Vallée de l’Agly. Les recours contre la double lignes à haute tension rejetés (L’Indep)

En juin 2023, une association écologiste et plusieurs vignerons avaient attaqué les arrêtés préfectoraux validant le chantier de double ligne haute tension (2 X 90 000 volts), qui était en train de débuter entre Baixas et Saint-Paul-de-Fenouillet. Ce mardi, la cour d’appel administrative a rejeté leurs recours.

La décision intervient alors que cela fait environ un an que le chantier de double ligne haute tension est terminé. En juin 2023, lorsque les plaignants (des écologistes et des vignerons notamment inquiets de l’impact paysager) ont entamé leurs procédures, ils avaient en premier lieu demandé la suspension du chantier. Mais le tribunal administratif avait rejeté leur demande au mois de juillet suivant. Les travaux avaient donc pu se poursuivre. Ils se sont achevés début 2025.

Cependant, les procédures engagées en parallèle sur le fond de l’affaire se poursuivaient devant la justice. C’est dans ce cadre que la cour administrative d’appel de Toulouse vient de rendre, ce mardi 20 janvier 2026, une décision qui « confirme l’utilité publique du renforcement de la ligne électrique aéro-souterraine sur les communes de Baixas, Calce, Estagel, Tautavel, Maury et Saint-Paul-de-Fenouillet.

Dans le communiqué annonçant sa décision, la juridiction insiste notamment sur le fait que la nouvelle infrastructure « a pour objet de renforcer la ligne existante (…) en raison de l’excédent annuel d’une cinquantaine de mégawatts de la production électrique […) par rapport à la consommation de la zone, du fait d’un fort développement des énergies renouvelables ».

La cour souligne aussi que « ces travaux doivent permettre l’acheminement de la production excédentaire vers les zones de consommation de Carcassonne et de Perpignan ».

Les magistrats ont également estimé que le projet ne portait pas atteinte « aux objectifs et enjeux définis par la charte du parc naturel régional Corbières-Fenouilledes » et que « son impact sur l’activité viticole et sur les paysages est limité ».

En ce qui concerne les effets sur la faune et la flore, la cour juge « que des mesures d’évitement et de réduction suffisantes sont prévues ». S’ils le souhaitent, les plaignants peuvent encore se pourvoir devant le Conseil d’État.

Cependant, plusieurs d’entre eux indiquent d’ores et déjà qu’ils ne le feront pas. « Vu ce qui est pris en compte, on peut être sûrs que le Conseil d’État rejetterait notre requête. L’énergie reste l’une des priorités de ce pays », analyse pas exemple Joseph Genebrier, de la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement (Frene).

« De toute façon, aujourd’hui la ligne est terminée et même si on allait au Conseil d’État elle ne serait pas démontée », rajoute Charles Domier, du Clos des vins d’amour. « Mais on continue de penser qu’il est absurde d’avoir mis une ligne en majeure partie aérienne alors qu’on aurait pu l’enterrer intégralement. Tout le monde peu aujourd’hui constater l’impact visuel. Si un tel projet s’était fait sur le littoral, il aurait été enfoui. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 23 janvier 2026)

Les vignerons catalans au rendez-vous (L’Indep)

Ce samedi 15 novembre 2025, des viticulteurs venus de l’ensemble de l’ex-région Languedoc-Roussillon, voire d’au-delà, ont manifesté à Béziers pour défendre la filière, actuellement menacée. Ils étaient entre 4 000 (selon la préfecture de l’Hérault) et « plus de 7 000 » (selon les organisateurs). Les agriculteurs des Pyrénées-Orientales étaient notamment au rendez-vous.

« Il faut qu’on se fasse entendre. On est à un tournant de la viticulture. Si on ne nous écoute pas, c’est la fin. » Vigneronne à Trouillas, Laurianne faisait partie des agriculteurs catalans venus grossir les rangs des manifestants ce samedi à Béziers. Il faut dire qu’en pays catalan, la filière fait actuellement face à des baisses de rendement particulièrement inquiétantes.

« Cette année, la récolte s’annonce encore plus petite que celle de l’an dernier, qui était déjà historiquement basse, alerte la vigneronne. Les déclarations de vendange ne sont pas terminées, mais on devrait être à environ 320 000 hectolitres dans le département. Les rendements sont de plus en plus bas. On est à 20 hectolitres par hectare. Cela provient des aléas climatiques et notamment de la sécheresse. Même s’il a plu au printemps, ça n’a pas suffi pour faire remonter les nappes d’eau souterraines. Et puis les vignes ont tellement souffert qu’elles ne s’en remettent pas. »

Pour Laurianne, qui travaille sur le terroir particulièrement sec des Aspres, l’accès à l’irrigation est l’une des principales revendications. Thierry, qui cultive la vigne dans le même secteur, à Fourques, confirme : « Cela fait 15 ans qu’on attend le projet de retenue collinaire dans les Aspres, qui nous permettrait de maintenir les vignes en vie. Nous avons des souches qui meurent… »

Autre problématique : les prix auxquels les viticulteurs se retrouvent contraints de vendre leur production. « Nous sommes confrontés à une mévente historique, particulièrement sur les vins rouges, et ce malgré tous les signes de qualité (bio, etc.) qu’on peut avoir », déplore ainsi Thieny.

