Répression syndicale envers la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Communiqué de presse de l’UD CGT 66

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a été mise en examen le 2 décembre 2025 pour « injures publiques » à la suite d’une plainte déposée par l’association patronale Ethic (mouvement des Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance), présidée par Mme Sophie de Menthon chargée de faire le lien entre les entreprises et l’extrême droite. Cette énième procédure-bâillon émane de la part d’un lobby patronal financé par un milliardaire d’extrême droite, Édouard Sterin.

L’extrême droite française, bien que « ripolinée » par une partie des médias à leurs bottes, reste et demeure ce qu’elle a toujours été : du côté du grand patronat, contre le progrès social, contre les salariés et contre celles et ceux qui les défendent.

Il est reproché à Sophie Binet d’avoir qualifié certains grands patrons de « rats qui quittent le navire » dans un contexte de délocalisations et d’optimisation fiscale. Cette procédure s’inscrit dans une tendance inquiétante : la multiplication des actions judiciaires contre des responsables syndicaux et militants, particulièrement celles et ceux de la CGT.

Depuis 2023, plus de 1.000 militants syndicaux ont été poursuivis ou sanctionnés pour leurs engagements, dont une dizaine sur notre département. C’est la cinquième procédure visant son bureau confédéral en deux ans. Cette judiciarisation du débat social menace le pluralisme et le droit de défendre l’intérêt général.

L’Union Départementale CGT des Pyrénées Orientales, en tant que défenseur de la démocratie, de la liberté syndicale et du pluralisme des voix sociales, exprime son soutien indéfectible à Sophie Binet et à la CGT face à cette procédure judiciaire.

Nous dénonçons l’usage de la justice pour bâillonner la critique sociale, et nous appelons les autorités à protéger le droit fondamental de s’exprimer, de critiquer et de défendre l’intérêt général sans crainte de représailles pénales.

L’Union Départementale CGT des Pyrénées Orientales rappelle que le rôle des syndicats est de défendre les travailleurs, d’alerter sur les inégalités et de questionner les choix économiques.

L’Union Départementale CGT des Pyrénées Orientales appelle les pouvoirs publics à garantir la protection des droits syndicaux et à mettre fin à ces dérives.

L’édito du webzine. Les rats quittent le navire

Les rats ont ceci de particulier : ils détestent qu’on les nomme notamment celui du navire qu’ils quittent au premier signe de menace. Sophie Binet, secrétaire nationale de la CGT utilise cet adage pour dénoncer ces patrons qui agitent le chantage fiscal.

Les patrons viennent de déclarer : « Taxez-nous davantage et nous quitterons la France. » Une manière de faire pression au moment où l’État cherche des solutions aux déficits abyssaux. Alors que les budgets sociaux sont déjà sacrifiés sur l’autel d’une austérité durcie, le grand patronat, lui, refuse tout effort.

Bernard Arnault a prophétisé une vague de délocalisations si, au regard des bénéfices réalisés, une contribution supplémentaire venait à être exigée. L’homme est coutumier des manœuvres dès qu’il s’agit de préserver les profits que lui rapportent ses 173 000 salariés.

Donald Trump a lancé sa guerre douanière tout en invitant les entreprises étrangères à produire aux États-Unis, son ami, Arnault, a aussitôt répondu présent. Résultat : plus de 20 millions d’euros investis dans une usine de maroquinerie au Texas. Et il n’est pas le seul à avoir fait allégeance au caïd de Washington.

Le groupe pharmaceutique Sanofi prévoit au moins 17 milliards d’investissements aux États-Unis d’ici 2030. Le constructeur automobile Stellantis promet plus de 10 milliards pour moderniser ses usines et lancer de nouveaux modèles là-bas. Le transporteur maritime CMA-CGM annonce un plan de 17 milliards pour construire terminaux et infrastructures logistiques… La liste pourrait encore s’allonger.

Le coup de gueule de Sophie Binet

Ces groupes s’achètent un environnement fiscal plus clément, des réglementations plus souples et des aides publiques généreuses. Ce qui n’était qu’une menace devient soudain une source de profits supplémentaires.

Le patriotisme ? Balayé. Peu importe que le navire industriel France prenne l’eau, manque d’investissements dans la recherche, l’innovation ou la production. Peu importe que l’État leur ait offert des talents formés, des infrastructures de qualité, des services publics performants et 211 milliards d’aides diverses notamment 2023 comme l’a révélé le sénateur communiste Fabien Gay. Ils n’ont même pas la reconnaissance du ventre.

Prenons Stellantis : depuis 2013, le groupe a bénéficié de 14 catégories d’aides publiques – crédits d’impôt recherche, subventions locales… Entre 2020 et 2024, ces soutiens représenteraient près de 400 millions d’euros. Et pourtant ? Cette année, 1 100 postes ont été supprimés. Dans le même temps, les actionnaires touchent 2 milliards d’euros pour l’exercice 2024-2025, et l’ex-PDG Carlos Tavares part avec 34 millions d’euros d’indemnités. Et ce n’est qu’un exemple. Dans ce monde-là, ceux qui quittent le navire ne partent ni les mains vides ni le ventre creux.

Pour avoir rappelé ces faits et utilisé une expression populaire, Sophie Binet se retrouve aujourd’hui sous le coup d’une plainte pour injure public. Cette intimidation judiciaire n’effacera ni les faits ni leurs conséquences pour le pays et pour ses citoyens.

