« Sans le souffle du thermalisme, nous ne pouvons plus respirer ». Élus, professionnels, commerçants et simples citoyens se mobilisent en Vallespir contre la menace de déremboursement des cures thermales. Opération villes mortes, pétitions, appels aux députés et sénateurs arment « la résistance ». Plus 250 personnes étaient mobilisées ce lundi à Amélie-les-Bains.
« On jette des milliers d’emplois à la poubelle et on condamne des territoires ruraux ». Marie Costa hausse la voix. Face à la maire d’Amélie-les-Bains, plus de 250 personnes, inquiètes et mobilisées malgré la pluie, prennent l’Espace Méditerranée à témoin. « On nous impose une guerre d’usure, nous y répondrons ». Les maires et les élus du Vallespir ont entendu l’appel.
Tout comme les professionnels du thermalisme, des commerçants, des curistes et des habitants de la vallée. Personne n’oublie de signer la pétition « Non au déremboursement des cures thermales ». Elle a déjà réuni plus de 6 000 signatures en ce 19 octobre.
Pour tous, la menace se précise. Le Plan de financement de la sécurité sociale 2027 détourne le remboursement des cures thermales de la Sécu vers les mutuelles Conséquence inexorable, accusent acteurs et élus, un déremboursement pur et simple des cures.
Les mutuelles n’ayant aucune obligation de prise en charge.
Lanceuse d’alerte, Marie Costa pointe les dégâts. « 25 000 emplois en France, 1 500 directs et indirects non délocalisables dans le Vallespir, des commences, des loueurs, des services, des agriculteurs, des musées impactés… Des territoires ruraux à nouveau visés », précise la présidente de la fédération d’Occitanie du thermalisme.
Rideaux baisses, habitants à terre, drone pour filmer « le désastre »
La réplique s’organise. Une journée villes thermales mortes est programmée. Avec commerces et services rideaux baissés, habitants faisant les morts au sol et drone filmant « le désastre » pour médiatiser le combat. Reste à caler une date. « Très prochainement et partout en France. » Cinq communes -Amélie, Le Boulou, Prats, Vernet, Molitg- sont concernées dans les P.-O.
« Les thermes pèsent 32 000 curistes dans le département, 16 000 en 2026 à Amélie, 2 800 à La Preste, 3 800à Molitg… C’est 600 emplois directs dans le département », résume Nicolas Brouillet. Le cadre de la Chaine thermale du Soleil précise « l’économie de 200 millions d’euros annoncée ne pese que 0,1 % du budget de l’assurance maladie. Le coût d’une cure est aujourd’hui pris en charge à 65 % par la sécu, 35 % par les mutuelles. Une cure voies respiratoires, avec 5 soins par jour, coûte 450 euros par personne. Le thermalisme est le poumon de nos territoires. À Amélie, par exemple, 25 % des curistes viennent du nord et du grand est ».
« Les cures soignent, soulagent »
« Les cures soignent, soulagent, elles sont utiles et réduisent des pathologies, des traitements », milite Claude Ferrer. « En voulant faire 0,1 % d’économie, on va multiplier les autres dépenses », prévient le maire de Prats. « De plus notre offre est complémentaire en Vallespir, on ne se marche pas sur les pieds », soutient Patrick Francès. Le maire du Boulou ajoute « les cures re présentent 50 000 nuitées par an au Boulou. Il est important de montrer notre force et notre résolution ».
Jean Sol et Lauriane Josende portent le fer au Sénat. Présente à Amélie, la députée Michèle Martinez à l’Assemblée. « On nous avait promis un moratoire sur ce dossier et là, d’un coup, le gouvernement pond ce déremboursement. On ne laissera pas faire ». Absent de la réunion, Olivier Reynal assure « le soutien et l’engagement du Département pour un combat qui dépasse les chapelles politiques ».
Également en première ligne, les commerçants alertent à leur tour. « Un curiste consomme sur place, c’est essentiel pour nos commerces et nos emplois », témoigne Nadia propriétaire d’une boutique de prêt-à-porter à Amélie. « Le thermalisme irrigue toute la vallée », insiste David Gener, un des repreneurs des Toiles du Soleil, hôtelier, restaurateur et commerçant à Prats. « On a ressenti une baisse de curistes cet été, c’est un impact de 25 à 30 % sur nos chiffres d’affaires en août, septembre et octobre, nos mois forts. On a besoin des cures, de cette clientèle extérieure. Le déremboursement serait une catastrophe pour toute notre économie du Vallespir ».
Thierry Bouldoire (L’Indépendant, le 21 octobre 2026)