Viticulteur à Rivesaltes, Brice tire également la sonnette d’alarme. « Avec les aléas climatiques qui se succèdent, sur les trois dernières années, on ne produit chaque année que la moitié d’une récolte normale. On est même plutôt en dessous. Et dans le même temps, les charges augmentent, alors que le prix du vin reste, dans le meilleur des cas, stable. Il faut réfléchir au partage de la valeur. Le prix des bouteilles augmente en grande surface ou dans les restaurants, mais le prix payé au viticulteur reste le même. »

« Mévente historique » et « concurrence déloyale »

Le secrétaire général des Jeunes agriculteurs des Pyrénées-Orientales, Benoît Bousquet, installé à Estagel, pointe du doigt une « concurrence déloyale ». « C’est comme pour le maraîchage. On est sous le régime de l’Europe, mais chaque pays n’a pas les mêmes contraintes, pas les mêmes taux horaires. Certains ont aussi plus d’accès à l’eau et donc plus de rendement, ce qui leur permet de baisser les prix. »

C’est afin d’alerter sur cette situation que les viticulteurs catalans et leurs homologues de l’ex-région Languedoc-Roussillon ont défilé ce samedi à Béziers. Pour exprimer leur colère. Mais aussi pour réclamer un certain nombre de mesures à même de sortir la filière de l’ornière.

« Nous avons besoin d’accompagnement pour traverser la grande crise que nous connaissons actuellement », plaide le président de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles des Pyrénées-Orientales, Bruno Vila. « Nous réclamons notamment des primes à l’arrachage, des aides à la trésorerie et un allégement de certaines réglementations trop strictes : on commence à avoir des impasses sur le traitement de certaines maladies. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 16 novembre 2025)

Mouvement des viticulteurs d’Occitanie. Soutien des communistes

Communiqué de presse du groupe Communistes Républicains et Citoyens d’Occitanie

Les viticulteurs d’Occitanie, première région viticole de France, traversent une crise sans précédent et alertent aujourd’hui sur une situation grave qui touche tout le pays et appelle des réponses de la part du gouvernement.

Si la production et les vendanges des dernières années ont été affectées par le mildiou, la sécheresse, les incendies, particulièrement en Occitanie, ainsi que par les effets du changement climatique, la filière doit aussi faire face à une crise de la demande.

Les vignerons de la moitié sud de la France, qui commercialisent en coopérative ou au négoce, subissent une mévente continue de leur production, aggravée par la décision de la Commission européenne qui a cédé sur les droits de douane avec les États-Unis après les difficultés rencontrées avec la Chine, ou encore par la chute des exportations vers la Russie depuis le début de la guerre.

Soumis au bon vouloir des négociants, les vignerons refusent à juste titre de se laisser faire.

Les vignerons se rassemblent aujourd’hui par milliers à Béziers pour alerter une nouvelle fois sur leur situation et dénoncer l’inflation, la baisse de leur pouvoir d’achat et les pratiques du négoce dans une politique de prix tirés vers le bas.

Les élus et adhérents du PCF, aux côtés de leur secrétaire national Fabien Roussel, tiennent à leur apporter un soutien total et seront représentés à Béziers lors de la manifestation.

Dans ce Midi viticole, le PCF rappelle le rôle essentiel de l’activité agricole pour faire vivre les campagnes et maintenir des emplois non délocalisables, répartis sur l’ensemble des territoires : plus de 500 000 emplois dans toute la France, une contribution majeure à la richesse nationale après l’aéronautique.

S’il faut travailler à une nouvelle manière d’appréhender la viticulture, notamment en la replaçant dans un système de polyculture, des mesures d’urgence doivent être prises :

  1. La tenue d’une réunion de crise au ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire avec l’ensemble des organisations syndicales agricoles et interprofessionnelles de la viticulture.
  2. L’instauration de prix planchers pour les vins de table, IGP, AOP et biologiques, fixés par une conférence exceptionnelle réunissant l’ensemble de la filière et garantissant une rémunération juste du travail des vignerons.
  3. L’activation de mesures de sauvegarde et le blocage des importations lorsque le maintien de filières de production spécifiques est en jeu, à l’image de la reconduction depuis plusieurs années de la clause de sauvegarde nationale interdisant la commercialisation en France de cerises fraîches provenant de pays où le diméthoate est encore utilisé.
  4. À plus long terme, le soutien à la diversification des exploitations viticoles afin de sécuriser une partie du revenu agricole en cas d’aléa climatique ou sanitaire sur la vigne. Ils pourraient prendre la forme de compléments de prix ou d’aides couplées incitant à la transition vers un système de polyculture où la vigne côtoie d’autres productions végétales.
  5. La mise en place d’un véritable régime public d’assurance contre les risques climatiques, sanitaires et environnementaux, qui doit bénéficier à toutes les exploitations viticoles et accompagner les viticulteurs dans les mesures de prévention et d’adaptation aux effets du changement climatique.