La secrétaire nationale de la CGT est notre voix, elle mérite notre soutien.(*)

Dominique Gerbault

(*) Signez et faites signer la pétition : Soutenir Sophie Binet face à sa mise en examen.

Sophie Binet : « S’il n’y a pas de réponse, la mobilisation ne va pas s’arrêter » (L’Indep)

La secrétaire générale de la CGT nous a accordé un entretien à la veille de la grande journée de manifestations et de grève ce jeudi.

Quelle sera l’ampleur de la mobilisation ce 18 septembre, annoncé comme un jeudi noir ?

Ça va être une grande journée de grève et de manifestations. On a recensé plus de 260 manifestations, je pense qu’on va approcher des 300. C’est le niveau de maillage de la mobilisation contre la réforme des retraites. On s’attend à une forte mobilisation parce qu’il y a une colère énorme.
Notre but est de construire une mobilisation crescendo. Ce sera donc un succès à partir du moment ou ce sera plus fort que le 10 septembre.
Le 10, c’était d’abord de la colère. Le 18 septembre, ce sera aussi un message d’avenir : on veut un budget de justice sociale qui ouvre des perspectives pour le pays et qui rompe avec la nuit sans fin du macronisme. Ça n’est plus possible que ce soit toujours les travailleurs qui passent à la caisse.
Depuis huit ans, on a subi des réformes (Code du travail, assurance-chômage, retraites…), il y en a ras le bol qu’on vienne chercher dans nos poches pour rembourser l’argent qui a été donné aux milliardaires.

Que demandez-vous concrètement ?

D’abord l’enterrement du projet de budget de François Bayrou. J’ai rencontré M. Lecomu lundi et je lui ai posé des questions très précises, la seule chose qui est clairement abandonnée, c’est la suppression des deux jours fériés. Pour le reste, il n’y a pas de rupture. Il y a toujours dans les tuyaux une réforme de l’assurance-chômage, le doublement des franchises médicales, les 3 000 suppressions de postes dans les services publics, la baisse des pensions, des prestations sociales et des salaires dans la fonction publique… Tout ça est toujours sur la table.

La taxe Zucman, que vous défendez comme solution alternative, serait-elle suffisante, sachant que des économistes remettent en cause l’ampleur des recettes qu’elle pourrait générer ?

Même si elle rapporte 6 milliards, ce sera toujours ça de pris. Nous portons aussi la nécessité de taxer les rachats d’actions et les dividendes, de rétablir l’ISF, de mettre en place une vraie progressivité de l’impôt sur le revenu.
Parce qu’aujourd’hui, le problème, c’est que les milliardaires payent deux fois moins d’impôts que le reste de la population. Et puis, il y a les 211 milliards d’aides publiques aux entreprises qui sont donnés chaque année sans condition ni contrepartie.

Le gouvernement redoute ce 18 septembre, comme lors du 10 septembre,
des débordements. Craignez-vous des violences, des dérapages ?

Moi, ce qui m’inquiète très fortement, c’est la stratégie de maintien de l’ordre du ministère de l’Intérieur. Le 10 septembre, les violences étaient marginales, mais le dispositif policier était complètement disproportionné, on n’a jamais vu ça, et ça conduit à de la répression policière, des manifestants gazés et violentés de façon « préventive ».
Heureusement, les gens étaient très majoritairement pacifiques et avaient bien compris le piège que veut nous tendre le ministre de l’Intérieur démissionnaire, qui met de l’huile sur le feu pour tenter de rendre impopulaires les mobilisations, en nous faisant passer pour des gens violents.

L’enjeu est-il, pour vous, de garder la main sur la contestation sociale, alors qu’émergent sur les réseaux sociaux des mouvements spontanés comme « Bloquons tout » ?

La CGT n’a pas de problème avec la démocratie. C’est bien que cette mobilisation ait pris dès cet été. Ça montre à quel point la colère est forte. Nous avons décidé de participer à la mobilisation du 10 et je me félicite que cette journée a été un succès parce que ça vient nourrir le 18. C’est comme ça qu’on
continuera a avancer.

Les organisations syndicales sont-elles toujours en mesure, elles, de peser sur le pouvoir, sachant que les journées d’action contre la réforme des retraites sont restées vaines ?

Le problème, ce n’est pas les organisations syndicales, c’est la Vº République et le 49.3. C’est ça qui a permis à Emmanuel Macron de passer en force sur la réforme des retraites. On avait prévenu qu’il le paierait par une profonde crise démocratique. On y est. Et s’il continue à passer en force, ça peut se traduire par une crise de régime.
Mais, aujourd’hui, nous sommes en position de force, parce que jamais un gouvernement, un Président, n’ont été aussi affaiblis.

La mobilisation va-t-elle se poursuivre au-delà du 18 septembre ?

La décision sera prise collectivement. Mais s’il n’y a pas de réponse du gouvernement sur nos revendications au lendemain du 18, la mobilisation ne va pas s’arrêter comme ça. Ça continuera à monter crescendo.
Ça fait huit ans que le disque est rayé, qu’on nous dit, matin, midi et soir, qu’il faut faire des sacrifices pour rembourser la dette. Il faudra une pression sociale tout au long de la discussion de ce budget, sinon, ce sont encore les milliardaires qui vont avoir le stylo. Nous voulons prendre le stylo et le chéquier. Et pour ça, comme on n’a pas la force de l’argent, il nous faut la force du nombre.

Propos recueillis par Manuel Cudel (L’Indépendant, le 18 septembre 2025)