Jean de Gliniasty. « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens » (La Marseillaise)

Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, une visite jugée « absolument inacceptable » par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Cette polémique n’a rien d’anodine, Tokyo étant l’un des soutiens de Kiev dans la guerre déclenchée par la Russie en 2022. Désormais, tous les alliés des Ukrainiens sont ciblés d’une façon ou d’une autre par le pouvoir russe. Sur le front, les deux pays s’épuisent ; si Kiev peut compter sur ses drones, elle peine à intercepter les missiles russes, et demande, aux États-Unis de lui vendre au moins 5 % de ses missiles Patriot.
Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie, est directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des questions russes.

La Marseillaise : La visite de Vladimir Poutine sur les îles Kouriles a provoqué l’ire du Japon. Cet acte est considéré comme une « escalade », Tokyo soutenant Kiev. Qu’en dîtes-vous ?

Jean de Gliniasty : Le sort des îles Kouriles devait être négocié entre le Japon et la Russie à l’occasion du traité de paix en 1945. Il n’y en a pas eu, justement parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les Kouriles du Nord [considérées par le Japon comme occupées depuis 1945 par l’Union soviétique à l’époque et désormais la Russie, ndlr]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un chef d’État russe vient solennellement dans les îles Kouriles. Dmitri Medvedev n’y est pas allé en tant que chef d’État. Poutine y a visité une usine de poissons et pas d’installation militaire. Pourquoi il l’a fait ? Le Japon a, depuis longtemps déjà basculé dans le camp des pays occidentaux qui appliquent des sanctions contre la Russie, pratiquement les mêmes que les Européennes ou les Américaines. Le deuxième élément, c’est qu’il y a une discussion en cours au Japon sur le resserrement d’alliances avec les États-Unis et l’éventuel stationnement d’armes nucléaires.

La Marseillaise : Drone transportant des explosifs retrouvés en Allemagne, ingérences dans la campagne présidentielle en France, tous les alliés de Kiev sont ciblés ?

Jean de Gliniasty : Dans la guerre hybride, tous les soutiens à l’Ukraine sont frappés. Tout dépend du niveau d’attaque : utilisation de l’intelligence artificielle, de fermes à trolls etc, cela fait longtemps que les Russes les emploient et cela s’intensifie en période électorale. Les Russes, comme tous les États dans les démocraties, soutiennent les partis qui leur sont favorables : l’AfD en Allemagne et d’autres formations politiques que je ne citerais pas en France, et s’attaquent à ceux qui soutiennent l’Ukraine. On est dans un moment d’intensification de la guerre hybride.

La Marseillaise : Cela s’explique-t-il par les difficultés de la Russie sur le front ?

Jean de Gliniasty : La situation est compliquée dans la mesure où les Ukrainiens ont fait des percées en matière de technologie et de fabrication de drones : ils peuvent frapper n’importe quelle partie du territoire russe. Mais c’est une phase qui se termine parce que les Russes ont mis au point des contre-mesures, attaquent l’Ukraine, bloquent les ports qui lui permettent d’exporter des céréales, ce dont elle est très dépendante. Nous sommes plutôt dans une phase d’escalade, où chacun a des atouts qu’il utilise. Les Russes ont les missiles et les Ukrainiens, les drones. Mais ils n’ont pas assez de Patriots et d’intercepteurs de missiles. On est dans une phase extrêmement dangereuse, d’escalade un peu sauvage. Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens et ils pensent pouvoir y arriver.

La Marseillaise : N’est-ce pas l’opinion russe qui se lasse de ce conflit ?

Jean de Gliniasty : Les bombardements sur les populations, en général, ça a l’effet totalement inverse. Si vous prenez le Blitz à Londres, l’effet des bombardements américains en Iran ou ceux contre les infrastructures avec des dégâts collatéraux des Russes en Ukraine, à chaque fois, ça a comme première conséquence d’accroître la cohésion de la population autour des dirigeants. Pour les Russes, c’est un petit peu différent car Poutine avait dit « c’est une opération militaire spéciale, ce n’est pas une guerre, on n’en subira pas les conséquences ». Il y a eu une première réaction de la population qui a été assez négative en disant « que fait le gouvernement ? C’est pas normal qu’on soit obligé de faire la queue aux stations d’essence ». L’Ukraine essaye de s’appuyer sur les mécontentements de la population russe pour déstabiliser le pouvoir, mais j’ai des doutes sur l’efficacité de cette méthode. Car l’autre réaction aux attaques, en général, c’est d’accroître la crédibilité du gouvernement qui ici dit « on est en guerre » avec l’Occident collectif, qui veut nous tuer, nous démanteler, nous dépecer. Je pense que la population russe et notamment la partie qui soutient Poutine, entre 50 et 60 % de la population, seront galvanisés. On a déjà des articles, des tribunes, des chroniques. La pression de ceux qui veulent accroître la dimension de la guerre devient plus forte.

La Marseillaise : Quid de la situation en Crimée ?

Jean de Gliniasty : Le moment de l’annexion de la Crimée a été celui de la popularité maximale de Poutine. Et même s’il descend en ce moment, il n’est pas en dessous du niveau d’approbation de son action qu’il avait avant la Crimée, il en a gardé le bénéfice. Il est totalement exclu que les Russes rendent le territoire parce que c’est l’objectif principal de la guerre qui est soutenu par l’opinion. Le seul moment où il y a vraiment eu un risque nucléaire c’est quand les troupes ukrainiennes se sont approchées de la Crimée.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 17 août 2026)

Défilé du 14 juillet 2026. Déclaration du Mouvement de la Paix

À l’occasion du défilé du 14 juillet 2026, le président de la République française devrait inviter en France le président de la Suisse et/ou le président en exercice de l’OSCE, Ignazio Cassis, pour marquer son soutien à la proposition de la Suisse, pays neutre, d’engager un processus diplomatique avec l’OSCE et tous les États européens pour une solution politique au conflit entre la Russie et l’Ukraine.

