La mairie d’extrême droite d’Elne va célébrer, ce samedi 7 novembre, le traité des Pyrénées qui a acté, en 1659, le rattachement du Roussillon à la France. Une première qui fait polémique.
À l’image des manifestations organisées au pied du Castillet, à 15h, et au palais des rois de Majorque, à 20h, ce samedi, le Pays Catalan célébrera à Perpignan la catalanité de ce bout de France acquis il y a 367 ans, le 7 novembre 1659. La Diada de la Catalogne Nord est surtout une occasion de promouvoir la langue, la culture catalanes et les acteurs qui sont engages pour leur défense et leur diffusion.
Mais cette année, à Elne, huit mois après son élection à la tête de la ville, le maire d’extrême droite, Steve Fortel, a décidé de prendre le contrepied historique et de fêter la « date anniversaire du traité qui rattacha le Roussillon à la France ». Au menu, une conférence d’Henri Jonca sur « Les apports du traité des Pyrénées à Elne et en Roussillon », « la plantation par M. le maire d’un olivier de la paix et un apéritif républicain » (sic).
Une célébration à contre-courant qui a fait s’étrangler l’ancien maire communiste de la ville, Nicolas Garcia. Proche revendiqué des milieux indépendantistes catalans, Nicolas Garcia voit dans la décision de son successeur une démarche qui « sert sinon à provoquer, voire à blesser volontairement ». « À Elne, on décatalanise », s’indignait-il aussi dans un communiqué transmis à L’Indépendant soulignant le fait « qu’aucune commune des Pyrénées-Orientales ne célèbre cet événement ».
Celui qui avait défendu devant la justice française le droit de diriger les conseils municipaux en catalan voit dans cette décision de Steve Fortel « une nouvelle provocation de la ville d’Elne inutile et grave, pas simplement pour des raisons identitaires et historiques ».
Pour l’ancien maire, « les conséquences de ce choix et des précédents placent Elne dans une sorte d’isolement qui aura des suites économiques graves ». Et Nicolas Garcia de rappeler l’attachement du peuple catalan à la ville d’Elne, porte d’entrée patrimoniale forte vers les autres grands sites touristiques du département.
Et pour cause, Elne est un emblème des grandes blessures de l’histoire de la Catalogne. Tout d’abord, en 1285, la population d’Elne (qui n’était pas encore française) avait été sacrifiée lors du siège ordonné par le roi de France, Philippe le Hardi. Les habitants d’Elne, femmes et enfants compris, avaient été enfermés dans la cathédrale, puis massacrés pour avoir juré fidélité à la couronne d’Aragon. Le massacre avait permis aux troupes catalanes de se replier. Plusieurs ouvrages évoquent « le fardeau qu’est le massacre d’Elne pour tout Catalan ».
Elne, pour les Catalans, c’est aussi le lien avec la maternité suisse, devenue le symbole des exilés de la Retirada fuyant le franquisme. Basée à quelques kilomètres du camp de réfugiés d’Argelès, la maternité suisse d’Elne a fonctionné jusqu’en 1944, date à laquelle elle a été fermée par les nazis pendant l’Occupation. En Catalogne, cette maternité reste un symbole fort et de nombreux bébés s’appellent encore aujourd’hui Elna « Après la fermeture (peut-être définitive) de la Maternité, les décisions comme celle du 7 novembre ou la suppression de fait du service catalanité de la ville, de la semaine catalane, de la disparition du drapeau catalan de certains ronds-points…, nous risquons de perdre beaucoup de visiteurs catalans du sud et donc de nous priver des recettes que leur engouement pour Elne générait », se désolait Nicolas Garcia dans son communiqué qui voyait dans cette célébration du traité des Pyrénées, « une nouvelle provocation de la mairie d’Elne et de son nouveau maire d’ultra-droite ».
Lors de l’élection municipale 2026, Steve Fortel n’était pas soutenu par le RN et a toujours contesté son classement à l’extrême droite par la préfecture. Pourtant proche de l’ultra-droite, Steve Fortel a été adhérent du FN jusqu’en 2011 alors qu’il a également été, un temps, membre du Parti nationaliste français. Contacté ce mardi par L’Indépendant, il a répondu après une première publication de l’article. Pour lui, « la municipalité entend célébrer toutes les différentes histoires d’Elne. On est Catalans mais on est aussi Français, cela va l’un avec l’autre », répondait le premier magistrat de la ville. « Il n’y a pas de honte à être Français, je crois ». « Mon élu à la mémoire m’a proposé de célébrer le traité des Pyrénées et j’ai trouvé que c était une bonne idée. On entend évoquer toutes les histoires d’Elne, sans distinction ni idéologie », assurait encore celui qui disait que sa ville ne reniait pas « son identité catalane ».
Reste que le débat devrait largement être repris en Catalogne où l’organisation d’un événement pour célébrer le rattachement du Roussillon à la France pourrait choquer.
Stéphane Sicard (L’Indépendant, le 4 novembre 2026)
Présent à Perpignan, un ministre catalan
« préfère parler de ce qui nous rassemble »
Alors que la polémique agitait les réseaux sociaux sur la célébration, à Elne, de l’anniversaire du traité des Pyrénées marquant le rattachement du Roussillon a la France, Francesc Xavier Vila, ministre en charge de la politique linguistique dans le gouvernement socialiste de Catalogne, était présent a Perpignan.
Venu représenter la Generalitat à l’Hôtel du Département où l’Office public de la langue catalane (OPLC) présentait les résultats de l’Enquête linguistique sur le catalan, le ministre n’a pas donné prise à la polémique.
« Je suis venu à Perpignan pour parler de l’enquête linguistique et je préfère parler des choses qui nous rassemblent et que nous pouvons partager avec la Catalogne Nord. Je ne connais d’ailleurs pas assez la politique menée par la municipalité d’Elne pour m’exprimer sur le sujet », ajoutait-il.
L’Indépendant, le 4 novembre 2026
