchargement de marchandises.

Aujourd’hui la Confédération porte plainte contre Azura, puisqu’en fait elle ne respecte pas l’accord de libre-échange qui a été signé entre l’Union européenne et le Maroc, puisque les produits importés par Azura sont des produits issus du Sahara occidental qui est un territoire non autonome. On attend depuis des années avec le peuple sahraoui qu’il y ait un référendum(*), mais du coup on bafoue le droit international, on bafoue les revendications portées par l’ONU, et on importe des produits qui ne sont clairement pas marocains », expriment les porte-parole.

Un combat mené pour la solidarité de tous les peuples mais aussi pour tenter d’éradiquer cette « concurrence déloyale ». Pour exemple, les représentants du syndicat rapportent que des tomates qui arrivent à moins de 4 € le kilo sont affichées sur le territoire français 8 à 10 € minimum le kilo, donc « une concurrence déloyale sur des importations illégales ».

Les actions se sont poursuivies en fin de matinée dans la grande surface Carrefour ou le syndicat a pu « constater d’énormes stocks de barquettes de tomates mal étiquetées ». « On les a récupérées et chargées dans des chariots. C’est bien la preuve que le consommateur est trompé », explique Jean Thevenot, délégué de la Confédération paysanne à la Via Campesina, mouvement paysan international. Cet agriculteur du Pays Basque dénonce notamment les questions des conditions de production socio-environnementales au Sahara occidental, « avec des salaires au minimum dix fois plus bas, typiquement sur la tomate cerise, qui est le produit principalement importé par Azura ».

Le combat est clair et ne semble pas s’arrêter là pour la Confédération paysanne. « On va continuer à s’attaquer aux accords, continuer les actions s’il le faut, même si on doit aller en justice », poursuit Jean Thevenot. « Ce qu’on dénonce aujourd’hui, c’est la concurrence à son paroxysme, vraiment la pièce la plus sombre peut-être du libre-échange qui met en compétition nos productions, avec celles issues de territoires occupés, qui sont produits par des salariés payés à très bas coût. C’est un cri d’alarme, parce qu’on n’arrive pas à vivre de notre métier ».

Laura Morales (L’Indépendant, le 27 novembre 2025)

(*) Comme le relate la Confédération paysanne, « Le Maroc est censé organiser un référendum d’autodétermination pour que le peuple sahraoui décide s’ils veulent rejoindre le Maroc ou s’ils veulent devenir un État indépendant. Ce référendum n’a jamais eu lieu. Donc aujourd’hui, le Maroc considère que le Sahara occidental est marocain, mais le droit international ne le considère pas. Du coup, quand le Maroc signe un accord de libre-échange avec l’Europe, avec l’Union Européenne, c’est un accord consacré au Maroc ».