La France doit mettre tout son poids en faveur d’une solution diplomatique à ce conflit. C’est la seule solution pour stopper l’aggravation de cette guerre qui d’un moment à l’autre peut s’étendre au niveau européen voir mondial avec un risque non négligeable d’aboutir à l’utilisation d’armes nucléaires.

Obtenir un cessez-le-feu, travailler à une solution diplomatique et avancer dans la construction d’une sécurité commune en Europe, voilà les priorités auxquelles devraient s’attacher le Président de la République, le gouvernement et les parlementaires.

Dans ce contexte, le Mouvement de la paix est attentif à toutes les initiatives proposant de construire des issues diplomatiques à cette guerre et estime que la France doit soutenir les propositions portées par la Suisse, État qui depuis le 1er janvier 2026 assure la présidence de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

Or, la Suisse qui, en tant que pays assurant la présidence de l’OSCE a déclaré le 24 février 2026 que « L’OSCE a été conçue comme un lieu de dialogue entre adversaires — non comme un club d’États partageant les mêmes vues. En temps de guerre plus encore, ce dialogue doit rester réel. Il ne peut se réduire à deux monologues parallèles. Telle est l’ambition de la présidence suisse : défendre les principes d’Helsinki et préserver cette plateforme unique de dialogue inclusif. Face au retour des logiques de puissance, nous ne devons pas marginaliser notre organisation ; nous devons la rendre opérationnelle et utile, en y apportant les réformes et le courage nécessaires. La paix exige anticipation et détermination. Il nous appartient, collectivement, de faire de l’OSCE un instrument crédible au service de la paix et de la sécurité en Europe. »

Le ministre des affaires étrangères de Suisse, Ignazio Cassis qui assure actuellement la présidence de l’OSCE, affiche des priorités clairement basées sur les principes d’Helsinki, à savoir la paix durable basée sur la diplomatie multilatérale inclusive, les droits humains et la coopération, le dialogue entre tous les États d’Europe y compris la Russie.

Il propose de relancer l’OSCE comme cadre de sécurité commune de dialogue, de prévention des conflits, de transparence militaire et de contrôle des armements conventionnels. C’est intéressant parce que l’OSCE est précisément l’organisation née de l’Acte final d’Helsinki de 1975, avec l’idée qu’il ne peut y avoir de sécurité durable en Europe sans dialogue, respect des frontières, respect de la souveraineté des États, non-recours à la force, coopération et sécurité commune.

Sans nier le droit de l’Ukraine de se défendre, au lieu de renforcer le caractère militaire du défilé du 14 juillet 2026 invitant des soldats ukrainiens à défiler sur les Champs Elysées, ce qui laisse penser que la France pousse pour une issue militaire, il aurait été plus judicieux que le président de la République française invite à la tribune officielle ou pour une réunion de travail à Paris à l’occasion du 14 juillet le président de la Suisse et/ou Ignazio Cassis qui assure actuellement la présidence de l’OSCE.

Le Mouvement de la paix estime que la France doit agir dans ce sens non seulement au sein de l’OSCE mais aussi en tant que membre du conseil de sécurité des Nations Unies. Elle doit mettre tous ses moyens diplomatiques au service de la construction d’une issue diplomatique.

Monsieur le Président de la République, il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour inviter à Paris le Président de la République de Suisse et le président en exercice de l’OSCE et agir pour une issue diplomatique.

Le Mouvement de la Paix, le 9 juillet 2026

Guerre en Ukraine. Selon le Canard Enchaîné, les hôpitaux français sont invités à se préparer à un conflit majeur d’ici mars 2026

Selon le quotidien satirique français le Canard enchaîné, une instruction du ministère français de la Santé, datant du 18 juillet a été envoyée aux hôpitaux de l’Hexagone pour les encourager à se préparer à un possible conflit d’ici mars 2026.

Comme le rapportent plusieurs médias français, dont TF1, le Canard Enchaîné affirme avoir mis la main sur une des instructions envoyées par le ministère de la Santé aux hôpitaux publics français pour leur demander de se préparer, d’ici au mois de mars 2026, à un possible « engagement majeur ».

D’après le journal satirique, les autorités anticipent l’arrivée dans les hôpitaux français de 10.000 à 50.000 soldats blessés sur une période allant de 10 à 180 jours.

Comme le mentionnent plusieurs journaux, dont Ouest France, « dans cette perspective, les professionnels de santé sont appelés à intégrer le Service de santé des Armées, quel que soit leur secteur d’exercice ».

La France, base arrière pour soigner les soldats blessés français et alliés ?

Selon le Canard enchaîné, le ministère de Catherine Vautrin envisage de créer des centres médicaux afin d’accueillir des patients de retour de la zone de combat. Ces centres devront être situés à proximité d’une gare routière ou ferroviaire, d’un port ou d’un aéroport pour « permettre le réacheminement vers leur nation d’appartenance de soldats étranger », explique le ministère de la Santé.

Ce courrier du 18 juillet 2025, est présenté comme devant permettre d’accueillir des centaines de milliers de soldats blessés si la France venait à s’engager dans une guerre à grande échelle en Europe.

La France pourrait ainsi devenir une base arrière pour soigner les soldats blessés français ou alliés, issus de la coalition des Volontaires s’engageant dans le cadre des garanties de sécurité à l’Ukraine.

Nathalie Guilmin (RTBF Actu, le 28 août 2025)